Line-up sur cet Album


  • Nyghlfar : tous les instruments, composition, chant
  • Julien Hovelaque : claviers

Style:

Black Metal

Date de sortie:

13 mai 2022

Label:

Black Shadow Legions / Acid Vicious

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9,25/10

Braise de nuit devient cendre du matin.” Proverbe arabe

Après avoir été en vacances, il était temps pour moi de revenir aux affaires. Passé l’effet de repos et le décalage horaire fort conséquent de six heures, j’ai repris le chemin de l’écriture de chronique. Franchement, sans vouloir épiloguer, cette coupure m’a fait du bien. Mon cerveau commençait à cumuler pas mal de fatigue, car on ne le dira jamais assez : être au service d’un webzine bénévolement, quand on voit le temps que cela occupe sur notre vie familiale et le repos qu’il nous reste une fois qu’on a travaillé, forcément le cerveau ne tient pas longtemps. J’ai la conviction, de toute manière, que chroniqueur est un métier à part entière. Je me verrais bien passer mes journées à écouter de la musique, chez moi avec mon café, et rédiger quelques lignes sur les albums que j’ai au préalable choisi. Surtout quand on voit la longueur de la majorité des chroniques qui sont proposées à côté. Je pense que chez Soil Chronicles, sans parler des miennes qui est exagérée (je parle bien des chroniques, on se calme Antirouille), vous avez certainement les chroniques les plus longues et les plus authentiques. Cela n’enlève en rien la qualité du boulot qui est fait chez nos collègues papiers ou webzines, mais franchement sur Soil Chronicles, vous avez indubitablement les chroniques les plus longues et les plus sincères. J’irais même jusqu’à affirmer qu’elles sont aussi les mieux renseignées sur les groupes. Que ce soit les discographies, les biographies, et que sais-je, il vous suffit de lire nos chroniques pour non seulement vous forger des opinions sur les groupes, mais aussi pour les connaître sans passer forcément par la case Metal Archives et autres. Et ce, même pour les groupes les plus underground, ceux qu’il faut justement découvrir et qui cherchent à mettre leur grain de sel dans le plat si raffiné et si délicat du metal extrême. Voilà pourquoi même quand la passion inonde nos motivations, il nous faut du repos. Et c’est donc avec un enthousiasme que je me force à dissimuler histoire de ne pas passer pour un schizophrène qui aurait oublié volontairement ses cachets (je suis dans le train donc il me faut être discret) que j’attaque cette nouvelle chronique. La première depuis trois semaines, et le deuxième pour le compte du groupe Nuit Macabre et de son album nommé « Chapitre III – Odeur de Mort« .

Mon histoire avec Nuit Macabre avait commencé, souvenez-vous, grâce à ce partenariat avec le label Black Shadow Legions qui m’est toujours aussi cher et qui me permet justement de remplir mon objectif numéro un depuis que je rédige des chroniques, à savoir faire connaître des groupes, cette fois en coproduction avec Acid Vicious. Nuit Macabre, qui est dirigé par un duo de musiciens très talentueux et loin d’être des inconnus dans le milieu black metal français, avait sorti un album époustouflant de noirceur, qui se nommait donc Diablerie. Après avoir fait la chronique du dit album, j’avais gardé un œil furtif sur le travail de Nyghlfar dans ses autres projets et ils abondent notamment Veine Morte et Noir Sang, me permettant ainsi de constater la sortie de ce fameux « Chapitre III – Odeur de Mort » qui nous intéresse ce jour. Toujours avec son acolyte, puisque l’on ne change pas une équipe qui gagne depuis 2016, pour mon plus grand bonheur et la nostalgie qui en découle vu que le sieur Julien Hovelaque a joué dans Maleficentia qui avait occupé les nombreuses soirées de ma jeunesse en quête de musique extrême. Aussi, quand le label m’a proposé de le faire en chronique, j’ai bien évident opiné du chef! Avec un peu de retard sur ce que je suis habituellement en capacité de faire, voici donc la deuxième chronique que je fais pour Nuit Macabre. Tout un programme!

A commencer par la pochette de l’album qui, contrairement à la première, ne reprend pas les codes usuels du black metal. Une pochette blanche immaculée, avec au milieu une photographie de ce qui s’apparente à une tombe, du moins une pierre tombale, avec en bas de l’image le nom de l’album en écriture gothique. En fin de compte, j’ai dit une bêtise parce que si l’on occulte la couleur blanche, le reste ressemble à ce qui se fait en pochette d’albums black metal. Mais cette couleur blanche pour parler de macabre, j’aime bien l’idée. J’avais retrouvé ce concept en découvrant la chronique de mon collègue Arno qui avait fait le groupe de death metal Eternal Rot, et loin de faire dans la dentelle, le groupe en question faisait aussi dans le mortuaire. Je suis plus magnanime sur l’utilisation de cette photographie en avant-plan. Que représente-elle exactement pour Nuit Macabre? On pourrait penser qu’elle a une signification symbolique forte, mais cela reste du domaine de l’intime, et je pense que le groupe n’a pas utilisé cette dernière dans le seul but d’orner une pochette. La question demeure donc, et si l’on peut trouver un côté plutôt joli à cette pierre tombale (comme la majorité d’entre elles, surtout quand elles sont anciennes je trouve), j’y vois une valeur symbolique très forte. La présence de cet ange qui me fait plus penser au passage au dieu de l’amour Éros chez les grecs, qui se tient accoudé à un crâne d’humain, a en tout cas quelque chose de très fort. Voir cette image angélique semblant se lamenter sur un crâne, comme si la Mort pouvait être une sorte de réconfort pour même la métaphore religieuse la plus belle et lumineuse qui soit (pour les chrétiens j’entends), je trouve que cela amène une dimension à la fois plombante et surtout désarmante pour bien des personnes. Du reste, Nuit Macabre a proposé un visuel intéressant, dans ce qui se fait souvent dans le champ du black metal, avec cette couleur blanche qui détone un peu plus que les autres et cette photographie intimiste qui rappelle tout de même que le groupe ne fait pas dans la joyeuseté ni la grivoiserie, loin de là. Une belle trouvaille donc! Bien joué.

Pour la musique, je retrouve à peu de choses près les mêmes ingrédients qui avaient fait à l’époque de Diablerie une belle claque dans la tronche. C’était de mémoire la meilleure sortie du roster de Black Shadow Legions avant que le groupe russe Puzhmer ne passe par là. Nous avons ainsi présent un black metal symphonique de fort belle allure, avec une dimension raw qui me paraissait normale connaissant les projets de Max et ce que j’ai l’habitude de trouver quand je chronique un album de mon label ami. Mais attention! Il serait réducteur de limiter la musique de Nuit Macabre à un simple black metal aux sonorités raw. Puisque le groupe me fait surtout penser à cette belle époque des années 90, qu’on ne présente plus. Ce que beaucoup de groupe raw ont tendance plus à dénaturer qu’autre chose finalement, quand on connait la spécificité sonore de cette époque et les productions dégueulasses que l’on a parfois. Heureusement ici, point n’en faut. Le groupe a une sonorité qui certes n’est pas digne des grands mixages que l’on attendrait des grosses productions y compris en black metal, mais ne tombe pas non plus dans l’inaudible. Le black metal est ici dans la veine de ce que l’on recherche, la froideur et la noirceur en association malsaine et une musique désespérante au possible. Nuit Macabre jongle aussi sur un côté mélodique avec une guitare lead qui se fixe aux harmoniques aigus, pour justement aller titiller les cieux les moins cléments du genre. Le chant est bien nasillard, lointain et malsain aussi, et ce que je trouve primordial et qui faisait déjà le charme indéniable de l’album précédent reste la violence de la musique et les passages aux claviers. La violence est manifestée par, ou manifeste c’est selon, l’expression d’une souffrance et d’une démonisme exceptionnels tous deux, et les parties symphoniques qui sont loin d’être aussi prépondérantes que sur certaines sorties (en fait, exactement ce qu’il faut pour ne pas que les deux instrumentations s’étouffent mutuellement) interviennent uniquement pour apporter une touche légère mais suffisante de sombritude. On pourrait penser que Nuit Macabre a une musique simple, ponctuée de quelques touches basiques pour ne pas tomber dans le piège de la redondance, mais il n’en est rien. Ce que certains pourraient trouver ennuyeux ou déjà-entendu, n’est que le reflet selon moi d’une intelligence de composition qui livre une musique qui certes ne va pas chercher une grande sophistication, mais va justement essayer de ne pas tomber dans le trop-plein, avec juste de quoi soulager les oreilles par des touches symphoniques légères, et garder quand-même une violence suffisamment incisive pour ne pas nous endormir. Nuit Macabre est donc définitivement, par le biais de cet album, un des projets bicéphales qui me semblent le mieux réussir. Cet album « Chapitre III – Odeur de Mort » est en tout cas une belle continuité, et nous verrons ensuite s’il s’agit d’une progression.

Pour ce qui est de la production, ne vous attendez pas comme je stipulais plus haut à une production haut de gamme si j’ose dire. Encore que tout dépend de là où l’on situe le curseur du haut de gamme parce que pour moi, ce genre de son, ça me branche bien voire très bien! On a cette dimension un peu raw mais pas trop dans le mixage qui donne cette approche très sale mais en même temps doublement malsaine, avec ces guitares qui sont extrêmement nasillardes, avec très peu de lourdeur dans le mixage final, ce qui n’empêche en rien la musique d’être d’une oppression extrême pour l’auditeur qui se perd dans les lignes mélodiques froides et terrifiantes. La basse reste en retrait mais bon, rien de méchant puisque ce procédé est assez usuel. La batterie me semble programmée ce qui sera mon seul léger reproche sur la production. Cette tendance à privilégier la programmation à la tierce personne qui joue et qui donne son oreille sur le résultat, je trouve cela dommage même pour le black metal comme cela. Mais encore une fois ce n’est que mon opinion et dans le cas de « Chapitre III – Odeur de Mort« , je trouve que finalement cette dernière n’est pas si mal sonorisée que cela. Pour les claviers, je trouve qu’encore une fois, comparé aux précédents méfaits de Nuit Macabre, c’est l’un des atouts principaux de cet album. Avec une utilisation et un sonorisation qui demeure moins chiadées que pourrait l’être l’incorporation d’un clavier et de toutes ses possibilités, l’avantage chez Nuit Macabre c’est que ce dernier reste sur quelque chose du registre de l’accompagnement de l’instrumentation metal que l’inverse. Offrant donc des passages courts mais subtils, jonglant sur les ambiances des guitares déjà très malaisantes, je trouve donc que les claviers sont l’un des gros points forts de cet album qui déjà en présente beaucoup. Pour le chant, j’y reviendrai mais au moins ce dernier se mélange très bien avec le reste. En tout cas, on est ainsi sur une production assez raw mais suffisamment travaillée pour ne pas tomber dans la saleté dégoutante, même pour l’auditeur lambda. « Chapitre III – Odeur de Mort » continue donc sur la lancée de l’avant-dernier, et c’est une excellente nouvelle.

Maintenant, que nous apporte cet album? Il est difficile de nos jours de trouver quelque chose de purement personnalisant dans une musique qui se fie plus facilement à ses codes qu’au progrès. On a souvent l’impression d’avoir la même saveur, le même plat quand on se lance dans l’écoute d’un album comme « Chapitre III – Odeur de Mort« , et pourtant. Ce dernier ne manque selon moi pas de subtilités. D’abord parce que la noirceur peut prendre tout un tas de formes quand on y met sa touche, et Nuit Macabre, mené principalement je crois par le bien nommé Nyghlfar transpire la souffrance subjective. Ensuite parce que la noirceur, parée ou non d’attraits différents, fait souvent le même effet de glaciation générale de nos corps et nos âmes qu’elle soit en toge ou en haillons, et Nuit Macabre suit avec talent cette ligne directrice qui fait encore le bonheur des amateurs de black metal old school comme moi. Et pour finir, « Chapitre III – Odeur de Mort » est un album qui va droit au but, qui ne cherche pas spécialement la subtilité comme en témoigne le nom de son apparat. L’odeur de la Mort est la même, symboliquement ou physiquement parlant. D’ailleurs l’album m’inspire la métaphore plus haute : la Mort, comme le black metal, a beau avoir des attraits différents pour se démarquer selon les besoins, elle procure le même résultat, la même fascination et la même terreur. Ce procédé phobique, Nuit Macabre l’exprime avec délectation. Diablerie était un album hautement démoniaque et malsain, « Chapitre III – Odeur de Mort » est un album qui parle de la Mort et qui la sublime. Voilà pourquoi ce black metal un peu raw mais surtout symphonique me fascine : parce qu’il est toujours le reflet de nos craintes ancestrales. Et Nuit Macabre ne fait pas exception sur cet album simple mais efficace, mieux encore : il les rend encore plus flippantes. Un album tout simplement génial, pour les amateurs du genre et pour les téméraires qui cherchent un moment d’exaltation, de transhumance mortuaire.

Le chant donc, pour bientôt terminer ma diatribe, demeure là encore dans ce qui se fait habituellement et donc de mieux si j’ose dire, un chant en technique high scream mais avec les imperfections qui vont avec la volonté de faire dans la souffrance. Je le situerais avec un peu d’audace entre le high scream du black metal qu’on connait et quelques relents bien placés de chant sludgien. En tout cas, loin de donner sa part aux lions, le chant que je trouve simplement un poil trop lointain dans le mastering est là aussi un atout majeur pour cet album. J’aime bien ce chant qui associe une part technique à quelque chose d’imprévu, de bestial, de primaire. On a beau aimer tout ce qui est propre nous, les chroniqueurs effarouchés, en ce qui me concerne je ne rejette jamais un chant imparfait dès lors qu’il sert la cause musicale en amont. Et chez Nuit Macabre il me semble avoir déjà souligné cet attrait certainement efficace, sur un album qui est démoniaque comme Diablerie. Mais sur un comme « Chapitre III – Odeur de Mort » qui parle plus de mortuaire et de sale, je le trouve encore plus opportun. Rien à redire!

Pour conclure ainsi cette chronique du retour aux affaires, Nuit Macabre propose un troisième album nommé comme l’on pourrait s’y attendre « Chapitre III – Odeur de Mort« . Un chapitre qui s’écrit dans l’histoire de ce duo de musiciens récents qui en est donc à autant de sorties, et qui continue à aller vers les sommets. Le black metal symphonique et un peu raw du groupe français reste ce qui se fait de mieux dans le registre du black metal underground franais actuellement. Et les Dieux savent que pour mettre ce petit monde affriolant sur un podium, il faudrait refaire les longueurs. Pour moi en tout cas, cet album collectionne tout ce qu’une personne en quête de black metal doit trouver : un son raw mais pas non plus trop sale, des parties symphoniques accompagnantes et rajoutant du malaisant là où déjà le metal froid et profond en donnait, un chant imparfait mais efficace au possible, le tout sur fond de mort. Si l’odeur de la Mort avait une musique, pour sûr que ce serait « Chapitre III – Odeur de Mort » qui serait la même comparaison. L’exhalaison de cette musique reste pour moi ce qui se fait de plus fort en ce moment. Nuit Macabre continue ainsi sa progression avec un dernier album excellent. A découvrir!

Tracklist :

1. La mélodie des morts (Intro)
2. Impure
3. Invocation
4. Pandémie
5. Perversion de Dieu
6. Sans visage
7. L’enfer sous terre (Interlude)
8. France crasse
9. Disgust of the Genocide (New Version)
10. Odeur de mort

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