Après le cheval de Troie, madame Hun de Troyes, voici The Prophecy²³…
Vingt ans de carrière l’année prochaine, un EP (“Immortal attitude”) en 2007 et voilà qui arrive leur quatrième album après “… Into the pit” (2010), “Green machine laser beam” (2012) et “Untrue like a boss” (2014) avec toujours ce crossover / thrash metal bien délirant, combinant une énergie punk et hardcore (beaucoup), death metal (un peu) et évidemment thrash metal (principalement) ! Toute cette combinaison, savant mélange entre le old school et quelques éléments plus modernes et bien frais (“fresh”), nous montre un groupe qui, s’il reste fidèle à la recette qui fait son succès depuis le premier album, n’hésite pas à sortir des sentiers banalisés par ses confrères de style musical !
The Prophecy²³, c’est bien évidemment un gros fond de thrash metal old school dans lequel il incorpore tous ces ingrédients pour en faire quelque chose de relativement unique. Rajoutons à ça une basse absolument infernale avec un slap bien claquant et omniprésent, et on commence à voir de quoi on parle ! Les deux chanteurs, l’un tantôt thrash tantôt franchement hardcore, l’autre vomissant un growl bien dégueulasse (dans le bon sens du terme), sont totalement complémentaires. On adhère !
Pour ce nouvel album, ce ne sont pas moins de quatorze titres ébouriffants, bourrés d’une énergie que seuls les groupes du genre savent nous apporter : on imagine aisément D.R.I. et le Suicidal Tendencies du premier album s’allier tant à Tankard (pour l’alien sur l’artwork) qu’à Insanity Alert (pour l’humour !), et toute cette flopée de groupes death metal qui n’hésitent pas à incorporer des éléments thrash old school dans leurs compositions (pour le chant).
Alors en effet, ça bastonne (très souvent), ça y va de ses éléments mélodiques (oui, enfin, parfois, l’instrumental “Mexico Maya mosh” est là pour nous en parler), c’est fun (tout le temps), ça moshe sévère (tout le temps aussi), ça vocifère toute sa hargne avec humour (tout le temps, au risque d’en faire un running gag) et on se prend claque sur claque par tant d’énergie positive !
The Prophecy²³ nous offre un album surprenant mais d’une efficacité incroyable : treize invitations à des pogos effrénés pour plus de trois quarts d’heure de furie (quasi) non stop !
Et n’oubliez pas, “Il faut que ce soit green, ok ?”
Tracklist :
1. We Love Fresh Metal (4:12)
2. No Deep Talks, Just Drinks (3:00)
3. Caps, Trucks and Rock ‘N’ Roll (4:11)
4. Pump It Up (2:49)
5. I Wish I Could Skate (3:34)
6. Beach, Waves, Beer, Babes (2:38)
7. Calm Down (3:10)
8. Intergalactic Anti Capitalism (4:39)
9. We Kindly Ask to Shred (3:34)
10. Mammon (2:03)
11. Mexico Maya Mosh (1:21)
12. P.Y.L. (3:49)
13. Prankster (3:37)
14. The Greenwolf (4:06)
Deuxième album pour les Turcs de Thrashfire après un “Thrash Burned the Hell” remarqué par les thrahshers en 2011. S’en sera suivi un EP “Vengeance of Fire » en 2015 et puis calme plat depuis.
Thrashfire fait partie de ces groupes de la new wave of old school thrash metal qui perpétue la belle tradition des rythmiques rapides et saccades, avec son lot de riffs qui tuent, à l’instar des The Force, Violator, Riotor, Alcoholator ou leurs compatriotes de Vengeful Ghoul qui ont fait leurs armes à l’écoute des Exodus, Kreator, Morbid Saint, Blessed Death ou Dark Angel. Bref, de belles influences.
Musicalement, comme d’habitude dans le genre, on ne va pas chercher l’innovation et encore moins la révolution : Thrashfire nous balance dix titres bien foutus sur lesquels on n’hésitera pas longtemps avant de secouer la tête en tapant du pied, et si le but du groupe est de juste se montrer efficace, le pari est réussi.
Evidemment, cet album n’est pas celui de l’année : on a affaire à un thrash metal tout ce qu’il y a de plus commun mais la conviction ainsi que la rage qu’ils mettent dans leur musique suffit à les sortir du lot. Un chant possédé par un hurleur hyperactif qu’on aurait mis sous boisson énergétique en intraveineuse, un batteur qui martèle ses fûts de façon incessante et du riff rageur et on a le cocktail proposé par le trio d’Ankara.
Alors oui, le plus difficile des thrashers va trouver la musique de Thrashfire un rien trop prévisible, avec son lot de poncifs dans le genre (lyrics blasphématoires, misanthrop(iqu)e, sur l’alcool et le metal…) mais n’oublions pas que le groupe vient d’un pays où le metal n’est pas le genre le plus représenté et qu’il a le mérite non seulement d’exister, mais de se montrer plus que crédible.
Bref, ça pulse, ça tabasse bien, ça fait son petit effet pendant 42 minutes, et ça permet de passer du bon temps sur du riff old school et bien foutu. Et n’est-ce pas là l’essentiel ?
Tracklist :
1. Pure Devastating Necromancy (2:59)
2. Katacomb (The Kingdom of Ressurrection) (5:04)
3. Dybbukim (3:34)
4. Wisdom of Sacrilegious (3:54)
5. Supreme Command (5:51)
6. Through the Crimson Darkness (3:18)
7. Slaughtered by Hellgoats (3:07)
8. Post Apocalyptic Holy Terror (5:12)
9. High Heel in the Hell (3:20)
10. Into the Armageddon (6:17)
Originaire de Suède et actif depuis 2008, Chine sort l’année d’après un EP, Repulsive Sonatas. Suivront deux albums, Betray Your Own Kind et Immanent, parus respectivement en 2012 et 2016. Ce début mars voit l’arrivée d’un nouvel EP, Like Vultures, toujours pas signé.
Chine… ça part un peu dans tous les sens. Du Death alternatif qui jongle habilement avec du Nu Metal, du Thrash, de bonnes parties Prog et un gros soupçon de Deathcore, notamment dans la voix. Les chanteurs se succèdent et ne se ressemblent pas au sein de Chine. Tintin Andersen module sa voix, qu’il sait pousser dans les extrêmes, variant du growl abject aux screams les plus aigus façon Core, voire Black par moment, sans oublier, bien sûr, quelques passages en chant clair. Son chant prend souvent à contre-pied, mélodies ou riffs, du style chant crié ou growl caverneux sur mélodie douce, ou chant clair sur des rythmes musclés. Chine peut passer de moments très calmes en mid fort acceptables à d’autres, limite blasts, en un clignement de paupière et, surtout, sans qu’on s’y attende. Les riffs saccadés invitent à sauter sur place et à tout péter aux alentours, puis enchaînent subitement une mélodie genre Heavy qui temporise, tant bien que mal, l’énervement éprouvé auparavant.
Metal alternatif pour certains, Death mélodique pour d’autres, il n’est pas facile de cantonner nos Suédois dans un registre ou un style bien défini. C’est certes très mélodique et mélodieux, mais ne te fie pas au calme apparent car tu vas te faire retourner la tête à coup sûr sur le riff Thrash suivant.
Avec ce nouvel EP, Chine n’a toujours pas l’intention de calmer nos nerfs. Like Vultures joue avec nos émotions et pourrait bien nous faire plonger dans une folie douce.
Tracklist :
01 The Scavenging Elite (5:00)
02 A Line in the Dirt (4:56)
03 Erase Me (5:08)
04 Nothing but Black (5:16)
Après m’être régalé à chroniquer le dernier album de Schizo « Rotten spiral » sorti le 25 mars dernier, la curiosité de revenir réécouter plus en détail leur tout premier méfait qui date déjà de 1989 était forte.
En effet, il est toujours intéressant, lorsqu’on (re)découvre un groupe qui était plus ou moins passé inaperçu – du moins pour votre serviteur – à l’époque, de réentendre les balbutiements de cette même formation avec un autre recul.
Car, bon, quand même, Schizo existe depuis 1984 et aura attendu cinq ans pour sortir son premier véritable album après trois démos : si « Psycho terror » était déjà présent sur la deuxième démo « Total schizophrenia » (1986), les titres « Sick of it all », « Violence at the morgue » et « Main frame collapse » composaient la totalité de la troisième demo « Main frame collapse » (1987), les sept autres auront été de nouvelles compos pour ce premier album à l’intitulé identique à la dernière démo.
Au total, onze titres pour 37 minutes de thrash furieux, où seule l’urgence primait, à la croisée des Kreator de l’époque, de leurs compatriotes de Bulldozer ou Necrodeath, Venom et autres groupes speed / thrash.
Sorti initialement chez Crime Records, « Main frame collapse » se voit remasterisé pour ressortir chez Punishment 18 Records qui a décidément eu le nez creux vu la qualité de « Rotten spiral ».
Pour la petite histoire, on notera que Schizo avait contacté à l’époque Monsieur Chuck Schuldinerhimself pour rejoindre le groupe lors des sessions d’enregistrement de cet album. Etant plus que très occupé avec Death, le légendaire hurleur / guitariste avait décliné l’invitation.
Quoiqu’il en soit, les influences propres à Necrodeath et à Death (époque « Scream bloody gore ») sont fortement présentes dans le jeu des guitares de Schizo.
Déjà, ça joue à fond les ballons en quasi permanence : on parlera de thrash metal brutal pour le coup, avec quelques réminiscencesblack metal impalpables, mais bien présentes.
Ici, on parlera plus d’urgence que de balbutiements mais montrant déjà une bonne maîtrise d’ensemble laissant entrevoir le potentiel du groupe, grandement représenté avec un album aussi mature par la suite que sera le quasi parfait « Rotten spiral ».
Les titres sont majoritairement courts : seuls trois titres se situent dans les quatre minutes et le morceau éponyme s’étire sur six minutes et sera le seul mid tempo de l’album. Titre pour le moins mystérieux, il prouve, après tant de furies thrash au tempo full speed, tout le talent de composition de Schizo, capable de nous balancer un titre oppressant avec en prime une accélération à nous coller au siège dans sa dernière minute.
Pour le reste, ça tabasse sévère : d’entrée, « Violence at the morgue » envoie la sauce sans crier gare. A peine plus d’une minute dethrash à la « speederie » intense et au chant écorché façon Petrozza sous amphétamines.
Et la suite ne faiblira pas : « Threshold of pain » enfonce le clou méchamment avant que « Make her bleed slowly » nous prenne à contre-pied avec un titre que l’on croyait mid tempo mais qui nous gratifie d’une accélération démentielle passé une minute.
Et que dire de la suite ? « Epileptic void » porte bien son nom, « Removal part 1 & part 2 » est purement dévastateur, « Psycho terror » est d’une violence incroyable, « Sick of it all » et « Manifold hallucinations », limite punk hardcore, continuent les intentions du groupe à ne pas vouloir nous laisser reprendre notre souffle, l’instrumental « Behind that curtain » commence tranquillement avant de nous achever avec un tempo speed d’une intensité rare malgré des breaks plus mid tempo tout en furie contenue.
Ensuite vient « Main frame collapse » sur lequel il est inutile de revenir avant que l’album ne finisse sur un « Delayed death » en guise de digestif encore une fois d’une brutalité rare pour l’époque.
En 1989 est donc sorti ce premier album de Schizo hélas bien noyé par les autres sorties du même genre comme « Beneath the remains», « Extreme aggression », « Agent orange », « No more color », « Leave scars », « Practice what you preach », « Annihilation of civilization », « Piece of time » ou autre « Altars of madness »… ce qui a fait que « Main frame collapse » soit resté relativement discret malgré une qualité intrinsèque bien réelle.
Prêts pour une séance de rattrapage ?
Tracklist :
1. Violence at the Morgue (1:25)
2. Threshold of Pain (2:52)
3. Make Her Bleed Slowly (4:40)
4. Epileptic Void (3:13)
5. Removal Part 1 & 2 (1:54)
6. Psycho Terror (4:40)
7. Sick of It All ! (2:33)
8. Manifold Hallucinations (2:28)
9. Behind That Curtain (Instrumental) (4:36)
10. Main Frame Collapse (6:09)
11. Delayed Death (2:24)
« Il n’est de plaisir qu’en imagination », qu’il disait, l’écrivain Paul Léautaud.
Ca, pour l’avoir espéré, imaginé, fantasmé, on peut dire que, pour un fan de ce groupe danois, il aura été attendu, ce nouvel album d’Artillery !
Actif depuis 1982 et fort d’albums mythiques comme « Fear of tomorrow » (1985), l’énorme « Terror squad » (1987) ou un « By inheritance » (1990) en guise d’apothéose d’un triptyque infernal avec un Flemming Rönsdorf possédé au chant, Artillery splitte en 1991 pour se reformer en 1998 avec en prime un « B.A.C.K. » (1999) d’honnête facture toujours articulé autour des frères Stützer aux guitares et de Rönsdorf au chant.
C’est l’année suivante qu’Artillery splittera pour la deuxième fois avant que les frangins ne le reforment à nouveau en 2007 cette fois-ci avec Soren Adamsen au chant, le bassiste Peter Thorslund déjà présent pour « By inheritance » et Carsten N. Nielsen à la batterie.
Sous ce line up sortiront les honnêtes « When death comes » (2009) et « My blood » (2011) sans atteindre l’aura des trois premiers albums du groupe.
Re-changements de batteur et de chanteur, Josua Madsen (ex-Consumned, ex-Dennis Develin) prenant les baguettes et Michael Bastholm Dahl (Ripe) le micro.
C’est sous ce line up qu’Artillery sortira l’excellent « Legions » en 2013, puis enfin ce huitième album « Death by perception », le quatrième depuis leur reformation de 2007, qui pourrait bien, enfin, redonner à Artillery ses lettres de noblesse.
Car, pas trop tôt, on retrouve tout un paquet d’éléments qui manquait depuis « Terror squad » : enfin le retour de ces rythmiques martelées tambour battant, ce catalogue de riffs saccadés et ce son (presque) typique de l’Artillery des années 80.
Quand en plus on constate que le timbre de M.B. Dahl se rapproche assez de celui de Rönsdorf, on comprend que les fans nostalgiques du groupe vont en avoir les fesses qui font bravo à l’écoute de ce nouvel album.
D’entrée, avec « In defiance of conformity », les bases sont posées : les rythmiques sont rapides et variées, le groupe passant du thrash bien saccadé à des moments plus mélodiques, le chant haut perché est rageur tout comme il faut, et les riffs bien tranchants. Quant aux soli, ils ne sont pas en reste : toujours bien sentis, rapides ou plus mélodiques, mais l’ensemble est d’une fluidité remarquable : les presque six minutes de ce premier morceau passent comme une lettre à la poste.
S’ensuit un titre qui pourrait bien être un hymne du groupe : « Live by the scythe » est un bon brûlot comme Artillery a su nous en sortir à l’époque à l’instar d’un « Time has come », « Terror squad » ou « In the trash ». Après une intro Maidenienne à deux guitares, le titre repart dans une furie thrash proche du premier titre avec un refrain aux petits oignons et une efficacité à tous niveaux.
Après ces deux petites bourrasques, on aurait pu penser que l’album allait partir sur une note plus calme : ça sera le cas la première minute : intro mélodique avant que le tempo ne s’accélère pour de bon. Et quand on parle de vitesse, ça va vite, plus vite que les deux premiers morceaux.
Et ça dépote sévère : Artillery est en forme et nous le prouve, ce titre est une pure tuerie. Encore une fois, le groupe s’appuie sur une rythmique saccadée et bourrée de breaks, de soli furieux et de refrains imparables… La marque de fabrique d’Artillery, en clair.
Rarement ils auront, en huit albums, joué un titre aussi rapide et intense du (quasi) début à la fin.
Le plus court « Mercy of ignorance », plus mid tempo mais non moins efficace, avec son refrain une nouvelle fois réussi avec des chœurs excellents, nous ramène aux meilleures heures du groupe : le solo est d’une précision diabolique et l’ensemble semble être un véritable bordel particulièrement organisé tellement on a la sensation que ça part dans tous les sens. Mais le tout est d’une grande cohérence et parfaitement maîtrisé !
« Rites of war » et « Sin of innocence » restent dans la configuration d’un thrash toujours très précis avec ce martèlement incessant et ces riffs saccadés toujours non-stop, ne laissant aucun moment de relâche à l’auditeur. Les breaks qui offrent une décélération du tempo ne sont même pas là pour baisser un tantinet la tension, il y a toujours un solo qui part ou une accélération qui nous prend à contre-pied pour nous empêcher de reprendre une bouffée d’oxygène.
Cette bouffée arrivera avec « When the magic is gone », sorte de ballade façon … « The ballad » de Testament qui commence tranquillement, comme un cheveu sur la soupe certes (difficile de passer à un titre si calme après six bourrasques violentes) et termine aux limites du thrash.
« Cosmic brain », « Deity machine », « Path of the atheist » et l’excellent final « Welcome to the mindfactory » se chargeront de rattraper la moyenne en nous assénant à nouveau une chape plombée de thrash bien lourd sur la caboche !
On l’aura compris, avec ce « Penalty by perception », Artillery se rapproche considérablement de son faste d’antan qu’il avait acquis avec ses trois premiers albums.
Quand on sait qu’en plus, ils ont été plus que convaincants lors de leurs passages live – on se rappellera de leur prestation au Ragnard Rock en juillet 2015 –, on ne peut qu’être optimiste pour la suite de leur carrière : nul doute que cet album achèvera de la relancer au mieux, confirmant tout le bien qu’on a pensé d’eux depuis leur reformation.
A ne (surtout) pas manquer en concert, notamment au Sylak 2016 en août prochain.
Tracklist :
1. In Defiance of Conformity (5:46)
2. Live by the Scythe (5:04)
3. Penalty by Perception (4:58)
4. Mercy of Ignorance (3:49)
5. Rites of War (4:20)
6. Sin of Innocence (5:15)
7. When the Magic Is Gone (4:33)
8. Cosmic Brain (4:35)
9. Deity Machine (4:55)
10. Path of the Atheist (4:47)
11. Welcome to the Mindfactory (5:45)