Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 7.25/10
« Le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire. » Vidal Sassoon
Je suis content d’avoir enfin trouvĂ© de nouveau la motivation pour Ă©crire ce soir. Après avoir traversĂ© quelques jours de turbulence (mon chat est tombĂ© du troisième Ă©tage avec tout ce qui en dĂ©coule, vous le pensez bien…), je cherchais un peu le groupe qui me redonnerait la foi. Parce que mes deux dernières chroniques n’Ă©taient qu’un rassemblement non festif de dĂ©ceptions et de dĂ©lits culturels. Alors, j’avoue, j’ai un peu tâtonnĂ© le terrain avant de choisir un groupe qui pourrait potentiellement faire mĂ»rir une chronique un peu plus dithyrambique que les deux dernières. Parfois, le cerveau se fatigue, on en causait justement avec des collègues chroniqueurs et notre Sacerdoce qui est loin d’ĂŞtre un sac d’os Chris Metalfreak, mais on a aussi des facteurs intĂ©rieurs qui dominent. Quand vous enchaĂ®nez deux chroniques plutĂ´t dĂ©ceptives, alors vous en avez un peu marre et vous coupez. Je passe sur le moment quasi quotidien oĂą j’Ă©cris, parce que ma vie privĂ©e que j’ai tendance Ă maladivement mettre au grand jour en chronique ne souffre d’aucune mise Ă nu intempestive, mais sachez que ce n’est pas toujours une sinĂ©cure. Alors, voilĂ ! Ce soir, c’est une petite victoire : j’ai retrouvĂ© l’envie d’Ă©crire après quelques jours. Exit ma motivation Ă faire une chronique par jour pour Ă©ponger mon retard de 2021, il en restera le mois prochain, puis le mois d’après, etc. Mais sinon, on s’ennuierait dans le monde secret de la chronique ! Alors, qui est l’heureux Ă©lu ? Et d’ailleurs, en sera-t-il heureux ? C’est la question que je vous soumets, et le gagnant du soir est Meursault Omega et son album nommĂ© « Cold Thirst« .
Franchement, j’avoue un truc peu professionnel : j’ai ri. Le nom du groupe m’Ă©voque forcĂ©ment les vins Meursault, j’imagine que probablement cela n’a rien Ă voir, mais si c’est le cas alors je jette un discrĂ©dit profond au groupe parce que cela ne fait absolument pas sĂ©rieux sur le papier ! Vous imaginez ? Un groupe qui s’appellerait « Bordeaux » ou « Costebelle » ? Bref ! Meursault Omega est un groupe qui vient d’Italie, de Milan du coup. Alors, outre le rapport difficile Ă prouver avec le pinard, le groupe est celui d’une mĂŞme personne, entourĂ©e de quelques invitĂ©s : Cliff Scott. Le CV est presque vide pour ce monsieur, hormis bien entendu Meursault Omega qui en est Ă ce jour Ă deux albums depuis sa crĂ©ation, soit potentiellement 2020 puisque le premier album nommĂ© « Meursault » est sorti cette annĂ©e. Tous en autoproduction. On peut donc dire que le nommĂ© Cliff Scott mène tranquillement sa baraque. De lĂ Ă affirmer qu’elle est menĂ©e avec sĂ»retĂ©, le contraire est possible. On a donc une jeune formation, d’un musicien pas si jeune au vu des photos de promotion, entourĂ© comme il se doit de quelques invitĂ©s dont nous reparlerons plus bas. Vous avez un bref aperçu des raisons qui m’ont poussĂ© Ă choisir Meursault Omega et l’album « Cold Thirst » pour ce retour en… Non, peut-ĂŞtre pas en grâce quand-mĂŞme.
Et je dois dire que la pochette m’a laissĂ© un peu dubitatif. Je reconnais un style qui me parle, un cĂ´tĂ© maison et stylisĂ© noir et blanc qui fait Ă©troitement penser Ă du black metal ou un genre de grindcore. Voire du death metal bien old school. Mais loin de faire l’apologie du genre sludge ou doom, c’est surtout le cĂ´tĂ© dessin qui me laisse perplexe. J’admets sans souci un certain style, un joli coup de crayon dans le genre graphique qui offre Ă©normĂ©ment de dĂ©tails, trahissant un soin tout particulier mis dans le rendu final notamment pour le chevalier au milieu. Mais j’ai un peu plus de mal sur le choix de l’imagerie. Le cĂ´tĂ© macabre ne colle pas avec, d’abord, le nom de l’album et ensuite au genre musical. Mettre des crânes, de la saletĂ©, des cages Ă lapidation rouillĂ©es, des potences, des squelettes et… Des immeubles dĂ©labrĂ©s ? Enfin, je ne comprends pas ce choix, ni oĂą Meursault Omega veut en venir. Et je passe sur le plagiat des NazgĂ»l dans le Seigneur des Anneaux pour reprĂ©senter la Mort. Je suis donc relativement partagĂ© entre le gros boulot qui a Ă©tĂ© fait pour avoir cet artwork qui, hors contexte, est vraiment dĂ©rangeant et me plait beaucoup, et la divergence quasiment totale avec le style de metal qui est prĂ©sentĂ© sur Metal Archives et celui que j’aurai par la suite en Ă©coute. Il y a quelque chose qui ne colle pas. J’aurais, je me rĂ©pète, largement vu une pochette de cet acabit pour du death metal ou du grindcore, voire du black metal bien raw, mais pour du doom metal, je ne vois pas trop le rapport. VoilĂ tout.
Après une Ă©coute attentive et poussĂ©e, je peux dire que la musique interpelle beaucoup. D’abord par son style : prĂ©sentĂ©e comme du sludge doom metal, censĂ©e ĂŞtre ainsi très lourde et lente, force a Ă©tĂ© de constater qu’il n’en Ă©tait rien ! Je situerais plus Meursault Omega sur un mĂ©lange de heavy metal bien progressif avec du doom metal somme toute assez peu prĂ©sent. Si le sludge metal est limitĂ© Ă un son dĂ©gueulasse, alors on pourrait en ĂŞtre. Mais sincèrement, je ne pense pas que ce soit l’objectif premier de Meursault Omega. L’homme d’orchestre semble ĂŞtre plus animĂ© par le heavy metal plus pĂ©père. Mais lĂ oĂą j’ai eu du mal, c’est le son. On en reparlera plus bas, mais je trouve que si idĂ©e il y avait au dĂ©part, et si les riffs sont loin d’ĂŞtre inintĂ©ressants, le son ne se prĂŞte guère au plaisir immĂ©diat. Je dirais aussi que le souci numĂ©ro deux, ou un bis, est situĂ© sur les lignes de chant. On ne sait plus qui fait quoi, Ă un moment on entend des voix fĂ©minines mais loin d’ĂŞtre irrĂ©prochables, elles sont surtout tellement pareilles qu’on se demande qui chante quoi, mĂŞme en saturĂ©. Mais si on fait abstraction de ces deux problèmes, on a quand mĂŞme un album qui reste plutĂ´t bon. Je loue les morceaux en eux-mĂŞmes qui font leur bonhomme de chemin, avec quelques riffs bien trouvĂ©s et loin d’ĂŞtre entrainants mais qui dĂ©gagent une vraie authenticitĂ© dans les sentiments noirs et malsains. On pourrait avoir un vrai bon exemple de la face sombre du heavy metal qui n’est pas qu’envolĂ©es lyriques et soli endiablĂ©s, qui peuvent aussi avoir des travers et des cĂ´tĂ©s piles bien charbonneux. Il y a du bon dans ce « Cold Thirst« , vraiment ! Encore faut-il bien trimer sur l’archĂ©type d’un album.
Je vais y aller frontalement mais au moins ce sera dit : le son est moche. C’est pour cela, au dĂ©but je m’attendais Ă du sludge metal, je me suis dit que cela devait avoir ce rĂ©sultat, un sludge metal bien indĂ©pendant et sans oreille extĂ©rieure pour dire « ça, ça ne va pas ». Mais mĂŞme pas en fait. Meursault Omega est un musicien qui autoproduit ses albums. C’est tout Ă son honneur et j’imagine que les arrangements studio sont assurĂ©s par ses « soins », mais encore faut-il avoir d’autres avis, et pas que les amis ! Sinon, on se retrouve avec un album comme « Cold Thirst« . Je lui trouve beaucoup de travers, la batterie est mal arrangĂ©e, les guitares ressemblent trop Ă des nappes orchestrales (quand on a des riffs mĂ©lodiques plein la tĂŞte c’est con), c’est Ă peine si on discerne les cordes entre elles, la basse… Je ne savais pas qu’il y en avait une tant elle est inaudible dans ce brouhaha. Et les chants bourrĂ©s de rĂ©verbĂ©ration inutile et grotesque. Bon, enfin j’ai cherchĂ© des points positifs dans tout cela mais j’avoue que mĂŞme en Ă©tant rompu Ă des productions bien bien raw, il y a de quoi se montrer sĂ©vère, ou au mieux perplexe. Je me dis, dans ma grande candiditude, que le sieur Cliff Scott n’a pas beaucoup de blĂ© pour faire sa farine, mais je suis surtout convaincu qu’il faudrait soit passer par l’Ă©tape studio indĂ©pendant, soit prendre des cours d’arrangements sonores, parce que ce deuxième album sonne vraiment très mal. C’est dommage quoi… On a des mecs qui arrivent encore Ă dĂ©truire Ă moitiĂ© leurs albums non pas par leur manque de talent, car Meursault Omega n’en manque clairement pas, mais par leur putain d’orgueil Ă vouloir tout gĂ©rer. Mais comme dit un proverbe bien connu de Philippe Geluck : « Beaucoup de grains de sable rĂ©unis, ça finit par faire un gros tas de sable. Beaucoup de petites intelligences rassemblĂ©es, ça ne fera jamais un gros tas d’intelligence. »
Sur les fondements mĂŞme de « Cold Thirst« , soit les compositions, j’ai fait le grand Ă©cart. Parce que je n’ai quasiment rien Ă reprocher aux morceaux en eux-mĂŞmes. Structurellement parlant, ils sont vraiment bons ! Je disais que l’on Ă©tait sur un heavy metal avec beaucoup de progressif et quelques parties plus doomesques, cela donne donc des morceaux très rythmĂ©s sans tomber dans l’extrĂŞme, une noirceur dans les mĂ©lodies et harmoniques qui laissent une impression très forte et le fait que les pistes soient courtes donne un peu plus de liant, sans Ă©puisement Ă craindre. Au dĂ©part, il y avait vraiment de très bonnes idĂ©es et j’imagine donc de très bonnes intentions. Après on peut avoir une production raw et plaire quand-mĂŞme ! Je me dis donc que Meursault Omega trouvera un public. Large, je ne sais pas, mais il en trouvera un. J’ai fait Ă©couter l’album Ă des collègues musiciens qui m’ont tous dit qu’ils aimaient beaucoup les riffs, et ce sont des fanatiques de heavy metal ! J’ajouterai que le doom metal est utilisĂ© avec intelligence, dans les moments oĂą l’auditeur a besoin de calme et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Il fonctionne comme un piston, comme le moment oĂą l’accordĂ©on se relâche et laisse glisser une dernière note pour Ă©panouir les gens. VoilĂ en quoi je peux largement louer le talent de musicien de Cliff Scott, c’est un bon album, franchement ! Dommage simplement que le son soit aussi ratĂ©.
Les chants sont aussi un peu problĂ©matiques. Ce ne sont pas les diffĂ©rentes techniques amenĂ©es qui dĂ©rangent, en soi les voix sont intĂ©ressantes et plutĂ´t bien chantĂ©es. Mais ce sont les utilisations que j’ai un peu de mal Ă assimiler. D’abord, il y a quatre voix fĂ©minines et deux masculines si on compte Cliff Scott dans le lot. DĂ©jĂ , cela fait beaucoup pour moi, et le risque numĂ©ro un de ce genre d’initiative est de confondre les voix. C’est exactement ce qu’il s’est produit ! Il arrive des moments oĂą on ne sait plus du tout qui chante ! Les voix se mĂ©langent trop tout en Ă©tant les mĂŞmes, Ă peu de choses près. Je pense qu’il aurait fallu prĂ©ciser qui chante oĂą pour les voix fĂ©minines, on s’y perd trop. Après, sur le choix des techniques vocales, je suis lĂ encore un peu partagĂ©. Autant les voix fĂ©minines claires ajoutent un dĂ©corum mĂ©lancolique en plus qui est loin d’ĂŞtre malaisant, plutĂ´t bon mĂŞme, autant les voix saturĂ©es sont en trop. Je ne les aurais pas mises, j’aurais optĂ© pour des chants clairs partout, quitte Ă varier plus les techniques. Ce choix de chant saturĂ© ne m’apparaĂ®t pas comme le bon, je trouve que cela dĂ©nature grandement les riffs qui sont, je le rappelle, estampillĂ©s heavy metal. Il y a ainsi un choix très hasardeux, sans ĂŞtre expĂ©ditivement rĂ©dhibitoire, mais qui amènera j’espère une certaine introspection. Parce que le chant global est moyen sur l’album, on est sur un potentiel d’amĂ©lioration qui le rendrait cent fois plus positif ! En plus, j’ai beaucoup de mal Ă apprĂ©cier les voix fĂ©minines dans le metal…
Alors, que dire de ce « Cold Thirst » pour finir ? A vrai dire, je ne sais pas exactement. Meursault Omega est en tout cas un projet menĂ© d’une main ferme par Cliff Scott, main qui mĂ©riterait d’ĂŞtre un peu plus ouverte Ă des acteurs extĂ©rieurs. Un deuxième album qui a le mĂ©rite d’avoir des fondations très bonnes, un heavy metal progressif et parfois lentement dirigĂ© sur du doom metal, on a une recette mĂ©lodique qui pourrait bien sonner et qui a aussi l’originalitĂ© de montrer la part sombre peu connue du heavy metal, je trouve que rien que pour ces points prĂ©cis, « Cold Thirst » mĂ©rite toute votre attention ! Maintenant, on ne va pas se mentir, on va jouer carte sur table, le son est maussade et franchement pas engageant, et les chants sont mal choisis. Cela rĂ©sulte selon moi d’un musicien qui veut tout diriger tout seul, s’imagine que seul son savoir suffit Ă produire un album dantesque et s’offre le luxe pour tous les prĂ©tentieux artistes de ne pas faire intervenir d’acteurs extĂ©rieurs. C’est typiquement un album dont Ă©margent des exhalaisons d’orgueil et d’hyper contrĂ´le. Et malheureusement, cela fait passer « Cold Thirst » de très bon album Ă un album « moyen-bon ». Au moins, il y a matière Ă l’amĂ©lioration, c’est une bonne chose pour la suite.
Tracklist :
1. Wood and Flies 01:49
2. I Thirst 03:37
3. Blowing from a Gun 03:31
4. Sad Days in Alcolu 03:36
5. Death by a Thousand Cuts 05:05
6. The Ousider 03:42
7. Limerick Man 03:30
8. Bloody Babs 04:03
9. Pavane 05:02
10. A Tumble-down Nook by the Sea 04:00
11. The End Is Near 03:50
12. To the Core 05:03








