Vagina – Là où les Maux nous Laissent

par Lusaimoi | Avr 23, 2014 | Chrocorico Soil, Chroniques | 0 commentaire

Line-up sur cet Album

  • Gaby: chant, basse
  • Martin: guitare
  • Victor: batterie, chant

Style:

Rock Psychédélique

Date de sortie:

2014

Label:

M&O, Boxshit-Prod

Note du Soilchroniqueur (Lusaimoi): 7,5/10

 

Vagina est un groupe qui aime semer le doute. DĂ©jĂ , son nom tend Ă  nous montrer un groupe plutĂ´t portĂ© sur l’humour de l’entrejambe (et puis, si on ajoute un truc comme un « l Scarification », on va très vite verser dans le Porn Grind). Puis quand on jette un Ĺ“il Ă  leur artwork, on trouve quelque chose de nettement moins bas du front et de plus recherchĂ©, avec ce dessin soignĂ©, Ă©lĂ©gant tout en Ă©tant riche en significations et interprĂ©tations. Quant au titre de leur album et de leurs morceaux, ils font tout simplement penser Ă  du Rock Français.
Et si la première impression donnera raison Ă  ce dernier constat, Vagina n’est pas pour autant Ă  s’enfermer dans un style aussi rĂ©ducteur.

Quand on cherche des informations sur le groupe – et lĂ , je vous dĂ©conseille de taper leur nom dans Google si vous voulez Ă©viter des justifications gĂŞnantes Ă  votre copine/ femme/ mec/ copain/ père/ mère/ chien/ chat… –, on apprend qu’il est nĂ© en 2005, sous l’envie de Gaby, chanteur/bassiste, inspirĂ© par des groupes aussi variĂ©s que sont Queen, Pink Floyd, The Doors et Manson. Le trio se forme et rapidement, une première dĂ©mo voit le jour. Puis il y a l’expĂ©rience scĂ©nique, le peaufinage du style et l’enregistrement du premier album Made in Silence (2011) qui a, apparemment, obtenu un beau succès outre Rhin, malgrĂ© le chant entièrement français. Deux ans plus tard, après toujours plus de dates, d’expĂ©rience, et des changements de line-up, le groupe revient avec LĂ  oĂą les Maux nous Laissent, leur deuxième album qui tend, d’après ce que j’ai pu lire, Ă  gommer les dĂ©fauts de son prĂ©dĂ©cesseur, tout en gardant ce qui fait de Vagina une formation si particulière.

Et la première chose qui surprend les oreilles, c’est la production. Un son chaud, assez brut mais nĂ©anmoins très clair, avec une basse Ă©normĂ©ment mise en avant, chose encore plus flagrante que c’est par elle que commence cet album. La deuxième chose qui retient l’attention, c’est la voix. Un chant principalement aigu, avec un accent des Midi-PyrĂ©nĂ©es, parfois hurlĂ© (sans jamais tomber dans le guttural), parfois d’un phrasĂ© presque rappĂ©, soutenu par endroits de chĹ“urs. Un chant qui, finalement, me ramène Ă  l’Ă©poque oĂą j’Ă©coutais des choses comme Eiffel ou Luke – tout en Ă©tant bien diffĂ©rent de ces derniers.
Et c’est lĂ  un peu le problème pour moi. C’est un genre de musique que je n’Ă©coute plus du tout. Et, du coup (Mok mis Ă  part), j’ai eu un peu de mal, d’oĂą ma note qui peut sembler un brin sĂ©vère, en comparaison de ce que j’ai pu voir concernant le groupe.
NĂ©anmoins, ça ne pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un dĂ©faut, parce qu’il faut reconnaĂ®tre que dans le genre, Gaby s’en sort bien. Ce n’est jamais faux, ni geignard, ça ne manque pas de charisme, ça n’est pas victime d’un syndrome « cancer du poumon » (dont l’un des exemples les plus connus est Sinsemillia, avec son chanteur essoufflĂ© Ă  chaque fin de phrase). Et puis faut dire aussi que ça nous offre des textes (absents de ma version promo, mais parfaitement comprĂ©hensibles) Ă  la fois travaillĂ©s et poĂ©tiques, et dont les thèmes assez politisĂ©s ou moralistes – pouvant parfois renvoyer Ă  l’artwork –, ne sont pas trop faciles, Ă©vidents, ni caricaturaux.
Voilà en quoi la première impression sur le groupe renvoie au Rock Français. Pourtant, très rapidement, la musique semble bien aller au delà de ça, avec une multitude de petites surprises qui viennent de partout.

« Le DĂ©licat Son de leurs Cris », dĂ©jĂ , après une intro et un court solo, se prĂ©sente d’abord comme un titre Ă  la structure classique : un couplet mĂ©lodique et assez calme, avec ces arpèges, et un refrain nettement plus rageur. Pourtant, malgrĂ© cet aspect très accrocheur, ce morceau se rĂ©vèle assez difficile Ă  suivre, si on y prend garde. C’est un peu comme si la musique suivait le chant et les paroles. Dit comme ça, ça semble pas clair, mais c’est vraiment ce que j’ai ressenti en l’Ă©coutant. Ça vient, ça part, ça digresse, avant de revenir aux origines. Mais toujours, un Ă©lĂ©ment, comme le refrain, vient nous remettre les idĂ©es en place. Un morceau simple et complexe Ă  la fois. Et ce, jusqu’au solo, qui reprend, en l’allongeant, celui du dĂ©but, pour clĂ´turer cette première piste.

Alors oui, bien sĂ»r, on va aussi se retrouver en face de choses plus simples, comme « Saint Drome », l’instrumental « Leviathan » (avec en guest Philippe Niel de Rita Mitsouko ou FFF) , le très groovy « A Votre Avis » – le plus classique du CD, mĂŞme si la fin, amorcĂ©e par un break, vient casser cette impression –, le très urgent « LĂ  OĂą Les Maux Nous Laissent »… Mais partout, on a des choses qui viennent nous titiller les tympans. Ces sonoritĂ©s Ă©lectro, en particulier ce son SF (similaire Ă  celui prĂ©sent dans les vieux films traitant d’OVNI) sur « Saint Drome » et revenant, comme un fil rouge, sur plusieurs autres titres de l’album. Certains morceaux citĂ©s possèdent aussi une vĂ©ritable montĂ©e en puissance, subtile mais bien rĂ©elle, qu’elle soit apportĂ©e par un piano de plus en plus imposant (« Leviathan »), ou amorcĂ©e par le refrain sur lequel vient se coller un solo furieux (« LĂ  OĂą Les Maux Nous Laissent »).

Pour le reste, que l’on soit en prĂ©sence de chansons tristes ou sautillantes, Vagina surprend. Ça peut partir d’un couplet qui se voit enrichi Ă  chaque fois qu’il est rĂ©pĂ©tĂ© (« ExcusĂ©s »), ou une base très simple sur laquelle des sonoritĂ©s viennent, vont, reviennent, partent de partout, Ă©tonnant Ă  chaque apparition (« Soyons des Ombres » ou l’aĂ©rien « Evolution »). Ou simplement, comme « Le DĂ©licat Son de leurs Cris », en semblant suivre le chant qui ose vraiment pas mal de choses (« Exolune »).

Il y a pas mal de choses Ă  dire sur LĂ  oĂą les maux nous laissent, mais je vais m’arrĂŞter lĂ , parce que dĂ©jĂ , il vaut mieux le dĂ©couvrir par soi-mĂŞme, ensuite, si j’ai beaucoup parlĂ© de l’aspect surprenant de cet album, c’est avant tout un bon album de Rock Français, avec des titres efficaces et qui se gravent facilement en tĂŞte, qui sait se montrer aussi sensible que punchy, aussi revendicatif que poĂ©tique. Et, entre les groupes voulant se tailler la part du lion sur l’hĂ©ritage de Noir DĂ©sir, ceux dont l’intĂ©rĂŞt se rĂ©sume Ă  un engagement politique finalement bien dĂ©mago, les pseudo rebelles qui n’assument pas de nous gaver de musique pour pucelles, ou les groupes tout simplement immatures, Vagina s’impose comme une vraie bouffĂ©e d’air frais.

 

 

Site : www.vaginaofficial.com
Facebook : www.facebook.com/pages/VAGINAOFFICIAL

 

 

Tracklist:
01. Le Délicat Son de Leurs Cris
02. Saint Drome
03. L’Email Blanc
04. Oxygène
05. Leviathan
06. A Votre Avis
07. LĂ  OĂą Les Maux Nous Laissent
08. Exolune
09. Excusés
10. Soyons des Ombres
11. Ambroisie
12. Evolution

Concerts:

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