On prend les mêmes et on recommence ?
Il y a de ça : un peu moins de deux ans et demi après un premier album éponyme déjà sorti chez les excellents Xtreem Music, le groupe Andalou de Retador, formé en 2020, nous refait le coup du bon vieil album de thrash metal aussi cru qu’old school !
On ne va pas se mentir, on reste résolument accroché au thrash metal des mid eighties, celui qui doit autant aux premiers Slayer qu’à l’Exodus version Paul Baloff (comprendre : “Bonded by blood”), avec un gros soupçon de Kreator époque “Terrible certainty”, avec quelques gros éléments crossover à chercher chez quelques frappadingues comme Nuclear Assault, Hirax ou plus récemment Municipal Waste.
Retador, c’est du brutal ! On ne va pas se mentir, ces quatre mecs ont décidé d’avoir l’agressivité comme leitmotiv.
Les riffs sont saignants au possible, les tempos principalement en mode full speed et le chanteur vocifère sa bile à en tapisser son micro de quelques morceaux bien dégoulinants expulsés de ses cordes vocales.
Autant dire que ça tabasse allégrement pendant 38 minutes quasiment sans discontinuer.
Mais là où Retador semble avoir gagné en maturité, c’est en incorporant quelques passages bien mélodiques que ne renierait pas le Testament d’Alex Skolnick (l’intro de “Earëndel”, l’outro “Abismo 52”, le break d’“Asesino”…) au milieu de titres privilégiant une efficacité redoutable !
Bref, cet “Earëndel” a tous les atouts pour satisfaire jusqu’au plus difficile des thrashers (pléonasme) et, malgré le fait que le quatuor s’exprime en espagnol, il a tous les arguments pour s’exporter facilement tant tout ceci fleure bon à la fois la Bay Area et la scène des Teutons Flingueurs.
En clair : poutrerie !
Tracklist :
Earëndel (3:44)
Somos eternos (4:23)
La sombra de tu existir (3:40)
Redes (4:23)
Lux Ferre (5:30)
Asesino (5:09)
Profanado (5:09)
Terror en la noche (4:21)
Abismo 52 (outro) (2:28)
Pour ne pas dire de conneries, je ne vais pas m’étendre sur l’historique du groupe Texan Anialator, un temps nommé Sufferance (avec trois demo, un split avec quatre autres groupes et un album sous ce nom) entre 1989 et 1999. Toujours est-il que, avec ce “Death is calling”, la formation de Corpus Christi (ça ne s’invente pas) sort son premier full length alors que fondée en… 1986 ! Deux demos en 1987 et 1989, trois EP en 1988, 1989 et 2018 et trois compilations sont à dénombrer.
En 2021, un autre Anialator, dirigé par Mark Olivio, a été créé, revendiquant la légitimité du nom d’Anialator par rapport à celui reformé en 2015 par Alex Dominguez, dernier membre originel de l’Anialator qui sort cet album. Après une bataille juridique, il a été condamné que le nom d’Anialator appartint bien à Alex Dominguez et c’est après encore quelques changements de line up que le groupe revient avec cet album, articulé autour du guitariste JD De La Rosa (Daggra, E.T.D., Hexella, P.L.F., Total Human Genocide Division 218, ex-Disgraced by Faith, ex-~Lair~, ex-Scarabaeus, Poser Hate, T.R.L., ex-Severance, ex-Unholy Desecration, ex-Absurdum, ex-Dopecult, ex-Immortal Storm, ex-Negative Effect, ex-Roadkill Syphillis), du chanteur Tony Gomez (Skrewface, ex-Malignancy, ex-Sintegrity, ex-Killamora, ex-Black Lung Conspiracy) et bien entendu le bassiste Alex Dominguez Bass (Black Lung Conspiracy, ex-Devastation, ex-Sufferance, ex-Killamora, ex-Broken Face), auxquels se sont rajoutés le batteur Daniel Garcia (Blast Perversion, King in Yellow, Kryptik Mutation, ex-Diminished Supremecy) et le guitariste Fernando Salinas (ex-Severance).
Tout le monde a suivi ?
Toujours est-il qu’en matière de colère et de rage, Anialator sait nous la distiller au moyen d’un thrash metal particulièrement agressif, direct et précis ! Cela riffe sévère, la basse claque tout comme il faut, le batteur donne l’impression d’avoir quatre bras et le chant est hargneux au possible, faisant régulièrement rappeler celui d’un certain Francis M. Howard (Incubus / Opprobrium) de l’époque “Beyond the unknown” (1990). D’ailleurs, le thrash metal d’Anialator semble s’être arrêté au début des années 90 tant il fleure bon le vieux Slayer, Demolition Hammer ou le Dark Angel de “Darkness descends”. L’album est truffé d’une énergie incroyable, explosive à souhait et bon nombre de changements de rythmes ou autres accélérations sont autant d’invitations au pur cassage de nuques.
On va éviter de chercher les périodes calmes, y a pas ! Au mieux quelques mid tempos bien assassins viennent casser la dynamique bien speed de l’ensemble (“Iron grinder” et son passage très Voivodien au milieu du morceau, “Battlefield messiah”, “Terror tactics”) mais ce ne sont qu’autant de raisons de voir le naturel revenir au triple galop pour nous recoller des accélérations vénéneauses derrière les cervicales. Parce que, pardon, quand on se prend pleine face des directs comme “Kill ‘til death”, l’incroyable “Memories of terror”, “Hear the death call” ou “Relentless”, il y a de fortes (mal)chances de se retrouver avec de sacrés dommages collatéraux.
Amis thrashers, foncez sur cette bombe à haut potentiel dévastateur, mais je vous aurai prévenus !
Mais jusqu’où ira-t-il ?
C’est que le père Rogga Johansson, actif dans pas moins d’une cinquantaine de groupes différents (souvent prolifiques), ancient membre de pas moins d’une quinzaine d’autres formations, sans parler des innombrables albums dans lesquels il fait une simple apparition, doit surement passer sa vie dans les studios dans lesquels il a surement sa brosse à dents personnelle et sa chambre louée à l’année.
Et à bientôt 50 ans (au printemps 2026), on n’ose même pas calculer le nombre d’albums sans craindre d’y passer quelques heures.
Pour Paganizer, c’est aussi exponentiel : à ce jour, ce ne sont pas moins de douze albums, neuf EP en comptant celui-là, treize splits, un live audio, un live vidéo et quatorze compilations. Autant dire que le fan collectionneur risque fort d’hypothéquer son appartement pour avoir dans sa CD-thèque l’intégrale du groupe.
Mais le point commun de tous ces groupes et de leurs albums, c’est l’amour que Rogga porte au death metal old school, celui des premiers Entombed, Grave ou Dismember.
Décrire les six nouveaux titres de cet EP reviendrait à faire un vulgaire copier-coller de tout ce qui a été dit sur les quelques albums qui ont été chroniqués en ces pages.
Mais si une chose est sure, c’est que Paganizer se bonifie en vieillissant : chaque titre proposé ici est une pure claque de death metal à la Suédoise.
Instruments évidemment accordés très bas, rythmiques soutenues, chant d’outre tombe : tout y est, une fois de plus.
Et le commun du death metalleux ayant aimé un jour “Left hand path” ou “Into the grave” va bien entendu se retrouver aussi excité qu’un chercheur en pharmacie à la veille d’une pandémie mondiale.
Bien sur, on ne va pas chercher l’originalité, tout ou presque ayant déjà été dit : la surprise viendrait du fait que le genre est encore capable de nous proposer des titres d’une efficacité redoutable, il suffit de se coller des “Gasmak obsession redux”, “Malediction burns” ou “Rlyeh ascends” pour comprendre le propos.
Bref, avec Paganizer, ça ne change rien au death metal, et c’est déjà ça qui change tout. Et quelque part : tant mieux !
Et puis bon, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin : il se murmure qu’un treizième full length va arriver en novembre prochain, même qu’il va s’appeler “Flesh requiem” mais chhht, ce sera notre petit secret !
Tracklist :
1. The Outer Gods (3:40)
2. Forest of Shub Niggurath (2:54)
3. Malediction Burns (2:18)
4. R’Lyeh Ascends (2:18)
5. A Foul Creature (1:53)
6. Gasmask Obsession Redux (2:08)
S’il est une qualité à reconnaitre chez certains groupes de thrash metal old school, c’est bien celle de l’authenticité. Et le groupe de Palerme, Ireful, formé en 2019, a indéniablement ce trait de caractère.
On ne va pas se mentir, ce premier album après un EP “The walls of madness” en 2021, a tout ce que peut demander le fanatique du genre qui ne cherche pas sa révolution.
Clairement, le quatuor Italien a vu son horloge musicale s’arrêter en 1988, année où sont sortis quelques albums de référence comme “Forbidden evil” (Forbidden), “Under the influence” (Overkill), “Frolic through the park” (Death Angel), “Do or die” (Viking), l’EP “Surf Nicaragua » (Sacred Reich) ou “Socialized hate” (Atrophy). C’est dire qu’à l’écoute de cet “Agents of doom”, on a une quelconque tendance à trouver quelques affiliations avec ces albums pour la plupart référentiels au niveau du thrash metal.
Mais les références ne s’arrêtent pas là : là où le groupe en devient bluffant, c’est qu’on ressent énormément d’influences à chercher dans l’album “Eternal nightmare” des cultissimes Vio-lence ! Mais aussi chez Dark Angel voire le Deathrow des deux premiers albums.
Authentique, qu’on vous dit !
Articulé autour de quatre musiciens déjà bien aguerris dans des formations diverses, Ireful nous propose un thrash metal principalement en mode speed, voire intense (“Ireful”), aux riffs majoritairement saccadés et aux mid tempos utilises avec parcimonie, mais surtout d’une maturité déjà remarquable pour un premier album.
Le chant, aigu, se montre comme un bon compromis entre Steve Souza et Bobby “Blitz” Ellsworth et déclame ses lyrics avec une certaine rage bienvenue.
Bref, belle découverte de la part d’Xtreem Music que ce quatuor Ireful qui risque bien de mettre à mal bon nombre de cervicales tant l’énergie déployée pendant les 34 minutes que totalisent ces huit titres est une invitations au headbanging !
A suivre…
Tracklist :
1. I, Caligula (4:44)
2. …And God Will Take its Ones (4:32)
3. Agents of Doom (5:02)
4. Ireful (2:02)
5. Blackhearted Master (6:26)
6. Exiles for Metal (3:45)
7. A.B.Normal (4:17)
8. Evil Genius (4:06)
Décidément, nous sommes abonnés aux sorties d’Holycide, chez Soil Chronicles.
On ne va pas se mentir, mais de toutes les formations dans lesquelles évolue le prolifique chanteur Dave Rotten (Holycide, Avulsed, Christ Denied, Decrapted, Famishgod, Putrevore, Rotten, Weaponry, Yskelgroth), également patron de Xtreem Music, Holycide est définitivement ma préférée.
Toujours ancré dans un thrash metal résolument old school, Holycide nous sort son troisième album “Towards Idiocracy” après les excellents “Annihilate… then ask !” (2017) et “Fist to face” (2020) auxquels peuvent être rajoutés les deux EP “Toxic mutation” (2015) et “Bazookiller” (2023), quasiment tous chroniqués en nos pages.
Holycide perpétue son amour du bon vieux thrash metal old school, un rien blackisant, qui continue de flirter avec les grands “anciens” que sont Kreator, Sodom, Sepultura et Dark Angel ou, plus récemment, Legion Of The Damned ou leurs compatriotes d’Aggression.
Et on ne s’y méprend pas : dès les premières notes d’ “A.I. Supremacy”, la machine à riffer se met en place avec des cavalcades saccadées menées sur un tempo plutôt enlevé.
Le chant de David “Dave Rotten” Sánchez González reste dans un bon compromis entre ceux de Maurice Swinkels (Legion Of The Damned) et d’un Mille Petrozza un rien énervé (pléonasme).
Inutile de dire qu’Holycide ne révolutionne en rien sa musique mais continue de la faire évoluer en magnifiant au mieux son agressivité et sa precision.
Et les dix nouveaux titres en sont la preuve la plus flagrante : pendant 38 trop courtes minutes, le quintet Madrilène continue de jouer dans la Ligue des Champions du thrash metal. S’ils ne gagneront pas la coupe aux grands manches de guitares cette année, ils pourraient bien finir dans le dernier carré.
D’autant que le dernier mercato a apporté un nouveau batteur en la personne de Santiago “GoG” García Arroyo (déjà présent sur l’EP de l’an dernier) et la formation revient en mode deux guitares avec l’arrivée d’Ancor Ramírez Santana (ex-Archantia, ex-Scandelion, ex-The Hole) là où l’EP n’en comportait qu’un seul depuis le depart de Miguel Bárez.
Clairement, Holycide continue de nous envoyer son thrash metal dévastateur, sans la moindre concession, avec son lot de soli ravageurs, de breaks assassins et d’accélérations démentielles (“Lie is the new truth”).
Et au milieu de toute cette débauche de riffs, le groupe se permet même le luxe de se réapproprier un “Chemical dependency” des cultissimes Atrophy et qui ouvre l’excellent album “Socialized hate” (1988).
Quand des amoureux du bon vieux thrash metal perpétuent avec brio l’attitude et la puissance du genre, ça donne un album comme “Towards Idiocracy”.
Hautement recommandé !
Tracklist :
1. A.I. Supremacy (3:15)
2. Towards Idiocracy (3:49)
3. Remote Control (4:17)
4. Lie Is the New Truth (3:42)
5. Power Corrupts (4:30)
6. Technophobia (3:17)
7. Angry for Nothing (3:53)
8. Chemical Dependency (reprise Atrophy) (3:03)
9. Pleased to Be Deceived (4:46)
10. Flamethrower ‘Em All (4:24)