Parmi le nombre incalculable de groupes qui portent “Phantom” dans leur patronyme, il faut bien qu’il y en ait qui sortent du lot.
Les speed / thrashers mexicains sont de ceux-là. Après trois démos en 2022 dont “Hellspeed death” (2022) qui n’est pas passé inaperçue même de notre côté de l’Atlantique, le groupe récemment formé (2021) nous a gratifié d’un premier album “Handed to execution” en 2023 avant un EP “Transylvanian nightmare” l’année suivante. Ces deux enregistrements se voient ensuite ressortir ensemble chez Headsplit Records.
Visiblement soucieux de battre le metal tant qu’il est encore chaud, le quatuor revient déjà avec leur deuxième méfait, “Tyrants of wrath” . Et, dès la première écoute, cette bombe atomique risque de faire connaitre le groupe un peu partout ! Phantom a décidé de rester cantonné dans un speed / thrash metal résolument old school tout en se débarrassant quelque peu des plus grosses influences black metal de ses débuts.
Cette fois-ci, on est plus proche de ce que proposent les Belges de Bütcher que des Allemands de Desaster.
C’est après une intro instrumentale, un rien théâtrale et surtout horrifique que l’album débute. Les choses sérieuses s’enchaînent directement avec un “The tower of Seth” qui va de suite mettre les thrashers en recherche de vitesse pure d’accords.
D’entrée, on se prend une musique des plus chaotiques pleine face, avec une rythmique en mode full speed et un chant rageur, laissant pointer par moment quelques cris bien hauts dans les aigus.
L’ombre de Schmier n’est pas très loin…
“Violent invasion” semble prendre le même chemin : baston, speederie, intensité… un deuxième titre sans concession laissant également la part belle aux guitares, un chant rageur auquel est rajouté une légère reverb’ histoire de renforcer un côté “evil” des plus ardus.
Et puis, tant qu’on y est, on se prend encore un “Thunderbeast” du même tonneau.
Tu crois que tout l’album va se la jouer en mode “speederie intense” tout le long ?
J’t’en foutrais : écoute “Nimbus”, pour voir ! Autre approche, un chant et une attaque du titre qui rappellent le contraste que nous avait proposé Tank en son temps avec “W.M.L.A. (Wasting My Life Away)” au milieu d’un album “Honour & Blood” (1984) des plus ravageurs, comme une sorte d’hommage aux grands anciens de la NWOBHM.
Une intro à la basse, planante, que ne renieraient pas les intros de l’Iron Maiden de la grande époque et le naturel revient au galop. “Dance of the spiders” remet la surmultipliée de façon certes prévisible mais pas moins implacable et c’est parti pour trois nouveaux titres qui continuent de défier les lois de la vitesse.
Ensuite ? Un instrumental, “Nocturnal Opus 666”, entièrement… au piano et en mode “opéra horrifique” !
On ne va pas se mentir, après un interlude comme celui-là, ça ne pouvait que déboucher sur deux titres bien démentiels, « Nazghul » et « Dark wings of death », totalisant presque douze minutes à eux deux de furie outrancière à la précision diabolique.
En clair, Phantom nous envoie pleine face un album plein d’une intensité remarquable avec deux titres intelligemment placés pour casser la dynamique et faire un tant soit peu respirer l’auditeur.
100 % thrash metal, 0 % concession !
Tracklist :
Poltergeist (2:16)
The Tower of Seth (4:26)
Violent Invasion (3:59)
Thunderbeast (5:32 )
Nimbus (5:11)
Dance of the Spiders (4:13)
Tyrants of Wrath (5:28)
Lost in the Sands (4:24)
Nocturnal Opus 666 (3:24)
Nazghul (5:09)
Dark Wings of Death (6:34)
C’est ainsi : tous les deux-trois ans, les Allemands de Lord Vigo reviennent avec un nouvel album sous le bras. Et comme tous les deux-trois ans, il finit comme album de chevet dans la CDthèque bien fournie de votre serviteur, On ne va pas se mentir, Lord Vigo est totalement incapable de produire un mauvais album ! Encore aujourd’hui, trois ans après le sublime “We shall overcome”, je continue de me mettre l’ébouriffant “Natural habitat” dans mes playlists. C’est dire si ce titre m’a marqué, à l’instar des trois derniers albums du groupe.
Alors quand sont venus les mp3 de ce “Walk the shadows” dans la boite mail déjà bien chargée de Soil Chronicles, c’est non sans une certaine excitation que je me suis téléchargé ce nouveau petit bijou. C’est que les deux premières parties de la trilogie qui commence par “Danse de noir” (2020), puis par “We shall overcome” (2022) sont d’une telle charge émotionnelle et d’une telle intensité qu’il me tardait d’en entendre la suite. Ben je t’en foutrais : pour la troisième partie de la trilogie, va falloir attendre encore un petit peu ! “Walk the shadows” est un album non seulement totalement distinct de ses deux prédécesseurs mais point de concept dans cet album : huit titres, quarante-sept minutes, huit thèmes différents. « « Walk The Shadows” est indépendant et ne fait pas partie de la trilogie », explique le batteur, chanteur et claviériste Vinz Clortho. « Il n’y a pas de concept cohérent cette fois-ci, pas d’intrigue spécifique. Ce sont toutes des chansons individuelles. C’était un changement radical pour nous après deux albums conceptuels très élaborés, et c’était amusant. ».
Et de doom metal, le classique, celui à la Candlemass dont Lord Vigo se revendiquait en début de carrière, il n’en est point question. Bien sûr, les titres “Walk the shadows” et “We shall not” sont la continuité de l’album précédent, là où des “Through a glass darkly”, “Killing hearts and endless nights”, “Servants of the dark” sont très orientés dark rock / post punk à la façon des Fields Of The Nephilim, The Sisters Of Mercy, The Mission ou The Cure. Et lorsqu’on s’écoute “The triumph of the killing heart”, on ressent un bon compromis entre ces deux domaines musicaux finalement pas si éloignés que ça ! D’ailleurs, quelques influences de la bande à Carl McCoy étaient déjà décelables sur l’album “Blackborne souls” (2017)
Lord Vigo nous propose son album à la fois le plus sombre mais aussi le plus hétérogène de sa riche discographie. En guise de dessert, le groupe nous envoie un “El Hakim” de douze minutes qui se veut sans doute être le titre le plus atmosphérique qu’il a compose en onze années d’existence. De mémoire, Lord Vigo n’a composé qu’une seule fois un titre dépassant les dix minutes, avec “Six must die” tiré de l’album du même nom (2018) mais, cette fois-ci, les atmosphères se veulent plus proches d’un Dead Can Dance de sa période la plus gothique que de Candlemass. De plus, le chant, toujours empli d’une haute dose d’émotions, de Vinz Clortho se veut plus sombre, plus grave qu’à l’accoutumée.
Alors est-ce que ce “Walk the shadows” est un album qui sonne comme une parenthèse à ce qu’ils ont fait jusqu’à présent ou est-il une porte ouverte à un troisième volet de sa trilogie qui se voudra plus axé sur les atmosphères ? L’avenir le dira ! Lord Vigo suit son propre chemin, se contrefoutant des modes. Une chose est sûre, dans les deux cas, ça annonce quelque chose de grand, une fois de plus !
Ne tergiversons pas, allons droit au but : ce » Black Rite« , premier EP du groupe de thrash norvégien Maltuka est taillé pour nous en mettre plein les oreilles ! Ces lascars ont envie d’en découdre et cela se sent, du moins s’entend.
Le guitariste / chanteur Viljar Brunvoll et le batteur Mats, ont collaboré pour la première fois en 2016/17, enregistrant deux EP et jouant plusieurs sets en tant que membres de Psykopath. Lorsque ce groupe s’est dissous, les deux compères ont continué à travailler ensemble sur des démos, ce qui a finalement donné naissance à Maltuka, après s’être acoquiné avec Sondre Hovden à la guitare et Johannes Gade Glesner à la basse. Leur bio dit qu’ils ont comme influences des groupes tels que Slayer, Nuclear Assault ou bien Sodom. Perso, je trouve qu’ils ont plutôt un style à eux. Petit clin d’œil sur la pochette que je trouve vraiment réussie, qui est une peinture de Kim Diaz Holm, représentant l’aspect sombre de leur univers auditif.
Quant à la musique, ils jouent dans l’urgence avec une sacrée force d’impact, genre « uppercut dans les gencives », tout en le faisant avec beaucoup maîtrise. Surtout que leurs riffs, tout en étant old school, sont vraiment d’un niveau certain, véloces et bien trouvés (“Xolotl”, “Black Rite”). De plus, le chant, de par sa fureur, porte en lui quelque chose de hardcore, ou du moins de colérique, genre bûcheron pas content. Il émane de leur musique une sorte de folie, de rage (“Blood Sacrifice”), pouvant porter un certain groove tout en étant violent (“Xolotl”). À l’écoute de titre comme “Black Rite”, on se rend compte qu’ils savent varier et fignoler leur paysage musical. Le tout est boosté par une section batteur / basse qui les pousse dans le rouge. Et puis punaise, les solos de guitare sont vraiment « high class ». Alors, le potentiel est là et j’espère qu’ils vont aller loin dans leur aventure. Le genre de groupe que tu écoutes comme cela et qui au final t’emballes. Du moins, ce fut mon cas. Même s’ils ne rejouent pas les codes du thrash old school, ce groupe y met du sien.
Je me souviens bien de Vultures Vengeance, quatuor romain formé en 2009.
En 2016, j’avais eu le plaisir de parler un peu de leur premier EP “Where the time dwelt in” sur le label Gates Of Hell Records, concluant le propos par un encourageant “Pour ce premier EP, Vultures Vengeance montre un potentiel intéressant, qui donne envie d’écouter la suite !”.
Depuis ? Un deuxième EP “Lyrids : warning from the reign of the untold” (2018) et un premier album « The knightlore” (2019) qu’on n’avait jamais reçus sur le gmail de Soil Chronicles et desquels il aurait donc été difficile de parler.
Entre temps, le groupe aura changé de guitariste et de batteur, les postes étant, pour ce nouvel album, pris respectivement par Tony L.A. Scelzi (Stonewall) reparti depuis et par Damian Baldasso (ex-Eliminate).
On notera aussi que, depuis l’enregistrement de cet album, le bassiste Matt Savage (ex-Necromancer) est aussi parti, remplacé par Claudio Scialabba (ex-Lurking Terror). Le chanteur / guitariste Tony T. Steele est désormais le dernier membre original de Vultures Vengeance.
Autre changement, et pas des moindres, la signature du groupe chez l’excellent label allemand High Roller Records.
Il faut reconnaitre une chose, on a beau être Italien, ça n’empêche pas de perpétuer le bon vieux power metal US “à l’ancienne”, le plus épique, celui des Cirith Ungol, Brocas Helm, Manilla Road ou Warlord.
Vultures Vengeance hume le bon parfum des mid eighties, avec des influences assumées de la NWOBHM, et ce petit truc en plus qui leur confère un côté germanique, ne serait-ce que par le timbre de voix de l’excellent Tony T. Steele qui sonne comme celui d’un certain Hansi Kürsch.
Purée, sur certains refrains, on a presque l’impression qu’il va nous coller un bon vieux “Valhalla” des familles.
C’est que tout est puissant, dans la musique des Vultures Vengeance ! Les riffs, bien heavy tout comme il faut n’hésitent pas à franchir les frontières du speed metal quand il le faut. La section rythmique se montre implacable, les solis sont empreints d’une vraie mélodie, le chant bien qu’aigu montre une réelle force, et l’ensemble se veut épique à souhait !
Quant à la production, elle magnifie le tout : on n’ose imaginer le carnage qu’auraient pu faire des albums comme “Battle cry” (Omen) ou même les Judas Priest de l’époque pré-“Screaming for vengeance” avec un son pareil !
Toujours est-il que le quatuor romain frappe fort avec ce deuxième album et on risque fort de devoir compter sur lui dans les années à venir en matière de heavy metal épique.
Tracklist :
Dust Age (6:15)
Queen of the Last Light (4:38)
Those Who Sold the World (5:33)
Reign of Severance (5:09)
City of a Thousand Blades (4:46)
The Exiled (5:15)
The Foul Mighty Temple of Men (5:35)
It Holds (4:18)
J’avoue que j’ai toujours eu une tendresse particulière pour les américains de Mindwars, ne serait-ce que parce je reste un grand fan des deux premiers albums d’Holy Terror, les indétrônables “Terror and submission” (1987) et “Mind wars” (1988).
Entre 1985 et 1990, le guitariste Mike Alvord en était, et c’est lui qui est à l’origine de la formation de ce nouveau groupe en 2013.
Depuis, ce ne sont pas moins de quatre albums qui ont vu le jour entre 2016 et 2020, à savoir : “The enemy within” (2014), “Sworn to secrecy” (2016), “Do unto others” (2018) et “The fourth turning” (2020).
C’est après cinq années d’attente qu’arrive ce cinquième album, sorti initialement en septembre 2024 en autoproduction, et c’est en mars 2025 qu’High Roller Records ressort ce nouveau jet sobrement intitulé “V”.
En 2020, le bassiste originel Danny “Z” Pizzy lâche sa basse au profit de Rick Zaccaro (Eclipsed By The Wall) pour continuer en tant que second guitariste. Il quittera le groupe peu avant l’enregistrement de “V”.
Autant spoiler de suite, l’album est beaucoup plus inspiré que son nom !
C’est sans surprise que “V” continue son travail de sape en proposant onze titres d’un speed / thrash metal certes inspiré mais qui reste orné du spectre d’Holy Terror.
A l’exception du long “Vultures of the Eight Wonder” qui s’étire sur plus de neuf minutes, toutes les compositions vont directement à l’essentiel et oscillent entre trois et quatre minutes.
C’est clairement un festival de riffs et de changements de rythme (mention spéciale à l’impressionnant instrumental “The road to Madagascar”) qui ravira jusqu’au plus difficile des thrashers.
Le trio s’y entend pour nous coller un lot sympathique de titres certes faciles d’accès mais qui se montrent plus riches qu’une première écoute peut le laisser supposer. Il faut se donner le temps de plusieurs écoutes pour apprivoiser au mieux ces onze titres pour y déceler une foultitude de petits détails bien savoureux.
Déjà, l’ensemble est d’une puissance assez forte. Même les titres les plus mid tempo (“Beneath the trees”, “Source of destruction”, la méconnaissable reprise de Supertramp “The logical song”) recèlent d’une agressivité latente qui ne demande qu’à exploser. Pour preuve l’accélération impeccable sur “Beneath the trees” qui illustre parfaitement ce propos.
On ne peut passer sous silence la pièce maîtresse de ce “V” avec un “Vultures of the eighth wonder” qui s’étire sur plus de neuf minutes. Il propose une pièce plus épique que ce que Mindwars a l’habitude de nous proposer, avec une partie des plus thrash metal passant vicieusement sur un côté plus mystérieux. Une pure réussite !
En clair, Mike Alvord et sa bande nous offre un bel album que seul un amoureux du thrash metal le plus pur pouvait nous apporter !
Tracklist :
Stand Guard at the Gates of Your Mind (4:05)
West of Nowhere (3:58)
The Road to Madagascar (Instrumental) (3:33)
Chasing the Wind (3:31)
Beneath the Trees (4:32)
Live to Die (3:40)
Crusaders (3:33)
Source of Destruction (3:35)
Into the Known (4:21)
Vultures of the Eight Wonder (9:12)
The Logical Song (reprise Supertramp) (2:58)