On n’aura attendu que deux ans pour avoir un successeur à “Annihilation of civilization” et force est de reconnaitre qu’ils ont confirmé, avec ce “The underworld”, tout le bien qu’on a pu penser d’Evildead. Le batteur Rob Alaniz parti, Evildead s’est offert les services de Doug “The Claw” Clawson (ex-Sanctum) pour l’enregistrement de l’album.
Plus dans la technique et moins dans l’urgence, ce deuxième album fait déjà preuve d’une grande maturité : si la spontanéité a fait place à quelque chose de plus calculé, le groupe n’a pas pour autant perdu en qualité, bien au contraire. Même si on ne franchit pas les barrière du techno thrash comme l’ont fait en leur temps les Watchtower ou Toxik, les compositions sont quand même à tiroirs malgré, paradoxalement, une durée moyenne plus courte. Les accélérations, les breaks et les soli démentiels sont légion mais l’album reste très accessible. La basse est claquante à souhait, le chant toujours aussi rageur et on ressent encore quelques relents bien keupons dans certains titres (“Process elimination”).
Comment dire ? Si on devait y aller d’une comparaison grossière un rien simpliste, je dirais que “The underworld” est à “Annihilation of civilization” ce que “Ride the lightning” est à “Kill’em all” ou “Hell awaits” à “Show no mercy”, à savoir une évolution fulgurante et une plus grande maturité dans la façon de composer. Et surtout d’interpréter les titres : il faut dire que la technique ici est omniprésente, paradoxalement aussi complexe que facile d’accès. Malgré des titres plus courts que sur le premier album, Evildead a beaucoup plus de choses à dire, musicalement parlant ! Ce qui donne un album d’une grande richesse qui allie une technique sans faille au service d’une agressivité omniprésente. Et sans parler de cette surprenante reprise de Scorpions, “He’s a woman / She’s a man” issu du “Taken by force” de 1977, sur lequel le regretté David Wayne (Metal Church), disparu trop tôt en 2005, vient nous coller quelques lignes de chant dont il avait le secret.
Et, fin du fin, quelques guests disséminés un peu partout : outre David Wayne sur la reprise de Scorpions, on retrouve Jeff Park, Tom "Mofohomeboys" Bailey (chanteur / guitariste de The Mofo Homeboys de 1985 à 1991), Bernie Versailles (à l’époque guitariste d’Agent Steel) et Jack "Blackcandles" pour quelques chœurs. On a même droit à un solo de guitare de Gene Hoglan (qui martelait les futs de Dark Angel cette année là) sur “Welcome to Kuwait”. C’est qu’on cherchait à faire les choses en grand, chez les Evildead. Avec encore une fois une pochette signée de l’inimitable et immédiatement identifiable Ed Repka, Evildead nous signait encore une fois un album de thrash metal digne de ce nom.
Par la suite, Evildead sortira un live (“Live… from the depths of the Underworld”) en 1992, puis une démo (“Terror”) en 1994 avant de splitter en 1995. Si le groupe se reformera de façon plus ou moins confidentielle entre 2008 et 2012, c’est en 2016 que les choses sérieuses reprendront avec, à ce jour, deux albums à la clé, les excellents “United $tate$ of anarchy” (2020) et “Toxic grace” (2024), pour le plus grand bonheur des thrashers.
Encore merci à Steamhammer pour l’initiative de la ressortie de ces deux pépites.
Tracklist :
Intro (Comshell 5) (Instrumental) (1:34)
Global Warming (3:14)
Branded (4:45)
Welcome to Kuwait (3:46)
Critic / Cynic (4:05)
The 'Hood (3:50)
The Underworld (4:36)
He's a Woman / She's a Man (reprise Scorpions) (3:23)
Process Elimination (3:52)
Labyrinth of the Mind (4:19)
Reap What You Sow (5:07)
Darkness (Live) (Bonus Track – CD version) (4:40)
The 'Hood (Live) (Bonus Track – CD version) (3:30)
Nous sommes en 1989, année marquée entre autres par la chute du mur de Berlin et celle du bloc Communiste dans les Pays de l’Est, la fin de la guerre froide, la révolte Chinoise place Tian’Anmen, la naissance d’Eurosport, celle de Daniel Radcliffe ou Taylor Swift, les décès de Salvador Dali, Bruno Carette, Hirohito ou de Ted Bundy. C’est un peu l’année pendant laquelle l’histoire s’est accélérée et a vu le monde changer radicalement pour devenir le dépotoir actuel… Mais là n’est pas le propos : 1989, en matière de thrash metal, c’est aussi les sorties de “Beneath the remains” (Sepultura), “Agent orange” (Sodom), “Alice in Hell” (Annihilator), “No more color” (Coroner), “Practice what you preach” (Testament), “Extreme aggression” (Kreator), l’indétrônable “Control and resistance” (Watchtower), “Leave scars” (Dark Angel) ou “Think this” (Toxik) au milieu des “The years of decay” (Overkill) ou “Fabulous disaster” (Exodus). Autant dire que les thrashers ont été particulièrement gâtés cette année là.
Et au milieu de tout ça, quelques groupes émergents cherchaient à se faire connaitre : et les Californiens d’Evildead font partie de ceux-là ! D’autant que les membres de ce groupe, lorsqu’il s’est formé en 1987, ne sont pas tout à fait des inconnus : le chanteur Phil Flores, le batteur Rob Alaniz, les guitaristes Juan Garcia et Mark Caro ainsi que le bassiste Mel Sanchez ont tous fait partie d’Abattoir et certains d’entre eux étaient des enregistrements de “Vicious attack” (1985) ou de “The only safe place” (1986). Entre temps, Mark Caro est parti, remplacé par Albert Gonzales. Avant l’arrivée de Phil Flores au chant, Evildead, dont le nom est évidemment inspiré du film éponyme, aura sorti une démo (“The awakening”) en 1987 et c’est en 1989 que nous arrive un premier EP (“Rise above”) en mode quintet avec quatre titres dont l’éponyme qui n’est ni plus ni moins qu’une reprise de Black Flag, prouvant que les accointances entre le thrash metal et le punk hardcore de la musique d’Evildead étaient totalement assumées.
On attendra la bagatelle de deux ans pour voir arriver ce premier album “Annihilation of civilization” que Steamhammer ressort aujourd’hui, agrémenté de quatre bonus : trois issus de l’EP "Rise above”, ainsi qu’un inédit (“B.O.H.I.C.A.”) qu’on pouvait trouver sur la version limitée “double CD” de 1989. Avec sa pochette signée par l'incontournable Ed Repka, on savait d'avance à quoi s'attendre.
Musicalement, on est clairement dans la veine du thrash metal Californien de l’époque, avec l’agressivité et l’urgence inhérentes au genre dans la deuxième moitié des eighties, et ces grosses influences punk / hardcore dont bon nombre de groupes affectionnaient à l’époque. Rajoutons à cela une technique sans faille, donnant la sensation de s’entendre le chainon manquant entre un certain “Bonded by blood” (Exodus), “Eternal nightmare” (Vio-lence) et “World circus” (Toxik). Avec ce premier album, Evildead nous colle d’entrée une méchante branlée, et on reste persuadés que si cet album n’avait pas été noyé au milieu des sorties citées en introduction, il n’aurait pas été aussi sous estimé en 1989. S’il avait reçu de bonnes critiques à sa sortie, beaucoup n’ont pas remarqué qu’il avait ce petit-truc-en-plus qui pourtant le démarquait de ses semblables.
Pourtant, cet album regorge d’une rage remarquable, aux riffs assassins, aux changements de rythmes dantesques et surtout aux solis remarquables. Rajoutons à ça un chant des plus rageurs et on a le cocktail. Il convient de se remettre entre les oreilles des tueries ultimes comme le sont les ravageurs “Living good”, “Parracide”, “Unauthorized exploitation” ou les intenses “B.O.H.I.C.A.” et “Run again” au milieu des autres pépites d’un thrash metal vénéneux pour en être totalement convaincus. Aucun morceau faible, une production très propre… tout y est !
De ce fait, on ne peut qu’être reconnaissant envers Steamhammer de nous dépoussiérer cette bourrasque de violence qui, finalement, n’a pas pris une ride ! A s’ingurgiter cul sec sans modération pour ceux qui connaissent l’album, à découvrir d’urgence pour les autres !
Tracklist :
F.C.I. / The Awakening (3:27)
Annihilation of Civilization (4:17)
Living Good (5:32)
Future Shock (5:39)
Holy Trials (5:39)
Gone Shooting (4:45)
Parricide (4:21)
Unauthorized Exploitation (3:18)
B.O.H.I.C.A. (Bonus Track) (1:57)
Run Again (Bonus Track) (4:00)
Sloe-Death (Bonus Track) (3:21)
Rise Above (reprise Black Flag) (Bonus Track - CD version) (2:34)
Décidément, en ce moment, c’est le retour des groupes culte. Il y a Clawfinger qui revient en force avec un nouvel album plutôt réussi, mais aussi Gluecifer qui, en ce début d’année, vient de nous pondre un « Same Drug New High » qui nous montre qu’ils n’ont rien perdu de leur verve. Et pourtant, leur dernier opus remonte à 2004 avec « Automatic Thrill ».
Pour ceux qui ne les connaissent pas, ces Norvégiens sont très proches, au niveau de leur style, des Suédois d’Hellacopters, à savoir un « garage rock » direct et sans fioritures teinté d’un hard rock genre direct et sans ambages. Au micro un Biff Malibu qui donne de la voix et une paire de guitaristes qui savent faire mordre leurs instruments, sans oublier une basse/batterie simple et efficace. En un mot comme en deux : rock n’roll !
Et cela donne toute une kyrielle de petits brûlots que l’on prend dans les dents. Ils ouvrent le bal avec « The Idiot », un titre sur lequel j’ai scotché direct et que je me suis repassé un bon nombre de fois avant de passer à la suite. S’ensuivent des morceaux comme « Same Drug New High », en mid tempo avec un riff qui donne envie de bouger dans tous les sens ou bien encore « Armadas » rapide, énergique, fédérateur avec des guitares acérées. Un riff à la AC/DC habille « I'm Ready » ce morceau rappelant aussi D.A.D. Un petit coté The Cult apparaît sur certains passages de « Pharmacity ». Et pour continuer les comparaisons, le boogie rock de « 1996 » aurait pu être joué par leurs confrères, les Norvégiens de Backstreet Girls. La base simple et métronomique de « Made in the Morning » renvoie à « Live Wire » des frères Young.
Quant à « Mind Control », il y a du Dr Feelgood en eux (groupe des 70/80 de pub rock) mais en plus hard rock. Et ça se termine sur « On the Wire », avec une voix grave, une ambiance feutrée le tout sur un nid d’effets spéciaux. Bref, au final, Gluecifer fait du Gluecifer et ça fait du bien, car, comme dit en début de chronique, ils n’ont rien perdu de leur verve. Beaucoup aimé !
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, un nouvel album de Bullet est toujours l’assurance de passer un pur moment de rock ‘n’ roll ! Depuis 2001 et avec désormais sept albums, les cinq Suédois ne cesse de nous délivrer des albums avec tout plein de hits potentiels aux refrains imparables et à la faculté de nous faire taper du pied dès la première écoute. Et on va y aller directement : ce n’est pas avec ce “Kickstarter” que les choses vont changer. Bullet a la recette pour être on ne peut plus efficace, il ne manquerait plus que ça change.
Alors ok, d’un album à l’autre, c’est comme les sorties d’AC/DC ou quand Motörhead existait encore : on sait avant même de l’écouter à quoi s’attendre. A croire que Bullet, niveau surprises, c’est uniquement de nous prouver qu’ils savent comment nous faire plaisir ! C’est que nous, fans du groupe depuis “Heading for the top” (2006) et surtout “Bite the bullet” (2008) pour ma part, ça fait quand même huit longues années qu’on attend un successeur à “Dust to gold” (2018), intervalle dans lequel on a eu un changement de guitariste, Freddie Johansson remplaçant Alexander Lyrbo après huit années de bons et loyaux services.
Comme dit plus haut, Bullet ne révolutionne rien et surement pas sa musique, mais que ces onze nouveaux titres font du bien à tous les adorateurs de hard rock à l’ancienne ! Comme l'a affirmé une certaine pâte à tartiner bourrée d'huile de palme, “25 ans d’expérience feront toujours la difference” : c’est effectivement tout ce qu’il y a de plus classique et traditionnel mais avec une grosse dose de maturité, avec un soin particulier à privilégier l’efficacité. Niveau riff, on reste dans le percutant, un chant toujours bien rauque et aigu tout comme il faut, entre Udo Dirkschneider et Brian Johnson, et une section rythmique tout ce qu’il y a de plus vintage, le tout au service d’un album que les plus chafouins décriront comme trop homogène. Parfois, ça s’énerve comme avec le très Accept “Chained by metal” mais dans l’ensemble, on reste dans le bon vieil hard rock bien musclé et énergique !
Après sept ans, il fallait remettre, comme le démontre l’artwork, un coup de “kick” pour redémarrer le moteur et il semblerait que ce “Kickstarter” replace Bullet là où il était après “Dust to gold”, comme un sérieux challenger sur la scène hard rock Mondiale ! Bref, à leur place… Conseil avisé : échauffez-vous bien la nuque avant d’appuyer sur la touche “play” !
De retour ! Les Mexicains de Jet Jaguar reviennent, après un EP en 2016 (“Zero hour”) et un album en 2020 (“Endless nights”), avec ce “Severance” dont les singles “Mach 10”, “Fool’s paradise” et “Eternal light” ont annoncé l’arrivée depuis l’été dernier. Premier constat à l’écoute de cet album, et ce dès le premier titre “Eternal light” : le son est beaucoup plus puissant et la musique plus heavy. Le chant, quant à lui, est certes plus direct et moins aigu, renforçant cette première sensation. Et pour cause, Raiden Løzenthäll (Wild Demise) a remplacé en 2024 le chanteur Maxx Mendoza et pris la place de deuxième guitariste, vacante depuis 2022 avec le départ de Sergio Quintero.
Il faut reconnaitre à ce groupe de Cancún une belle maîtrise instrumentale : les deux guitaristes s’en donnent à coeur joie, surtout sur les titres speed, à grands coups de riffs incandescents et de solos qui tuent ! Et ça part de partout, sans en rajouter. Jet Jaguar sait, dans ses compositions, proposer le parfait équilibre entre parties vocales, parties instrumentales et solos sans que l’un ne prenne le pas sur les autres, tout en restant dans un univers très old school. Ce qui fait que les dix titres proposés ici passent à vitesse grand V. Et ce n’est pas peu dire !
Cela dit, on ne va pas se mentir, l’album ne va pas révolutionner le genre mais ce que fait Jet Jaguar, Jet Jaguar le fait très bien ! Ce qui donne un album fluide, agréable à écouter, clairement rafraichissant pour le metalleux nostalgique.