Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 8.5/10
« Aller jusqu’au bout, ce n’est pas seulement rĂ©sister, mais aussi se laisser aller. » Albert Camus
Et l’autre dicton du jour serait « on n’est jamais mieux servi que par soi-mĂŞme ». En vĂ©ritĂ©, la dĂ©marche de faire une chronique repose sur ce que l’on nous vend. Et il arrive souvent de trouver des styles qui forcĂ©ment nous attirent, pour au final se retrouver avec tout autre chose. Le nombre de fois oĂą plein d’enthousiasme, j’ai luttĂ© pour ne pas freiner des quatre pieds mon ascension vers de glorieuses lignes d’analyse simplement parce que le style Ă©tait l’inverse de ce qui Ă©tait proposĂ©. L’Ă©tiquetage de la musique a toujours Ă©tĂ© un souci. Encore plus dans le metal et les genres extrĂŞmes puisque les ramifications sont tellement nombreuses, et l’anarchie Ă©tant de mise dans un anticonformisme qui va de pair avec l’extrĂŞme, que l’on se retrouve parfois Ă se demander si c’est nous qui avons l’oreille abĂ®mĂ©e ou si le groupe ne se fout pas un peu de nous. Ou le label, bien sĂ»r! Parce que mĂŞme les labels essayent de nous gruger. Mais en tout cas, s’il y a bien un truc que je redoute souvent, c’est ce sentiment de dĂ©ception qui m’anime quand je lance les premières minutes d’un album Ă Ă©tudier, et que je tombe sur un style que je n’aime pas, sinon moins que les autres. C’est souvent le cas. Mais comme j’adore la musique et que je m’Ă©clate Ă Ă©crire des chroniques, je continue, je persĂ©vère et je me dis que des fois je vais tomber sur THE album qui va me rĂ©concilier, temporairement (ce qui serait dĂ©jĂ bien) ou dĂ©finitivement avec un style boudĂ©. Transport League et son dernier album Kaiserschnitt m’ont Ă©tĂ© proposĂ© comme Ă©tant du sludge metal, vous allez voir que ma frontière n’a jamais Ă©tĂ© aussi compliquĂ©e Ă dĂ©patouiller. Mais au final, le jeu en valait la chandelle, voilĂ pourquoi il faut aller au bout des choses dans la vie. Merci! Et bonne lecture!
Un groupe qui s’appelle Transport League, j’avoue ĂŞtre bien Ă©tonnĂ©. Qui se cache derrière ce sobriquet qui fait penser Ă un mĂ©lange de films DC Comics et d’une compagnie de taxi? Certainement pas des gentils messieurs plein de douceur en tout cas, en tĂ©moignent les photos de promotion du groupe. Bref! Il s’agit donc d’un groupe suĂ©dois, qui nous vient plus prĂ©cisĂ©ment de Partille non loin de Göteborg. Le quatuor a créé Transport League en 1994! Il est bon de noter, après l’effet de surprise concernant la longĂ©vitĂ© potentielle du groupe, que ce dernier a Ă©tĂ© mis en stand-by de 2005 Ă 2009, mais tout de mĂŞme! On cumule en tout 23 annĂ©es d’existence, ce n’est vraiment pas rien. De fait, la discographie du groupe offre pas moins de neuf albums avec ce dernier et dont le premier est sorti en 1995, deux EPs et trois singles. PlutĂ´t pas mal! Kaiserschnitt est donc le neuvième d’une liste assez importante, si l’on s’amuse Ă contextualiser les annĂ©es d’expĂ©rience avec la crĂ©ation du groupe, nous pourrions d’ores et dĂ©jĂ penser que Transport League est un groupe des prĂ©mices de genre. Une sorte de pionnier, tĂ©moin d’une Ă©poque ancienne oĂą le style musical en Ă©tait Ă des petits sursauts, semblables Ă des crottes de fourmi dans le macrocosme de la musique. Nous verrons!
Pour la pochette, le rĂ©sultat est assez surprenant. A vrai dire, je ne m’attendais pas Ă un style aussi « jeune ». Je me suis focalisĂ© sur l’idĂ©e prĂ©judiciable que Transport League Ă©tait un groupe old school, je ne sais pas pourquoi mais l’effet non escomptĂ© Ă Ă©tĂ© la surprise. Alors que l’artwork est plutĂ´t cool, dĂ©jantĂ© assurĂ©ment et avec une rĂ©fĂ©rence Ă ce qui ressemble Ă un dĂ©mon qui tourne le dos Ă notre champ de vision et tourne sa grosse tĂŞte effrayante vers nous dans un rictus caractĂ©ristique des reprĂ©sentations coutumières des dĂ©mons, la langue tirĂ©e et les yeux exorbitĂ©s. On dirait un spectacle de marionnette un peu. Les mains humaines amènent cette touche de bizarrerie supplĂ©mentaire et donne un soupçon d’humanitĂ© Ă cette figurine flippante. On pourrait y voir une sorte d’amalgame plutĂ´t commun entre l’Homme et sa condition chaotique, voire sadomasochiste concernant sa propre place dans l’Ă©chiquier universel. Une forme de cynisme comme on l’aime quoi. A noter pour votre savoir, et pour Ă©tayer cette idĂ©e de reprĂ©sentation humaine scabreuse, que Kaiserschnitt signifie « cĂ©sarienne » en allemand. VoilĂ donc une pochette Ă©tonnante, captivante et effrayante. Trois ingrĂ©dients censĂ©s produire une mixture pour dĂ©blatĂ©rer avec aisance mais violence sur l’Homme? Tranport League seuls savent. Je retiens cependant que l’artwork est vraiment cool!
La musique m’a Ă©tĂ© vendue comme du sludge metal, ce qui en soi n’est pas très loin de la vĂ©ritĂ©. Mais je suis intimement convaincu que si sludge metal il y a, la musique proposĂ©e par les suĂ©dois se rapprochent plus d’un sludge extrĂŞmement primitif, voire presque prĂ©maturĂ© puisque je ne retrouve pas tous les ingrĂ©dients qui caractĂ©risent Ă tous les coups ce type de musique. Par contre, pour moi, Kaiserschnitt est un très bon album de post hardcore! Et comme on sait que les deux genres sont Ă©troitement liĂ©s, rien d’Ă©tonnant! En fait, ce qui m’a convaincu, difficilement d’ailleurs, c’est l’absence de ce son boueux que l’on reconnaĂ®trait entre mille. Le son est agressif, strident, avec cette violence qui transparaĂ®t dans la batterie dont elle est le seul atout pour amener de la lourdeur, la basse Ă©tant plus aigĂĽe que la normale. Les rythmes sont rapides, contrairement au sludge metal qui usite un tempo plus lent, sinon plus posĂ©. LĂ , la vitesse est quand-mĂŞme plus proche d’un Sick of it All que d’un Bleeding Eyes par exemple. Enfin, le chant n’est pas ce cri horrible, de tĂŞte, que l’on a habituellement, le dĂ©bit est rapide et donc beaucoup moins hurlĂ©. VoilĂ pour la comparaison. Après, stricto facto, la musique est pĂŞchue, avec cette patate que l’on assimile au post hardcore et aux envolĂ©es des frontmen sur scène. On devine très bien le concept de concert chez Transport League.
La production est assez typique, il n’y a rien d’extraordinaire et le groupe qui accumule de longues annĂ©es derrière eux reste selon une recette qui fonctionne bien. Le son est agressif, strident avec des guitares tranchantes et la batterie qui se montre rythmĂ©e sans tomber dans le trop violent, typiquement du genre! Après, mes connaissances en hardcore sont limitĂ©es, mais pour avoir Ă©coutĂ© quelques albums, je me retrouve pleinement avec ce son. Pour le reste, il me semble Ă©vident de dire que le travail est propre, le groupe Ă©tant expĂ©rimentĂ© je n’en attendais pas moins de toute manière. J’aime beaucoup alors que d’ordinaire le post hardcore n’est pas rĂ©ellement ma came, ce qui est tout de mĂŞme très honorable Ă souligner.
Après, le constat que je peux faire après quelques Ă©coutes, c’est que Kaiserschnitt est un album de gens qui baroudent depuis longtemps dans la scène metal europĂ©enne. Tout est bien composĂ©, avec cette volontĂ© très old school qui fait hĂ©siter sur l’Ă©tiquette de la musique de Transport League mais en mĂŞme temps ce pas de fait vers la modernitĂ© pour proposer autre chose ou tout simplement vivre avec son temps. C’est exactement le ressenti que j’ai eu en Ă©coutant l’album deux ou trois fois, et pour cela je dois non seulement mon respect aux amis suĂ©dois, mais aussi une forme d’admiration. Ne pas rester campĂ© sur ses positions est une belle preuve de sagesse surtout dans les domaines artistiques. La prise de risque par l’abandon de ses acquis pour se mettre Ă la page, c’est une belle dĂ©marche. Alors certes, je ne suis pas fĂ©ru de tout ce qui est hardcore, plus de sludge metal, mais j’ai vraiment aimĂ© Kaiserschnitt. Les compositions sont intelligentes, pleine de cynisme et d’Ă©nergie, il y a en plus de tout cela une sorte d’hommage au folklore hardcore amĂ©ricain, patrie du style nommĂ©. Transport League a bien fait de revenir, cet album est la continuitĂ© d’une rĂ©surrection opportune et bienvenue. Beau boulot!
Ce serait une insulte de dire que les musiciens sont bons, du fait de leur anciennetĂ© je ne mettrai pas en avant l’Ă©vidence mĂŞme. Mais pour le chant, je reconnais avoir un peu plus de mal. C’est viscĂ©ral, je n’aime pas le style -core en chant. D’abord parce que 90% des chants studio de -core sont truquĂ©s, et ensuite parce que ces hurlements subreptices me hĂ©rissent les poils. Le chant de Transport League ne fait pas exception, mĂŞme si je le trouve un peu plus agrĂ©able Ă l’oreille du fait de sa violence amoindrie par le mixage, ou par l’usure des cordes vocales c’est selon. Les cris sont moins prĂ©sents, la baston est ailleurs que dans le dĂ©bit de paroles et la technique vocale, ce qui permet d’Ă©dulcorer un peu mon ressentiment Ă l’Ă©gard du chant -core. C’est pas mal en vrai, je suis juste un peu soulĂ© on va dire, mais ce n’est en rien la faute au groupe. C’est une simple et banale question de gout, voilĂ tout.
Pour finir, Transport League n’est peut-ĂŞtre pas un cousin Ă©loignĂ© de Ghost Rider mais il a largement de quoi Ă©pater la galerie. Proposant selon moi une musique plus proche d’un post-hardcore moderne que d’un sludge metal ancien, les suĂ©dois viennent dĂ©clarer la bagarre de rue avec Kaiserschnitt qui est un bon album plein de cynisme sur la condition humaine dĂ©labrĂ©e et dĂ©labrante. Un album que d’ordinaire j’aurais laissĂ© sur l’Ă©tagère moisie d’un disquaire, mais que j’ai eu l’outrecuidance d’aller dĂ©couvrir, et qui me laisse un sentiment plutĂ´t positif. C’est assez rare pour ĂŞtre soulignĂ©, moi qui ne suis pas un fĂ©ru intensif de tout ce qui est -core, j’ai fini par trouver mon compte dans cet album d’anciens routiers de la musique qui, loin de se reposer dans leurs pĂ©nates de sĂ»retĂ©, jouent la carte du moderne pour s’adapter et perpĂ©tuer la vie de leur bĂ©bĂ©. Depuis 1994, cela force le respect en tout cas, et la note est Ă la hauteur de cette expĂ©rience de scène et de studio. Bon album, Ă conseiller aux fanatiques du genre si ce n’est pas dĂ©jĂ connu.
Tracklist :
1. Atomic
2. Criminal Energy
3. Me the Cursed
4. Nailsober
5. Titty Coma Status
6. Kaiserschnitt
7. March, Kiss, Die
8. Sound
9. Autumn Moon
10. Death Klinik
11. Unburden Woes








