Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 8.5/10
“La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition comme la tradition a surgi du progrès.” Jean d’Ormesson
Il fut un temps oĂą la Suisse m’avait offert un petit paradis de metal, dans le genre assez fermĂ© de black metal folklorique. Il y avait Ă un moment un formidable vivier de « petits groupes » qui ne demandaient qu’Ă percer et qui avaient selon moi largement l’Ă©toffe pour y arriver. Si la vie n’offrait pas parfois des instants d’instabilitĂ©s et de remous, la Suisse aurait eu vraiment de très bons groupes dans le style. J’ai eu, en tant que musicien, l’occasion de disputer le bout de gras scĂ©nique avec trois d’entre eux : Kaatarakt, Hypocras et Trollort. J’ai sincèrement mes meilleurs souvenirs de concerts avec mes camarades qui ont dĂ©laissĂ© aujourd’hui les champs de bataille pour se consacrer Ă d’autres joyeusetĂ©s et autres grivoiseries. Mais, dĂ©cidĂ©ment, la Suisse a d’autres groupes dans sa besace, et je pressens qu’il va y avoir une belle relève, si elle perdure plus longtemps en tout cas. Vous avez en effet Norvhar, Calarook et Battle Tales qui pointent fièrement le bout du naseau, et qui se dĂ©fendent superbement bien pour les avoir vus en concert au moins une fois. Souvenir mĂ©morable d’une date Ă Dijon oĂą nous avions fĂŞtĂ© sous les airs de Mexico la fin de soirĂ©e… Chouette souvenir n’est-ce-pas Cassie di Carmilla ? En tout cas, c’est dĂ©finitif, j’adore la Suisse d’abord comme pays, ensuite pour sa propension naturelle Ă faire Ă©clore des petits gĂ©nies du black metal folklorique ! Au diable Eluveitie ! Depuis qu’il n’y a plus Anna Murphy, mon amoureuse secrète, mon succube dissimulĂ©, je les aime encore moins. Mais en tout cas, il y en a un autre de groupe que je suivais jusqu’Ă prĂ©sent dans l’ombre, et que je suis tout heureux de faire en chronique ce soir ! Ce groupe, je l’ai rĂ©servĂ© pour la fin, c’est Morgarten. Et son deuxième album « Cry of the Lost » s’annonce sous de bons augures. Voyons voir !
J’ai beau suivre le groupe et m’en vanter, il n’en demeure pas moins que je ne savais pas grand-chose de sa biographie. J’ai ainsi dĂ©couvert avec stupeur (et tremblements, par manque de cafĂ©ine) que Morgarten existe depuis 2005 ! Je parle de « stupeur » puisque le premier album du groupe appelĂ© « Risen to Fight » est sorti en 2015. Dix longues annĂ©es auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour que le groupe originaire de Neuchâtel puisse accoucher de sa première lĂ©gende guerrière. Surprenant constat ! Je ne vais pas le cacher plus longtemps : j’avais beaucoup aimĂ© « Risen to Fight« . Et puis… Plus rien. Du moins en format studio puisque le quintet a continuĂ© Ă se produire en concert, et heureusement ! Mais après avoir sorti un petit bijou, le groupe a prĂ©fĂ©rĂ© mettre probablement toutes les chances de son cĂ´tĂ© pour que ce deuxième album soit signĂ© chez un label. C’est chose faite ! Après donc six annĂ©es supplĂ©mentaires, Morgarten a rechaussĂ© ses armures et ses Ă©pĂ©es pour venir guerroyer avec nous sur « Cry of the Lost« . Autant vous dire que Simon JĂ©rĂ©my a dĂ©jĂ vomi ses gencives de porc tellement il est content ! Alors ? Qu’est-ce-que ça donne ce deuxième fait d’armes ? « Je crois que la question, elle est vite rĂ©pondue. »
En tout cas, la pochette de ce deuxième album est vraiment cool ! La première aussi m’avait plu, mais j’ai le sentiment qu’un cap a Ă©tĂ© franchi avec l’Ă©laboration de ce prĂ©sent artwork. La qualitĂ© du graphisme en tĂ©moigne et il y a un luxe de dĂ©tails qu’il n’y avait pas auparavant. Solide travail fait avec la reprĂ©sentation de ce que pourrait ĂŞtre « le cri des perdus », avec ce guerrier Ă©puisĂ© qui semble mettre un genou Ă terre, coincĂ© dans un blizzard glacial et un paysage plein de pièges, montagneux et enneigĂ©. On devine bien Ă la mimique terrible du gars qu’il passe un sale quart d’heure ! L’Ă©tendard noir et en lambeaux avec le logo Morgarten dessus rajoute un cĂ´tĂ© funèbre Ă l’image, un peu comme le voile noir qui ramène ThĂ©sĂ©e Ă Athènes et qui prĂ©cipite la mort de son père. En tout cas, mĂŞme si l’on pourrait penser que nos amis suisses tombent quelque peu dans le clichĂ© de ce qui se fait de mieux en ce moment en musique, soit les vikings (ce n’est pas moi qui vais dire le contraire), j’aime beaucoup cet artwork. Il est d’une belle qualitĂ© avec cet aspect peinture dont on devine surtout le travail fait par ordinateur mais l’imitation n’est pas loin d’ĂŞtre authentique. Un beau travail donc, convaincant pour les vaincus !
Morgarten joue donc, sans suspense, la carte bien suisse de ces annĂ©es 2000 / 2010 avec l’avènement d’un black metal aux forts accents folkloriques. Le premier album m’avait dĂ©jĂ mis dans l’ambiance, il en est de mĂŞme avec « Cry of the Lost« . C’est marrant comme on pourrait croire que les musiciens de chaque groupe citĂ©s en introduction semblent s’influencer mutuellement ! Il y a des ingrĂ©dients en commun, notamment l’utilisation massive des claviers avec de temps en temps quelques touches d’instruments traditionnels. Morgarten joue en tout cas non pas la carte de l’Ă©pique, quoique de temps Ă autre sur des pistes si, mais plus d’un black metal froid et pessimiste avec toutefois cet apport non nĂ©gligeable d’aventures, de guerres sans merci et de lĂ©gendes qui font la touche folklorico-Ă©pique chère Ă ce beau pays frontalier. En tout cas, l’album est vraiment plaisant, j’apprĂ©cie tout particulièrement ses claviers omnipotents et la rapiditĂ© en mid tempo, donnant un cĂ´tĂ© sombre et profond Ă la musique. Je suis en tout cas bien content de voir un groupe qui ne surfe pas sur ce qui se fait de plus parlant, et qui offre une autre vision de la culture viking avec ces mĂ©lodies plus pessimistes que rĂ©ellement hymniques que l’on entend frĂ©quemment. C’est donc sur un constat plein de surprises que je dĂ©couvre l’univers de ce deuxième album, qui me rappelle Ă©videmment le premier dans son approche musicale globale, mais qui offre de très bons moments folkloriques ! Chouette boulot !
Pour la production, Ă©norme surprise aussi : le nom de Jens Bogren au mixage ! Alors celle-ci, je ne l’avais pas vu venir ! Je suis restĂ© coi. D’abord parce que je suis plus habituĂ© au death suĂ©dois qu’a façonnĂ© avec brio Jens Bogren, et ensuite parce que je n’avais pas reconnu sa patte maitresse sur « Cry of the Lost« . En mĂŞme temps, le mastering a Ă©tĂ© assurĂ© par quelqu’un d’autre, en l’occurrence Tony Lindgren qui n’est pas un nom inconnu non plus d’ailleurs. VoilĂ donc du très très lourd ! Le rĂ©sultat est un son irrĂ©prochable, avec une certaine mise en avant des guitares qui propulsent les mĂ©lodies au premier plan, et le plus Ă©tonnant rĂ©side dans les moments de blast, oĂą si l’on peut qualifier le black metal de moderne, il n’en demeure pas moins que les riffs sont aiguisĂ©s au possible. J’aime bien cette modernitĂ© qui sonne bien dans le black metal, sans tomber dans l’outrecuidante exagĂ©ration dans les tempos. C’est une belle manière de distribuer des riffs Ă©piques ou froids, selon les convenances, que de mettre en valeur les guitares. Seule question : la batterie. Je la trouve pour le coup un peu trop en retrait et sonnant de manière Ă©trange, comme si certains fĂ»ts n’existaient peu ou pas. Mais bon, je me dis que c’est probablement mes enceintes ou ma voiture, Ă voir… En tout cas, très beau son, Morgarten s’est largement donnĂ© les moyens de mettre deux sommitĂ©s dans l’ingĂ©nierie du son, et le rĂ©sultat est qu’excellent !
C’est marrant parce qu’après avoir Ă©couté Morgarten, j’ai eu envie de me replonger dans divers CDs que j’ai chez moi, des groupes de black metal à la vinaigrette paganique, comme Pagan Reign ou les premiers Ensiferum. Comme si « Cry of the Lost » avait rĂ©veillĂ© la nostalgie d’une belle Ă©poque, musicale et mentale. Les compositions sont en tout cas parfaitement menĂ©es, on ne tourne pas en rond hormis quelques petites rĂ©pĂ©titions dans certaines pistes mais qui sont inhĂ©rentes au style. De fait, Morgarten ne rĂ©volutionne pas le genre black folk, mais il essaye de faire sa route tranquillement et je pense qu’il faut prendre ce deuxième album comme tel. De la prĂ©tention, certes, mais Ă dose normale. En tout cas, j’y vois aussi une forme d’hommage Ă une Ă©poque rĂ©volue, une Ă©poque que l’on a trop souvent glorifiĂ©e et alambiquĂ©e pour n’en tirer que de l’hyperbole. Il y avait aussi des faiblesses notoires dans ce peuple fier, en tĂ©moigne cet album qui parle Ă plus grande Ă©chelle des dĂ©boires et des moments d’Ă©garement de ces hĂ©ros de jadis. J’aime bien cet album parce qu’il me rappelle ce que j’essaye de faire dans mon groupe : dĂ©sacraliser le mythe du guerrier pour le rendre plus humain et a fortiori, plus proche de nous. VoilĂ ce que je retiens des nombreuses Ă©coutes que j’ai pu faire, j’en tire une belle conclusion pour un bel album. Qui, je le rĂ©pète, ne va rien changer de particulier dans le genre musical, mais va sĂ»rement s’y inscrire, et durablement on l’espère.
Un mot comme souvent pour le chant, qui s’avère ĂŞtre une belle pièce maitresse. Une technique bien huilĂ©e avec quelques arrangements studio opportuns non pas pour masquer les quelques incongruitĂ©s mais pour donner une certaine importance, cela donne donc une voix bien portĂ©e, saturĂ©e Ă©videmment en high scream et qui est bien Ă l’aise avec la musique. Une logique imparable de high scream pour le black, une recette qui fonctionne depuis la nuit des temps. Tout est Ă sa place, c’est impeccable. Les chĹ“urs aussi sont d’une grande importance dans la musique, et je les trouve vraiment bien ficelĂ©s. Autant certains groupes tombent dans une dĂ©mesure en utilisant des chĹ“urs, autant chez les Suisses de Morgarten, on en a fait une pièce rare et donc encore plus valable, donnant un aspect très rassembleur Ă une musique peut-ĂŞtre un peu trop clivante par dĂ©finition. C’est une belle prouesse en tout cas, j’adore !
Point final de cette nouvelle chronique. Morgarten était au dĂ©part un groupe que je suivais comme cela, sans rĂ©ellement approfondir le sujet, avec toutefois le premier album chez moi en format physique, que je m’Ă©coute parfois. Mais « Cry of the Lost » sonne d’un point de vue objectif comme une sorte de confirmation. Le quintet suisse est un groupe bien talentueux, passionnĂ© et qui conte les pĂ©rĂ©grinations mouvementĂ©es d’une condition guerrière autrefois authentique, aujourd’hui alambiquĂ©e. Ce deuxième album a Ă©tĂ© fait avec des moyens importants, le rĂ©sultat se situe dans une belle initiative en black metal folklorique, et une belle dĂ©couverte ! Franche belle dĂ©couverte. Je vois bien mes (futurs) camarades (de concert ?) belliqueux Ă©cumer quelques contrĂ©es verdoyantes pour n’y laisser, après une setlist bien fournie, que la dĂ©solation. Morgarten est en tout cas un groupe prometteur, qui mĂ©rite que l’on s’y intĂ©resse ne serait-ce que pour cette dĂ©sacralisation du guerrier trop « marvelisé » et trop divinisĂ©. Un guerrier humain, un album très humain ! Belle recette !
Tracklist :
1. Frères d’Armes 01:12
2. To Victory 04:36
3. Tales of My Lands 06:28
4. First Blood 04:38
5. Sons of Darkness 05:40
6. Oath of Allegiance 05:33
7. Peaceful Soul of the Dying 05:37
8. Die or Fight 04:19
9. Backed to a Flayed Tree 04:33
10. Dawning of the Reborn 05:40
11. The Last Breath 06:19
12. Meeting the Almighty 07:39
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