« Ce que l’ancien sait, la nécessité le lui a apprise. » Proverbe basque
Certains connaissent mon attirance naturelle pour les cultures. Évoluant dans un environnement où il faut souvent faire le distinguo entre pathologie et socio-culturel, et résultant d’une éducation très tourné sur les autres, je me suis toujours intéressé à la découverte des autres cultures, us et coutumes. J’ai pas mal voyagé, dans une bonne vingtaine de pays et tant que mon corps et esprit me le permettront, je continuerai à voyager parce qu’il en va de notre appréhension du monde. L’empathie est un facteur déterminant selon moi parce que, si l’on part du principe qu’il faut comprendre sans accepter ni ressentir (définition même de l’empathie), parfois on se porte à comprendre les coutumes bizarres et les croyances des autres pays, pas forcément très éloignés d’ailleurs ! Le macrocosme européen regorge de cela, et lors de mes pérégrinations je me suis aperçu qu’on n’était pas obligé de faire des heures d’avion pour se sentir dépaysé. Et parfois, même en France ! Que vous alliez dans le Nord ou le Sud, à l’Est comme à l’Ouest, vous vous apercevez très vite que les éléments changent. C’est en cela que je m’intéresse beaucoup aux groupes qui traitent de folklore, de croyances ancestrales et de coutumes, peu importe d’ailleurs le style de musique ! Le tout étant de faire une véritable découverte. Rares sont ceux aujourd’hui qui le font dans certains pays. Par exemple, cet été, j’ambitionne d’emmener ma fille à Chypre, et comme à chaque fois j’ai farfouillé un peu dans la musique locale s’il y avait des groupes de metal qui traitaient justement du folklore. Rien ! Que nenni. Et pourtant, Chypre est un carrefour historique tellement important que l’on pourrait penser que ce pays inspirerait ses musiciens locaux, mais apparemment non. Triste… En revanche, je pars en Islande en septembre, là je sais que je vais en avoir pour mon plaisir ! Voilà pourquoi naturellement je suis intéressé, grandement intéressé par les projets comme ceux-ci. Maintenant, tout l’intérêt est de comprendre pourquoi la musique metal est un formidable vecteur de projets proprement parlant « folkloriques », au sens de « ensemble des pratiques culturelles (croyances, rites, contes, légendes, fêtes, cultes, etc.) des sociétés traditionnelles » (Larousse). Je pense que comme de base cette musique est anti-système et anti-modernité, et notamment le style qui nous sied aujourd’hui même, il est compréhensible de constater que les groupes se tournent vers ce que notre monde moderne, et parfois aussi les croyances monothéistes dominantes, tentent de mettre au placard ! Et tout cela mis bout à bout, on arrive à contextualiser un groupe et à s’imprégner totalement de sa musique. C’est le cas présentement avec le groupe Numen qui sort aujourd’hui même un album nommé « Erre » chez les Acteurs de l’Ombre Productions ! Un album qui, vous le verrez, me donnera primairement entière satisfaction.
Numen est un des rares projets sur le roster du label qui n’est pas français. Nos amis viennent en effet d’Espagne, mais pas n’importe quel coin d’Espagne : Arrasate (en basque)-Mondragón (en espagnol), non loin de la frontière française, dans le magnifique et légendaire Pays Basque ! Province historique pour la France, véritable Communauté Autonome pour l’Espagne, cette région qui comprend donc des territoires français et espagnoles est surtout connu pour sa linguistique et son histoire qui remonte à l’époque romaine, la culture basque est aujourd’hui extrêmement populaire et beaucoup la connaissent dans sa sphère moderne. Mais en fin de compte, c’est un véritable folklore qui est proposé quand on creuse davantage et Numen, qui existe en plus de cela depuis 1997, explore particulièrement ce folklore ancestrale ! Avec notamment, et c’est extrêmement intéressant, des textes écrits en « euskara », ou en basque si vous préférez, et des thématiques centrés justement sur la mythologie basque. Pourtant, avec une discographie qui semble relever une activité musicale compliquée, avec « seulement » cinq albums, et notamment un écart considérable de douze ans entre l’album éponyme sorti en 2007 et « Iluntasuna besarkatu nuen betiko » en 2019, sept années plus tard « Erre » prend son envol ! Alors, qu’est-ce que cette anorexie musicale cache ? Un groupe peu inspiré ou au contraire, un projet qui prend le temps de maturer sa musique ? C’est ce que nous allons voir.
Tout d’abord, découvrons la pochette. Plusieurs symboles sont présents : on y retrouve une multitude de crânes, dont un porte ce qui ressemble à un chapeau de sorcière ou de magicien, c’est selon. Il y a aussi pas mal de sigils, notamment en forme de losange et un soleil noir, et apparemment un symbole végétal au centre, sans que je ne sois en capacité de dire de quel végétal il s’agit. N’étant pas très au fait de la culture basque, j’imagine que tout cela semble directement en provenir, je vais donc essayer d’en faire une analyse mais qui sera plus personnelle. On a le sentiment que les crânes servent d’engrais pour les végétaux, et immédiatement je pense à l’album de Vociferian « L’Os Qui Germe » qui semblait traiter d’une forme de mémoire qui essaye de tenir bon malgré les dégâts du temps. Or, je pense que Numen a l’air d’essayer justement de rendre hommage à ce folklore qui tend à disparaitre, et la présence des sigils et de ce soleil noir me fait vraiment penser à de l’ésotérisme. De plus, « Erre » signifie en euskara « brûler ». Peut-être pourrions-nous voir un album qui parle de la sorcellerie, de l’ésotérisme dans la culture basque, puisque je rappelle qu’au Moyen-Âge, on brûlait les sorcières y compris vraisemblablement dans le Pays Basque, l’ancienne Vasconie. L’œil qui saigne ou qui pleure c’est selon, je le vois pour ma part comme la perpétuation de cette nostalgie, comme si l’œil continuait à contempler malgré la souffrance. C’est un peu galvaudé comme analyse mais étant féru d’ésotérisme, j’adore l’idée qu’un groupe comme Numen mette en valeur tout cela. Maintenant, sur l’esthétique même de la pochette, finalement très basique dans sa colorimétrie (rouge et noir, classique), j’aurais peut-être préféré une gravure moins modernisée. Cela tranche un peu trop avec les précédentes sorties du groupe. Comme il y a une dimension moyenâgeuse, j’aurais préféré un truc plus ancestral justement. En plus, cela tranche aussi pas mal avec le logo de Numen, et son fameux symbole du « lauburu », un symbole traditionnel basque. Mais bon ! Ne jetons pas la pierre non plus, Numen a pondu une pochette extrêmement intéressante sémantiquement parlant, et j’ai pris beaucoup de plaisir à essayer d’en tirer une analyse. Pour cela, vous me connaissez probablement, le groupe a déjà rempli une bonne partie de sa mission en proposant pour « Erre » un artwork aussi curieux et chiadé. C’est donc contrat réussi pour Numen et le mérite revient à View From the Coffin pour cet excellent boulot ! Par contre, encore cet énième problème de colorimétrie sur les digipacks… Mais bon, autant pisser dans un violon…
Par contre, moi qui découvre officiellement Numen ce jour, j’avoue que je ne m’attendais pas à cela. D’emblée, la musique démarre sans préambule et on se prend une rafale black metal d’une agressivité inouïe ! Je m’attendais à un black metal plus centré sur l’occulte ou le folklorique. En vérité, c’est encore mieux que cela ! Ce black metal là sent bon les premiers Dark Funeral ou les Dimmu Borgir époque années 2000, avec des riffs guitares très dissonants, incisifs et agressifs, pas froids pour un sou ! Plutôt démoniaques et sombres. Sur les cinq morceaux, il n’y aura que très peu de moments de répits, c’est une musique black metal qui ne souffre d’aucune fioriture sinon des nappes de claviers et quelques passages d’instruments traditionnels mais qu’il faut discerner en tendant l’oreille attentivement, tels que l’alboka ou des flûtes. En fait, les passages instrumentaux folkloriques sont quasi inexistants. On croirait que Numen, avec « Erre« , revient à des sources old school plus primaires que de réelles fioritures. Du coup, le court album est très harmonique, avec la sensation de se prendre une tempête riffique et aucun moment de répit ne vient nous faire souffler. Ce que j’apprécie tout particulièrement est le talent avec lequel le ou les compositeurs utilisent la dissonance pour leurs mélodies guitares. Moi qui y suis très attaché, et pour laquelle j’ai du mal à trouver chaussure à mon pied dans ce milieu aseptisé du black metal moderne, la dissonance aussi profonde des mélodies guitares me font un bien fou ! Cela sent le démonisme et la terreur ancestrale à pleine oreille ! Les références citées plus haut m’ont littéralement sauté aux oreilles, moi qui suis une quiche (sans lardon) pour trouver des références en claquant des doigts. C’est vous dire à quel point la musique en première écoute de Numen me parle. Le chant aussi, très viscéral et primaire, m’a fait l’effet d’une belle surprise. J’en parlerai plus longuement en bas. En tout état de cause, « Erre » m’aura été une belle surprise en première intention. Je ne m’attendais pas à un black metal aussi bestial, aussi animal même, et cette violence couplée d’une noirceur que l’on retrouve dans des sorties prestigieuses me font penser que cette scène underground européenne réserve encore bien des pépites. Cinq morceaux, ce fut bien trop court mais l’expérience aura été plus que concluante. J’aborde donc la suite de la chronique en toute confiance, cet album est d’ores et déjà une complète réussite !
La musique y est pour beaucoup comme souvent, mais il faut aussi savoir rendre hommage à la production de cet album qui est époustouflante. J’ai chroniqué il y a peu le dernier Malhkebre, qui m’avait gratifié d’une production que je jugeais entre ce qui se fait de moderne et l’old school, pour laisser un côté organique à un ensemble finalement plus aseptisé. Numen a fait exactement la même chose. Je retrouve un nom désormais connu pour le mixage et l’enregistrement de la batterie en la personne de Ben Lesous, qui fait décidément un excellent travail ! Pour le reste, il semblerait que ce soit des studios en Espagne que je ne connais pas mais qui font tous un travail phénoménal. Le résultat est un mixage et mastering aux petits oignons avec ces sonorités qui fleurent bon les années 2000, quand le black metal a pris un virage plus agressif et organique, pour justement se morfondre avec les orchestrations et autres apparats. On retrouve beaucoup un son à la Dark Funeral, si significatif, ce qui est évidemment un immense compliment de ma part ! Il fallait bien ces sonorités précises pour englober le riffing rapide et sombre de Numen, et je loue vraiment cette intelligence en studio d’avoir su trouvé que cette production typique des années 2000 soit la plus adéquate. Pour l’aspect évidemment violent et purgatoire, teinté d’ésotérisme, mais aussi parce que la nostalgie envahira à coup sûr les amateurs comme moi. C’est un grand oui ! Travail d’orfèvre.
Puisqu’il s’agit du principal atout en dehors de la musique de Numen, nous allons parler du concept qui m’a énormément plu. Je me suis amusé à faire traduire les titres de l’album « Erre« , pour essayer de comprendre ce qui se cache derrière. Traduire les textes m’était impossible car non seulement ils n’étaient que divulgués sur le support physique, mais en plus retranscrire sur un traducteur m’aurait pris trop de temps. J’ai fait avec les moyens du bord en somme. Il en résulte surtout de la nostalgie, mais surtout de sorcellerie. On sent que cette époque rend envieux les musiciens du projet et j’y vois un certain hommage à ces sorcières brulées. C’est peut-être un peu tiré par les cheveux mais c’est ce que je retiens. Du coup, on comprend d’instinct que ce black metal là est un vrai concentré de nostalgie, et les émotions existent même si la brutalité des riffs laisserait à penser le contraire. Moi, j’ai ressenti cet album « Erre » comme un vibrant hommage à une époque révolue que beaucoup continuent de perpétuer à travers notamment le black metal. En tout cas, ces multiples écoutes m’auront permis de pénétrer davantage dans cet univers-ci, malgré l’incompréhension de la langue. Il me tarde de les voir divulguer sur Internet pour que je puisse enfin mieux en comprendre le sens ! Ce black metal là parlera aux amoureux des histoires, des légendes et de la noirceur comme moi. Cet « Erre » est une des meilleures découvertes pour moi cette année, tout autant magnifique que surprenante !
Pour finir la partie analytique, passons au chant. Évidemment, la barrière de la langue m’empêche de comprendre pleinement ce qui est chanté et l’effort d’articulation n’est pas le plus extraordinaire qui soit, ce qui est souvent un problème. Mais ce que j’aime surtout, réside dans la technique vocale. Un chant en high scream très puissant, qui déraille pas mal, et qui garde finalement la même logique, le même gimmick même car la rythmique aussi ne varie guère, cela confère un côté minimaliste qui me sied pas mal. On aurait pu imaginer quelques variations opportunes, mais en fin de compte ce dernier me convient comme cela. Il n’y a pas de fioriture là aussi, un chant viscéral, bestial et torturé, comme on l’aime dans ce cas de figure. Un choix intelligent ! Maintenant, ce dernier retranscrit très bien la noirceur de la conception de « Erre » et y participe beaucoup, en accord avec la dissonance instrumentale. Le chant aussi peut être dissonant et par la saturation extrême ici présente, on retrouve donc cet aspect dérangeant mais satisfaisant à l’oreille. Un sans faute !
En conclusion, en release du jour, Numen sort officiellement son cinquième album nommé sobrement « Erre« . Nom d’album qui sonne bizarrement en comparant les autres, c’est surtout le dernier méfait du groupe basque qui a vu aussi sortir deux EPs et quatre albums. Sept années auront été nécessaire pour faire naître « Erre« , qui se pare d’un black metal dans la lignée des groupes des années 2000. Un black metal agressif et sombre, plus encore qu’incisif et froid, avec une production exceptionnelle et des riffs rapides sans pause, le tout baignant dans des atmosphères ésotériques et légendaires. Tous ces ingrédients font de « Erre » un album absolument remarquable, qui mérite toute notre attention tant le projet se fait peu prolifique, privilégiant ainsi la qualité à la quantité mais toujours pour une seule et noble cause : le Pays Basque et sa noirceur. Pour le moment en tout cas, ma sortie de l’année 2026 ! A ne manquer sous aucun prétexte.
« C’est réunis que les charbons brûlent ; c’est en se séparant que les charbons s’éteignent. » Proverbe bouddhiste
C + CO2 → CO (∆H = + 159 kJ/mole). C’est la formule chimique du charbon, dont je vous avouerai que je ne pipe pas un mot de ce que cela signifie. En tout cas, derrière cette petite formule chimique, se cache en vérité un important pan de l’histoire de l’Homme depuis très longtemps. A ce jour, le charbon demeure le deuxième combustible et source d’énergie dans le monde, derrière le pétrole (on en sait actuellement quelque chose…) et devant le gaz naturel. Extrait dans les mines, sa recherche et le besoin frénétique de l’Homme à se servir du charbon comme source d’énergie et de chauffage, ont été indirectement ou non, responsables de la mort de plusieurs milliers d’ouvriers, rendant l’histoire de l’extraction du charbon particulièrement riche en évènements dramatiques. Pas étonnant donc que ce sujet devienne, en plus de l’aspect régionaliste des protagonistes suivants, un fer de lance dans le metal extrême français. La France ayant une étroite relation avec le charbon, comme le témoigne mon actuel département de vie et de boulot, l’Isère, avec le plateau de la Matheysine et ses mines riches en anthracite, censée être le charbon minéral le plus riche en carbone. Un lien fort avec le travail que l’on retrouve avec l’expression française « aller au charbon » qui désigne le fait d’aller travailler, sous-entendu un boulot pénible, une corvée. Mais au-delà même de la forte symbolique historique et de l’inspiration qui en découle de la formation dont je vais (re)parler ici, j’ai voulu comprendre la symbolique spirituelle du charbon, méconnue à mon sens. D’après « le Dictionnaire des symboles« , le charbon est un « symbole du feu caché, de l’énergie occulte ; la force du soleil dérobée par la terre est enfouie en son sein ; réserve de chaleur. Un charbon ardent représente une force matérielle ou spirituelle contenue, qui chauffe et éclaire, sans flamme et sans explosion ; parfaite image de la maîtrise de soi chez un être de feu. Le charbon noir et froid ne représente que des virtualités : il a besoin d’une étincelle, d’un contact avec le feu, pour révéler sa vraie nature. Il réalise alors la transmutation alchimique du noir au rouge. Il est une vie éteinte, qui ne peut plus se rallumer par elle-même, s’il reste noir. » Il va donc d’un fort pouvoir vital et de résurrection, à la fois spirituelle et physique puisque le feu, qui anime le charbon noir, est avant tout un procédé physique ! Dans « Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes » que je vous recommande chaudement, il est mentionné que la houille (charbon minéral) est un outil pour combattre les maléfices et réparer les mauvais sorts, ainsi qu’un protecteur naturel. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas le charbon (végétal) comme antidote à beaucoup de poisons ? Petit conseil : si un jour vous avalez un poison type mort-aux-rats, avalez rapidement un morceau de charbon. Il existe également pas mal de croyances paranormales sur le charbon. Le nom de « houille » proviendrait d’une légende selon laquelle un fantôme aurait indiqué à un certain Prudhomme le Houilleux la première mine de charbon au 11ème siècle dans la région de Liège. Toujours dans le même livre, une croyance des bords du Rhin affirmait, quant à elle, que le « pain noir de l’industrie » (houille) était un « présent diabolique offert par Satan à l’humanité, un jour de belle humeur« . Bref ! Vous l’aurez compris, traiter du charbon et plus a fortiori, des mines de charbon, ne pouvait qu’être un sujet de prédilection pour une formation comme Galibot qui sort ce jour un deuxième – ou troisième – album nommé « Catabase« .
Sujet d’autant plus à propos que Galibot vient d’une ancienne ville minière nommée Wallers-Arenberg, près de Valenciennes ! Ville qui donnera son nom à une démo sortie en 2022 et que j’ai fièrement à la maison. En fait, je suis Galibot depuis leurs tous premiers débuts, depuis qu’un label aujourd’hui disparu, France, Black, Death, Grind, avait mis en lumière ce projet nordiste composé d’un quintet de musiciens. Une fois la démo sortie, un premier album nommé « Euch’mau noir » en 2024 m’avait achevé de penser que ce groupe irait loin. Et paf ! Une signature chez le label désormais prépondérant, les Acteurs de l’Ombre Productions, ce qui me semblait être une réédition de « Euch’mau noir » avec un « bis » (certains diront deuxième album, d’où ma dernière phrase en introduction), et qui me semblait être à l’époque annonciateur d’une sortie officielle et en bonne et due forme d’un autre album ! Peu de temps après ma chronique, l’annonce était tombée : « Catabase » allait sortir en ce 8 mai 2026 ! Une ascension intéressante pour la jeune formation du Nord, qui porte déjà fièrement les couleurs de sa région et son histoire, au travers d’un parcours exponentiel les menant sur les routes de France pour au moins deux petites tournées, et même bientôt une date en Allemagne en festival ! Je vous prédis une présence au Hellfest l’année prochaine sans souci ! En tout cas, sur ma dernière chronique de « Euch’mau noir bis« , j’avais émis quelques réserves notamment sur le chant, c’est peut-être pour cela d’ailleurs que ma chronique (et mon live report de Lyon) n’avaient pas été partagés par le groupe. Soit. Cela leur appartient ! Même s’il est dommage de prendre les critiques pour de la méchanceté, et non pour ce que ceux-ci sont réellement : des « conseils ». Mais peu importe ! Moi, j’aime beaucoup Galibot et je ne vais pas bouder mon plaisir de faire ce « Catabase » en chronique, toujours en accord avec Solstice Promotions ! C’est parti.
J’avais émis aussi quelques réserves sur l’artwork de « Euch’mau noir bis« . Surtout sur la couleur que je trouvais mal choisie. Mais là, clairement, Galibot a franchi un gros cap en matière de symbolique sur cet artwork qui en plus de cela est superbe. La photographie et la perspective visuelle et symbolique qu’elle offre est d’une finesse et d’une intelligence rare ! On n’est pas sur quelque chose de purement factuel ici. La photographie est certes un élément d’une mine de charbon, mais on peut facilement aller au-delà dans la métaphore de « Catabase« . En effet, le féru de mythologies que je suis est heureux de vous apprendre que la catabase est le procédé de descente aux Enfers censé être la dernière marche initiatique pour les futur(e)s héros et héroïnes grec(que)s. Outre le lien évident mais tellement bien trouvé par le groupe entre l’Enfer et le souterrain minier, concept qui construit d’ailleurs l’album entier, je trouve la photographie très opportune. Ces rails qui se rejoignent au centre de l’image, tout en ayant ce bâtiment ancien qui les surplombe, je trouve qu’il y a un vrai côté symbolique avec ce bâtiment qui semble être un belvédère perché, d’où une force enférique surveillerait ou observerait la descente aux Enfers des âmes en peine, qui convergeraient sur ces rails centraux vers les profondeurs de la Terre. Le choix des couleurs, de revenir sur ce bleu intrigant dont on ignore s’il est froid ou brillant, me fait également très plaisir tant ce rouge bizarre me semblait incongru. Je disais dans ma précédente chronique que Galibot abordait une thématique qui ouvrait beaucoup le champ des possibles, mais je ne m’attendais pas spécifiquement à ce qu’ils développent un concept-album aussi intéressant d’un point de vue métaphorique. Voilà pourquoi cet artwork est absolument incroyable, parce qu’il jette des bases séculaires extrêmement intéressantes. Moi qui suis très attaché à la symbolique des images, Galibot a selon toute vraisemblance frappé très fort avec l’illustration de « Catabase« . Et on sent que derrière, il y a des musiciens qui réfléchissent de manière perfectionniste à comment présenter leur musique. Un groupe qui soigne ses artworks sans tomber dans l’emphase graphique ni dans le piège de l’IA, est quelque chose qui me procure un bien fou ! C’est un excellent travail !
Sur le plan musical, on gravite à peu près sur le même registre que la sortie précédente. En même temps, quand le brouet est bon, il n’y a nullement bien de changer la recette. Toutefois, la recette précédente m’avait laissé un léger, très léger arrière-gout que je ne manquerai pas d’analyser plus bas. En tout cas, Galibot propose toujours son black metal mélodique et atmosphérique à la sauce les Acteurs de l’Ombre Productions. On ne peut pas dire que le groupe révolutionne le genre d’un point de vue purement musical, puisque ce black metal là ressemble beaucoup à la fabuleuse scène québécoise (j’entends encore et toujours du Cantique Lépreux à fond) et ce qui se fait de manière plus globale en France aujourd’hui, mais au moins les nordistes jouent cette carte à fond et assument ! Leur identité est d’ailleurs plus visuelle que musicale, ce qui se fait de plus en plus aujourd’hui au grand dam des nostalgiques… On retrouve ce que je trouvais de très bon dans la musique, à savoir ces ambiances très mélodiques et sombres, ces alternances quasiment répétitives de riffs en blast beat et de passages plus « aériens », plus aérés, même si le décorum général revient plus à la violence qu’à la mélancolie. Décorum que l’on retrouve par ailleurs en concert où le groupe dégage une sacrée débauche d’énergie ! On sent que la structure des pistes suivent une certaine logique entre elles, n’allant pas non plus tout le temps jusqu’au schéma de facilité de couplet / refrain, mais disons qu’il y a une certaine propension à la même structure composale. Les riffs se montrent peut-être un brin répétitifs à la longue, j’ai parfois le sentiment d’écouter un peu les mêmes albums depuis le temps. Mais d’un autre côté, si j’en crois les inspirations du groupe Galibot, ce black metal mélodique doit contenir une certaine continuité dans la décision artistique, et on pourrait imaginer que ces riffs très prenants et lancinants auraient une sorte de signature de la part de son compositeur. En tout cas, cette musique fonctionne bien malgré tout ! L’aspect répétitif ne me dérange pas tant que cela, j’aime beaucoup les ambiances qui s’en dégagent, qui me font penser par exemple à celles que l’on trouve dans Batushka sans les apparats ésotériques. Le groupe expérimente légèrement avec des apports un peu plus « darkwave » sur lesquels je reviendrai plus bas. En tout cas, sur le plan musical et en première écoute, l’album « Catabase » est très intéressant et démontre non pas qu’un palier est franchi, hormis visuellement, mais que la musique a trouvé son point d’ancrage et que selon toute vraisemblance, elle est efficace. Reste à savoir si le groupe marquera les esprits par sa musique plus que par son visuel. Mais en tout cas, « Catabase » est dans une logique de confirmation que Galibot recherche et va certainement étayer davantage sa notoriété grandissante. Très bon !
L’un des progrès accomplis par Galibot réside surtout sur la production de ce « Catabase« . La différence entre « Euch’Mau Noir bis » et « Catabase » n’est pas non plus hyper flagrante, mais on sent quand-même, en tendant l’oreille si j’ose dire, que le son est sensiblement différent. Moins épais, il occupe moins le spectre sonore pour laisser justement place à une justesse sonore dans le jeu des guitares notamment, que l’on distingue un peu mieux, ce qui pour du black metal mélodique est important. Je situerais hasardeusement le son de cet album entre celui que faisait Stortregn à l’époque de l’album (magnifique) « Evocation of Light » et « Paysages polaires » de Cantique Lépreux. Soit un son égal dans l’occupation du champ sonore, sans tomber dans l’ultra incision presque metal technique de Stortregn et l’atmosphérique outrancièrement épais de Cantique Lépreux. Résultat, « Catabase » se pare de sonorités que l’on qualifierait de propres et noires, avec tout de même suffisamment d’épaisseur pour nous évoquer les profondeurs abyssales de la couche terrestre et les immondices que l’on y trouve, un peu comme le feraient dans un autre registre d’ailleurs les groupes de death metal funèbres comme Venomous Skeleton ou Foetorem. C’est la subtilité de Galibot de proposer un son un brin plus atypique que ce qui se fait dans la paysage actuel du black metal français avec cette légère adiposité sonore qui donne à son black metal mélodique une sensation de profondeurs intéressante et allégorique au regard du concept développé ci-présent. C’est probablement, en dehors bien sûr du travail riffique, ce qui me sied le plus dans la discographie désormais riche de Galibot, de proposer des sonorités qui tranchent et qui accompagnent davantage encore ce concept très centré sur les profondeurs, qu’elles soient terrestres ou enfériques. Gros atout, très gros atout ici !
Maintenant, la question demeure : comment se démarquer aujourd’hui quand on a pour ambition de proposer une musique metal extrême qui fourmille de plus en plus de prétendants en France et qui creuse une vague encore plus énorme pour déferler sur le public ? Difficile en l’état donc d’être LE groupe qui va conduire cette vague. On parlait beaucoup de Houle dans le même roster, qui connait un parcours exponentiel. Je me suis pour ma part toujours refusé de comparer Houle et Galibot qui n’ont absolument pas le même univers, et qui ont selon moi le seul point commun d’avoir une chanteuse extrême. Néanmoins, je découvre une nouvelle comparaison : celle de l’ambition. On sent après plusieurs écoutes que « Catabase » sonne comme une confirmation. Là où Houle en est à un seul et unique album, Galibot en est déjà à deux (trois ?) et malgré l’année de naissance en commun, nos ami(e)s nordistes en sont déjà à quelques faits d’armes convaincants. Je pense qu’il n’est pas incongru de trouver cet album comme une forme de confirmation de leur ascension grandissante et qui va certainement les amener à aller davantage plus haut dans le paysage français. Là où je trouve Galibot encore plus fort demeure dans l’inspiration que procure son univers conceptuel sur les mines : contrairement à beaucoup de groupes, ils parviennent à nous trouver des sujets de textes suffisamment rares pour nous piquer notre curiosité. Moi qui adore les groupes qui parlent d’un sujet « commun » mais qui prennent le risque d’aborder des thématiques moins communes sur les dits sujets, Galibot me contente énormément pour cela. Qui connaissait hormis les habitants de Valenciennes le mythe de Saint-Cordon ? Qui se souvient du personnage énigmatique de Jeanlin dans « Germinal » ? Bref ! Sur ce plan-là, on sent que Galibot, et c’est normal, maitrise parfaitement son sujet et nous conduit avec beaucoup d’authenticité vers la noirceur idoine de son univers conceptuel. Et quand on comprend que musicalement parlant, cela tient de plus en plus la route, avec ce black metal mélodique qui se réécoute très facilement tant il est harmonieux, on comprend tout de suite que l’ascension va être dantesque si toutefois, ils restent prudents. Et c’est ce qui me fait penser à ce jour, que le groupe du Nord va probablement surpasser ses « concurrents » dans les mois à venir. En tout cas, ce « Catabase » marque le chapitre de la confirmation, c’est une évidence absolue.
Pour terminer mon analyse, le sujet qui fâche. Il est vrai que je n’ai pas toujours été très dithyrambique avec le chant de Diffamie, que ce soit sur ma chronique de « Euch’Mau Noir bis » ou sur la prestation du groupe à Lyon. Je précise bien entendu que je n’ai rien contre elle d’un point de vue personnel et que le peu d’échanges que nous avons eus à Lyon étaient fort sympathiques, simplement, mon « travail » de chroniqueur m’oblige à dire la vérité tant qu’elle reste objectivement étayée, ce qui constitue la marque de fabrique de Soil Chronicles. J’avais noté que je trouvais le chant trop rapide, souffrant d’une diction et d’une articulation un peu brouillonnes. Force est de constater que le souci est beaucoup moins présent sur « Catabase » et cela me réjouit. J’ai le sentiment, sans aucune présomption de ma part, que des cours de chant sont passés par-là entre temps, et du coup les progrès (quoique la technique vocale en elle-même n’était déjà pas un problème stricto facto) sont manifestes sur cet album. Les textes sont plus aérés aussi, proposant donc que ce chant en français, déjà un vrai chemin de croix pour l’articulation et je sais de quoi je parle, est devenu très bon et très intelligible ! Je trouve par ailleurs les textes toujours aussi excellents, mais vraiment au point de constituer un des atouts majeurs de Galibot ! Ne manquait donc plus qu’un chant excellent pour les accompagner. Certains autres webzines critiquent la technique, moi je la trouve intéressante parce qu’elle amène une touche de frayeur dans un ensemble musical très noir, comme le ferait la chanteuse de Lebenssucht par exemple. Une belle surprise néanmoins : la présence de rares (trop rares) parties en chant clair et là, j’ai découvert que Diffamie avait une voix claire superbe, très grave pour une femme, et moi qui suis féru de voix graves, un peu éthérées presque dans un registre darkwave comme le ferait par exemple la chanteuse du groupe belge Splendidula dont je suis extrêmement fan, j’ai vraiment adoré ça ! Loin d’être mal placé, ce chant apporte une coloration nouvelle un peu envoutante qui ne me laisse pas indifférent du tout. En tout cas, je peux dire que sur cet album, la plupart de mes doutes ont été levés avec brio ! Après, moi-même étant chanteur, je sais qu’on peut toujours faire mieux. Mais concernant cet album précisément, Diffamie me fait déjà beaucoup plus plaisir et j’apprécie tout particulièrement cette dernière dans ce qu’elle amène à sa formation en tant que frontwoman !
Pour conclure donc, Galibot, après avoir fêté en grandes pompes sa signature méritée chez les Acteurs de l’Ombre Productions en sortant une réédition de « Euch’Mau Noir » nommé « Euch’Mau Noir bis » et chroniqué ici, sort officiellement ce jour son prochain album nommé « Catabase« . Un album qui sonne, à la lumière de mon analyse, comme une sorte de confirmation de ce que nos camarades du Nord de la France nous proposent, et nous proposent par ailleurs de mieux en mieux. Fort d’un black metal mélodique qui rend hommage à l’histoire sombre de notre pays que constitue celle des mines de charbon, la jeune formation s’impose désormais comme une formation solide et ambitieuse. Un black metal qui en plus se pare de sonorités intéressantes, épaisses et sombres, pour donner des atmosphères lugubres et plus dans un registre enférique que réellement démoniaque. « Catabase » sonne aujourd’hui comme un album qui confirme tout le bien que je pense de la formation et même si j’ai par le passé émis quelques réserves sur des points précis, il n’en demeure pas moins que Galibot s’impose à ce jour comme un groupe qui va compter dans le paysage si glorieux désormais de cette nouvelle vague du black metal français ! En tout cas, c’est un excellent album, à n’en pas douter, et qui fera taire les sceptiques. A découvrir !
Mon histoire d’amour avec Skaphos, qui vient du grec ancien σκάφος qui signifie « bateau, navire », est un peu comme l’enfant qui s’émerveille devant la vitrine d’une pâtisserie : les yeux s’illuminent mais la bouche reste vide. Je n’ai jamais réellement écouté la musique du quatuor lyonnais par manque de temps et aussi dans l’espoir de les voir un jour en concert, dans le sens pas un album entier, plutôt des bribes de, mais j’étais toujours (je suis toujours !) admiratif de leur parcours qui, ma foi, n’a rien à envier à personne sur la scène underground française, voire européenne ! Le groupe qui a démarré son activité en 2018 trace régulièrement les routes et salles européennes, dans des premières parties prestigieuses (Vader en 2021, 2023 et 2025, Marduk en 2022, etc.) ou même en tête d’affiche cette année et même s’offrir des dates au Hellfest et au Motocultor cette année ! Excusez du peu. Il faut dire que les lyonnais n’ont pas chômé du tout depuis 2018 en ayant à leur actif trois albums et donc cette « relecture » comme le mentionne le label les Acteurs de l’Ombre Productions, sorte de compilation de morceaux issus des deux premiers méfaits « Bathyscaphe » et « Thooï » mais retravaillés pour l’occasion de cette nouvelle signature. Petite mention : Skaphos était signé chez Transcending Obscurity qui est un label que j’affectionne particulièrement pour ses goodies. Le procédé me rappelle récemment ce qu’a sorti Galibot sur le même label. Peut-être est-ce une manière de se faire accepter sur le roster du label, de réenregistrer au gout de ce dernier avant de proposer un nouvel album ? J’avais émis cette hypothèse pour Galibot. C’est un choix artistique que personnellement je ne défendrais pas, mais que je comprends. Enfin ! Quoiqu’il en soit, la perspective d’enfin me frotter réellement à la musique de Skaphos, que j’ai vu récemment en concert au Battle in the Nord Festival, m’enchante et quelque part, me soulage ! D’autant que j’ai eu le plaisir de constater que Jérémy Tronyo, guitariste parolier et choriste de Skaphos, se souvenait qu’avec son projet de l’époque, Land’s Way, nous avions partagé une affiche en 2019. Punaise, cela ne nous rajeunit pas… Let’s go !
Depuis deux sorties, le groupe confie ses artworks à un homme dont le talent est tout simplement exceptionnel : Paolo Girardi ! J’avais déjà trouvé celui de « Cult of Uzura » absolument superbe, mais celui concernant « The Descent » est encore plus dingue de réalisme. On croirait que Paolo Girardi sait tout dessiner et peindre tant cette sorte de créature mi-dragon, mi-baudroie monstrueuse paraitrait presque réaliste. Le luxe des détails, le choix des couleurs qui rappellent effectivement les abysses, et cette mise en perspective qui nous ferait penser que cette créature du monde silencieux jaillit des profondeurs face à nous dans toute son horreur, je trouve que l’ensemble frôle irréfutablement la perfection. Cette image et d’une manière générale l’univers de Skaphos réveille d’ailleurs ma thalassophobie et je pense que cette artwork a un rôle presque déroutant comme cela, de distiller la peur sur l’auditeur. Elle est en plus de cela très représentative de la musique de Skaphos, et a fortiori sur cette sorte de compilation-réédition car elle rajoute une touche de terreur et de noirceur sur une musique déjà bien enrobée de tout cela. L’intérieur du digipack demeure quant à lui sur le jargon bien connu du « simple mais efficace », avec la reprise d’un fond abyssal pour illustrer les textes, pour le coup d’apparence plus graphique que l’artwork, une photo magnifique du groupe en avant d’un crépuscule, donnant une perspective ombragée superbe, et un quatrième de couverture où le groupe pose sur une butte naturelle de roche qui surplombe la mer ou l’océan. Tout est raccord, tout est bien ficelé pour amener celui ou celle qui découvrirait Skaphos dans son univers marin, lovecraftien et abyssal. Travail d’élaboration de l’artwork et du digipack absolument superbe et qui mettrait officiellement les lyonnais dans mon top 3 des groupes à l’univers océanique avec les grands Ahab et Octobeast, rien à redire ! Dernier petit détail : le groupe a de nouveau changé son logo, en comparaison de « Cult of Uzura » et des deux premières sorties. Choix artistique risqué mais pour moi, payant ! NB : j’ai réalisé bien plus tard que cet artwork ressemblait beaucoup à celui du premier album « Bathyscaphe » ! Est-ce une volonté du groupe ?
Il faut avant d’aborder la musique de Skaphos sur « The Descent » remettre un peu de contexte. Les deux premiers albums étaient autoproduits, donc cette compilation-réédition de quatre morceaux de chacun des deux albums est une manière de leur redonner un coup de jeunesse et probablement, c’est mon hypothèse, de satisfaire au cahier des charges du label, condition sine qua none pour signer chez eux. L’occasion de faire d’une pierre deux coups était donc intéressante ! Sans vouloir faire de comparaison avec les précédents opus, je vais dans un premier temps rester sur une explication de la musique. Ce qui change connaissant le label les Acteurs de l’Ombre Productions, c’est que POUR UNE FOIS, on n’a pas à faire qu’avec du black metal. Skaphos, et ce depuis le début, nous gratifie d’une sorte de blackened death metal extrêmement dantesque, oscillant habilement entre lourdeur et incision riffique, offrant d’ailleurs une dimension mélodique surprenante pour moi. J’avais lu des comparatifs pompeux avec Behemoth ou Belphegor, je pense que c’est beaucoup plus élaboré et évidemment moins « grand public » que cela. On reste sur un côté très brutal, sans répit, qui probablement rebuterait les personnes en quête d’un metal mainstream et accessible, ce qui n’est pas du tout pour me déplaire ! Au moins Skaphos garde ce côté extrême qui me sied beaucoup à l’écoute de ce « The Descent« . Les riffs sont donc plutôt mélodiques, les parties lead sont plus sur un registre légèrement plus en tonalités aiguës ce qui permet de jongler sur la lourdeur des parties rythmiques, et sur certains passages brutaux, avec une noirceur qui hypnotise et cette incision terrible inhérente au black metal. Mais attention ! Les compositions sont très structurées et élaborées, de telle manière que les riffs sont très changeants, sans refrain ou quoique ce soit de répétitif. Skaphos s’amuse à changer les riffs et sans tomber dans l’impétuosité abusive. L’ensemble, et ce sur chaque piste, demeure harmonieux et permet surtout de ne pas tomber dans une quelconque forme d’ennui. J’adore personnellement la manière avec laquelle la batterie est jouée, on sent que cette dernière occupe une place presque technique dans la composition et c’est elle qui semble un peu dicter le tout. Le gars derrière la batteuse est vraiment très très bon ! Voilà donc une première écoute « fin-valable » comme on dit en Nouvelle-Calédonie ! Je savais que Skaphos n’avait rien à envier à personne vu la réputation grimpante et la manière avec laquelle nos amis lyonnais mènent cette barque si j’ose dire avec brio, mais j’étais loin d’imaginer que musicalement cela tenait aussi bien la route. Ce blackened death metal, qui d’habitude peine à me satisfaire tant le style est gangréné par les gros groupes du genre qui dénaturent pas mal le caractère intimiste de leur musique, m’a emballé comme rarement ! Loin d’être antithétique, la signature de Skaphos sur le roster du label coule de source. Excellent !
La production est donc ici l’atout charme de « The Descent« . D’habitude, j’ai un peu de mal à me faire à l’idée que les groupes changent leurs productions selon des besoins obscurs, notamment dans le cadre général des rééditions que l’on a de la part de certains labels, dont celui ici présent n’est pas concerné. Et s’agissant de Skaphos, je dois dire que « Bathyscaphe » étant l’album que j’ai le plus écouté du groupe, j’adorais la production un peu « old school ». Alors, on va partir d’un postulat simple : je ne vais faire aucune comparaison entre les précédents et « The Descent » histoire de ne pas dénaturer le travail fourni par mon caractère subjectif qui émane parfois dans les chroniques. Il convient donc de préciser que le blackened death metal doit avoir un son caractéristique, qui laisse la place à des parties lead plus aiguës en termes d’accords guitares, et une certaine lourdeur sous-jacente dans le mix général, et rare sont les groupes qui parviennent aujourd’hui, en dehors des grosses productions connues, à faire un son plus que correct à mes oreilles. Skaphos en fait indubitablement partie. Forts de quatre albums, on sent la maturité progressée et le son de « The Descent » est selon optimal pour ce type de musique. La batterie est bien mise en avant, l’ensemble guitares / basse occupe une place idéale pour justement, laisser place à des parties lead et une épaisseur sonore qui va bien. J’aime bien d’ailleurs le fait que les parties lead guitares soient limite un peu rendues « atmosphériques », pour donner une soupçon de noirceur à l’ensemble, et je note que certains riffs, on serait même pas loin d’un black metal standardisé par les Acteurs de l’Ombre Productions, avec des parties rythmiques un poil moins lourdingues et des leads mélodiques prépondérants. Autre gros point fort de Skaphos : le chant qui est bien mis en avant, mais je reviendrai sur ce dernier plus en détails en bas. En tout cas, ce quatrième album « compilation-réédition » démontre selon moi non pas comme je le pensais une volonté de se calquer sur les standards du label, mais bien une forme de maturité artistique qui était déjà présente mais qui continue d’augmenter. Mine de rien, Skaphos fait son bonhomme de chemin ! Et je m’en réjouis. Superbe production.
Bien évidemment, Skaphos ne pouvait que me toucher intérieurement étant donné que les thématiques abordées me font l’effet d’un coup de massue. Ma thalassophobie fait que dès qu’un groupe accoste sur les plages sombres des sujets marins et surtout, sous-marins, j’ai cette curiosité morbide qui me pousse à aller écouter. Le must aurait été d’avoir de la part du groupe de véritables photos sous-marines en scaphandriers comme dans le téléfilm de 1997 « Vingt Mille Lieues sous les mers » qui constitue un de mes traumatismes. Dit comme cela, c’est surement ridicule. Mais c’est une véritable phobie chez moi ! Donc, si vous voulez, cela n’a l’air de rien, mais quand Skaphos m’a été proposé, je savais qu’inconsciemment, j’allais morfler. Mais c’est bien, parce que comme cela, le groupe fait une musique qui me parle beaucoup, et j’y suis sensible à cela. Et le grande force de nos amis lyonnais est que, si l’univers conceptuel n’est pas celui qui parlera à toutes et tous, il permet non seulement de développer tout un travail visuel comme ils ont en live et qui est excellentissime (j’adore vos costumes !), mais en plus il amène le groupe vers de possibles nouvelles idées infinies et toujours plus parlantes. En tout cas, « The Descent » est clairement dans la lignée de ses ancêtres albums, et à la lecture de ce dernier, j’ai le sentiment que le groupe est bien parti pour durer ! Ce qui me réjouit. Je vous l’avais dit, sentimentalement parlant, j’adore Skaphos. Il convenait ainsi que l’adoration se téléporte enfin sur le plan musical ! Je vais donc aller me farcir toute la discographie achetée récemment sur Bandcamp et je vais mettre « The Descent » en bonne place chez moi. Gommer cet affront, au regard de la qualité indiscutable de cet album, aurait été la moindre des choses.
La qualité musicale du groupe sur l’élaboration de son blackened death metal va même plus loin, jusqu’au chant. Parce qu’une fois encore, il faut choisir la bonne technique quand on mixe deux entités musicales qui sonoriquement parlant n’ont pas énormément de points communs ! Et le chant ne déroge pas à la règle. Dans le cas de Skaphos, manifestement, il y a un gros travail de fait dans la construction des lignes de chant puisque ce dernier varie beaucoup, oscille entre une sorte de growl médium pas hyper guttural, et certains passages plus en tessitures aiguës, le tout accompagné par les chœurs des camarades guitariste / bassiste. Ce que j’apprécie, c’est que loin d’être déroutant, le chant amène là aussi la noirceur idoine pour la musique et ce, sans tomber dans les classiques techniques de chant death metal ou black metal qui donnent cette touche habituellement sombre à la musique. Là, le chant est plus centré sur l’articulation, et cela me fait très plaisir ! Maintenant, le mixage est pour beaucoup aussi dans ce dernier, puisque même si la technique vocale se rapproche de ce qui se fait en death metal évidemment, il n’en demeure pas moins que le son de ce dernier, moins épais et moins profond, avec une légère incision dans les tons aigus, est prépondérant pour l’harmonie musicale de « The Descent« . Bref ! Un chant intelligent, varié et qui fait quand-même la part belle majoritairement à la noirceur extrême et aux abysses, voilà de solides arguments encore une fois en faveur de l’écoute de cet album !
Pour conclure, Skaphos inaugure sa signature en grande pompe chez les Acteurs de l’Ombre Productions avec une sorte de « compilation-réédition », appelée ici « album » par le groupe, qui se nomme « The Descent » et qui constitue à ce jour le quatrième méfait de leur riche discographie ! Proposant un style un peu moins habituel sur le roster du label, un concentré de blackened death metal aussi sombre qu’oppressant, cette sortie fait office d’originalité qui bien entendu ne doit laisser aucun adorateur du label indifférent ! De fait, cette sortie semble tout à fait appropriée à l’univers artistique du label qui met à l’honneur des formations soit jeunes, soit un peu moins comme ici, mais toujours prometteuses ! Skaphos confirme plus qu’il n’impose sa patte artistique avec cette sortie, et se voit auréolé de la dénomination de formation confirmée de la scène française underground. Avec « The Descent » qui est un album excellent, bien ficelé et surfant sur un univers qui me parle énormément, les lyonnais n’ont finalement que peu de marches à franchir pour devenir un groupe majeur de l’hexagone ! A découvrir très vite !
Tracklist :
1. Nese Ende 04:31
2. Okean 05:52
3. Mireborn 03:38
4. Ube 03:23
5. The Descent 03:53
6. Horror Squid 04:57
7. The Brine Seal 03:39
8. Mariana Tomb 03:21
"Le Voreux, au fond de son trou, avec son tassement de bête méchante, s'écrasait davantage, respirait d'une haleine plus grosse et longue, l'air gêné par sa digestion pénible de chair humaine." (Emile Zola)
Vous l'aurez deviné, j'ai été comme beaucoup amené à lire Germinal. Ce fut mon premier contact avec l'univers de la mine de charbon, j'avais seize ou dix-sept ans, j'étais au lycée en classe littéraire et comme vous vous en doutiez, à l'époque on étudiait encore les romans naturalistes. Outre la caractère un peu pompeux des nombreuses longues descriptions inhérentes au genre naturaliste, je me souviens que l'histoire, reprenant le récit concernant la famille des Rougon-Macquart sur vingt romans (vingt ! Un véritable travail de fourmi !), s'inscrivait surtout dans une époque extrêmement difficile, tant sur le plan politique que sur le plan du quotidien. Evidemment, c'est un roman, donc il est à prendre avec un certain recul, une certaine objectivité si l'on ne veut pas finir sous antidépresseurs. Mais quand-même ! Il s'agissait d'une époque bien réelle et depuis, je n'ai eu de cesse d'avoir une certaine attirance, autant fugace que sincère, pour l'univers de la mine. La preuve, si tant est que cela puisse en être une : j'habite non loin de la vallée de la Matheysine en Isère, site connu en France pour avoir accueilli des mines d'anthracite, et dont les vestiges perdurent aujourd'hui notamment dans un musée très intéressant, que ma fille adore, à La Motte d'Aveillans. J'ai toujours eu une empathie pour ces travailleurs au forceps qui oeuvraient dans des conditions terribles, risquant leurs vies en fonction du grisou ou de la silicose qui rongeait inlassablement leurs poumons. Il faut admettre que même si les conditions de travail dans les mines se sont grandement améliorées avec le temps, et que l'époque de Germinal a fort heureusement laissé place à des jours plus tranquilles, il n'en demeure pas moins que ce genre de boulot reste pour moi un vrai purgatoire que je n'aimerais jamais connaitre. Voilà pourquoi dès qu'un groupe traite dans son concept de l'univers minier, je suis rapidement intéressé. J'ai pour exemple le groupe Silicose qui m'a plu tout de suite y compris dans son approche très raw ! Après, dans un registre beaucoup plus mainstream, groupe pour lequel par ailleurs j'ai un rapport plus étroit personnellement avec mes projets, il y a Wind Rose qui reste plus sur le monde des nains mais bon : les nains n'étaient-ils pas des mineurs aussi ? A leur façon, dirons-nous ! Et puis, il n'y a pas si longtemps, un label (France, Black, Death, Grind, de mémoire) a sorti de son chapeau magique un groupe qui a tout de suite attiré mon attention, pour les raisons évoquées plus haut mais pas que. Il s'agissait de Galibot. L'album "Euch'Mau Noir" mis en valeur par ce label alors qu'il était initialement autoproduit m'a rapidement fait un très bon effet ! Et j'avais prédit, sans vouloir être prétentieux, que le groupe serait signé chez Les Acteurs de l'Ombre Productions, pour des raisons tantôt évidentes, tantôt hypothétiques, mais mon instinct me susurrait que ce groupe irait sur le roster du label ! Je ne m'étais pas trompé car ce jour, en release du jour, je vous présente non pas un nouvel album de Galibot mais une réédition du fameux "Euch'Mau Noir", qui prend un nom légèrement différent pour "Euch'Mau Noir Bis". D'ordinaire les rééditions ne m'attirent guère mais le fait qu'elle intervienne chez Les Acteurs de l'Ombre Productions n'est pas anecdotique, et je vais donc m'amuser à vous en donner les raisons selon moi. C'est parti !
Alors, quel est donc ce projet qui reçoit l'adoubement de ce label important désormais ? Galibot est une jeune formation qui existe depuis le début des années 2020, la première sortie étant un split en 2021 avec des groupes aux noms plutôt exotiques comme Bill the Dog, Buuziguuluum et Urine Tumor (je vous passe d'ailleurs le nom des morceaux qui m'ont pas mal fait rire, sauf étonnamment, celui de Galibot, resté très sérieux !). Le projet nous vient du Nord de la France, et nous serions tentés de dire que c'est normal, mais attention ! Le monde de la mine de charbon n'est pas qu'inhérente au Nord, même si j'admets que l'on associe très souvent cet univers là-bas. Wallers Arenberg se situe d'ailleurs en périphérie de Valenciennes pour ceux que cela intéresse. Ensuite, une démo en 2022 et ce premier album donc, "Euch'Mau Noir" en 2024, qui signifie en chtimi, patois du Nord pour les non-initiés, "le diable noir". Un début de parcours prolifique et intéressant, avec une vraie belle évolution entre la démo et le premier album qui me laissait penser à l'époque beaucoup de bien pour cette jeune formation. J'avoue avoir totalement oublié d'écouter le split, je tâcherai de m'y intéresser rapidement même si le côté décalé de ce split me rebute un peu et pousse à me demander dans quelle galère ils s'étaient à l'époque fourrés. Mais voici donc la réédition de ce premier album, en une sorte de clone qui porterait un nom différent, "Euch'Mau Noir Bis". Certains trouveront le fait de rééditer ce fameux premier album un peu étrange, pour ma part je pense avoir saisi pourquoi. L'intérêt est hautement discutable mais au moins, le résultat pourrait permettre à Galibot de confirmer ou d'infirmer toutes les espérances placées en eux. On y va pour la découverte de cet "Euch'Mau Noir Bis" !
Qui dit réédition dit généralement nouvelle pochette ! D'autant que, je le répète, cette réédition sonne comme un grand pas fait en avant par Galibot. J'ai en ma possession les deux versions de "Euch'Mau Noir (Bis)" donc la comparaison fut aisée. Et globalement, je peux dire que je suis un peu déçu par le devant de la pochette. Je préférais mille fois la version avec ce ciel bleu gris dont on peine à savoir s'il s'agit d'un ciel "beau" ou pluvieux. Et cette confusion possible, je la trouvais intéressante symboliquement, d'autant que cette couleur énigmatique mettait bien mieux en valeur le bâtiment de l'ancienne mine d'Arenberg que j'ai reconnue en faisant mes recherches. Là, on est face à une sorte de rouge un peu violet et l'on a cet effet comme si l'on regardait dans des lunettes 3D mais sans le vert. Vous savez, ces vieilles lunettes qu'on avait dans certains jeux pour enfants ! Donc, cette couleur ne me sied guère et en plus la photographie originelle n'est plus aussi belle que précédemment. Mauvais point. Heureusement, on retrouve l'héraldique du Nord, "D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules" et le côté de la pochette qui me plaisait bien aussi. En revanche, l'intérieur du CD est plus attractif. J'aime bien le côté bande dessinée à l'intérieur qui, pour le coup, met un peu plus en valeur cette fameuse couleur qui piquait les yeux, et l'on retrouve la tête effrayée ou effarée d'un mineur de fonds sur le CD, qui trahissait cette terreur et cette sombritude importante pour comprendre la musique de Galibot. Le groupe a également changé ses photographies de promotion dans la jaquette et derrière en quatrième de couverture en rajoutant deux musiciens sur le line up (Robin Grabmann à la batterie et Julien Baquero à la guitare), là où les trois membres fondateurs apparaissent toujours devant la mine d'Arenberg, chez eux en somme. Et puis, je dois dire que j'ai bien aimé leur livret douze pages avec de belles images d'archives et les textes mis en valeur dans une mise en page qui rejoint ce côté ancien des archives. Donc en soi, la version physique de "Euch'Mau Noir Bis" est très belle et marque en effet une belle progression pour le groupe Galibot même si j'émets personnellement une réserve sur cette couleur rouge pas franchement intéressante ni pertinente au regard de l'univers artistique. Mais bon, cela demeure finalement un peu de subjectivité dans ce monde aseptisé que veulent beaucoup de groupes dans l'exercice de la chronique… Mais dans l'ensemble, l'artwork général est chouette ! Beau boulot de Tryfar dont le travail avait déjà été loué dans le dernier Jours Pâles.
https://www.youtube.com/watch?v=z72BZaubndQ
Alors, on va noyer le suspense tout de suite, d'autant que si vous connaissez bien Les Acteurs de l'Ombre Productions, vous connaissez de même les standards musicaux que le label recherche ! Donc vous ne serez pas étonné d'apprendre que Galibot fait du black metal. Allez, terminé ! Bonne soirée. Non, je plaisante, on va développer un peu plus quand même. Parce que Galibot a le mérite de m'avoir fait penser, dès la première écoute de cette réédition "Euch'Mau Noir Bis", au black metal Québécois. Dès les premiers riffs, introduction exclue, j'ai pensé à Cantique Lépreux ou Forteresse. Tout de suite ! Et c'est vous dire quel compliment émane de moi quand j'évoque le black metal Québécois. Des riffs acérés, une froideur déconcertante, et un certain penchant pour des mélodies à la fois mélancoliques et sombres. La musique de Galibot ne laisse aucune place à la réflexion, il s'agit de faire le constat que la musique se met au service de tout ce qui faisait la noirceur des mines, y compris sur les visages et dans les regards. Comparé à la première édition "Euch'Mau Noir", il y a deux nouveautés ici : le morceau "Le Galibot" qui fonctionne plus comme un interlude, et "Schlamms" qui s'annonce comme beaucoup plus accrocheur et plus noir encore que les précédents morceaux. Petit changement : l'écriture de ce texte me parait un peu moins recherché mais je reviendrai sur les textes plus bas. Nous avons donc comme je le disais à faire avec un black metal mélodique dans la forme, mais dont les ambiances rappellent les profondeurs et l'ombre sous terre que connaissaient les mineurs et tous les dangers cachés autour. Comme si la Terre les dévorait inlassablement. Les guitares offrent des mélodies entrainantes mais aussi tantôt moroses, tantôt un brin dramatiques, et la batterie se voit confier un rôle probablement moins travaillé que certains autres groupes car le but ici me semble être de mettre mal à l'aise l'auditeur. L'ensemble demeure harmonieux, amené par une certaine continuité dans la composition qui rend le tout logique, presque comme si Galibot nous contait une histoire, alors qu'il m'apparait que le groupe explore divers sujets dans ses musiques, tout en restant concentrés évidemment sur la toile de fond qu'est l'univers minier. La formation, dans son line up de départ, se compose d'une chanteuse notamment, qui apporte donc ce timbre de voix caractéristique et qui apporte, quand le chant féminin est bien utilisé j'entends, une touche encore plus insondable de noirceur car ces tessitures vocales qu'on a encore pas tant l'habitude que cela d'entendre, dérangent. Mais attention ! Contrairement à d'autres, je ne tournerai pas Galibot autour de sa chanteuse, aussi talentueuse soit-elle, car le projet a bien d'autres intérêts à déceler ! Et je crois que la comparaison avec Houle, que je lis à tort et à travers partout, n'est que difficilement constatable. Hormis une chanteuse, je ne vois vraiment pas en quoi les deux sont comparables. Mais là aussi, j'y reviendrai. Au final, en première écoute, Galibot se pare d'un black metal mélodique comme j'aime, avec des lignes de guitares lead prenantes et une atmosphère générale qui amène un certain malaise. La musique se veut globalement brutale, voire bestiale, mais surtout très froide, très incisive, comme le feraient les formations Québécoises citées plus haut. Loin d'être une comparaison galvaudée, elle est très élogieuse de ma part et mérite que cela soit plus mis en exergue que la comparaison fallacieuse avec Houle, du même roster. A moins que les ambitions soient également le dénominateur commun et que le label veuille faire de Galibot le "nouveau Houle", ce qui traduirait que Houle quitte le label prochainement… Qui sait.
Mais alors, me direz-vous : où est la nouveauté principale de cette réédition "Euch'Mau Noir Bis" ? La réponse est finalement assez banale : dans la production. Outre bien entendu les deux nouveaux morceaux qui agrémentent cette sortie ! Mais la raison principale est la production qui a quelque peu changé la donne. Je trouve le procédé révélateur d'une chose qui m'était encore permis de douter avant de chroniquer Galibot : Les Acteurs de l'Ombre Productions vont de plus en plus vers une sorte de formatage de ces formations, vers une standardisation des sorties. Peut-être que Galibot a bénéficié d'une place sur le roster en contrepartie, outre le talent et les promesses, d'un reformatage de ce premier album à la sauce "LADLO". C'est une hypothèse ! En tout cas, le challenge est risqué quand on a sorti un album doté d'un premier son qui l'a fait connaitre ainsi. Comme moi par ailleurs. J'avais beaucoup aimé le son de "Euch'Mau Noir" dans son côté un peu raw, très léger, qui amenait encore davantage de noirceur. Résultat des courses : le son ne change finalement pas beaucoup et conserve une incision sonore, même si elle est différente. Un son plus épais, plus "propre" qui souligne un peu plus encore la mélodie guitare et le chant, là où ces derniers étaient probablement, avec un recul objectif de ma part, un poil trop en retrait. Pour le reste, il n'y a pas non plus de grands changements et ainsi, l'on peut s'apercevoir que la prise de risque n'était pas non plus hyper dangereuse. On comprend en fin de compte que cette réédition a pour but de montrer l'empreinte du label sur son roster, avec cet objectif de développer exponentiellement Galibot et lui donner un rang très haut pour l'avenir. Sur le principe, je trouve cela dommage de proposer des rééditions mais dans le cas de Galibot, si l'on remet le contexte au centre de la chronique, on comprend que c'est une mise en bouche avant un potentiel nouvel album. Voilà comment j'interprète le tout ! En soi, ce n'est pas du mauvais boulot et j'apprécie cette nouvelle chape sonore sur "Euch'Mau Noir Bis", même si personnellement, je préférais l'ancienne version.
J'ai déjà dévoilé l'univers artistique de la formation du Nord et je pense qu'avant de lire ma chronique, vous connaissiez probablement déjà ce dernier, mais j'aimerais m'attarder sur cela car c'est à mon sens bien au-delà de l'aspect visuel et prometteur. Galibot vient d'un ancien bassin minier et même si je ne connais pas l'histoire des protagonistes, il n'en demeure pas moins que l'on ressent beaucoup d'émotions quand on écoute "Euch'Mau Noir Bis". Comme si les musiciens derrière ce projet cherchait à retrouver une nostalgie et voulait comprendre une époque, un pan de leur histoire qu'ils n'ont pas connu directement et qu'il y avait, d'un certain point de vue, une forme d'hommage à tout cela. Comme quoi, quand on a la nostalgie ou les regrets chevillés au corps, on n'est pas obligé d'être authentiquement en provenance de ce que l'on cause, ou des évènements d'antan pour retranscrire des émotions. J'ai hâte de les voir en concert pour essayer de voir si je ressens la même chose. En tout cas, en choisissant l'univers minier, Galibot se garantit de ne pas manquer de thématiques à aborder, et elles sont nombreuses. La preuve : qui aurait pensé que l'on pouvait faire un morceau sur le schlamm ? Non contents d'aborder un thème déjà utilisé, au moins font-ils l'effort de parler d'éléments que l'on connait moins, et je trouve cela très important. C'est un critère à remplir quand on veut piquer ma curiosité : me faire apprendre. Et avec Galibot, j'apprends. Et en cela, c'est déjà une belle mission accomplie me concernant ! J'espère que le groupe va rester fidèle à ses principes de départ et ne va pas céder aux appels de la standardisation. Mais au moins, je considère qu'avec cet univers musical intéressant, et éventuellement d'autes facteurs, Galibot mérite cette signature. Et ils méritent également quelques bons points de ma part, autant modestes soient-ils. Mais en tout cas, c'est convaincant et prometteur !
Maintenant, place au chant. Je le dis et redis, je ne comparerai pas, comme beaucoup de confrères, la chanteuse Diffamie avec Cafard (Houle) car il n'y a aucune comparaison évidente si l'on prend le temps d'analyser les choses. La seule chose que je vais mentionner est que si l'on me laisse le choix entre les deux chants, je préfère celui de Diffamie, à un détail près ! La technique vocale est banale mais efficace, et me rappellerait plutôt le chant du groupe Lebenssucht que j'adore, et dont la noirceur transparait énormément. Je dis "banale" dans le sens où l'on reste sur une technique non pas en high scream qui n'est plus trop à la mode en ce moment, mais plus en voix de gorge, un chant guttural qui laisse donc habilement place au timbre caractéristique des voix féminines dans le black metal. Donc en soi, je ne la trouve pas surprenante, juste évidente et efficace. Toutefois, j'ai un léger bémol à fournir le concernant. Ce n'est pas dans la technique directement mais dans la diction que j'émets une réserve. Les textes de Galibot sont très bien écrits, mais vraiment ! Je les ai lus, j'ai adoré les lire, même si l'on reste sur assez peu de métaphores mais au moins, ils vont droit au but et c'est finalement tout aussi prépondérant. Mais une question demeure : pourquoi s'échiner à écrire des textes aussi bons, si c'est pour les rendre par moment incompréhensibles ?… Sur quelques passages - pas assez nombreux pour en faire une vérité absolue mais pas assez rares pour me faire taire - on ne comprend rien. Mais rien ! Là où Diffamie fait en plus de gros efforts d'articulation - chose jamais aisée dans ces technique vocales et en cela, on se doit de lui dire bravo ! -, par moment on ne comprend plus rien parce qu'elle va trop vite. La rythmique des textes est clairement à revoir, ou alors, autant ne pas se fatiguer à écrire des textes chiadés. C'est dommage parce que par moment, cela porte un certain préjudice sur la musique que je trouve regrettable, et par moment cela m'a découragé d'aller plus loin. Et je crains qu'avec "Schlamms" qui annonce la suite des réjouissances, la barre ne me soit pas rassurante… D'autant que le texte de "Schlamms" m'a beaucoup moins inspiré des louanges aussi. A voir la suite, mais si j'ai un conseil humble à vous donner les ami(e)s, ce serait de revoir la diction et la rythmique des textes !
Concluons cette nouvelle chronique si vous le voulez bien ! Galibot, jeune formation Nordiste, en provenance du bassin minier de Wallers Arenberg vers Valenciennes, nous propose en cadeau de signature chez Les Acteurs de l'Ombre Productions, une réédition de son premier album nommé initialement "Euch’Mau Noir", pour devenir telle une nouvelle naissance : "Euch’Mau Noir Bis" ! A l'horizon de cette sortie, pas d'énormes changements hormis dans la production et l'incorporation de deux nouvelles pistes, mais la musique de Galibot, malgré cette prise de risque idoine au changement sonore, continue à proposer un black metal mélodique de la nouvelle vague actuelle que l'on a en France et qui déferle de plus en plus. Je suis très intéressé par ce projet depuis le début et j'avais prédit cette signature car Galibot collectionne tous les ingrédients pour être hissé vers le haut : un black metal mélodique efficace et qui rappelle subtilement ce que le Québec fait de mieux, un concept basé sur un élément clé de notre histoire (l'univers minier) authentiquement représenté par ces membres eux-mêmes, et un visuel qui apparait (hélas ou non) comme plus important que la musique elle-même. Au moins Galibot a le mérite de proposer une musique encore plus prometteuse et déjà solidement ancrée dans ce qui se fait de mieux, en s'alignant avec ce fameux visuel et un concept qui va forcément parler à beaucoup. Mais "Euch’Mau Noir Bis", loin d'être un vulgaire cadeau de signature, est surtout un très bon (toujours) premier album !
On souhaite en tout cas que la formation Nordiste sorte de son gouffre anthracite pour aller vers la lumière !
“Mieux vaut entendre parler du roi que de le voir.” Proverbe Finnois
C'est drôle, cette relation qu'ont les peuples modernes avec la royauté. On se rend compte qu'il y a certains peuples qui restent fortement assujettis à leurs rois / reines, tandis que d'autres n'ont pas l'air d'avoir une grande accointance avec. De même que l'on se demande aujourd'hui quel poids politique ont ces familles royales qui sont là parfois plus pour le décorum historique que pour être réellement utiles. A titre personnel, j'éprouve une certaine fascination pour ces familles royales, à mettre plutôt en corrélation avec mon amour pour l'Histoire en général, et je me demande souvent ce que donnerait la remise en place d'une monarchie de droit divin (ben oui ! Soyons fous !) en France. Je me demande surtout d'où peut venir cette fascination et pourquoi l'on en arrive, d'un point de vue philosophique, à s'imaginer ce que l'on ferait ou qu'on aimerait faire si l'on était roi de quelque chose ? Je pense que cela soulève surtout le caractère vaniteux de la condition royale puisqu'en ayant tous les pouvoirs, on tomberait facilement dans l'orgueil et cette auto idolâtrie qui fait que beaucoup de monarques en perdent le contact avec la réalité la plus fondamentale : celle de leur propre condition humaine, perfectible et mortelle. On pourrait presque parler d'une certaine psychose, exacerbée par cette fameuse vanité, cet aspect divin qui allait de pair avec la monarchie et cette confrontation avec la réalité qu'ont connu tous les monarques, que ce soit du point de vue de la santé très précaire (je recommande d'ailleurs le livre de Patrick Pelloux "On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps : les derniers jours des grands hommes" qui décrit comment sont morts notamment les grands rois de France et c'est franchement atroce) ou des défaites durant les guerres. C'est ce fameux piédestal qu'avaient les grands souverains qui me poussent à m'interroger sur l'évolution de la perception que nous avons, nous, en ces temps modernes, sur notre propre existence. Et en cela, je ne suis pas étonné que l'on aborde d'un point de vue symbolique certes, la question de cette posture royale. Moi-même, dans un de mes projets, j'avais mis "en scène" un personnage légendaire, surement royal, qui décide de mettre de côté cette réussite divine pour aller vers une sorte de retour aux sources primaires, et se voit dans son chemin de croix totalement alpagué par une figure malsaine qui le guide contre son gré vers sa perte. Pourquoi je déblatère sur cela ? Parce que la prochaine sortie du label Les Acteurs de l'Ombre Productions me permet de mettre en avant un projet musical qui porte le nom de "roi" dans son patronyme et qui sort surtout son deuxième album fidèlement chez ce label. Il s'agit donc, devant vos yeux ébahis, d'Archvile King et de l'album nommé "Aux Heures Désespérées".
Du projet Archvile King, je connaissais le premier album nommé "A la Ruine", lui-même sorti chez les Acteurs de l'Ombre Productions en 2022. Je me souviens d'une musique qui proposait un étonnant mélange, étonnant pour les circonstances et le concept album, de black metal pour le côté épique et de thrash metal ! Du reste, l'one-man band dirigé par un certain Baurus, et qui nous vient de Nantes, nous aura fait patienter quatre ans pour sortir ce second opus "Aux Heures Désespérées". Depuis 2019, notre ami cumule donc un EP, deux albums en comptant ce dernier et un split album de quatre morceaux chacun (quand même !) sorti avec Simulacre. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu le groupe sur des affiches de concert, ce qui démontre que, contrairement à ce que je croyais, le label signe également des projets qui ne font pas de concerts ! C'est donc très naturellement que je me lance dans l'écoute et la chronique de ce nouvel album de notre camarade Baurus. Archvile King, c'est parti !
La pochette tout d'abord. La première réflexion que je me suis faite à la découverte du support physique est que le groupe aurait presque mérité de figurer sur le roster d'un autre label français qui est Antiq Records, par sa propension à signer des projets qui tournent autour du médiéval. Sauf qu'en vérité, musicalement parlant, on n'y est pas spécialement mais nous y reviendrons. Sur l'artwork en tout cas, le doute persiste et cela démontre surtout que ce dernier est absolument superbe ! David Thiérée, qui est l'auteur de cet artwork et que je ne connais que de nom, a eu le mérite d'attirer grandement mon attention sur son talent. Il y a particulièrement deux choses qui ont retenu mon attention d'ailleurs sur le design qui illustre l'album "Aux Heures Désespérées" : la colorimétrie et la technique de dessin. Les couleurs sont magnifiques, j'adore spécialement le bleu qui fait ce ciel nocturne, et qui dénote complètement sur l'ensemble qui est sur des tonalités dorées, sauf ce chevalier qui semble en décomposition qui est gris et rouge. L'intérieur et le quatrième de couverture sont quant à eux sur des couleurs qui évoquent le parchemin, l'ancien, et cela va totalement de pair avec le devant du digipack qui fait penser à des récits chevaleresques. Et la technique de dessin est d'une telle précision et d'une telle complexité que j'en suis resté pantois. Si on s'amuse à zoomer, je pense qu'on découvrirait un luxe de détails inespérés, et à l'aube d'une IA qui va nous gangréner la vie notamment d'un point de vue artistique, de voir que des personnes comme David Thiérée se démène pour proposer des artworks aussi incroyables me réconforte avec le genre humain. En tout cas, cet artwork fait la part belle à un univers d'apparence médiévale et mystique, probablement épique et légendaire, et démontre un chevalier qui semble ne faire qu'un avec le mur végétal ou l'arbre qui le soutient, comme si ce dernier devenait de plus en plus ancré sur la Terre mère. D'ailleurs, la position avec la tête renversée tend à souligner que ce dernier est mort. On notera également que l'épée du chevalier est plantée dans la terre et entourée de lianes végétales. Ce qui semble plus étonnant dans ce décor médiéval, est cette sphère qui semble fonctionner comme une sorte de porte temporelle, un peu comme une boule de cristal ou, par la présence d'étoiles sur les contours, de porte inter-galactique ! Un choix surprenant mais brillant, qui semble montrer les fameuses heures désespérées, des heures sombres à une population qui n'a pas connu l'époque dûment montrée. Voilà ainsi un artwork extrêmement bien tourné, plein de sens et surtout d'une beauté céleste, presque mythique ! Excellent boulot, et je pèse mes mots.
https://www.youtube.com/watch?v=NZz16kpJpm0
Comme je le disais en préambule, j'étais resté sur un premier album qui présentait à l'époque un black metal teinté d'éléments thrash metal, sans tomber non plus dans l'exagération, bien dosé et efficace. Moi qui ne suis pas féru de thrash metal, quand il est associé à autre chose, je suis plus réceptif. Cependant, à ma grande surprise, Archvile King adopte un caractère plus "policé" si j'ose dire. Plus "Les Acteurs de l'Ombre Productions" diront certains ! Le thrash metal occupe désormais une place quasiment minimale, pour laisser place à un black metal à la fois épique et agressif, avec des sonorités plus propres. Les deux singles présentés par le label vous aura certainement amener cet élément de découverte aussi, surtout si comme moi vous connaissez le projet et êtes en mesure de faire une comparaison. Place donc pour "Aux Heures Désespérées" à un black metal mélodique, à la fois puissant et violent, avec des riffs guitares qui apportent un côté aventureux, épique et une touche médiévale qui effectivement rejoint l'artwork en question. Je vois l'aspect violent de ce black metal mid tempo comme une corrélation intéressante avec le nom de l'album qui rappelle quelque chose de nostalgique et profondément émotif dans la musique. Après tout, si l'on reste dans l'hypothèse d'un black metal mélodique qui fait l'éloge à cette époque, n'oublions pas qu'elle a été extrêmement sanglante et noire ! C'est d'ailleurs un sujet devenu récurrent en France, comme une éxacerbation de notre histoire. A noter que notre ami Baurus ne se prive pas de quelques incorporations aux claviers avec une petite touche dungeon synth pas forcément inintéressante, que ce soit dans l'utilisation des sonorités anciennes et dans l'atmosphère un peu mystico épique qu'ils apportent. J'adore ces incorporations aux claviers qui pour la plupart, montent en puissance pour annoncer la musique comme un coup de poignard terrible. On sent tout le poids de la nostalgie et de l'émotion, voilà pourquoi je ne suis pas spécialement surpris du côté policé de la musique qui est présentée ici. Sans compter les interludes en clean très atmosphérique du plus bel effet. Je développerai plus en bas mon propos mais je crois que le changement musical opéré par Archvile King relève selon moi d'une certaine logique quant au concept présenté ici et s'il convient, comme je le disais, de prévenir les amateurs de la première heure du projet, il n'en demeure pas moins qu'avec une oreille neuve ou une soif de découverte importante, chacun y trouvera son compte. L'album en lui-même est très bien composé, riche de mélodies guitares et d'un chant très fort, de beaucoup d'émotions amenés justement par les éléments dûment cités, et le résultat n'en est que satisfaisant. Ce qui est d'autant plus surprenant quand on comprend cette nostalgie qui peut parfois gangréner la scène black metal, c'est qu'on s'aperçoit que notre camarade arrive à retranscrire ses ressentis (car c'est un album forcément très personnel) sans tomber dans l'appel piégeux de l'old school. Du coup, l'évolution de la musique d'Archvile King est manifeste, et rebutera probablement les personnes qui ont connu les premiers émois. En ce qui me concerne, ce changement d'orientation artistique me plait bien, j'aime ce black metal mélodique qui fait l'honneur à des récits épiques et nostalgiques. Et en première intention, l'écoute est impeccable. Très bon boulot !
Quand on parle de black metal mélodique, on se doit d'avoir une production idoine. Quelques fois, j'ai eu à faire avec des albums de black metal mélodique qui avait une production absolument désastreuse, car les différentes parties guitares et les dissonances méritent vraiment qu'on s'attarde intensément sur le son. Je vous rassure, Archvile King a compris cela ! La production est impeccable ! J'apprécie tout spécialement la présence des guitares et la place qu'elles occupent chacune dans le spectre sonore, rendant un peu trop la basse en retrait mais en même temps, la basse n'a pas forcément la même utilisation selon les styles. Je ne suis donc pas rebuté par cette basse un poil trop en retrait ! La batterie, probablement programmée, n'est finalement pas si générée que cela dans le sens où la sonorisation de cette dernière est plutôt adéquate. Et le chant occupe une place qui me sied bien ! A la fois présent mais pas envahissant, même dans les moments augmentées pour qu'il imprègne l'auditeur de sa noirceur. En fin de compte, on se retrouve avec une production qui là encore marque une certaine évolution positive d'Archvile King. "Aux Heures Désespérées" se pare d'un son qui dénote un black metal mélodique comme je le disais, puissant et épique, tout en conservant une certaine bestialité et un gout prononcé pour la noirceur, ce que Belore par exemple ne fait pas. Et ce mélange très subtil donne à "Aux Heures Désespérées" une coloration musicale nuancée mais efficace. Beau boulot pour la production, camarade !
En fait, je pense que "Aux Heures Désespérées" est le genre d'album qu'il faut prendre tout en ne perdant pas de vue que si la musique a évolué pour être plus "accessible" (je n'aime pas ce mot), il n'en demeure pas moins qu'il subsiste quelque chose de profondément personnel et qu'Archvile King ne renie pas pour autant cela. A travers la métaphore filée qui se déroule vraisemblablement à l'époque des chevaliers, Baurus déverse une sorte d'exutoire qui, certes, est un peu édulcoré par la production propre et un certain soin apporté à la composition, mais qui transparait suffisamment pour que l'on pénètre pleinement dans l'album et que l'on se laisse emmener vers des limbes de souffrance. On se rapproche d'ailleurs de la catharsis sur la musique d'Archvile King. En tout cas, ce deuxième album, attendu tout de même après quatre années de maturation, m'a fait du bien sans que je n'explique pourquoi. Peut-être parce qu'"Aux Heures Désespérées", outre le caractère abrasif de la nostalgie, m'a surtout revigoré dans son esprit chevaleresque et a fait ressortir le guerrier qui est en moi. Je pense qu'en fin de compte, affronter la nostalgie avec un compère musical comme Archvile King permet non pas de s'accabler de chagrin ou de noirceur, mais plutôt l'inverse : de se motiver à aller de l'avant. Parce que parfois, le message qui est passé de manière subliminal, c'est justement que la nostalgie peut permettre de nous rassembler et de faire front. Moi, j'ai vécu l'écoute de ce deuxième album ainsi, et même si l'intention de Baurus n'est probablement pas la même que mes ressentis, j'ai pris beaucoup de plaisir aux diverses écoutes pour la rédaction de cette chronique. Je n'ai pas grand-chose à rajouter, mais cet album restera peut-être de manière éphémère tant l'année 2026 commence à peine, comme une des meilleures sorties !
Maintenant, place au chant comme c'est d'usage. La technique vocale se rapproche là encore du groupe Griffon, avec une voix enraillée très gutturale, pas forcément en technique de high scream mais un chant qui vient principalement du fond de la gorge et qui permet de fait, une articulation plus aisée qu'en voix de tête. J'apprécie bien cette technique vocale parce qu'elle amène en plus de cela un côté torturé à l'ensemble, qui contraste finalement très bien avec le caractère épique de ce black metal mélodique. On pourrait penser que les deux ne collent pas spécialement ensemble, et pourtant ! Cela apporte cette touche de noirceur qui, non loin d'édulcorer l'effet puissant de la musique, ajoute une touche très sombre et qui accentue cette fameuse nostalgie. En plus, si l'on part du principe qu'Archvile King évolue dans un objectif artistique de catharsis, cette technique vocale un peu moins "travaillée" donne une certaine authenticité aux textes qui sont chantées et qui sont, eux aussi, fort bien écrits. Donc un ensemble vocale très opportun et qui sublime davantage encore l'ensemble instrumental et rajoute de l'émotion à des riffs déjà entrainants. Bravo !
Vous sentiez venir le sans-faute pour conclure cette nouvelle chronique ? Je pense qu'il serait aisé de constater qu'"Aux Heures Désespérées", deuxième album tant désiré du one-man band Archvile King, après quatre années de silence. Quatre ans, c'est long pour certains comme moi, mais quand on parvient au rendu final, on se dit rapidement que parfois, c'est le prix de la maturation d'un projet déjà très prometteur. De fait, "Aux Heures Désespérées" présente un black metal mélodique en mettant de côté ces riffs plus thrash metal qui faisaient son originalité dans le paysage français du black metal underground. Une originalité aujourd'hui mise de côté pour une musique qui correspond probablement mieux aux standards du label Les Acteurs de l'Ombre Productions. Alors, oui ! Certains crieront au loup, en expliquant que le projet nantais a renié une partie de son identité. Mais au regard de la comparaison faite entre les deux albums, ce n'est pas un souci d'adaptation ou quoique ce soit, "Aux Heures Désespérées" sonne finalement plus comme un bond en avant dans la maturité et l'expression d'une certaine catharsis au travers du spectre métaphorique et mystique du Moyen-Âge. C'est pour ma part un excellent album qu'il convient d'écouter sans tomber dans les anticipations notoires !