Seizième album de l’entité Blut Aus Nord. Vindsval, le multi-instrumentiste, nous entraîne dans les méandres de son univers musical avec ce dernier opus. Un début calme et envoûtant, avant de franchir le seuil de son black metal avant-gardiste : une belle entrée en matière avec « Shadows Breathe First ».
« The Fall Opens the Sky » marque davantage un retour aux sources black, avec ses chants hurlés et ses blasts incessants. Un mélange d’atmosphères à la fois sombres et enivrantes s’installe, donnant l’impression de flotter dans un vaste vide cosmique sur « What Burns Now Listen ». « Twin Suns Reverie », instrumental, nous fait voyager aux confins de l’univers grâce à ses synthés, offrant une véritable pause cosmique.
Un final sublime avec « The End Becomes Grace » : douze minutes pour clôturer un album riche et surprenant. Après trente ans de carrière, le groupe parvient encore à nous surprendre avec sa soif d’exploration musicale.
Eitrin est le fruit de l’association de plusieurs âmes qui errent dans d’illustres combos qui nous secouent la pulpe depuis moult années, voire décennies pour certains, Blut Aus Nord, Mutterlein et Throane, rien que ça ! Ils sortent un album éponyme, leur premier, qui vient célébrer les vingt ans de Debemur Morti Productions, label de qualité qui ne cesse de dénicher des pépites underground !
Forcément, avec pareil line up qui va puiser dans des influences multiples et sombres, on ne peut s’attendre qu’à un résultat tout en noirceur qui ne laissera pas les mortels que nous sommes dans l’indifférence !
En effet, mêler le black metal, l’indus, le dark ambient, le post-punk voire le hardcore, il en ressort rarement (jamais en fait) de la musique de chambre ! Alors accrochez vous pour un voyage obscur et tourmenté voire empoisonné !
Les ambiances sont d’emblée pesantes, rendues lourdes et intrigantes à plus d’un titre ! Les sonorités dissonantes à souhait, les voix de Dehn façon chœurs angoissants et hantés, la ligne de basse à la fois puissante et enveloppante y contribuent grandement, sans oublier la voix d’écorchée vive de Marion qui a de quoi figer sur place une armée de molosses agressifs !
Les morceaux tournent en moyenne autour des cinq minutes, ce qui leur permet de garder une énergie intacte qui ne se dissipe pas au fil de l’eau comme c’est parfois (souvent) le cas avec des titres fleuves dépassant la dizaine de minutes ! Pas ailleurs, la plupart dispose d’intro et/ou d’outro plutôt calmes, qui certes plantent le décor ou terminent sur une phase pendant laquelle on peut se refaire la cerise, ou permettant de se sentir partir sous les effets du poison injecté, mais qui réduisent au final le cœur de chaque titre. Tous évoquent un poison différent qui promet une destinée mortelle à qui l’ingurgitera, mais j’avoue n’avoir pas creusé pour savoir à qui ils étaient destinés ici.
La performance vocale de Marion mérite qu’on s’y attarde un peu ! Dire qu’après avoir quitté Overmars, elle pensait mettre fin à son parcours musical… On peut mesurer la perte que cela aurait été quand on voit, ou plutôt entend, l’expression de son talent dans tout ce qu’il a de plus explosif ! Cris déchirants, gémissements plaintifs, hurlements tous droits sortis des entrailles de la terre se succèdent au fil des morceaux, tout en maîtrise et collant pleinement au registre obscur que les parties instrumentales diffusent dans une sorte de tourbillon malsain duquel il ne semble pas possible de réchapper !
De mon point de vue, il n’y a pas de titre prenant le dessus sur un autre ; tous procurent leur lot d’émotions et ont une capacité immersive, l’auditeur étant happé dans une obscurité totale à chaque instant, que ce soit dans les phases calmes des débuts de morceaux ou lors de l’intensité musicale qui s’en dégage, et ce, tout au long des trente-sept minutes d’écoute ! Question intensité, celle de « CURARE » est une spirale infernale que les blast beats incessants, les riffs enivrants, crescendo dans l’escalade maléfique, et les breaks sombres et planants amplifient pour s’emparer de ton âme en te pousser dans tes derniers retranchements.
L’artwork de la pochette image à merveille l’univers qu’Eitrin dépeint, tout en noirceur.
Ce premier opus d’Eitrin est juste maléfique, terrifiant et subjuguant. Il imprègne et marque au fer rouge l’âme de celui que la curiosité et la recherche d’une certaine forme d’excellence musicale intense et sombre auront poussé à lui prêter une oreille !
Gageons qu’il ne faudra pas attendre une vingtaine d’année supplémentaires de vie pour Debemur Morti Productions avant de voir sortir une autre galette de cet acabit.
Tracklist :
1. RICIN – The bloody king of all poison 5:13
2. SARIN – Consigned to oblivion 5:09
3. CYANIDE – A cracked dam 4:43
4. PHENOL – Sinister 4:13
5. ARSENIC – The eye of the whale 5:22
6. MUSCARINE – What is sacred 5:35
7. CURARE – The silence of the innocent 6:58
Voilà plus d’une vingtaine d’années maintenant que les Australiens de The Amenta roulent leur bosse au sein d’une scène metal toujours plus riche et dense ! Cinq EP et quatre albums constituent une discographie conséquente, qui tourne autour d’un death metal industriel dont l’intensité musicale domine largement sur la froideur indus qui, du reste, est souvent aux abonnés absents !
Avec « Plague of Locus », les gars de Sydney reviennent en proposant un album essentiellement basé sur des reprises de différents artistes, remises pour l’occasion à leur sauce !
Après une courte intro angoissante, « Sono l’Antichristo », l’un des morceaux culte de l’œuvre insondable de Diamanda Galas, artiste aussi mystérieuse qu’avant-gardiste, retentit ! Autant le dire tout de suite, voir cette reprise figurer sur un album de The Amenta n’est absolument pas surprenant, tant les ambiances que l’on retrouve des deux côtés sont proches, voire similaires ! L’intensité musicale d’un côté, celle de la force de l’interprétation de l’autre, s’il fallait décrire une différence qui, vous le constatez, n’est qu’infime et affaire de perception ! Alors, esprit es-tu là ? Celui de Diamanda assurément !
Pas surpris non plus en voyant « Asteroid » de Killing Joke passer entre les mains des Australiens, la folie artistique qui les habite ayant les mêmes ressorts ! Là encore, il y a de l’agressivité maîtrisée dans ce cover et une ambiance oppressante qui te malmène tout au long du morceau pour un rendu on ne peut plus magnifique !
De l’angoisse de nouveau au programme avec « Angry Chair » des grungy d’Alice in Chains à l’origine et qui ici prend des allures de chaos musical qui s’immisce dans ta tête et s’empare de ton esprit pour le faire sortir de sa zone de confort.
Les reprises de groupe moins connus, Américains et Australiens, Wolf Eyes, Lord Kaos ou encore Nazxul ne doivent rien au hasard ! On reste dans un registre oppressant, interpelant, voire dérangeant, qu’à mon sens, toutes les oreilles ne sont pas en mesure d’apprécier à leur juste valeur ! Jetez un œil, ou plutôt une oreille sur l’intrigant « A Million Years » et on en reparle après ! Le déluge de black metal sur « Totem » ou « Crystal Lakes » est, quant à lui, poussé à son paroxysme !
« Rise » dure moins de trois minutes mais t’envoie dans les cordes et te martèlent de coups de manière continue sans que tu ne puisses en parer un seul !
Le dernier cover est « Black Dog » de My Dying Bride qui retranscrit à la sauce The Amenta, l’atmosphère lourde et hypnotique de la version originale.
« Plague of Locus », qui a donné son nom à l’album, est le seul titre composé par les Australiens, noyé au milieu de ces revisites musicales, mais pas vraiment éloigné non plus, l’ambiance y est tout aussi lourde, voire malsaine !
Avec cette galette, The Amenta nous livre une véritable ode à l’étrangeté musicale dans tout ce qu’elle peut avoir d’obscure, d’expérimentale, d’intense ou d’avant-gardiste, à travers les reprises de groupes ou artistes qui ont immanquablement eu une influence sur ce qu’est la musique de The Amenta aujourd’hui !
« Plague of Locus » ne fera pas l’unanimité, c’est clair, mais c’est aussi clair que tel n’était pas le but en sortant un tel opus !
Tracklist :
01. Intro 1:07
02. Sono l’Antichristo (Diamanda Galas cover) 3:30
03. Asteroid (Killing Joke cover) 3:26
04. Angry Chair (Alice in Chains cover) 6:31
05. Plague of Locus 3:34
06. A Million Years (Wolf Eyes cover) 5:092:56
07. Crystal Lakes (Lord Kaos cover) 6:55
08. Rise (Halo cover) 2:51
09. Totem (Nazxul cover) 3:24
10. Black God (My Dying Bride cover) 5:01
Septembre 2021 à Bootle, petite ville britannique, la police du comté de Merseyside abat un cerf blanc qui déambulait dans les rues de la localité. Tel est un des points de départ de ce nouvel album de Slidhr intitulé à point nommé « White Hart ! ». Outre sa rareté, cet animal a toujours été le porteur d’une forte symbolique. Dans les cultures celtes, notamment, on le considérait comme un messager de l’Autre Monde qui apparaissait lors des périodes de trouble pour guider les hommes vers la connaissance et des temps meilleurs. Le choix d’abattre cet animal n’est donc pas sans portée symbolique : ce n’est pas le simple assassinat d’un cervidé, c’est le meurtre symbolique d’une partie des esprits humains qui étaient prêts à le suivre. C’est bien pour cela que J Deagan s’est, en partie, inspiré de cette actualité pour cet album plein de colère et de haine pour le monde tel qu’il semble établi aujourd’hui. Sans être un album militant, « White Hart !» se conçoit comme un album virulent et une réflexion sur la force et les faiblesses spirituelles de l’Homme face à son propre l’esclavage.
https://youtu.be/OHp1oCgZVp4
Plus factuellement, le groupe présente toujours cette particularité d’être constitué d’un line-up international, puisque J. Deagan est Irlandais, B. Einarsson Islandais (et batteur de Sinmara, Wormlust, Almyrkvi) et S Dietz Allemand. Le trio revient cinq longues années après son deuxième album, le très sous estimé « The Futile Fires Of Man » sorti alors sous les auspice de Van Records. Cette fois, Slidhr a signé sur label français Debemur Morti Production pour « White Hart ! ». Musicalement cet album s’ouvre de manière très intense et dense avec « The Temple Armoury » et l’éponyme « White Hart ! » . La texture et l‘épaisseur de l’ensemble ne sont pas sans évoquer la scène islandaise avec cette musique à la fois très massive, très noire et un chant rugueux. On retrouve ça et là quelques dissonances, mais on ne peut pas dire non plus que Slidhr en fasse une marque de fabrique, contrairement à certains de ses comparses de l’île de glace. Parfois la limite entre le death metal et le black peut être ténue mais c’est bien l’ambiance ténébreuse qui retiendra l’attention. Loin d’être monolithique, Slidhr n’a pas qu’une seule corde à son arc et assez vite, on voit la musique de « White Hart ! » se parer d’autres nuances tout aussi sombres les unes que les autres. Par exemple « Trench Offering » s’ouvre sur une atmosphère plus lente, avant que ne reprennent les hostilités. Plus encore, la dernière partie de ce morceau navigue dans des eaux que l’on pourrait qualifier de doom et épiques. Une atmosphère poisseuse que l’on retrouve dans « What the Gauntlet Bestows » réhaussé par quelques chœurs et motifs de guitares acoustiques. « Bloodie Tongue » s’enfonce encore un peu plus dans les ténèbres d’un doom black death dont l’ambiance quasi funéraire n’est pas sans rappeler ce que pouvait proposer un groupe comme Vallenfyre en son temps. La musique est écrasante, étouffante et suinte de fiel et d’amertume. Wall of the Reptile est à peu près du même acabit mais jouant davantage avec des changements de rythmes.
https://youtu.be/KyFrtsYj028
Jouant aussi bien sur la fibre d’un black metal martial et implacable, Slidhr sait aussi parfaitement emmener son auditoire dans d’autres univers tout aussi écrasants et ténébreux les uns que les autres. A l’instar de son précédent opus « The Futile Fires Of Man », « White Hart ! » se révèle comme un album à la fois solide et cohérent. On est frappés par l’aura de noirceur et de rage qui se dégage de cet album sans faiblesse. Il serait dommage de passer, une fois de plus, à côté d’une telle formation et d’un tel album.
Tracklist :
1. The Temple Armoury (06:05) 2. White Hart! (04:30) 3. Sacred Defiance (05:36) 4. Trench Offering (05:57) 5. What the Gauntlet Bestows (06:50) 6. The Bloodied Tongue (04:28) 7. Wall of the Reptile (06:03) 8. Hate’s Noose Tightens (05:18)
Nouvelle entité issue du label français Debemur Morti, Ershetu a été initié par le parolier Void et le compositeur Sacr. L’objectif artistique de ce nouveau projet quelque peu mystérieux est d’explorer les différentes conceptions culturelles de ce qui obsède l’homme depuis qu’il est homme : la mort. Le mot « ershetu » désigne d’ailleurs un des enfers de la civilisation mésopotamienne. Ce premier album album intitulé « Xibalta » centre son propos sur la culture maya et se dote de musiciens de renom, en la personne deVindsval (Blut Aus Nord) et de Lars Nedland(Borknagar, Solefald). Le premier s’est occupé de l’ensemble de l’instrumentation (guitares, basse, batterie), le second du chant. Le résultat est un album de six titres qui s’inspire pour une partie du Popol Vuh, principale source de connaissances sur les mythologies mayas. L’album s’ouvre sur « Enter the Palace of Masks », qui nous plonge dans une atmosphère cérémonielle suggérant bien l’univers culturel dans lequel l’auditeur va être plongé, notamment grâce aux percussions. Avec « From Corn to Dust », commence véritablement le cœur de cet album : la voix de Lars Nedland, des lignes de cordes très grave et un son de flûte obsédant nous plongent dans une atmosphère lourde et tragique à la fois, qu’illustre à merveille le clip réalisé par Dehn Sora. Dans la progression du titre, une voix grave et saturée vient noircir un peu plus encore l’ensemble, ainsi que des lignes de violons qui lui donnent un cachet que l’ont pourrait qualifier de cinématographique. C’est d’ailleurs, peut-être, une des principales caractéristique de ce premier opus, que de donner l’impression d’écouter une sombre Bande Originale de film avec des motifs musicaux qui reviennent dans les différents morceaux et qui, du coup, donnent un sentiment d’unité à l’ensemble. Pour autant si on retrouve ces principes de composition au travers des quatre autres morceaux, cela se fait sous des formes variées, ce qui fait toute la richesse de cet album qui s’avère il faut bien le dire assez passionnant et immersif.
https://youtu.be/9F-Tlq4JmtM
Du côté de l’instrumentation, Ershetu parvient à un remarquable équilibre, avec un black metal puissant rehaussé de sonorités renvoyant à l’univers maya. Les percussions, les flûtes donnent un réel cachet à « Xibalta » sans pour autant couvrir tout le reste. Le choix de Lars Nedland pour le chant est plus que pertinent et celui-ci habite véritablement chacun des morceaux. Quand on connait un peu son travail dans Borknagar ou Solefald, qui d’autre mieux que lui pouvait amener cette profondeur spirituelle ? L’usage des cordes (violons, contrebasse) pourrait paraître curieux dans un premier temps, car ne renvoyant pas forcément à la culture maya, mais dans les faits, elles s’intègrent assez naturellement et renforcent plus encore le coté cinématographique de l’œuvre, notamment dans les moments les plus tragiques. Bien que n’ayant pas eu accès aux textes, les paroles semblent refléter également cette culture maya, que ce soit « Cult of the Snake God » (renvoyant probablement au dieu de la résurrection Kukulkan, équivalent maya du dieu aztèque Quetzalcoalt) ou dans « Tunkuluchu » (référence aux hiboux considérés comme les annonciateurs de la mort).
Premier volet d’une série consacrée à la mort dans les civilisations disparues, « Xibalta » s’avère être un album conceptuel à la fois novateur, équilibré et captivant. Servi par son et un mix remarquables de puissance et d’équilibre, c’est probablement un des disques les plus recommandables de cette fin d’année pour les amateurs de black metal suffisamment curieux et appréciant des ambiances sortant de l’ordinaire. On se languit déjà de la suite.
Tracklist :
01. Enter The Palace Of Masks 02. From Corn To Dust 03. The Place Of Fright 04. Cult Of The Snake God 05. Hollow Earth 06. Tunkuluchú