Enter Shikari – Lose your Self

Enter Shikari – Lose your Self

Note du SoilChroniqueur (Redfish) : 3/10

Trop content, on me demande de faire la chronique de l’album de ENTER SHIKARI
Mais bien sûr que oui ! Je les ai ratés au Hellfest en 2024 et je m’étais dit que j’irais sûrement les voir un jour pour comprendre le délire.
Et bien me voilà donc à lancer cet album sur mon enceinte Bloutouffe histoire de savoir enfin à quoi ça ressemble.
Et pourquoi mon chien se met à aboyer quand il voit la pochette de l’album ?
J’aurais dû y voir un signe.
Moi, je suis assez friand des groupes de « rock anglais ». Vraiment.
Mais là… je suis désolé, je ne peux pas. …« allez, fais un effort, va voir Wikipédia, comprends le concept. »
Et dès la première phrase, j’ai ma réponse : L’enregistrement de « Lose Your Self » était plus lent que sur les albums précédents.
Alors je ne sais pas s’ils parlent du temps pour l’enregistrer (3 ans), ou si c’est juste une façon élégante de dire que l’album est… lent. Très lent.
….3 ans pour ça.
Franchement, ils peuvent remercier leur producteur, parce que tenir 3 ans sur un projet pareil, ce n’est pas un job, c’est un parcours du combattant.

On est bien d’accord : les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Mais là, l’album est à l’opposé total de ce que j’avais envie d’entendre.
On retrouve des sonorités « techno » tout droit sorties des années 2000 (mais dans le mauvais sens du terme), une électro vieillotte qui donne plus envie de changer de station que de monter le son…et derrière… une espèce de pop bizarre qui ne sait jamais vraiment où se placer
Bref, ça ne décolle jamais, aucune intensité, aucune montée, aucun frisson.
Cet album n’est pas rock.
Il n’est pas metal.
Il n’est pas électro…..Il est… rien.
Je suis quelqu’un d’ouvert.
Je mange de tout musicalement même la soupe qu’on nous sert à la radio (non, je n’ai pas la main sur l’autoradio en famille.) Et même dans ce que je n’aime pas, j’arrive à le reconnaître c’est clairement pas taillé pour moi, mais il y a du taf. Mais là….
Plein de groupes font des virages à 180° et parfois ça marche .Radiohead, par exemple (oui, je place Radiohead car je suis fan, j’assume).
Chaque album est différent, mais c’est bien foutu.Tu peux aimer ou pas, mais il y a une vision.Là… j’ai surtout l’impression que le groupe teste des trucs…
Et les morceaux dans tout ça ?
Les rares moments “énergiques” arrivent… mais ils repartent aussitôt.
Les refrains ? Oubliables.
Les parties électro ? Ça aurait pu être intéressant… il y a quinze ans. Et le mélange c’est censé être leur force mais ici, ça donne surtout un truc sans cohérence.

Pas assez violent pour du metal
Pas assez fructose pour de la pop
Pas assez rébarbatif pour de l’électro
Il reste coincé au milieu de tout… et donc nulle part.
Franchement, je suis curieux si t’es fan du groupe… tu trouves ça génial (et tant mieux pour toi) ou tu fais semblant d’aimer en te disant “c’est artistique” ?
Je ne sais pas ce que le groupe a voulu faire, mais ce que je sais…. C’est que je ne le réécouterai pas !

Bref : 1 point pour l’intention,1 point pour la prod (parce que bon… ça tient debout) et 1 point parce que je suis gentil.

Tracklist :

  1. LOSE YOUR SELF (4:01)
  2. Find Out The Hard Way… 04:26
  3. Dead In The Water 03:08
  4. Demons 03:37
  5. The Flick Of A Switch I. 03:32
  6. I can’t keep my hands clean 01:28
  7. It’s OK 04:19
  8. The Flick Of A Switch II. 02:10
  9. Shipwrecked ! 03:39
  10. Spaceship Earth (I. Avec Abandon) 02:55
  11. Spaceship Earth (II. Angoscioso) 04:27
  12. Spaceship Earth (III. Maestoso) 03:16

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Beyond The Styx – Divid

Beyond The Styx – Divid

Note du SoilChroniqueur (Olivier No Limit) : 7,5/10

Les Tourangeaux de Beyond The Styx reviennent avec du pur et dur !
Par pur et dur, je veux parler de leur hardcore mâtiné de metal, trempé de beatdown. Ici, on ne fait pas semblant.
Leur nouveau méfait « Divid » est sans concession.
Pas de « post quelque chose », ni d’incursion en voix claire histoire de lisser ou de rendre plus mélodique leur musique. Ils portent leur univers auditif comme un étendard au sein d’une guerre sonique.

Né en 2011, le groupe joue d’un genre qui se fiche des modes et qui s’écoute comme un état d ‘esprit, au même titre que des genres extrêmes comme le brutal death ou le deathcore.
Hermétique pour certains, car prisant le coté organique de la bête au détriment de la mélodie, leur musique est comme une pulsation symptomatique d’une époque en déliquescence.

« Dust Off » ouvre le bal, groowy, nanti de nombreux breakdowns et la voix caverneuse de Okan Deniz, en guest, se conjugue à merveille avec le chant principal, hystérique, poussé à son paroxysme. Quelques riffs death viennent se poser de-ci de-là entre deux riffs écrasants et « doomesque » comme autant de coups de boutoir. Outre quelques traits métal mort, un peu de thrash s’accouple à leur hardcore le temps d’un clin d’œil au détour de « Never Ending War » ou « Anyøne ».

Les plans se télescopent, les tempos s’emboîtent sans cesse changeants (“Kiss of the Cobra”) dans la pure tradition du style et quand ils passent en mode beatdown, leur h&c devient anxiogène, lourd, pachydermique. En un mot comme en deux étouffant comme… le climat de ces derniers temps, que ce soit aussi bien au niveau du réchauffement climatique que de la société.

J’aime bien aussi des morceaux comme « Chaosystem » avec son riff de début légèrement oriental, sa plongée dans le death, puis qui part vite pour se calmer un peu thrashy. Mais la palme revient à « Anyøne » avec son intro un peu ambiant et le groove pressant, oppressant qui l’habite.
Bref un peu moi d’une demi-heure pour un voyage à coup de bélier sur les tympans. Il faut se le passer plusieurs fois pour s ‘en imprégner…et quand on y arrive, cela fait du bien !
Rien d’original, mais comme dit la formule consacrée, efficace.

Tracklist :

  1. Dust Off (ft. Okan Deniz of I Am Revenge) (2:18)
  2. Bystander (2:39)
  3. Never Ending War (2:46)
  4. Chaosystem (2:11)
  5. Flowerviolence (ft. Delphine of Sisterhood Issues) (2:02)
  6. Anyøne (4:01)
  7. Graveyard FS (2:38)
  8. Kiss of the Cobra (2:11)
  9. Deadlock V (2:31)
  10. Storm of Life (2:35)

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Vidéos du lundi – 501

Vidéos du lundi – 501

(Metalfreak)

Chaque semaine, une sélection des vidéos du moment vous est proposée : avec du lourd, de l’émergent, du surprenant, du connu, du pas connu… mais tous méritent le coup d’œil / oreille !
Alors soyez curieux, il se cache souvent des pépites insoupçonnées dans le lot.
Avec Sunborn, Half Me, Pelagic United (reprise My Bloody Valentine), Astray Valley, Destruction Of The Healer, Dominum, Devildriver, Angels On The Battlefield & Anthea (reprise Alice Cooper), Monument Of Misanthropy, Xandria, The EU’s Arse (feat. Mark « Barney » Greenway) (reprise Killing Joke), Evergrey, 7 Weeks, Deep Purple, Grim Prophecy, Kris Barras Band, Newt, Master Massive, Blood Incantation et Music In Low Frequencies (reprise Marilyn Manson).




















 

 

Vidéos du lundi – la 500e

Vidéos du lundi – la 500e

(Metalfreak)

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Alors soyez curieux, il se cache souvent des pépites insoupçonnées dans le lot.
Avec V.B.O., Ola Englund, Eminence (feat. Andreas Kisser), The Rock Alchemist (live), Cro-Mags, Mortiis, Mourir (live studio), PolyMoon, Besvärjelsen, Tropic Gold (feat. Harpy), Devin Townsend (live), Malefic Throne, April Art, Gothminister, Stryper, Nunslaughter, Castle, Electric Mob (live), Only Sons (live session) et Luponero.




















 

 

Mütterlein – Amidst the Flames, May Our Organs Resound

Mütterlein – Amidst the Flames, May Our Organs Resound

Note du SoilChroniqueur (Vince le Souriant) : 9/10

« Buvons un coup ma serpette est perdue
Mais le manche, mais le manche
Buvons un coup ma serpette est perdue
Mais le manche est revenu »
(Chanson populaire)

Il est des chroniques qui mettent plus de temps à écrire que d’autres. Non que l’œuvre soit mauvaise, au contraire. Simplement, il y a des disques qui ne se laissent pas approcher facilement, et très clairement, « Amidst the Flames, May Our Organs Resound« , troisième album de Mütterlein, sorti il y a plus d’un an, est de ceux-là. A l’instar d’une zone irradiée, on n’y séjourne pas éternellement, et si les visites sont possibles, elles se font de manière brève, encadrée, et lourdement équipé. Pas de dosimètre pour écouter Mütterlein, mais une bonne dose de sang-froid et d’introspection.

Car ce qu’exhalent ces quarante minutes de musique, ce Pripyat auditif, ce sont la blessure et la crainte, l’orgueil et la révolte, la honte qui étouffe et la résignation qui finit par voler en éclat. De l’émotion, encore et toujours de l’émotion ! Oui… Et non. Elle récuserait très vraisemblablement la description, mais Marion Leclercq est une femme qui a un programme. Et elle l’applique : après avoir foutu les drapeaux par terre dans son précédent opus (« Bring Down The Flags » – 2021), voilà qu’elle fout le feu – pour mieux le mettre à nu – à tout un système, celui de l’oppression organisée que subissent les femmes. Et elle va plus loin, elle redonne une voix à celles qui n’en ont plus, qui au chapitre ne l’ont jamais eue. Dans cet album aux pistes d’écoutes multiples, aux niveaux de lectures qui se superposent, voix et voies s’enchevêtrent et se confondent. Tentons donc d’en trouver une !

Et pour se frayer un chemin, commençons par le titre ! Beauté de la polysémie, le mot « organ » peut aussi bien désigner des orgues que des organes, et si le verbe « to resound » (résonner, retentir) et la pochette, figurant un buffet d’orgue comme passé aux rayons X par Dehn Sora, inclinent à penser qu’il s’agit bien de l’instrument, rien n’est moins sûr, tant la musique de Mütterlein est viscérale, prend aux tripes. Au nombre des viscères, on trouve d’ailleurs aussi bien le cœur que l’utérus ou l’estomac et le cerveau. Or, point besoin d’être cérébral pour être estomaqué par ceci : du terme « cœur », on dérive « cordial », mais du nom « utérus », on tire « hystérique ».
Misogynie, quand tu nous tiens… Eh bien, retenons donc ces deux bouts de chair là, ils structurent l’album.

Des battements de cœur qui s’accélèrent, une pulsation qui s’emballe, des sirènes qui retentissent au loin. Une traque nocturne entre recoins obscurs et projecteurs aveuglants. La bande-son d’une dystopie à la Margaret Atwood. Voilà pour le début : une track disco résonnant sur une piste de danse que tous ont désertée.

Cette première piste, « Anarcha », est dédiée à la mémoire d’Anarcha Westcott. Anarcha était une esclave noire de dix-sept ans, vivant en Alabama. En 1845, elle accouche au bout de soixante-douze heures de travail, ce qui la laisse mutilée. Un médecin, depuis acclamé père de la gynécologie, pratique sur elles plus de trente opérations, toutes sans anesthésie, alors que la pratique existait. Son bourreau avait inventé de nouveaux instruments pour la traiter ? C’est un morceau instrumental qui lui est consacré ; Un morceau privé de voix, pour célébrer la mémoire de cette femme qui n’en a jamais eu. De cette piste émane une tension impressionnante, mélange de battements cardiaques qui accélèrent en toute arythmie, de sirènes qui tournent au loin, et d’attente. Une attente de plus en plus lourde à mesure que le temps passe. Une attente qui débouche sans couture (sans suture ?) sur « Concrete Black ».

Vous vous souvenez de la scène du trottoir dans « American History X » ?
Ce deuxième titre atteint une violence aussi insoutenable. Pas moins. Ce qui ressemblait à une planque précaire pour fuir des persécutions se mue en arrestation. Plus rien ne sert de se cacher, la traque est finie. Souffrance, désespoir, colère sont ici mélangés en un gruau chaud et épais dégueulé à même les pieds de l’auditeur. Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Si le son est organique, quasi tangible, palpable, ce qui est vomi ici, c’est le trop plein, l’assez, le ras la coupe. La douleur se mue en fierté, le désespoir en orgueil, la colère en révolte. Jusqu’à ce que tout cela, lignes de basse pulsées, orgues, chœurs, s’éteigne.

De cette fin de cycle naît, après un long « tacet » – un silence digne de ceux des orchestres symphoniques – quelque chose de plus sombre encore, de plus sourd, et partant l’un des titres les plus poignants et les plus magistraux de tout 2025. Orgues et chant éructé sont plus présents que jamais, mais se drapent des habits du deuil. Ce dont a accouché le titre précédent serait-il mort-né ? C’est ce que laisse penser le chant psalmodié à partir de 4’10, opérant comme un ballet de maïeuticiennes constatant l’irrémédiable. « Wounded Grace ». Cicatrisera, cicatrisera pas ? De la perte naît la consternation, et cette dernière est grosse de haine. Avec l’asservissement de la moitié d’entre elle, ce que toute l’Humanité a perdu, « ab initio », ce n’est pas sa progéniture, c’est sa liberté. Or, consternation n’est pas résignation. Aux armes, Mesdames. Les préparatifs du combat résonnent de leurs cliquetis métalliques vers 6:30, avant qu’à nouveau, tout ne se fonde dans le silence.

Méfie toi de l’eau qui dort. Quelque chose est en germe, la tension croît à mesure que le volume s’amplifie. L’orgue, vecteur de commémoration par excellence – il est de tous les offices ! – soutient le propos, en constitue le fondement. Fusse-t-il au second plan, se manifestant par petites touches, il est présent. Mais qui commémore-t-on ? De Hérodiade à Dalila, de Judith à Véronique, les récits anciens regorgent de figures féminines puissantes. Hedy Lamarr, révérée vivante pour sa beauté, et scientifique reconnue de manière posthume, Hypatie, la philosophe martyre, ou l’une de ces milliards d’anonymes vivantes ou ayant vécu au travers des siècles, part souffrante d’une Humanité tâtonnante ? A ce « Memorial One » succède un « Memorial Two », qui clôt l’album. Nous y reviendrons, car il faut maintenant évoquer un titre qui ne manquera pas de mettre en alerte à la fois les fans de Ian Curtis et les gens qui souffrent de phobie des maths : le puissant « Division of Pain ».

Dévastateur. C’est le mot qui qualifie le mieux ce titre qui, comme le déluge de « La Genèse », efface tout. Si les premières mesures du riff saccadé qui entame la piste peuvent sembler lumineuses, les trombes de désespoir qui s’abattent sur l’auditeur plus sûrement qu’un typhon lui font vite comprendre qu’il n’y a rien à sauver. Putain, qu’elle est moche cette Humanité, semble dire cette voix éraillée à partir de 2:00, chantant « I am nothing at all », sonnant à la fois comme un requiem et comme un jugement. C’est ensuite vers Limbes, si ce n’est vers les limbes, que louche le titre à partir de 3:18, rappel de la fructueuse collaboration qui donna naissance au split album « Limbes / Mütterlein » en 2021.
Oui, l’univers des deux artistes se touche, et ce n’est faire insulte ni à l’une ni à l’autre que de proclamer leur génie respectif. Hélas, l’extase est de courte durée, et l’instant de respiration vite coupé, car surgit « Ivory Claws.

Au stéréotype sexiste de la maman et de la putain répond en chiasme celui de la vierge et de la guerrière. Caricature encore, peut-être, mais au moins, cette dame à la pureté éburnéenne sort les griffes, même si pour cela il faut attendre 4:54 et la fin d’une sorte de curieux solo de woodblock. Une vierge combattante ? Une Erinye ! C’est une féminité acérée, dévorante qui se manifeste ici ! Réveillant le vieux fantasme du « vagina dentata », Marion Leclercq chante « « The unwanted child, the unloving mother, I am every monster, everything they despise, and I seek no disguise. They expect us to be calm and controlled, yet we are harsh and wild ».
Un grand coup dans l’image du sexe dit faible, fable qui vole en éclats tranchants !

Chant funèbre, inhumation sonore, célébration de celle qui fut et n’est plus ? Difficile, enfin, de statuer sur ce qu’est « Memorial Two », où à l’instar de « Memorial One » apparaît en spectre lancinant l’artiste de dark ambient Treha Sektori, et dont la tonalité oscille entre le recueillement et la lassitude. « Let the curse fall on me », pas de happy end dans cet album où l’espoir n’a guère brillé.

Écrire une chronique à la serpe sur une artiste qui en a fait un symbole, c’est certes céder à la facilité. C’est aussi faire aveu d’impuissance. Reconnaître son incapacité à embrasser pleinement l’ensemble des dimensions que l’œuvre ouvre devant elle. Sirènes et orgues mêlées ; voix de celles qui n’en ont pas, creuset cathartique où se fondent les figures tant ressassées de la mère, de la sainte et de la putain, clameur des sans voix… Mütterlein m’a obsédé et paralysé pendant des mois.
Et si ma plume accouche d’une souris, c’est bien parce que ce à quoi Marion Leclercq a donné naissance est en tous points colossal : c’est si grand qu’on peine à en apercevoir la totalité en un regard.
Pour ma part, je n’ai pas encore achevé d’en faire le tour.

Tracklist :

  1. Anarcha (3:06)
  2. Concrete Black (7:00)
  3. Wounded Grace (7:53)
  4. Memorial One (3:35)
  5. Division of Pain (5:16)
  6. Ivory Claws (8:50)
  7. Memorial Two (4:19)

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