"Le Voreux, au fond de son trou, avec son tassement de bête méchante, s'écrasait davantage, respirait d'une haleine plus grosse et longue, l'air gêné par sa digestion pénible de chair humaine." (Emile Zola)
Vous l'aurez deviné, j'ai été comme beaucoup amené à lire Germinal. Ce fut mon premier contact avec l'univers de la mine de charbon, j'avais seize ou dix-sept ans, j'étais au lycée en classe littéraire et comme vous vous en doutiez, à l'époque on étudiait encore les romans naturalistes. Outre la caractère un peu pompeux des nombreuses longues descriptions inhérentes au genre naturaliste, je me souviens que l'histoire, reprenant le récit concernant la famille des Rougon-Macquart sur vingt romans (vingt ! Un véritable travail de fourmi !), s'inscrivait surtout dans une époque extrêmement difficile, tant sur le plan politique que sur le plan du quotidien. Evidemment, c'est un roman, donc il est à prendre avec un certain recul, une certaine objectivité si l'on ne veut pas finir sous antidépresseurs. Mais quand-même ! Il s'agissait d'une époque bien réelle et depuis, je n'ai eu de cesse d'avoir une certaine attirance, autant fugace que sincère, pour l'univers de la mine. La preuve, si tant est que cela puisse en être une : j'habite non loin de la vallée de la Matheysine en Isère, site connu en France pour avoir accueilli des mines d'anthracite, et dont les vestiges perdurent aujourd'hui notamment dans un musée très intéressant, que ma fille adore, à La Motte d'Aveillans. J'ai toujours eu une empathie pour ces travailleurs au forceps qui oeuvraient dans des conditions terribles, risquant leurs vies en fonction du grisou ou de la silicose qui rongeait inlassablement leurs poumons. Il faut admettre que même si les conditions de travail dans les mines se sont grandement améliorées avec le temps, et que l'époque de Germinal a fort heureusement laissé place à des jours plus tranquilles, il n'en demeure pas moins que ce genre de boulot reste pour moi un vrai purgatoire que je n'aimerais jamais connaitre. Voilà pourquoi dès qu'un groupe traite dans son concept de l'univers minier, je suis rapidement intéressé. J'ai pour exemple le groupe Silicose qui m'a plu tout de suite y compris dans son approche très raw ! Après, dans un registre beaucoup plus mainstream, groupe pour lequel par ailleurs j'ai un rapport plus étroit personnellement avec mes projets, il y a Wind Rose qui reste plus sur le monde des nains mais bon : les nains n'étaient-ils pas des mineurs aussi ? A leur façon, dirons-nous ! Et puis, il n'y a pas si longtemps, un label (France, Black, Death, Grind, de mémoire) a sorti de son chapeau magique un groupe qui a tout de suite attiré mon attention, pour les raisons évoquées plus haut mais pas que. Il s'agissait de Galibot. L'album "Euch'Mau Noir" mis en valeur par ce label alors qu'il était initialement autoproduit m'a rapidement fait un très bon effet ! Et j'avais prédit, sans vouloir être prétentieux, que le groupe serait signé chez Les Acteurs de l'Ombre Productions, pour des raisons tantôt évidentes, tantôt hypothétiques, mais mon instinct me susurrait que ce groupe irait sur le roster du label ! Je ne m'étais pas trompé car ce jour, en release du jour, je vous présente non pas un nouvel album de Galibot mais une réédition du fameux "Euch'Mau Noir", qui prend un nom légèrement différent pour "Euch'Mau Noir Bis". D'ordinaire les rééditions ne m'attirent guère mais le fait qu'elle intervienne chez Les Acteurs de l'Ombre Productions n'est pas anecdotique, et je vais donc m'amuser à vous en donner les raisons selon moi. C'est parti !
Alors, quel est donc ce projet qui reçoit l'adoubement de ce label important désormais ? Galibot est une jeune formation qui existe depuis le début des années 2020, la première sortie étant un split en 2021 avec des groupes aux noms plutôt exotiques comme Bill the Dog, Buuziguuluum et Urine Tumor (je vous passe d'ailleurs le nom des morceaux qui m'ont pas mal fait rire, sauf étonnamment, celui de Galibot, resté très sérieux !). Le projet nous vient du Nord de la France, et nous serions tentés de dire que c'est normal, mais attention ! Le monde de la mine de charbon n'est pas qu'inhérente au Nord, même si j'admets que l'on associe très souvent cet univers là-bas. Wallers Arenberg se situe d'ailleurs en périphérie de Valenciennes pour ceux que cela intéresse. Ensuite, une démo en 2022 et ce premier album donc, "Euch'Mau Noir" en 2024, qui signifie en chtimi, patois du Nord pour les non-initiés, "le diable noir". Un début de parcours prolifique et intéressant, avec une vraie belle évolution entre la démo et le premier album qui me laissait penser à l'époque beaucoup de bien pour cette jeune formation. J'avoue avoir totalement oublié d'écouter le split, je tâcherai de m'y intéresser rapidement même si le côté décalé de ce split me rebute un peu et pousse à me demander dans quelle galère ils s'étaient à l'époque fourrés. Mais voici donc la réédition de ce premier album, en une sorte de clone qui porterait un nom différent, "Euch'Mau Noir Bis". Certains trouveront le fait de rééditer ce fameux premier album un peu étrange, pour ma part je pense avoir saisi pourquoi. L'intérêt est hautement discutable mais au moins, le résultat pourrait permettre à Galibot de confirmer ou d'infirmer toutes les espérances placées en eux. On y va pour la découverte de cet "Euch'Mau Noir Bis" !
Qui dit réédition dit généralement nouvelle pochette ! D'autant que, je le répète, cette réédition sonne comme un grand pas fait en avant par Galibot. J'ai en ma possession les deux versions de "Euch'Mau Noir (Bis)" donc la comparaison fut aisée. Et globalement, je peux dire que je suis un peu déçu par le devant de la pochette. Je préférais mille fois la version avec ce ciel bleu gris dont on peine à savoir s'il s'agit d'un ciel "beau" ou pluvieux. Et cette confusion possible, je la trouvais intéressante symboliquement, d'autant que cette couleur énigmatique mettait bien mieux en valeur le bâtiment de l'ancienne mine d'Arenberg que j'ai reconnue en faisant mes recherches. Là, on est face à une sorte de rouge un peu violet et l'on a cet effet comme si l'on regardait dans des lunettes 3D mais sans le vert. Vous savez, ces vieilles lunettes qu'on avait dans certains jeux pour enfants ! Donc, cette couleur ne me sied guère et en plus la photographie originelle n'est plus aussi belle que précédemment. Mauvais point. Heureusement, on retrouve l'héraldique du Nord, "D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules" et le côté de la pochette qui me plaisait bien aussi. En revanche, l'intérieur du CD est plus attractif. J'aime bien le côté bande dessinée à l'intérieur qui, pour le coup, met un peu plus en valeur cette fameuse couleur qui piquait les yeux, et l'on retrouve la tête effrayée ou effarée d'un mineur de fonds sur le CD, qui trahissait cette terreur et cette sombritude importante pour comprendre la musique de Galibot. Le groupe a également changé ses photographies de promotion dans la jaquette et derrière en quatrième de couverture en rajoutant deux musiciens sur le line up (Robin Grabmann à la batterie et Julien Baquero à la guitare), là où les trois membres fondateurs apparaissent toujours devant la mine d'Arenberg, chez eux en somme. Et puis, je dois dire que j'ai bien aimé leur livret douze pages avec de belles images d'archives et les textes mis en valeur dans une mise en page qui rejoint ce côté ancien des archives. Donc en soi, la version physique de "Euch'Mau Noir Bis" est très belle et marque en effet une belle progression pour le groupe Galibot même si j'émets personnellement une réserve sur cette couleur rouge pas franchement intéressante ni pertinente au regard de l'univers artistique. Mais bon, cela demeure finalement un peu de subjectivité dans ce monde aseptisé que veulent beaucoup de groupes dans l'exercice de la chronique… Mais dans l'ensemble, l'artwork général est chouette ! Beau boulot de Tryfar dont le travail avait déjà été loué dans le dernier Jours Pâles.
Alors, on va noyer le suspense tout de suite, d'autant que si vous connaissez bien Les Acteurs de l'Ombre Productions, vous connaissez de même les standards musicaux que le label recherche ! Donc vous ne serez pas étonné d'apprendre que Galibot fait du black metal. Allez, terminé ! Bonne soirée. Non, je plaisante, on va développer un peu plus quand même. Parce que Galibot a le mérite de m'avoir fait penser, dès la première écoute de cette réédition "Euch'Mau Noir Bis", au black metal Québécois. Dès les premiers riffs, introduction exclue, j'ai pensé à Cantique Lépreux ou Forteresse. Tout de suite ! Et c'est vous dire quel compliment émane de moi quand j'évoque le black metal Québécois. Des riffs acérés, une froideur déconcertante, et un certain penchant pour des mélodies à la fois mélancoliques et sombres. La musique de Galibot ne laisse aucune place à la réflexion, il s'agit de faire le constat que la musique se met au service de tout ce qui faisait la noirceur des mines, y compris sur les visages et dans les regards. Comparé à la première édition "Euch'Mau Noir", il y a deux nouveautés ici : le morceau "Le Galibot" qui fonctionne plus comme un interlude, et "Schlamms" qui s'annonce comme beaucoup plus accrocheur et plus noir encore que les précédents morceaux. Petit changement : l'écriture de ce texte me parait un peu moins recherché mais je reviendrai sur les textes plus bas. Nous avons donc comme je le disais à faire avec un black metal mélodique dans la forme, mais dont les ambiances rappellent les profondeurs et l'ombre sous terre que connaissaient les mineurs et tous les dangers cachés autour. Comme si la Terre les dévorait inlassablement. Les guitares offrent des mélodies entrainantes mais aussi tantôt moroses, tantôt un brin dramatiques, et la batterie se voit confier un rôle probablement moins travaillé que certains autres groupes car le but ici me semble être de mettre mal à l'aise l'auditeur. L'ensemble demeure harmonieux, amené par une certaine continuité dans la composition qui rend le tout logique, presque comme si Galibot nous contait une histoire, alors qu'il m'apparait que le groupe explore divers sujets dans ses musiques, tout en restant concentrés évidemment sur la toile de fond qu'est l'univers minier. La formation, dans son line up de départ, se compose d'une chanteuse notamment, qui apporte donc ce timbre de voix caractéristique et qui apporte, quand le chant féminin est bien utilisé j'entends, une touche encore plus insondable de noirceur car ces tessitures vocales qu'on a encore pas tant l'habitude que cela d'entendre, dérangent. Mais attention ! Contrairement à d'autres, je ne tournerai pas Galibot autour de sa chanteuse, aussi talentueuse soit-elle, car le projet a bien d'autres intérêts à déceler ! Et je crois que la comparaison avec Houle, que je lis à tort et à travers partout, n'est que difficilement constatable. Hormis une chanteuse, je ne vois vraiment pas en quoi les deux sont comparables. Mais là aussi, j'y reviendrai. Au final, en première écoute, Galibot se pare d'un black metal mélodique comme j'aime, avec des lignes de guitares lead prenantes et une atmosphère générale qui amène un certain malaise. La musique se veut globalement brutale, voire bestiale, mais surtout très froide, très incisive, comme le feraient les formations Québécoises citées plus haut. Loin d'être une comparaison galvaudée, elle est très élogieuse de ma part et mérite que cela soit plus mis en exergue que la comparaison fallacieuse avec Houle, du même roster. A moins que les ambitions soient également le dénominateur commun et que le label veuille faire de Galibot le "nouveau Houle", ce qui traduirait que Houle quitte le label prochainement… Qui sait.
Mais alors, me direz-vous : où est la nouveauté principale de cette réédition "Euch'Mau Noir Bis" ? La réponse est finalement assez banale : dans la production. Outre bien entendu les deux nouveaux morceaux qui agrémentent cette sortie ! Mais la raison principale est la production qui a quelque peu changé la donne. Je trouve le procédé révélateur d'une chose qui m'était encore permis de douter avant de chroniquer Galibot : Les Acteurs de l'Ombre Productions vont de plus en plus vers une sorte de formatage de ces formations, vers une standardisation des sorties. Peut-être que Galibot a bénéficié d'une place sur le roster en contrepartie, outre le talent et les promesses, d'un reformatage de ce premier album à la sauce "LADLO". C'est une hypothèse ! En tout cas, le challenge est risqué quand on a sorti un album doté d'un premier son qui l'a fait connaitre ainsi. Comme moi par ailleurs. J'avais beaucoup aimé le son de "Euch'Mau Noir" dans son côté un peu raw, très léger, qui amenait encore davantage de noirceur. Résultat des courses : le son ne change finalement pas beaucoup et conserve une incision sonore, même si elle est différente. Un son plus épais, plus "propre" qui souligne un peu plus encore la mélodie guitare et le chant, là où ces derniers étaient probablement, avec un recul objectif de ma part, un poil trop en retrait. Pour le reste, il n'y a pas non plus de grands changements et ainsi, l'on peut s'apercevoir que la prise de risque n'était pas non plus hyper dangereuse. On comprend en fin de compte que cette réédition a pour but de montrer l'empreinte du label sur son roster, avec cet objectif de développer exponentiellement Galibot et lui donner un rang très haut pour l'avenir. Sur le principe, je trouve cela dommage de proposer des rééditions mais dans le cas de Galibot, si l'on remet le contexte au centre de la chronique, on comprend que c'est une mise en bouche avant un potentiel nouvel album. Voilà comment j'interprète le tout ! En soi, ce n'est pas du mauvais boulot et j'apprécie cette nouvelle chape sonore sur "Euch'Mau Noir Bis", même si personnellement, je préférais l'ancienne version.
J'ai déjà dévoilé l'univers artistique de la formation du Nord et je pense qu'avant de lire ma chronique, vous connaissiez probablement déjà ce dernier, mais j'aimerais m'attarder sur cela car c'est à mon sens bien au-delà de l'aspect visuel et prometteur. Galibot vient d'un ancien bassin minier et même si je ne connais pas l'histoire des protagonistes, il n'en demeure pas moins que l'on ressent beaucoup d'émotions quand on écoute "Euch'Mau Noir Bis". Comme si les musiciens derrière ce projet cherchait à retrouver une nostalgie et voulait comprendre une époque, un pan de leur histoire qu'ils n'ont pas connu directement et qu'il y avait, d'un certain point de vue, une forme d'hommage à tout cela. Comme quoi, quand on a la nostalgie ou les regrets chevillés au corps, on n'est pas obligé d'être authentiquement en provenance de ce que l'on cause, ou des évènements d'antan pour retranscrire des émotions. J'ai hâte de les voir en concert pour essayer de voir si je ressens la même chose. En tout cas, en choisissant l'univers minier, Galibot se garantit de ne pas manquer de thématiques à aborder, et elles sont nombreuses. La preuve : qui aurait pensé que l'on pouvait faire un morceau sur le schlamm ? Non contents d'aborder un thème déjà utilisé, au moins font-ils l'effort de parler d'éléments que l'on connait moins, et je trouve cela très important. C'est un critère à remplir quand on veut piquer ma curiosité : me faire apprendre. Et avec Galibot, j'apprends. Et en cela, c'est déjà une belle mission accomplie me concernant ! J'espère que le groupe va rester fidèle à ses principes de départ et ne va pas céder aux appels de la standardisation. Mais au moins, je considère qu'avec cet univers musical intéressant, et éventuellement d'autes facteurs, Galibot mérite cette signature. Et ils méritent également quelques bons points de ma part, autant modestes soient-ils. Mais en tout cas, c'est convaincant et prometteur !
Maintenant, place au chant. Je le dis et redis, je ne comparerai pas, comme beaucoup de confrères, la chanteuse Diffamie avec Cafard (Houle) car il n'y a aucune comparaison évidente si l'on prend le temps d'analyser les choses. La seule chose que je vais mentionner est que si l'on me laisse le choix entre les deux chants, je préfère celui de Diffamie, à un détail près ! La technique vocale est banale mais efficace, et me rappellerait plutôt le chant du groupe Lebenssucht que j'adore, et dont la noirceur transparait énormément. Je dis "banale" dans le sens où l'on reste sur une technique non pas en high scream qui n'est plus trop à la mode en ce moment, mais plus en voix de gorge, un chant guttural qui laisse donc habilement place au timbre caractéristique des voix féminines dans le black metal. Donc en soi, je ne la trouve pas surprenante, juste évidente et efficace. Toutefois, j'ai un léger bémol à fournir le concernant. Ce n'est pas dans la technique directement mais dans la diction que j'émets une réserve. Les textes de Galibot sont très bien écrits, mais vraiment ! Je les ai lus, j'ai adoré les lire, même si l'on reste sur assez peu de métaphores mais au moins, ils vont droit au but et c'est finalement tout aussi prépondérant. Mais une question demeure : pourquoi s'échiner à écrire des textes aussi bons, si c'est pour les rendre par moment incompréhensibles ?… Sur quelques passages - pas assez nombreux pour en faire une vérité absolue mais pas assez rares pour me faire taire - on ne comprend rien. Mais rien ! Là où Diffamie fait en plus de gros efforts d'articulation - chose jamais aisée dans ces technique vocales et en cela, on se doit de lui dire bravo ! -, par moment on ne comprend plus rien parce qu'elle va trop vite. La rythmique des textes est clairement à revoir, ou alors, autant ne pas se fatiguer à écrire des textes chiadés. C'est dommage parce que par moment, cela porte un certain préjudice sur la musique que je trouve regrettable, et par moment cela m'a découragé d'aller plus loin. Et je crains qu'avec "Schlamms" qui annonce la suite des réjouissances, la barre ne me soit pas rassurante… D'autant que le texte de "Schlamms" m'a beaucoup moins inspiré des louanges aussi. A voir la suite, mais si j'ai un conseil humble à vous donner les ami(e)s, ce serait de revoir la diction et la rythmique des textes !
Concluons cette nouvelle chronique si vous le voulez bien ! Galibot, jeune formation Nordiste, en provenance du bassin minier de Wallers Arenberg vers Valenciennes, nous propose en cadeau de signature chez Les Acteurs de l'Ombre Productions, une réédition de son premier album nommé initialement "Euch’Mau Noir", pour devenir telle une nouvelle naissance : "Euch’Mau Noir Bis" ! A l'horizon de cette sortie, pas d'énormes changements hormis dans la production et l'incorporation de deux nouvelles pistes, mais la musique de Galibot, malgré cette prise de risque idoine au changement sonore, continue à proposer un black metal mélodique de la nouvelle vague actuelle que l'on a en France et qui déferle de plus en plus. Je suis très intéressé par ce projet depuis le début et j'avais prédit cette signature car Galibot collectionne tous les ingrédients pour être hissé vers le haut : un black metal mélodique efficace et qui rappelle subtilement ce que le Québec fait de mieux, un concept basé sur un élément clé de notre histoire (l'univers minier) authentiquement représenté par ces membres eux-mêmes, et un visuel qui apparait (hélas ou non) comme plus important que la musique elle-même. Au moins Galibot a le mérite de proposer une musique encore plus prometteuse et déjà solidement ancrée dans ce qui se fait de mieux, en s'alignant avec ce fameux visuel et un concept qui va forcément parler à beaucoup. Mais "Euch’Mau Noir Bis", loin d'être un vulgaire cadeau de signature, est surtout un très bon (toujours) premier album !
On souhaite en tout cas que la formation Nordiste sorte de son gouffre anthracite pour aller vers la lumière !
“Mieux vaut entendre parler du roi que de le voir.” Proverbe Finnois
C'est drôle, cette relation qu'ont les peuples modernes avec la royauté. On se rend compte qu'il y a certains peuples qui restent fortement assujettis à leurs rois / reines, tandis que d'autres n'ont pas l'air d'avoir une grande accointance avec. De même que l'on se demande aujourd'hui quel poids politique ont ces familles royales qui sont là parfois plus pour le décorum historique que pour être réellement utiles. A titre personnel, j'éprouve une certaine fascination pour ces familles royales, à mettre plutôt en corrélation avec mon amour pour l'Histoire en général, et je me demande souvent ce que donnerait la remise en place d'une monarchie de droit divin (ben oui ! Soyons fous !) en France. Je me demande surtout d'où peut venir cette fascination et pourquoi l'on en arrive, d'un point de vue philosophique, à s'imaginer ce que l'on ferait ou qu'on aimerait faire si l'on était roi de quelque chose ? Je pense que cela soulève surtout le caractère vaniteux de la condition royale puisqu'en ayant tous les pouvoirs, on tomberait facilement dans l'orgueil et cette auto idolâtrie qui fait que beaucoup de monarques en perdent le contact avec la réalité la plus fondamentale : celle de leur propre condition humaine, perfectible et mortelle. On pourrait presque parler d'une certaine psychose, exacerbée par cette fameuse vanité, cet aspect divin qui allait de pair avec la monarchie et cette confrontation avec la réalité qu'ont connu tous les monarques, que ce soit du point de vue de la santé très précaire (je recommande d'ailleurs le livre de Patrick Pelloux "On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps : les derniers jours des grands hommes" qui décrit comment sont morts notamment les grands rois de France et c'est franchement atroce) ou des défaites durant les guerres. C'est ce fameux piédestal qu'avaient les grands souverains qui me poussent à m'interroger sur l'évolution de la perception que nous avons, nous, en ces temps modernes, sur notre propre existence. Et en cela, je ne suis pas étonné que l'on aborde d'un point de vue symbolique certes, la question de cette posture royale. Moi-même, dans un de mes projets, j'avais mis "en scène" un personnage légendaire, surement royal, qui décide de mettre de côté cette réussite divine pour aller vers une sorte de retour aux sources primaires, et se voit dans son chemin de croix totalement alpagué par une figure malsaine qui le guide contre son gré vers sa perte. Pourquoi je déblatère sur cela ? Parce que la prochaine sortie du label Les Acteurs de l'Ombre Productions me permet de mettre en avant un projet musical qui porte le nom de "roi" dans son patronyme et qui sort surtout son deuxième album fidèlement chez ce label. Il s'agit donc, devant vos yeux ébahis, d'Archvile King et de l'album nommé "Aux Heures Désespérées".
Du projet Archvile King, je connaissais le premier album nommé "A la Ruine", lui-même sorti chez les Acteurs de l'Ombre Productions en 2022. Je me souviens d'une musique qui proposait un étonnant mélange, étonnant pour les circonstances et le concept album, de black metal pour le côté épique et de thrash metal ! Du reste, l'one-man band dirigé par un certain Baurus, et qui nous vient de Nantes, nous aura fait patienter quatre ans pour sortir ce second opus "Aux Heures Désespérées". Depuis 2019, notre ami cumule donc un EP, deux albums en comptant ce dernier et un split album de quatre morceaux chacun (quand même !) sorti avec Simulacre. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu le groupe sur des affiches de concert, ce qui démontre que, contrairement à ce que je croyais, le label signe également des projets qui ne font pas de concerts ! C'est donc très naturellement que je me lance dans l'écoute et la chronique de ce nouvel album de notre camarade Baurus. Archvile King, c'est parti !
La pochette tout d'abord. La première réflexion que je me suis faite à la découverte du support physique est que le groupe aurait presque mérité de figurer sur le roster d'un autre label français qui est Antiq Records, par sa propension à signer des projets qui tournent autour du médiéval. Sauf qu'en vérité, musicalement parlant, on n'y est pas spécialement mais nous y reviendrons. Sur l'artwork en tout cas, le doute persiste et cela démontre surtout que ce dernier est absolument superbe ! David Thiérée, qui est l'auteur de cet artwork et que je ne connais que de nom, a eu le mérite d'attirer grandement mon attention sur son talent. Il y a particulièrement deux choses qui ont retenu mon attention d'ailleurs sur le design qui illustre l'album "Aux Heures Désespérées" : la colorimétrie et la technique de dessin. Les couleurs sont magnifiques, j'adore spécialement le bleu qui fait ce ciel nocturne, et qui dénote complètement sur l'ensemble qui est sur des tonalités dorées, sauf ce chevalier qui semble en décomposition qui est gris et rouge. L'intérieur et le quatrième de couverture sont quant à eux sur des couleurs qui évoquent le parchemin, l'ancien, et cela va totalement de pair avec le devant du digipack qui fait penser à des récits chevaleresques. Et la technique de dessin est d'une telle précision et d'une telle complexité que j'en suis resté pantois. Si on s'amuse à zoomer, je pense qu'on découvrirait un luxe de détails inespérés, et à l'aube d'une IA qui va nous gangréner la vie notamment d'un point de vue artistique, de voir que des personnes comme David Thiérée se démène pour proposer des artworks aussi incroyables me réconforte avec le genre humain. En tout cas, cet artwork fait la part belle à un univers d'apparence médiévale et mystique, probablement épique et légendaire, et démontre un chevalier qui semble ne faire qu'un avec le mur végétal ou l'arbre qui le soutient, comme si ce dernier devenait de plus en plus ancré sur la Terre mère. D'ailleurs, la position avec la tête renversée tend à souligner que ce dernier est mort. On notera également que l'épée du chevalier est plantée dans la terre et entourée de lianes végétales. Ce qui semble plus étonnant dans ce décor médiéval, est cette sphère qui semble fonctionner comme une sorte de porte temporelle, un peu comme une boule de cristal ou, par la présence d'étoiles sur les contours, de porte inter-galactique ! Un choix surprenant mais brillant, qui semble montrer les fameuses heures désespérées, des heures sombres à une population qui n'a pas connu l'époque dûment montrée. Voilà ainsi un artwork extrêmement bien tourné, plein de sens et surtout d'une beauté céleste, presque mythique ! Excellent boulot, et je pèse mes mots.
Comme je le disais en préambule, j'étais resté sur un premier album qui présentait à l'époque un black metal teinté d'éléments thrash metal, sans tomber non plus dans l'exagération, bien dosé et efficace. Moi qui ne suis pas féru de thrash metal, quand il est associé à autre chose, je suis plus réceptif. Cependant, à ma grande surprise, Archvile King adopte un caractère plus "policé" si j'ose dire. Plus "Les Acteurs de l'Ombre Productions" diront certains ! Le thrash metal occupe désormais une place quasiment minimale, pour laisser place à un black metal à la fois épique et agressif, avec des sonorités plus propres. Les deux singles présentés par le label vous aura certainement amener cet élément de découverte aussi, surtout si comme moi vous connaissez le projet et êtes en mesure de faire une comparaison. Place donc pour "Aux Heures Désespérées" à un black metal mélodique, à la fois puissant et violent, avec des riffs guitares qui apportent un côté aventureux, épique et une touche médiévale qui effectivement rejoint l'artwork en question. Je vois l'aspect violent de ce black metal mid tempo comme une corrélation intéressante avec le nom de l'album qui rappelle quelque chose de nostalgique et profondément émotif dans la musique. Après tout, si l'on reste dans l'hypothèse d'un black metal mélodique qui fait l'éloge à cette époque, n'oublions pas qu'elle a été extrêmement sanglante et noire ! C'est d'ailleurs un sujet devenu récurrent en France, comme une éxacerbation de notre histoire. A noter que notre ami Baurus ne se prive pas de quelques incorporations aux claviers avec une petite touche dungeon synth pas forcément inintéressante, que ce soit dans l'utilisation des sonorités anciennes et dans l'atmosphère un peu mystico épique qu'ils apportent. J'adore ces incorporations aux claviers qui pour la plupart, montent en puissance pour annoncer la musique comme un coup de poignard terrible. On sent tout le poids de la nostalgie et de l'émotion, voilà pourquoi je ne suis pas spécialement surpris du côté policé de la musique qui est présentée ici. Sans compter les interludes en clean très atmosphérique du plus bel effet. Je développerai plus en bas mon propos mais je crois que le changement musical opéré par Archvile King relève selon moi d'une certaine logique quant au concept présenté ici et s'il convient, comme je le disais, de prévenir les amateurs de la première heure du projet, il n'en demeure pas moins qu'avec une oreille neuve ou une soif de découverte importante, chacun y trouvera son compte. L'album en lui-même est très bien composé, riche de mélodies guitares et d'un chant très fort, de beaucoup d'émotions amenés justement par les éléments dûment cités, et le résultat n'en est que satisfaisant. Ce qui est d'autant plus surprenant quand on comprend cette nostalgie qui peut parfois gangréner la scène black metal, c'est qu'on s'aperçoit que notre camarade arrive à retranscrire ses ressentis (car c'est un album forcément très personnel) sans tomber dans l'appel piégeux de l'old school. Du coup, l'évolution de la musique d'Archvile King est manifeste, et rebutera probablement les personnes qui ont connu les premiers émois. En ce qui me concerne, ce changement d'orientation artistique me plait bien, j'aime ce black metal mélodique qui fait l'honneur à des récits épiques et nostalgiques. Et en première intention, l'écoute est impeccable. Très bon boulot !
Quand on parle de black metal mélodique, on se doit d'avoir une production idoine. Quelques fois, j'ai eu à faire avec des albums de black metal mélodique qui avait une production absolument désastreuse, car les différentes parties guitares et les dissonances méritent vraiment qu'on s'attarde intensément sur le son. Je vous rassure, Archvile King a compris cela ! La production est impeccable ! J'apprécie tout spécialement la présence des guitares et la place qu'elles occupent chacune dans le spectre sonore, rendant un peu trop la basse en retrait mais en même temps, la basse n'a pas forcément la même utilisation selon les styles. Je ne suis donc pas rebuté par cette basse un poil trop en retrait ! La batterie, probablement programmée, n'est finalement pas si générée que cela dans le sens où la sonorisation de cette dernière est plutôt adéquate. Et le chant occupe une place qui me sied bien ! A la fois présent mais pas envahissant, même dans les moments augmentées pour qu'il imprègne l'auditeur de sa noirceur. En fin de compte, on se retrouve avec une production qui là encore marque une certaine évolution positive d'Archvile King. "Aux Heures Désespérées" se pare d'un son qui dénote un black metal mélodique comme je le disais, puissant et épique, tout en conservant une certaine bestialité et un gout prononcé pour la noirceur, ce que Belore par exemple ne fait pas. Et ce mélange très subtil donne à "Aux Heures Désespérées" une coloration musicale nuancée mais efficace. Beau boulot pour la production, camarade !
En fait, je pense que "Aux Heures Désespérées" est le genre d'album qu'il faut prendre tout en ne perdant pas de vue que si la musique a évolué pour être plus "accessible" (je n'aime pas ce mot), il n'en demeure pas moins qu'il subsiste quelque chose de profondément personnel et qu'Archvile King ne renie pas pour autant cela. A travers la métaphore filée qui se déroule vraisemblablement à l'époque des chevaliers, Baurus déverse une sorte d'exutoire qui, certes, est un peu édulcoré par la production propre et un certain soin apporté à la composition, mais qui transparait suffisamment pour que l'on pénètre pleinement dans l'album et que l'on se laisse emmener vers des limbes de souffrance. On se rapproche d'ailleurs de la catharsis sur la musique d'Archvile King. En tout cas, ce deuxième album, attendu tout de même après quatre années de maturation, m'a fait du bien sans que je n'explique pourquoi. Peut-être parce qu'"Aux Heures Désespérées", outre le caractère abrasif de la nostalgie, m'a surtout revigoré dans son esprit chevaleresque et a fait ressortir le guerrier qui est en moi. Je pense qu'en fin de compte, affronter la nostalgie avec un compère musical comme Archvile King permet non pas de s'accabler de chagrin ou de noirceur, mais plutôt l'inverse : de se motiver à aller de l'avant. Parce que parfois, le message qui est passé de manière subliminal, c'est justement que la nostalgie peut permettre de nous rassembler et de faire front. Moi, j'ai vécu l'écoute de ce deuxième album ainsi, et même si l'intention de Baurus n'est probablement pas la même que mes ressentis, j'ai pris beaucoup de plaisir aux diverses écoutes pour la rédaction de cette chronique. Je n'ai pas grand-chose à rajouter, mais cet album restera peut-être de manière éphémère tant l'année 2026 commence à peine, comme une des meilleures sorties !
Maintenant, place au chant comme c'est d'usage. La technique vocale se rapproche là encore du groupe Griffon, avec une voix enraillée très gutturale, pas forcément en technique de high scream mais un chant qui vient principalement du fond de la gorge et qui permet de fait, une articulation plus aisée qu'en voix de tête. J'apprécie bien cette technique vocale parce qu'elle amène en plus de cela un côté torturé à l'ensemble, qui contraste finalement très bien avec le caractère épique de ce black metal mélodique. On pourrait penser que les deux ne collent pas spécialement ensemble, et pourtant ! Cela apporte cette touche de noirceur qui, non loin d'édulcorer l'effet puissant de la musique, ajoute une touche très sombre et qui accentue cette fameuse nostalgie. En plus, si l'on part du principe qu'Archvile King évolue dans un objectif artistique de catharsis, cette technique vocale un peu moins "travaillée" donne une certaine authenticité aux textes qui sont chantées et qui sont, eux aussi, fort bien écrits. Donc un ensemble vocale très opportun et qui sublime davantage encore l'ensemble instrumental et rajoute de l'émotion à des riffs déjà entrainants. Bravo !
Vous sentiez venir le sans-faute pour conclure cette nouvelle chronique ? Je pense qu'il serait aisé de constater qu'"Aux Heures Désespérées", deuxième album tant désiré du one-man band Archvile King, après quatre années de silence. Quatre ans, c'est long pour certains comme moi, mais quand on parvient au rendu final, on se dit rapidement que parfois, c'est le prix de la maturation d'un projet déjà très prometteur. De fait, "Aux Heures Désespérées" présente un black metal mélodique en mettant de côté ces riffs plus thrash metal qui faisaient son originalité dans le paysage français du black metal underground. Une originalité aujourd'hui mise de côté pour une musique qui correspond probablement mieux aux standards du label Les Acteurs de l'Ombre Productions. Alors, oui ! Certains crieront au loup, en expliquant que le projet nantais a renié une partie de son identité. Mais au regard de la comparaison faite entre les deux albums, ce n'est pas un souci d'adaptation ou quoique ce soit, "Aux Heures Désespérées" sonne finalement plus comme un bond en avant dans la maturité et l'expression d'une certaine catharsis au travers du spectre métaphorique et mystique du Moyen-Âge. C'est pour ma part un excellent album qu'il convient d'écouter sans tomber dans les anticipations notoires !
"Décembre ! le mois noir ! les courtes journées. De huit heures du matin à quatre heures du soir, le soleil n’est qu’une lueur de veilleuse, très pâle, très lointaine, perdue dans un espace de brume. L’astre se devine plus qu’il ne se voit ; il refuse la chaleur et presque la clarté. Le globe terrestre semble voguer à l’aventure, égaré dans un océan atmosphérique. On croirait, sous les ciels bas, osciller sur une route incertaine, tâtonner tout au long des journées sans soleil et des nuits sans étoiles." (Gérard Leroy)
Décembre, le mois noir. C'est bien cela dont il s'agit. Certains voient l'occasion des fêtes comme une forme de commémoration d'une année particulièrement éprouvante, comme tous les ans si l'on se fie à tout un tas de paradoxes qui englobent le monde. Pour ma part, je vis cette période d'arrivée de l'hiver comme une épreuve manichéenne. D'un côté je me réjouis des moments de fête, comme cette année où ma fille et moi avons découvert les marchés de Noël en Alsace et tout le folklore qui va avec, qui me permet de profiter d'elle pendant les vacances plus que le reste de l'année avec le boulot ; et de l'autre côté avec cette corvée monumentale qui consiste en la quête du parfait cadeau de Noël pour beaucoup de gens. Cette corvée me procure une sorte d'angoisse sourde, qui m'envahit au fur et à mesure que les journées raccourcissent. On pourrait croire que cette période est propice de mon côté à l'épanchement sordide de mes sentiments pour la création artistique. En vérité, c'est plus une période de léthargie qui s'étend jusqu'à fin janvier et tous les anniversaires qui tombent en même temps sur le solstice du Capricore et du Verseau dont je fais partie. D'ailleurs, comme le Verseau, je traverse décembre avec la futilité pudique de l'introverti en sommeil. Au moins je me montre, au mieux je me porte ! Histoire d'affronter la magie blanche d'une fête qui se gangrène avec la magie noire du consumérisme, j'ai besoin d'entrer en hibernation même l'espace de quelques jours ou quelques heures. Avant, c'était novembre qui était mon mois de malchance, et depuis deux ans c'est plutôt décembre. J'ai l'impression, sans être certain de mes propos, mon analyse pouvant être purement subjective, que les sorties de décembre sentent le soufre d'un point de vue des émotions. Que le mois de décembre n'est pas choisi par hasard. Mütiilation par exemple, qui sort un album le 26 décembre, le lendemain de Noël, outre le choix audacieux de la date pour la promotion de la part d'Osmose Productions, je trouve que ce n'est pas fait par hasard. Bref ! Cette citation de Gérard Leroy me semblait opportune pour décrire l'état d'esprit dans lequel je me trouve depuis le début du mois. Et puis, d'un coup, une sortie est venue tout bouleverser ! Un peu comme un miracle de Noël comme diraient les bigots, un groupe a sorti son exutoire pile quand je commençais mon passage à vide annuel. Un album qui, quand on sait que son principal maître d'œuvre est Jours Pâles, va forcément faire écho à cette période trouble. Et cette offrande s'appelle cette fois-ci "Résonances". Un mot fort pour un musicien très fort, que ce soit dans le talent que dans l'expression des émotions pour m'accompagner lentement vers le solstice d'hiver !
Par pêché de farniente, j'ai repris la manière avec laquelle j'avais déjà présenté Jours Pâles parce que les mots me semblaient déjà bien choisis : "J’avais fait une belle présentation de Jours Pâles, à la hauteur de l’artiste derrière le projet qui fait partie des chanteurs que j’admire dans le milieu metal français actuel. Spellbound a fondé son projet dont le nom vient d’un ancien de ses groupes, Asphodèles, et de son seul et unique album, en 2020 et en parallèle avec son autre groupe non moins connu en France, Aorlhac ! Quatre années plus tard, notre camarade cumule trois albums en comptant ce dernier "Dissolution", les deux précédents étant de véritables chefs d’œuvres. Je le dis comme je le pense, et je ne suis pas le seul à le dire tant la réception des deux précédentes sorties était unanime. Maintenant, ce troisième album sonne probablement comme un acte de confirmation, mais encore faut-il réussir l’épreuve du feu comme on dit. Toujours est-il qu’aujourd’hui, dans le paysage metal extrême français, Jours Pâles résonne en à peine quatre ans comme une valeur sûre tant son créateur est un fantastique artiste. Je me lance dans l’écoute de « Dissolution » avec confiance !" Que s'est-il passé depuis ? Eh bien, "Résonances" est le quatrième album et pour celui-ci, le line up du groupe s'est étoffé avec l'arrivée de … Jours Pâles a également pu se produire dans quelques dates dont certaines bien sympathiques, prouvant par-là que le groupe plait et que sa musique ne laisse aucunement indifférent. Pour ma part, je n'ai pas encore trouvé l'occasion d'aller les voir mais en 2026, je le promets solennellement : je le ferai. Bon ! On va causer de ce quatrième album et de son impact dans ma fin d'année.
Première bonne surprise et non des moindres : la qualité du diipack reçu ! Je vous explique : j'avais plusieurs fois fait remonter dans mes chroniques concernant Les Acteurs de l'Ombre Productions que les digipacks reçus n'étaient pas d'une qualité de colorimétrie recevable. Toujours trop sombres, les artworks n'étaient vraiment pas mis en valeur du tout, au détriment de nombreux groupes talentueux. Or, vous connaissez mon attachement sincère pour les artworks et j'y consacre religieusement à chaque chronique un paragraphe. Aussi, que ne fut pas ma surprise en déballant le CD de Jours Pâles, et de constater que ce dernier est d'une qualité remarquable, vraiment ! J'adore sur ce digipack le montage avec du carton normal et un côté brillant qui se reflète selon la lumière, et qui donne un côté miroir à l'artwork que je trouve magnifique. Alors, autant j'avais été très dur avec le précédent album "Dissolution" par rapport au design que je trouvais raté pour diverses raisons. Mais concernant "Résonances", le résultat dépasse totalement mes espérances. On a deux forts symboles que sont la Mort dans son rôle de Grande Faucheuse, et un phénix. A moins que ce soit un "jar-ptitsa", "oiseau de feu", qui est une créature mythique slave qui symbolise la quête impossible. J'allais dire, peu importe ! Parce que l'on devine tout de suite que la mort est ici représentée comme étant plus forte que cet oiseau qui s'avère en plus de cela enchainé. J'y vois donc une allégorie de la mort qui tord le cou à la résurrection et / ou la quête impossible de toute une vie, et donc l'espoir, ou l'espérance si l'on se situe sur une dimension escatologique. Et si cette théorie se couple avec la définition de résonance comme étant "l'effet qui se répercute dans l'être d'une personne" (Wiktionnaire), on peut donc retrouver ce qui fait selon moi la force artistique du créateur et compositeur de Jours Pâles, Spellbound, qui se sert de sa sensibilité et son regard sur le monde pour sortir une musique incroyable. Car cet artwork est manifestement une représentation du combat que mène son géniteur avec la Mort et ses idées noires (pour avoir lu une interview de Spellbound). Et en cela, il est extrêmement puissant ! Non seulement très beau, mais aussi et surtout très puissant. Beau boulot de la part de Sébastien Grenier qui a su retranscrire ce qui fait la grande force de la musique de Jours Pâles !
Il l'a dit, martelé et pourtant bon nombre de personnes ont du mal à le respecter, moi le premier du temps de "Dissolution" et en cela, je présente mes excuses : Jours Pâles ne fait pas de black metal ! Il y a probablement des inspirations puisées dans la musique black metal, notamment sur certains riffing, et le fait est que Spellbound évolue dans Aorlhac qui, pour le coup, fait effectivement dans le black metal mélodique, influence beaucoup les auditeurs et chroniqueurs en conséquence, mais lui propose une appellation qui me va, même si je suis personnellement attaché aux étiquettes de genre dans la musique metal de peur que ce soit définitivement l'anarchie : du metal mélancolique. Mais au détriment du metal pirate par exemple, jamais une appelation hybride n'aura aussi bien porté son nom. Car oui, c'est évident, Jours Pâles tape fort dans la mélancolie. Sa musique, d'une complexité rare mais d'une authenticité rare aussi, crache la dépression et le pessimisme par tous les pores de la peau. Il y a même une dimension très chaotique dans la composition, car les riffs sont très changeants selon les morceaux, frôlant par-là même le metal progressif sur certains passages, voire un côté un peu jazz sur le sentiment que l'improvisation est de rigueur parfois. Et cette spontanéité, si toutefois elle est avérée au moins dans le processus de composition, je la trouve très parlante et c'est probablement ce qui me prend le plus aux tripes. Il faut éclaircir un point nouveau, le line up n'a pas évolué depuis la dernière fois, semblant faire croire que l'alchimie est impeccable entre la composition complexe et très personnelle de Spellbound et les protagonistes qui ont enregistré le tout en studio. Il est à noter que le tout a été mixé et masterisé chez celui qui assure la batterie sur l'album "Résonances", le fameux Ben Lesous que décidément je vois de plus en plus chez Les Acteurs de l'Ombre Productions. Résultat : l'album fonctionne très bien, le tout paraît effectivement un brin chaotique, mais l'ensemble est harmonieux et transpire la mise à nu, de telle sorte que pour la plupart d'entre vous, il faudra un temps d'adaptation certain, car la musique de Jours Pâles n'est pas là pour être accessible. Elle est là pour servir d'exutoire et en cela, la problématique de la pudeur est de mise. A titre personnel, et cela depuis toujours, j'adore Jours Pâles, donc il allait de soi qu'en ayant en plus de cela ce recul nécessaire à l'appréhension d'un nouvel album, j'allais être satisfait. Ce fut le cas en première écoute ! Je suis rentré dans ce profond marasme musical qui s'en va vers des compositions non pas sybillines, mais qui demandent un temps d'adaptation pour comprendre et ressentir l'empathie idoine à ce type de démarche artistique. C'est encore une fois un sans-faute pour moi.
Alors ! Je tenais à dire que Jours Pâles ne fait pas dans le black metal, et je maintiens que cette affirmation est exacte, à un détail près : la production. Parce que quand-même, je trouve que la production est inhérente au genre black metal. Ne serait-ce que dans l'accordage des guitares et le côté incisif de l'ensemble du son. D'ailleurs, on peut faire un rapprochement analytique entre la démarche artistique de Jours Pâles et l'incision nécessaire à ce type de musiques, que ce soit du black metal ou du metal mélancolique. En tout cas, si la composition demeure à l'abri du joug facile du black metal, il n'en demeure pas moins que la production de "Résonances" et le pedigree du sieur Ben Lesous ne peut que nous amener à faire un rapprochement possible avec le black metal (on croirait GussDx quand il explique qu'il a à faire avec un phénomène paranormal mais qu'il n'ose pas le dire). Pour ma part, je trouve en tout cas le son très bon, très audible et c'est un élément important avec ce type de musique, que tous les instruments soient bien en place pour qu'on les entende parfaitement et que chacun, qu'il soit lead ou rythmique, ait sa prépondérance. Mais en cela, je ne me faisais pas de souci particulier de toute manière. Spellbound et ces acolytes ont beau laisser place à l'introspection et l'authenticité, je savais par avance que le son occuperait une place importante dans le processus final, démontrant un sérieux indéniable et surtout, que l'on peut faire authentique et travaillé en même temps, et c'est l'une des grandes forces de Jours Pâles. Et "Résonances" ne fait ainsi pas exception, c'est de l'excellent boulot !
Maintenant, quand on pousse le bouchon jusqu'à essayer d'entrer en profondeur dans une analyse de l'ouvrage, on s'aperçoit très vite dans quelques cas isolés, que l'analyse ne peut pas aller bien loin qu'un simple constat factuel mais primordial. Il y a toujours eu chez Jours Pâles quelque chose de viscéral, d'intime et même de pessimiste qui fait qu'on ne peut pas décemment aller vers une analyse pompeuse. On se contente finalement de revenir à une dimension archaïque de la condition de l'Homme, de cette exposition des sentiments à travers la musique qui berce dans le paradoxe de se servir de la musique comme un exutoire à la souffrance et qui devrait rester intimiste, mais qui d'un autre côté, par cette exposition, fait prendre le risque à son géniteur de ne pas plaire et de s'exposer à une critique qui dévirait du caractère exutoire vers l'inverse, vers la souffrance. Et c'est en cela que j'admire énormément Spellbound. Parce qu'on sent que sa musique lui sert de thérapie, mais qu'il ose prendre le risque de retourner cela et de devenir son propre ennemi. Rien que le nom Jours Pâles est un paradoxe en soi, un oxymore, une dualité entre la lumière et l'ombre pâle. Et c'est un détail, mais au travers le prisme moderne qui gangrène le milieu musical et a fortiori, le metal, et qui consiste à mettre en avant non pas la musique mais le visuel et un certain nombre de codes sur lesquels je ne rentrerai pas en détail ici, Les Acteurs de l'Ombre Productions continue de célébrer comme il se doit la musique d'un homme qui fuit inconsidérablement la lumière et tout ce qui est visuel, au fond de son Cantal, pour ne sortir de sa torpeur que pour vomir sa dépression et pour survivre. Et franchement, en cela, Jours Pâles mérite vraiment, vraiment, que l'on s'y intéresse. Parce que son créateur et ses camarades musiciens nous rappellent à tous à quoi sert la musique : à extérioriser ce qui est le plus enfoui en nous. Au passage, j'adore quand les artistes parlent de leurs enfants, comme Blóð pour l'album "Mara" et ici, la fille de Spellbound, Aldérica, est mentionnée comme dans le précédent album. Pour le père que je suis, cela me touche énormément. Bref, camarade, tu as encore composé un sans-faute !
Et pour terminer, place au chant qui comme chaque fois, remue les entrailles. Il ne chante pas et cela ne sert à rien de s'attarder à savoir de quelle technique il s'agit, non. Il ne chante pas, il vocifère. Il expulse je-ne-sais-quel ressentiment à chaque phrase, dont les textes sont d'une qualité encore une fois remarquable. Inutile de comprendre quand vous écoutez l'album "Résonances" et même les précédents méfaits, à quel point le chant participe de manière prédominante à tout le processus musical et prend une place redoutablement à part ! C'est un peu le centre névralgique de la musique chez Jours Pâles, la raison d'être de la musique car selon moi, dans la composition, je ne serais pas étonné que le chant est englobé par la musique et non l'inverse. Un texte a retenu mon attention particulièrement : du morceau "Savile", qui semble être une violente attaque envers certaines affaires judiciaires et spécialement des affaires de pédophilie. J'ai été frappé par l'énorme puissance de ce morceau au chant, d'autant que je trouve notamment le placement bluffant, comme si Spellbound avait ce génie de savoir placer son texte tout en improvisant. C'est juste oignant et même l'instrumental dédié à sa fille m'a ému. C'est la grande grande force de Jours Pâles, savoir faire remonter nos émotions. Chapeau bas.
Bon bon bon… Encore une chronique qui manque un peu d'objectivité n'est-ce-pas ? Pourtant, j'essaye de ne pas prendre de groupes que je connais déjà et encore pire ! Que j'adore. Mais Les Acteurs de l'Ombre Productions ont cette manie de savoir me faire plaisir et Jours Pâles ne pouvait qu'être une évidence que l'album "Résonances", quatrième dans la hiérarchie, allait me plaire. D'autant qu'il le sait désormais, j'admire le créateur et compositeur du projet, le nommé Spellbound. Il a comme la dernière fois été bien entouré par l'équipe qui a permis de donner vie à "Dissolution", et je m'en réjouis car le résultat est époustouflant. Cet album de metal mélancolique, appelons un chat un chat, est tout simplement la plus belle sortie de 2025 qui m'ait été donnée de découvrir. Une sorte de confirmation du talent incontestable de son géniteur, mais qui continue encore à se sublimer et qui se sert avec un gout du risque certain son profond mal-être sur la vie. Un peu comme le fait ou faisait Vociferian, la démarche est pleine d'empathie. Alors égoïstement, je souhaite que Jours Pâles perdure dans son ascension et continue de me fendre les entrailles à chaque note, tant le groupe me porte. Mais ce serait souhaiter d'abord et avant tout que Spellbound aille mal, et cela… Paradoxe à son image n'est-ce pas ? Bravo l'ami, vraiment.
« Impossible de partir de rien ; pour créer il faut d’abord détruire ce qui est, puis bâtir avec des débris. » Jean-Yves Soucy
Cette société sent le chaos à plein nez, et jamais je n’ai trouvé autant de sens dans le caractère nihiliste de la musique black metal. Et j’irais même jusqu’à croire que nous sommes proches de toucher du doigt l’anomie. Emile Durkheim a dit cette chose qui peut surprendre par son caractère actuel : « Si l’anomie est un mal, c’est avant tout parce que la société en souffre, ne pouvant se passer, pour vivre, de cohésion et de régularité. Une réglementation morale ou juridique exprime donc essentiellement des besoins sociaux que la société seule peut connaître. » Vous n’avez pas l’impression que nous sommes en plein dedans ? Le Larousse définit l’anomie comme une « désorganisation sociale résultant de l’absence de normes communes dans une société. » Il est vrai qu’aujourd’hui, le clivage politique n’a manifestement jamais été aussi flagrant. Et pourtant, notre président voulait faire le contraire : rompre ce clivage. Il aura réussi l’exploit de faire l’exact contraire de ce qu’il promettait. Bien joué ! Jamais les idées n’auront autant essayé de bafouer les autres. La musique ne déroge pas à la règle et encore moins le metal. Certains styles sont aujourd’hui attaqués par la bien-pensance qui tente d’imposer ces propres idées. Pourquoi certaines seraient plus intéressantes au point de prendre le dessus sur les autres ? Qu’il y ait une dimension dérangeante et volontairement provocatrice, je crois que dans la musique metal – je dis bien metal et non les genres précis – cela a toujours existé, y compris cette marginalisation. La musique metal, de nos jours, devient un style de moins en moins underground pour avoir une place plus importante dans la sphère grand public. Volontairement ou pas, certains groupes de metal extrême, qui il y a encore une certaine époque seraient restés dans les tréfonds de l’underground, se voient propulsés sur des rangs supérieurs et avec une visibilité accrue, conférant au metal, style nihiliste et provocateur par essence, une place qui n’est pas forcément la sienne au regard des années anciennes. Alors, je sais ce que vous allez dire : les puristes nous emmerdent, etc. A titre personnel, je ne suis ni pour ni contre (bien au contraire comme dirait l’autre). On peut accepter comme refuser cette hégémonie du metal, cela ne me pose aucun souci. Je trouve autant mon compte dans des groupes mainstreams que dans des groupes underground, et je pense être la preuve vivante que c’est possible. Maintenant, est-ce que pour autant, l’un doit prendre le pas sur l’autre ? Ne peut-on pas tout simplement accepter que l’on se retrouve dans un code commun : le metal ? Enfin… Moi cela m’interroge. Cette orientation que prend la société, chaotiquement parlant, cela m’inspire des choses pas très joyeuses. Merci donc au prochain groupe de m’avoir inspiré cette introduction qui n’intéressera surement pas grand monde, mais qui aura au moins le mérite de planter un décor. En release du jour, voici Malepeste et son prochain album nommé « Ex Nihilo« , qui aura donc produit cette introduction.
« Ex Nihilo » signifiant en latin « à partir de rien ». Concernant Malepeste, c’est l’histoire d’une très bonne surprise ! Je connais la formation lyonnaise, qui a posé ses premières bases en 2010 (excusez du peu !), depuis le premier album nommé « Dereliction« . Je suivais la formation jusqu’à ce qu’elle tombe dans les limbes de l’inaction en 2018 avec un split nommé « Ce qui fut, Ce qui est, Ce qui sera » avec Dysylumn. Mon grand regret avait été de ne pas les voir en concert, malgré le fait inexcusable que j’habitais en banlieue lyonnaise pendant six ans. Et puis, le Dark Medieval Fest 2025 est arrivé et Malepeste avait été annoncé sur l’affiche. Grand bonheur pour moi et grosse claque du festival ! Et j’ai su que le groupe serait signé chez Les Acteurs de l’Ombre Productions et que je serai amené à les faire en chronique. Voilà donc pourquoi je suis content de vous parler de « Ex Nihilo » qui constitue donc le troisième album du groupe, avec au compteur aussi deux splits et une démo. Enfer et damnation se transforment alors en paradis et bénédiction !
Et franchement, la première découverte m’a d’ores et déjà conquis. La pochette, signée par le bassiste du groupe Nostra, est absolument magnifique. On y voit ce qui ressemble à la personnification du renouveau, dont on serait tenté d’imaginer que le groupe a représenté, c’est une hypothèse, la théorie du Big-Bang, cette immense explosion d’où serait né l’Univers. Cela reste une théorie, découlant de celle de la relativité générale d’Einstein, mais il est vrai que cette explosion serait une représentation du Chaos assez intéressante. D’ailleurs, dans la mythologie grecque, Chaos est une entité primordiale d’où serait né l’Univers, et donc des Dieux. Difficile en l’état de ne pas penser à cette mythologie en découvrant ce personnage masculin qui ressemble aux iconographies antiques et qui tient dans sa main gauche une sphère lumineuse qui fait penser fortement au Soleil et donc, à la lumière d’un point de vue physique, mais aussi philosophique. Je suis marqué par l’air triste du personnage qui dénote avec le côté lumineux de cette renaissance et qui me fait penser que Malepeste a voulu peut-être donner une dimension dramatique à cette dite renaissance. En tout cas, j’adore le choix des couleurs. Le digipack est splendide avec ce bleuc indiscutablement penser à un trou noir. Le trou noir emprisonnant toute matière qui passe à sa portée, cela pourrait donc être une belle allégorie de la destruction. Bref ! Une pochette extrêmement intelligente, reprenant le concept que le titre de l’album « Ex Nihilo » reprend et conduisant à la fin de l’écoute, vers la destruction et donc la renaissance qui en découle, etc. C’est juste tout ce que je recherche dans un groupe et a fortiori dans une pochette. En plus de cela, vous ajoutez que le design est absolument superbe et vous avez déjà validé l’album. En attendant la musique, évidemment ! Mais assurément, Malepeste a signé LA plus belle pochette qui m’a été donné de chroniquer en 2025. Tout simplement exceptionnelle ! Dommage qu’encore une fois, la qualité du digipack est médiocre et trop sombre pour que l’on voit bien le design… Ce n’est pas faute de l’avoir signalé mais bon…
Vous le sentiez probablement en lisant la présentation du groupe que la musique me plairait forcément. Je ne vais donc pas vous étonner en disant que la musique de Malepeste sur « Ex Nihilo » m’a pleinement convaincu. Je retrouve l’ingrédient qui fait la particularité et la singularité de ce projet, que l’on peut aussi retrouver dans Grande Loge qui est l’autre projet regroupant les protagonistes : le côté spirituel, limite ésotérique. Le black metal ici est très accompagné d’une dimension mystique, avec une musique certes incisive et froide, qui est la condition stricto sensu pour définir ce style, mais avec un univers artistique véritablement spirituel, avec un chant caractéristique, sur lequel nous reviendrons plus bas, mais aussi des riffs guitares et des accompagnements en fond qui rajoutent un côté céleste, divin et très thaumaturgique si j’ose dire. Il y a aussi cette variabilité rythmique qui font qu’on ne s’ennuie jamais à l’écoute, le tout jonglant suffisamment habilement pour ne pas perdre l’auditeur ni pour l’endormir. J’ai vu passer des comparaisons avec des groupes estampillés black metal mélodique comme Uada, Mgła ou Groza. En vérité, cela n’a strictement rien à voir et les personnes ayant osé cette comparaison n’ont manifestement rien compris, et je le dis sans gêne aucune. Il faut, en fin de compte, aller au-delà de la simple écoute primaire, il faut se laisser porter par la musique de Malepeste qui recèle un fort appel à la spiritualité, à quelque chose de pas forcément très cathartique selon moi, mais plus « religieux » dans le sens où la musique fonctionne assurément – et je l’ai vérifié en concert – comme un égrégore, avec cette facilité déconcertante à influencer les auditeurs. On n’est donc pas sur un black metal mélodique au sens musical du terme, mais plutôt un black metal occulte par exemple, avec un vrai appel à ce qu’il y a de plus sombre en nous et ce que l’univers conserve de plus insondable et plus effrayant. Sur la musique en elle-même, il serait donc surprenant que je ne trouve pas les compositions bien faites, harmonieuses, pas trop longues ni trop courtes, le tout étant sur un juste milieu efficace et raisonnable, techniquement très bon. Donc, Malepeste revient (enfin) aux affaires de la meilleure des manières, avec un album black metal occulte qui en première écoute, fonctionne très bien et transporte l’auditeur. Excellent ! nuit et cet astre orange, le mélange des couleurs est parfait, vraiment parfait. L’intérieur du digipack reprend les couleurs mais donnant un sentiment de vent galactique ou en tout cas d’une perturbation violente, et le quatrième de couverture est très significatif : on y voit un grand rond noir avec le nom des pistes dedans, entouré par des éclats de verre qui semblent tourbillonner autour, faisant don
Pour la production, on est sur ce qui fonctionne en ce moment, sans réelle nouveauté non plus. Un son que l’on entend désormais un peu partout, avec une empreinte moderne caractéristique qui à titre personnel, ne me déplait pas, mais découragerait surement les puristes. En tout cas, je me rends compte que l’on retrouve de plus en plus les mêmes noms, probablement que ces personnes ont trouvé le truc qui fait que cela fonctionne bien. A savoir le Benjamin Lesous de B-Blast Records que l’on voit sur pas mal de sorties actuelles en black metal qui s’occupe ici uniquement du mastering, le mixage ayant été assuré par un home studio qui pourrait être celui des musiciens de Malepeste, probablement, et qui répond au nom de Studio Arashik. Bon, si l’on part de l’hypothèse d’un enregistrement dans un studio non-indépendant, je trouve que le rendu final est excellent, et largement à la hauteur des sorties récentes plus huppées. C’est peut-être d’ailleurs ce qu’il fait penser aux groupes que j’ai nommés plus haut, parce qu’effectivement, sonoriquement parlant, on peut trouver des similitudes. Mais cela s’arrête là, clairement. Donc, on est bel et bien sur une production très bonne, pas surprenante non plus mais qui fait le job, surtout dans cette époque où le black metal devient un peu plus mainstream. Malepeste a joué le jeu impeccable pour aller vers un « Ex Nihilo » qui remplit son contrat.
En fait, certains diront que la musique de Malepeste ne révolutionne rien dans le paysage du black metal français bien encombré. J’ai lu des critiques assez négatives sur le chant et sur la soi-disant production 1.0 qui rappelle les groupes de black metal mélodique que j’ai cités, enfin. Des critiques totalement infondées quand on se souvient que le groupe, tout d’abord, existe depuis déjà 2010 et qu’en soit, il n’a rien à envier à qui que ce soit. Ensuite parce que la dimension cathartique étant à la mode dans le black metal actuel, quand on se risque à explorer un truc plus spirituel, que ce soit religieux ou ésotérique, dès lors que la musique se veut plus libératrice et rassembleuse. Moi, je ressens véritablement la musique de Malepeste comme un égrégore, et je pense que l’on ne doit pas forcément chercher une dimension cathartique. C’est mon interprétation, je ne dis pas que les lyonnais font cela. Mais on sent que la musique de « Ex Nihilo » fonctionne comme quelque chose de spirituel, visant à transcender plus qu’à délivrer de la pudeur. Alors oui ! Dans le paysage actuel, cela questionne, voire cela dérange. Mais je trouve excellent que les Acteurs de l’Ombre Productions, habitué aux projets cathartiques, donne la chance à des groupes comme Malepeste ou plus récemment, Vígljós (que pourtant je n’ai pas trouvé à la hauteur), qui explorent sur des concepts plus rassembleurs et tous aussi bien travaillés ! Et pour les puristes, le problème viendra du fait que le groupe qui s’inscrit dans une démarche potentiellement messianique, ne parle pas de Satan, tout bêtement ! Voilà où est allée mon analyse, elle vaut bien évidemment ce qu’elle vaut, et elle n’engage pas le groupe. Mais en tout cas, je suis personnellement très content que Malepeste fasse partie du roster de ce très bon label, car non seulement c’est mérité au regard de la qualité indéniable de la musique et du concept autour, mais aussi parce que Malepeste peut réellement amener quelque chose en plus dans le paysage français. Comme quoi, il n’y a pas que le visuel dans la vie…
Passons à la singularité qui fait en grande partie que j’adore Malepeste et Grande Loge : le chant. Exit les high screams typiques du black metal, le bizarrement nommé Larsen (un comble pour un chanteur) aborde des techniques de chant particulières qui vont vers le chant diphonique extrêmement graves et profonds, souvent sur la même tonalité comme une nappe de fond qui rajouterait à la fois de l’épaisseur au son et une profondeur globale manifeste, et des chants déclamés, presque scaldiques, qui sont totalement opportuns à toute l’hypothèse purgative que j’ai développée plus haut. C’est bel et bien le nec plus ultra du black metal de Malepeste, y compris sur scène où le chanteur se meut dans des postures de prières ou chamaniques, pour laisser sortir ces déclamations mystérieuses, chantées tantôt en anglais, tantôt en français, qui ont un sens qui rejoint ce que je décrivais. En fin de compte, outre la technique de chant qui est d’une qualité excellente, le procédé rentre totalement à propos de la musique, et je maintiens que, malgré les détracteurs, ce chant est unique et exceptionnel.
Pour terminer ici cette chronique, Malepeste ressort enfin de l’ombre léthargique dans laquelle il s’était enfermé, pour proposer « Ex Nihilo« , troisième album sorti avec tout le mérite qui incombe au groupe chez les Acteurs de l’Ombre Productions. Je le dis sans complexe, vu que je suis et adore le groupe depuis les débuts. Fort d’une musique black metal que je pourrais qualifier d’occulte, Malepeste offre avec ce troisième album une sorte de cure de jouvence, en proposant un son très actuel mais tout en conservant ce qui faisait sa force, à savoir une dimension spirituelle très puissante et une capacité à transporter l’auditeur vers une dimension céleste avec beaucoup de facilité. Si la musique doit être vue selon moi comme un fantastique égrégore, il n’en demeure pas moins que cette dernière, qui se démarque ainsi de cette habitude de faire dans la catharsis, va devoir peut-être, et je ne le souhaite pas, faire son trou avec plus de difficultés. Mais rassurez-vous, je serai là pour vous soutenir car « Ex Nihilo » est excellent ! A découvrir !
Tracklist :
1. Ab Chaos (3:34)
2. Quaestionis (5:58)
3. Imperium (6:16)
4. Stupor (4:46)
5. Acceptio (5:54)
6. Relapsus (8:04)
« C’est un vrai bâtard du temps celui qui ne se pénètre pas des mœurs qu’il observe. » William Shakespeare
On sent comme un vent de fraicheur qui souffle sur le roster du label Les Acteurs de l’Ombre Productions. Fort de groupes fidèles depuis longtemps, on sentait toutefois que certains étaient tellement en sommeil qu’il fallait renouveler le cheptel et on ne peut pas dire que la France manque de potentiels bons groupes en la matière. C’est ainsi que le label a choisi de nouvelles formations pour alimenter son insufflation qui consiste à créer une sorte de nouvelle vague black metal. Oui ! Le mot est lâché, le label a été une sorte de fer de lance pour amener sur la scène de manière plus concrète des formations qui me semblent cathartiques. Jusqu’à présent, le black metal était considéré comme un genre totalement en dehors des normes, avec ce paradoxe latent qui était construit autour d’une aversion totale pour les codes sociétales, en prônant une liberté de composition totale, mais tout en se codifiant soi-même au point d’avoir crée une forme de purisme maladif qui rejetterait les groupes libres de faire comme bon leur semble. Le label aura eu le mérite non négligeable non seulement de donner chance à des formations jeunes et montantes, parfois avec des résultats spectaculaires, mais aussi de donner vie à une nouvelle vague black metal plus cathartique et beaucoup moins consensuelle que les puristes ne le voudraient. C’est devenu un jeu de mon côté, de deviner quelle formation serait susceptible de se voir proposer une signature sur le label pour la fin d’année ou l’année prochaine. Bon, j’avoue que dans le cas de Malepeste, même si j’adore leur musique, je ne m’y attendais pas. Déjà que le groupe était resté selon moi beaucoup trop en sommeil, je ne pensais pas que le prochain album allait être signé chez les Acteurs de l’Ombre Productions. Concernant Galibot, je le sentais venir. Je sentais que le groupe collectionnait tout ce qu’il fallait pour être signé : un visuel autour d’un concept déjà utilisé par d’anciennes formations mais qui a le mérite d’avoir eu une hype plus intéressante. La musique, pas forcément exceptionnelle, avait donc au moins le mérite d’avoir un potentiel visuel à développer beaucoup plus intéressant. Et enfin, le groupe qui nous intéresse ce jour, je m’y attendais aussi. En fait, on s’aperçoit qu’un groupe aujourd’hui peut proposer une musique intéressante mais sans plus, tant qu’il a une visibilité accrue sur les réseaux sociaux, sous le joug des différents relais proposés, on sait qu’il a une chance. C’est donc sans surprise que j’ai découvert la signature du groupe Les Bâtards du Roi pour la sortie de l’album « Les Chemins de l’Exil« . C’est de cet album dont je vais vous parler ce jour avec plaisir !
Pour l’anecdote, j’ai connu Les Bâtards du Roi lors d’un concert à Orléans, dans leur ville d’origine donc, en ouverture de Hell Gate et de Pénitence Onirique, autre groupe du label. J’avais beaucoup aimé leur prestation que je trouvais quand même empreinte d’une certaine forme de naïveté, sans que ce soit un terme péjoratif mais on sentait que le groupe était encore en phase de rodage concernant sa scénographie. Les costumes avec des capuches et des masques pour cacher leur visage, détail que je trouve personnellement trop utilisé actuellement dans le black metal, me faisaient penser à des moines-soldats. L’univers était intéressant donc mais sans plus. C’est à l’écoute du premier album nommé éponymement que j’ai compris qu’il y avait du potentiel qui allait attirer les labels. Me voici donc de fort bon aloi à l’écoute de « Les Chemins de l’Exil » qui est à ce jour le second album du projet. Deux sorties concrètes en l’espace de trois ans – le groupe ayant commencé son activité en 2022 – et la dernière sur un gros label, forcément ! Cela rend curieux et questionne le chroniqueur chevronné que je suis. Mais je dois admettre que je partais plutôt serein tant le premier album m’avait plu.
Mais rapidement, à la lecture de la pochette, j’ai ressenti une déception, et ce sera la seule. Je la trouve en fait très naïve. Stylistiquement parlant, je ne la trouve pas franchement intéressante ni attirante. Le style graphique en petits points, cela peut être beau si c’est remis dans un contexte autre, selon moi, que celui très moyenâgeux du groupe Les Bâtards du Roi. Il y a cet aspect vintage mais récent comparé à l’univers du groupe qui ne colle pas. En attendant, la représentation d’un chemin d’exil aurait mérité mieux qu’une représentation littéralement identique au nom de l’album. Je m’explique : les possibilités de mettre en avant un exil d’un point de vue iconographique sont infinies, je pense donc que le groupe aurait pu proposer quelque chose de bien plus original que la vision de ces chevaliers encapuchonnés dont on ignore tout. En tout cas, le groupe orléanais sera resté fidèle au procédé d’une pochette en noir et blanc, mais en gardant un côté naïf voire tout simplement bâclé au détriment de la musique. C’est étonnant quand on connait les velléités du label à aller sur des projets hyper visuels… Je ne m’attarderais ainsi pas davantage sur la pochette qui illustre « Les Chemins de l’Exil » car elle est totalement dispensable et ne mérite pas plus de considération que cela. Y compris d’ailleurs dans la typographie du nom de l’album, beaucoup trop simpliste. Désolé pour le créateur du design, mais c’est ainsi.
En revanche, la musique m’a frappé très rapidement de son épée meurtrière. La musique du groupe Les Bâtards du Roi prend tout de suite l’auditeur de court par son côté plus brutal qu’incisif. Après une courte introduction qui sert plus selon moi à promouvoir les futures prestations du groupe en concert, le black metal va directement sur un versant à la fois mélodique et brutal. Là où certaines autres formations du roster sont plutôt atmosphériques, les orléanais se situeraient plus selon moi vers ce que font Griffon. A savoir un black metal mélodique qui se pare de nombreux apparats dont des samples en fond, des lignes de guitares pas toujours linéaires mais bien travaillées, un chant très présent en français, et donc ce caractère historique qui ressort de la musique et qui m’évoque vraiment ce que font Griffon, en moins chiadé quand même. Le black metal de « Les Chemins de l’Exil » est puissant, avec un profond caractère et une dimension magnifiquement majestueuse et solennelle qui rend extrêmement bien. J’adore les parties batterie, qui ne vont pas uniquement sur un mid tempo pompeux et déjà-vu, qui s’essayent à des variations qu’un vrai batteur talentueux peut proposer, le tout couplé avec une sonorisation quasiment parfaite, j’y reviendrai. En tout cas, Les Bâtards du Roi frappent très fort ! On voit une nette différence avec le précédent album qui sonnait certes déjà plutôt bien, mais qui avait encore ce degré de maturation à gagner pour monter en grade. Force est de constater que pour « Les Chemins de l’Exil« , le groupe a mis les petits couverts dans les grands et s’est fabuleusement retroussé les manches pour sortir cette musique black metal puissamment mélodique et grandiloquente. On sent déjà qu’en première écoute, cet album ne laissera pas grand monde indifférent et que le trio d’Orléans porte déjà haut. Maintenant, s’il s’agit de faire dans la dithyrambe, il n’en demeure pas moins que quelques points seront à améliorer encore pour avoir un troisième opus – souvent le décisif – mais déjà, en première intention, je me suis pris totalement au jeu de revenir à cette époque lointaine où la maie opérait rien que dans les récits et les contes. Que Les Bâtards du Roi y parvienne en musique, c’est d’ores et déjà un bel exploit ! Chapeau !
La production est revenue à quelqu’un qui n’est plus un inconnu pour moi désormais tant il a fait un travail exceptionnel pour le dernier Darkenhöld. Il s’agit donc de Ben Lesous qui s’est occupé de mettre en son ce nouvel album de Les Bâtards du Roi. Et manifestement, le gars a fait un boulot remarquable. Le son est impeccable, on retrouve cette puissance extrêmement prenante en lien avec les mélodies guitares qui donnent un ensemble comme je le disais plus haut, à la fois majestueux et émotif. La batterie est elle aussi très très bien placée, en témoigne sa force de frappe dans la rythmique mais aussi dans les moments plus calmes qui méritent en effet un côté plus percussif. Le chant, qui ne jouit pourtant pas de la meilleure technique vocale pour être autant mis en avant dans un mixage, a été placé d’une manière intéressante pour que l’on puisse comprendre malgré l’articulation qui est difficile avec cette technique précise, le texte qui est chanté. En fait, cela se passe de plus de commentaires. Le son est vraiment excellent, je l’ai trouvé opportun dans cette mouvance moderne d’un black metal plus puissant que réellement froid et incisif, à la limite sonoriquement parlant de ce que font certains groupe de thrash metal moderne. Et je note qu’en plus de cela, les compositions se prêtent parfaitement à l’exercice de ce son moderne qui peut faire peur à certains puristes, ceux qui glorifient l’époque du black metal sale et médiéval, mais qui, loin d’être antithétique dans le cas présent de « Les Chemins de l’Exil« , fonctionne étonnamment bien. Très bien même. Donc, mention à cette production qui signe un son particulièrement redoutable et efficace pour nous plonger dans l’histoire de ce deuxième album.
Il convient néanmoins de préciser un élément qui m’a un peu surpris dans la lecture des textes. Je pensais que l’on avait à faire avec un album conceptuel autour d’un exil, que ce soit d’un point de vue spirituel ou tout simplement historique. Or, je me suis aperçu qu’en fin de compte, il s’agissait d’un album qui faisait plus office de recueil que de conception. C’est un peu dommage, je suis resté sur ma faim parce que vous le savez, j’adore les albums conceptuels. Je pensais que les Bâtards du Roi, tout en y mettant une touche très personnelle qui n’est en aucun cas un souci, allaient nous conter une histoire chevaleresque ou quelque chose de l’ordre de l’introspection, comme c’est d’usage dans les sorties du label. Eh bien non. Ou en tout cas, pas de manière totalement assumée. C’est un peu dommage mais cela reste néanmoins un très bon album, bien écrit dans les textes. J’ai eu quelques doutes sur l’utilisation d’une IA pour la rédaction des textes que je trouvais pour la plupart un peu trop lambda, mais il s’avère que rien ne le prouve vraiment, qu’un texte a pu être généré par de l’IA ou non. Quoiqu’il advienne, cela n’enlève en rien la qualité certaine de ce deuxième album qui a été bien écrit dans son ensemble, y compris dans les textes même si j’ai trouvé comme je le disais certains d’entre eux un poil trop habituel. Il y a une dimension poétique indéniable dans « Les Chemins de l’Exil » et qu’il convient de souligner. Bref ! Après plusieurs écoutes, il faut me rendre à l’évidence : j’ai adoré ce deuxième album. Musicalement parlant, c’est extrêmement solide et prometteur pour la suite. La marge de progression existe mais elle apparait déjà bien minime quant au résultat de « Les Chemins de l’Exil« .
Et pour terminer, un grand classique dans mes chroniques : un paragraphe consacré au chant. Celui-ci ne fera pas exception, je trouve en effet la technique vocale bien utilisée, dans un scream en voix gutturale qui à mon avis, a dû donner quelques fils à retordre au chanteur tant on sent que la gorge a pris cher ! Après, il convient de dire que les techniques d’enregistrement permettent de faire croire à un chant puissant en faisant simplement des lignes de chant discrètes. Je pense, peut-être à tort, que ce fut le cas dans le processus d’enregistrement de « Les Chemins de l’Exil« , sinon gare aux cordes vocales. J’aime surtout l’effort important qui a été produit pour articuler les textes qui sont, je le rappelle, dans la majorité très bien écrits, poétiquement parlant, et qui méritaient qu’on les mette en valeur. Un effort notable dans la mesure où on arrive à comprendre une bonne partie de ces derniers. Un chant enraillé qui, ma foi, loin de dénaturer le caractère grandiloquent de la musique, comme Griffon, amène un côté macabre qui ne me laisse pas indifférent du tout.
Pour terminer, Les Bâtards du Roi sortent en cette fin d’année 2025 un deuxième album nommé « Les Chemins de l’Exil« , sortie qui succède à l’annonce de la signature du projet orléanais chez les Acteurs de l’Ombre Productions. Un belle rentrée pour le trio de musiciens qui font la part belle à un univers moyenâgeux et un brin mélancolique, le tout amené par un black metal puissant, fervent et surtout très mélodique. J’ai été très agréablement surpris par la maturité gagnée par le groupe en peu de temps, lui qui il y a encore un an faisait la cour à la scène orléanaise, loin de se douter probablement qu’ils iraient vers un début de consécration aussi fort dans l’underground. Mais au moins, le trio s’est donné largement les moyens pour assumer cette nouvelle ascension et ce deuxième album, très très bon, sonne comme un ensemble très prometteur. Une musique qui se veut à la fois au service de l’Histoire, mais aussi de leur propre histoire car qu’on se le dise, avec ce deuxième album, les Bâtards du Roi ne vont pas tarder à regagner le rang royal qu’ils méritent ! Le chemin est long, mais il est déjà bien entamé.