Abduction – Toutes Blessent, la Dernière Tue

Abduction – Toutes Blessent, la Dernière Tue

Note du SoilChroniqueur (Le Marquis Arthur) : 10/10

 

Après des mois d’impatience, c’est un véritable cadeau de Noël qui nous est offert avant l’heure ! En effet, Abduction nous fait terminer l’année en beauté avec son quatrième album « Toutes Blessent, La Dernière Tue ».
Ah là là là, de tout le Black Metal nouvelle génération, je n’avais entendu plus belles mélodies, plus beaux textes, plus beaux riffs, PLUS BEAUX TOUT !

Abduction est un groupe français au style musical aussi reconnaissable que magnifique. Oscillant entre de très beaux passages presque atmosphériques, et des moments de violence accentués d’un chant saturé parfaitement adapté. Avec une thématique sur l’histoire, le souvenir et la mémoire, ce sont toujours de très beaux textes, très bien travaillés. Ils offrent ici un aboutissement des deux albums précédents : on retrouve la beauté de « A l’heure du crépuscule » et la puissance de « Jehanne », dernier album de 2020. Sur celui-ci, il y a plus un sentiment d’observation et de constat sur le genre humain. Certes, il y a des textes plus ou moins politiques avec la chanson éponyme de l’album ou « Disparus de leur vivant », mais ce n’est pas engagé non plus, ils abordent le sujet sans donner tel ou tel avis. Sur un abord plus introspectif, il y a la chanson « Dans la galerie des glaces », qui parle de la souveraineté individuelle que chacun développe, mais on se rend compte qu’on ne peut être roi si tout le monde l’est déjà. C’est ma chanson préférée de l’album, par ses mélodies autant que ses paroles. De plus, j’aime bien l’anecdote que sa vidéo présente la fabrication d’un bas-relief en pierre à l’effigie du groupe, cela donne un beau parallèle avec la véritable galerie des glaces du château de Versailles. Il y a aussi une belle autre référence historique, avec cette pochette d’album qui est reprise d’un tableau du peintre Hubert Robert, elle se contemple très bien avec « Par les sentiers oubliés », chanson acoustique.

Mais il y a d’autres chansons qui méritent aussi une attention particulière. Comme « Les heures impatientes », qui est extrêmement émouvante, puisqu’elle évoque la fin de vie dans l’angoisse d’un instant qui semble arrêté : « Six mois d’hiver où l’être frissonne. Tout ça pour six minutes impatientes. Tout ce dédale n’est qu’une salle d’attente, Où jour après jour se meurt Perséphone ». Belle référence à la mythologie grecque. Il est vrai que, dans l’ensemble, cet album est beaucoup plus en chant clair, ce qui lui donne un aspect différent des précédents. Mais justement je trouve que ça colle mieux avec la thématique de cet album. 

https://youtu.be/2EQ-nghQXjE

J’ai bien accroché également sur la chanson « Contre les fers du ciel » et ses tirades en références à Cyrano de Bergerac. Elle plus entraînante que les autres, aussi, je trouve, c’est elle surtout qui m’a rappelé l’album « Jehanne ». Mais la surprise est bien sûr gardée pour la fin, incroyable surprise même, de découvrir la reprise « Allan » de Mylène Farmer. J’aimais déjà la version originale, mais là, ils l’ont sublimée encore plus ! J’adore le premier refrain. Et tel un paroxysme d’originalité, je vous invite à découvrir le clip qu’ils en ont réalisé dans un certain château du pays de Loire, il est sublime. Difficile de voir mieux dans le BM français. 
En fait tout est beau ici, Je n’ai absolument rien à redire sur cet album, il est tout simplement magnifique !

Tracklist : 

1 Toutes blessent, la dernière tue (06:13)
2 Disparus de leur vivant (08:18)
3 Dans la galerie des glaces (08:23)
4 Les heures impatientes (07:52)
5 Par les sentiers oubliés (04:20)
6 Carnets sur récifs (05:15)
7 Cent ans comptés (07:44)
8 Contre les fers du ciel (05:40)
9 Allan (06:03)

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Chronique « Une ombre régit les ombres »
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Ixion – L’Adieu aux Etoiles

Ixion – L’Adieu aux Etoiles

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9,75/10

J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.” Arthur Rimbaud

Il est important, avant d’aborder cette chronique et surtout l’album à venir, de savoir qui est Ixion. Ce n’est pas un personnage lambda, qui plus est de la mythologie grecque. Ixion est probablement l’un des personnages les plus controversés et les plus mal perçus par les grecs. Issu de la tribu des Lapithes, Ixion a quelque peu été désinvolte dans tout ce qu’il a entrepris, un peu « l’escroc » moderne. Ayant d’abord dupé son beau-père Eionée en n’accomplissant pas son serment de présent nuptial, puis en le tuant en le jetant dans un trou rempli de braises ardentes, il alla ensuite jusqu’à tenter de duper Zeus lui-même en… Séduisant sa propre femme, Héra, reine des Dieux! Ni plus ni moins. Evidemment, l’entreprise échoua et Zeus usa de sa ruse en le faisant se reproduire avec un nuage aux traits de Héra du nom de Néphélé pour le surprendre, et le condamna enfin à l’un des châtiments les plus affreux qui soient : précipité dans le Tartare, attaché avec des serpents à une roue enflammée et ailée qui tourne pour l’éternité… Les grecs ne manquaient pas d’imagination pour se faire peur n’empêche! Même dans le pire des films de la saga Saw il n’y a pas plus cruel. Facile, on le pressent bien, de choisir une telle référence pour aller faire de la musique comme le propose donc le groupe hommage (peut-être), en tout cas éponyme : Ixion.

Mais l’Ixion musical ne vient pas de Grèce! Mieux que cela : ils nous viennent de France! Et plus précisément de Bretagne qui conserve décidément un vivier bien inspirant. Alors, pour présenter le groupe, il est bon de savoir qu’Ixion est en fait un duo, avec un compositeur et multi-instrumentaliste qui s’appelle Julien Prat et un chanteur clair qui se nomme Yannick Dilly sachant que ce dernier n’intervient dans le groupe que depuis 2009 et que Julien Prat a fondé Ixion en 2004. Donc, nous pouvons penser qu’au départ le projet devait être un one man band. Groupe prolifique avec une démo en 2007 et quatre albums en 2011, 2015, 2017 et ainsi le dernier, L’Adieu aux Etoiles, nom poétique qui plante un décor assez céleste. La particularité notable du groupe est d’être un fidèle du label Finisterian Dead End, qui a produit ses trois derniers albums. Une telle longévité auprès d’un label ne peut qu’être un gage de réussite pour ce dernier album, je pense qu’il faut se rappeler la difficulté pour les groupes de trouver un label aussi solide que ce dernier, je pense donc, fort de ce constat, que l’album s’annonce prometteur.

En tout cas, sans déconner, la pochette est vraiment magnifique. J’en prends plein les yeux, j’ai l’impression de voir comme un extrait de film en 3D au cinéma. Bon, mauvais exemple en vérité, d’une part parce que je déteste la 3D au cinéma, et d’autre part parce que l’image n’est pas en 3D… Disons que j’ai l’impression de voir une superbe affiche de science-fiction mais au niveau d’un blockbuster. La qualité graphique est tout simplement exceptionnelle. Je ne sais pas qui a fait ce travail colossal mais j’en viens à faire ma génuflexion réservée normalement au monstre-spaghetti devant ma passoire, pour le graphiste. C’est vous dire! Je pense que si Ixion n’était pas un personnage, certes clef, mais mortel de la mythologie grecque, à l’image de cette pochette et dans sa qualité visuelle, il serait un Dieu. Ce décor étoilé avec moultes détails, cette espèce de trou noir qui fait penser à un vaisseau et qui semble non pas aspirer mais faire d’une spirale géante toutes les galaxies de l’univers, j’y vois un peu un métaphore dans la dangerosité égocentrique de l’Homme, que ce soit en général ou dans sa conquête spatiale. Le titre d’ailleurs pourrait être une sorte de référence de ce genre, j’aime vraiment le titre et la corrélation qu’il peut exister avec l’artwork. J’adore l’aspect scintillant des galaxies que j’ai pris au début pour des étoiles, ou des pierres précieuses. Et je devine, en voyant le design du logo d’Ixion, que le groupe propose une atmosphère très spatiale, sinon industrielle dans son sens élargi. Tout est raccord, parfaitement à sa place. Vraiment l’un des plus beaux artworks qui m’aient été donné de voir et d’étudier. Incroyable.

La musique est, pour ainsi dire, exactement aussi exceptionnelle que l’artwork. Vous savez immédiatement où vous mettez les pieds comme cela. Je suis franchement impressionné de savoir que l’on a un groupe de doom metal aussi excellent en France. Je connaissais Angellore et son doom symphonique, voici Ixion et son doom atmosphérique! La première écoute de l’album, faite sans faire exprès la nuit, m’a fait un effet éloquent : j’ai plané jusqu’aux étoiles. Je pense que le terme « bader » est de rigueur parce qu’au-delà de l’aspect spatial qui étiquette à merveille le côté atmosphérique de l’album, il y a surtout une redoutable mélancolie dans la musique doom de l’album. L’Adieu aux Etoiles est le nom d’album qui n’a jamais semblé aussi bien taillé pour le dit album, tellement c’est l’exact résumé de ce que l’on ressent quand on se morfond littéralement dedans. Réduire à l’amer sentiment romantique qui consiste à contempler les étoiles avec votre bien-aimé(e) ce CD est une grave erreur : c’est une véritable envolée dans l’espace.

Parmi les nombreux points forts de l’album, on découvre comme souvent dans mes chroniques la production qui est, ici, excellente. Je n’ose même pas imaginer la progression qu’a montré le groupe pour arriver à un son aux petits oignons comme celui-ci, qui parvient à mélanger habilement un doom metal intelligemment « lourd », c’est à dire ce qu’il faut sans tomber dans l’exagération comme un doom metal old school, et des samples qui se mêlent entre de l’industriel et de l’atmosphérique. Parfois les uns affichent leur ferveur ensemble, parfois ils sont séparés cela dépend des pistes de l’album. Néanmoins, il y a eu un énorme travail de production faite en studio avec un mastering quasiment parfait, dans lequel chaque instrument trouve son espace d’expression sans se faire piétiner par les autres. En tout cas la qualité est totalement au rendez-vous, rien à redire de plus! Un bijou.

Mais je pense que le paragraphe le plus important doit être mis pour la musique en elle-même. La production a totalement sublimé ce doom atmosphérique qui est d’une incroyable composition. J’adore le côté très planant, on décolle de manière onirique, presque hypnotique du sol, comme si notre âme s’enfuyait vers d’autres galaxies. C’est la grande force de cet album : planter un décor hyper précis, pour nous laisser voguer intérieurement. La musique est un doom metal qui a sa place mais qui n’est pas la plus prépondérante tant les parties metal sont ici en accompagnement plus qu’en base principale. La magie de l’album, ce sont ses samples, clairement! Oscillant entre des envolées en nappes de claviers, en banque son très nocturne ou simplement un peu électronique, voire même quelques instruments inattendus comme ce piano au début de » Pulsing Worlds », le pari le plus risqué pour Ixion était sûrement de se démarquer des autres groupes d’atmosphérique qui ont tendance à surfer sur la même base assez retors, pour ne pas dire pompeuse. Là, c’est tout simplement net et sans bavure que l’atmosphère est céleste, nocturne et emmène parfois aux confins de l’espace. Et je pense que cet élément doit être considéré comme THE argument de « vente » de l’album L’Adieu aux Etoiles. Pour une fois qu’un groupe a son univers musical et conceptuel propre, sans passer pour un vulgaire suiveur de mode ou copieur de bons groupes atmo, il n’en faut pas plus, je pense, pour aller écouter ce chef d’œuvre absolu. D’ailleurs, sept morceaux d’une longueur raisonnable sont encore un argument de poids car le CD s’écoute sans pause, ni retenue, et accompagnera sans conteste vos soirées de solitude à regarder par votre fenêtre. Je récapitule une dernière fois : la musique est absolument l’alpha incontestable!

Je salue au travers de ce précédent paragraphe l’intelligence dans le travail de composition des musiciens. J’aimerais également faire un apparté sur leur qualité en tant que tels même si souvent les deux sont liés. Ils sont deux dont l’un qui compose, j’imagine, pratiquement tout, ce qui démontre une formidable accointance entre les deux mais une direction bien précise. On ne le répètera jamais assez l’importance d’avoir une main de maître pour guider tout le monde et je pense que Julien Prat fait partie de ces musiciens qui savent exactement ce qu’ils veulent. Franchement, produire quatre albums sur le même (gros) label quand on tient tout seul les rames de son embarcation avec parfois un mousse pour relever davantage la voile, c’est que l’on a énormément de qualités. Et quand vous écouterez l’album en question, et surtout les liens fournis là, vous comprendrez ce que je veux dire. Je salue donc bien bas le duo qui forme Ixion pour leur talent et leur intelligence.

Et le point d’orgue de L’Adieu aux Etoiles réside dans le chant. Ou plutôt « les chants », même si je m’attendais en découvrant qu’il s’agissait d’un duo musical avec un chanteur clair, qu’il y ait plus de chant clair justement. Il y a peu de vraies innovations, on a surtout un chant grunt grave très dominant, et quelques passages en clair très discrets qui sont là pour appuyer l’aspect atmosphérique mais sans être superflu. Je trouve ces deux derniers particulièrement bons, et j’ai effectivement quelques regrets de ne pas avoir un chant clair aussi précieux. C’est assez rare pour être souligné : j’aurais aimé que Yannick Dilly ait plus d’importance, je trouve qu’il y a un déséquilibre entre les deux. Après, l’intelligence de composition atteint son paroxysme quand on s’aperçoit que les chants ne sont pas trop présents. Cela fait énormément de bien d’entendre un chant bien placé, sans exagération et sans être trop envahissant, et je pense qu’encore une fois cela souligne tout le bien que je pense de nos musiciens bretons quant à leur fonctionnement ensemble. Dommage néanmoins que je n’ai pas pu avoir les textes, j’aurais pu les demander vous me direz…

C’est le moment de finir ici cette nouvelle bafouille. Je suis ravi de constater que le doom français a de très beaux jours devant lui et la dernière sortie d’Ixion ne me laisse pas indifférent. D’abord parce que, pour accoucher d’un album aussi bon il faut avoir un cocktail de talent et de savoir-faire au summum, et je pense que le duo de musiciens qui a pensé et mis en scène cet album est un vecteur monumental de réussite ensemble. Et ensuite parce que, dans L’Adieu aux Etoiles, tout est bien ordonné, bien composé et bien sonorisé. Le concept est aussi l’un des points forts avec pour une fois un changement radical de thématique pour faire vivre le côté atmosphérique, on a un décor spatial, planant et très empreint de nostalgie. Un album qui fait voyager jusqu’à un univers sûrement bien meilleur que l’image que l’Homme renvoie inexorablement du sien. C’est un album qui frôle la perfection, un vrai bonheur auditif qui ravira bien plus que les amateurs de doom. D’ores et déjà dans mon top 3 de l’année 2020!

Tracklist :

1. Stellar Crown
2. Havoc
3. The Great Achievement
4. Progeny
5. The Black Veil
6. Pulsing Worlds
7. Farewell

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Ixion: nouvel album

Ixion: nouvel album

Les doomsters français d’IXION viennent de dévoiler des détails sur leur nouvel album. Intitulé ‘L’ADIEU AUX ETOILES’  il sortira en octobre 2020 via 29978 Productions / Finisterian Dead End.

COVER ALBUM 2020
Le groupe évoque “une dimension doom réaffirmée et des atmosphères électroniques éthérées toutes droit venues des confins de l’espace, révélant l’essence de la musique d’IXION” ainsi qu’un travail minutieux sur les arrangements et la production la plus ambitieuse proposée par le projet à ce jour.
L’album a été masterisé par Tony Lindgren aux Fascination Street Studios, et illustré par Vincent Fouquet d’Above Chaos.

Julien Prat précise : “j’ai démarré la composition de l’album en cherchant à renouer avec des ambiances funeral doom, et j’ai rapidement réalisé que les nouvelles idées étaient en fait au coeur même de notre univers. Et c’est devenu la ligne directrice : réaliser un album condensé et centré sur notre identité”

track-list :
Stellar Crown
Ravage
La grande réalisation
Progéniture
Le voile noir
Pulsing Worlds
Adieu

 

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IXION – Nouvel album à l’automne

IXION – Nouvel album à l’automne

ixion

Le Label Finisterian Dead End est fier de vous annoncer sa future et nouvelle collaboration avec le groupe IXION (doom atmosphérique).
En effet après le succès public et médiatique des albums « Enfant de la Nuit » et « Return » , la formation vous annonce un retour aux fondamentaux du doom spatial, dans un écrin inédit !
Ce nouvel opus, doté d’une production particulièrement ambitieuse, a été masterisé par Tony Lindgren aux Fascination Street Studios et illustré par Vincent Fouquet d’Above Chaos.
Une exploration musicale en apesanteur, sombre et glaciale !
Soyez prêts !!

 

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Abduction – Jehanne

Abduction – Jehanne

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.75/10

« De l’amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, je n’en sais rien, mais je sais bien qu’ils seront tous boutés hors de France, excepté ceux qui y périront. » (Jeanne d’Arc)

S’il y a bien un personnage historique qui a inspiré des centaines de spéculations sur son existence, c’est bien Jeanne d’Arc, dit Jeanne la Pucelle. Quoi de plus incroyable dans les récits historiques que ce bout de femme qui parvint à conduire le dauphin Charles jusqu’à son couronnement, qui parvint aussi à délivrer Orléans et, pour certains à l’humour bien pendant, la première femme au foyer de l’Histoire française ? Car cette pauvre femme a été brûlée vive, condamnée par les religieux qui ne lui ont pas pardonné le crime d’être « schismatique, apostate, menteuse, devineresse, suspecte d’hérésie, errante en la foi, blasphématrice de Dieu et des saints. » Franchement, qu’on ne vienne surtout pas me vanter les mérites et les vertus de la religion chrétienne après cela… De nos jours, le mythe de Jeanne d’Arc est réutilisé à bien des sauces : politique, identitaire, anglophobique, etc. Musicalement, je n’avais pas connu de groupes faisant référence à Jeanne d’Arc donc la question du détournement artistique ne m’avait jamais heurté, jusqu’à la sortie du dernier album d’Abduction, sobrement intitulé Jehanne, qui devait me faire changer d’avis. Totalement changer d’avis sur la manière dont les artistes abordent l’Histoire.

Alors, qui sont ces personnes qui prêtent serment sur un album entier à ce personnage à la gloire légendaire ? Abduction est originaire de Seine-et-Marne, de la commune de Provins, après avoir initialement posé sa cour à Versailles en l’an de grâce 2006. Abduction, c’est un EP, deux singles et, surtout, deux précédents albums de pur génie. Un groupe qui, depuis que je l’ai découvert il y peu, ne me laisse absolument pas indifférent. La manière de nous faire pénétrer son univers est phénoménale et je ne m’attendais pas à prendre un revers de main aussi fort dans mes tympans.

J’ai directement planté le décor de ma chronique et je m’en excuse mais, quand l’évidence est là, pas besoin d’être une lumière pour voir qu’il fait noir, comme dit un proverbe russe. Et le travail d’Abduction ne s’arrête pas qu’à sa musique : les artworks ayant toujours été de toute beauté, notamment l’album À l’heure du crépuscule dont l’artwork m’avait frappé en plein visage par son esthétisme. Ici, un CD parlant de Jehanne ne pouvait que représenter Jehanne et l’artwork ressemble fort à une peinture ancienne avec ce portrait d’une jeune fille en armes, les bras croisés sur sa poitrine, levant les yeux au ciel en signe de dévotion divine, l’épée contre elle. Tout est dit sur cette pochette, clairement. Tout est représenté : l’amour pour Dieu de Jeanne d’Arc, cet amour qui la fit entendre des voix, de l’archange Saint-Michel et des saintes Marguerite et Catherine, tout ce qui qui la poussa à bouter les Saxons hors de France. Franchement, je vous mets au défi de trouver plus belle pochette ; je suis prêt à offrir un CD à celui qui me relève le défi et les dieux savent que j’adore mes CDs.
En tout cas, ici, j’ai tout simplement la plus belle pochette pour un album historique, quel qu’il soit. Exceptionnel.

Exceptionnel comme la musique. Oscillant sur des bases Black Metal et Prog avec des alternances de parties typiques du Black et des passages en acoustique, les deux parties étant très mélodiquement médiévales, avec des riffs épiques, guerriers et solennels. [Dommage, je m’attendais à du « D’arc » Metal… (Hans Aplastz)] Les ingrédients qui font un hymne guerrier, si l’on rajoute à quel point la religion était la plus belle raison pour eux de guerroyer, avec la volonté du représentant royal sur Terre qu’était le roi. La grande force d’Abduction est de ne pas tomber dans la redondance répétitive des blasts et screams qui épuisent le Black Metal. Les passages sont prog, c’est-à-dire tantôt calmes et posés, tantôt bestiaux et puissants. Les chants sont variables entre des chœurs féminins, des chœurs masculins, du chant clair et du scream au son plus « moderne ». Une incroyable abondance d’influences qui arrivent à s’entrechoquer pour donner une musique magnifique, pleine de sens !
Les titres sont soit historiques au possible (« La chevauchée de la Loire », « Aux marches de Lorraine »), soit d’une grande hyperbole (« Battue par les flots Jamais ne sombre », « Foi en ses murs jusqu’aux rats »), ce qui démontre toute la passion qui anime le groupe et qui, à mon sens, est le meilleur reflet, sinon paradoxe, de Jeanne d’Arc qui était une jeune femme tourmentée, découvrant par ses hallucinations que la religion pouvait conduire à la passion, cette passion dévorante pour sa patrie et son peuple, jusqu’à endosser une armure de courage et de brutalité. C’est à mon avis le meilleur résumé que je puisse faire de la musique du groupe : passion et dévotion. Inutile en cela de dire que j’ai été transporté, transcendé complètement par la musique, au point de frisonner d’effroi devant ce que raconte le chanteur et les riffs si chargés d’émotions. Du grand Art et, croyez-moi, on ne m’avait pas menti en me parlant d’Abduction.

Évidemment, on ne saurait que souligner davantage l’immense travail qui a été fait par les musiciens, au demeurant talentueux et connaisseurs, pour nous pondre un son aussi carré. C’est un peu le problème en temps normal du Prog : parvenir à trouver un équilibre entre les parties acoustiques, les changements de riffs, voire même d’accords sur un même morceau, et retranscrire cet équilibre précaire dans un son impeccable. Encore une fois, je ne peux que ployer devant le groupe qui a distillé un son incroyable, amenant cette tranche d’épique et de tragédie dans le mastering, nous emmenant directement à la guerre et au Moyen-Âge.
Rien n’est à jeter, vraiment ? En fait, un petit détail m’a légèrement fait froncer les sourcils : la longueur surement exagérée de deux morceaux, « Par ce cœur les lys fleurissent » et « La chevauchée de la Loire », respectivement douze et dix minutes, qui auraient peut-être dû être un peu tronqués pour éviter d’épuiser l’auditeur. Mais cela reste un détail riquiqui.

Inutile encore une fois de bavasser, les chants sont du même acabit. Forts d’une puissance intérieure, j’irai même jusqu’à affirmer que la passion pour Jeanne la Pucelle est presque réelle tant les chants sonnent d’une authenticité à couper le souffle. L’alternance des différents chants a toute sa place, d’autant que si cette alternance est menu courante, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas toujours réussi. Ici, non seulement le contrat est rempli, mais en plus la technicité et l’intelligence rythmique et des placements est parfaite. Oui oui, je l’ai dit : les chants sont parfaits!

Bon ben cette fois-ci je crois qu’on y est : j’ai pris mon uppercut musical le plus violent de l’année. Probablement même de mon existence. Jehanne, dernier né d’Abduction, représente tout ce que je recherche dans le Metal : de l’innovation, du conceptuel bien précis et bien documenté, de la passion, du talent et bien entendu du travail. Pour une fois, on ne m’avait pas menti et les trois-cent exemplaires du coffret CD sorti, écoulés en très peu de temps, m’ont conforté dans l’idée vague que je me faisais d’Abduction : futur grand groupe de Black Metal français, sinon le meilleur et de loin. Et leur dernier album est tout simplement le meilleur de l’année en Black Metal, il écrase toute la concurrence à cloche-pied et sans chaussure.
Petit bémol : dommage que le groupe ne fasse pas de concerts, mais je suis convaincu que le rendu serait différent sur scène. Alors, restons ainsi sur cette magnifique impression.

Tracklist :

1. Aux loges les dames
2. Par ce cœur les lys fleurissent
3. La chevauchée de la Loire
4. Dieu en soit garde
5. Foi en ses murs jusqu’aux rats
6. Battue par les flots jamais ne sombre
7. Très fidèle au Roi et au trône
8. Aux marches de Lorraine

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