Note de la SoilChroniqueuse (Migou)Â :Â 6,5/10
« Je me souviens… »
Vous connaissez les anamnèses de Georges Perec ? Petit travail sur la mĂ©moire, il y raconte des anecdotes vraies ou pas, longues ou courtes, en commençant toujours par cette sentence « je me souviens… ». On essaie ? Allez, je me lance : « Je me souviens du Pudding Carthaginois de Monsieur Laurent, mon prof de latin… »
Bah, MĂ©mĂ©… Pourquoi tu nous racontes ça ?
Parce que, comme Ă l’Ă©poque oĂą nous avions testĂ© la recette en classe, je reste bien emmerdĂ©e Ă devoir donner un avis.
Sur le pudding ?
Mais non, voyons ! Sur l’album Blackened Cerebral Rifts du one man band amĂ©ricain Dead And Dripping.
EmbĂŞtĂ©e Ă deux titres. Pour commencer, parlons du label Transcending Obscurity. Je suis une aficionado du catalogue qu’ils proposent. Il est des labels, comme ça, on leur fait confiance les yeux fermĂ©s. C’est le label de mes chouchous Veilburner, entre autres. Il a toujours eu Ă cĹ“ur de proposer des albums et des groupes de qualitĂ© et surtout avec ce petit quelque chose en plus qu’un fan d’underground, voire d’avant-garde et de dissonant, recherche. Il en va de mĂŞme du label I, Voidhanger Ă©galement. Et pourtant, sur cet album, je ne suis pas convaincue…
Ensuite parce que, Ă l’instar du pudding Carthaginois, dont les ingrĂ©dients (farine, lait, fromage frais, miel, Ĺ“ufs) pris un Ă un sont bons (ou excellents selon les goĂ»ts des uns et des autres), les diverses parties instrumentales que nous propose Evan Daniele, seul maĂ®tre Ă bord du vaisseau Dead And Dripping, sont pour le moins de bonne facture. C’est vrai, on peut saluer les riffs qui sont toujours bien ciselĂ©s, recherchĂ©s, techniques, les changements de tempo, accĂ©lĂ©rations ou ralentissements Ă vous filer une belle descente d’organes (1:00 sur « Tragic Ascent of Absurdity’s Pale Moon », 3:18 sur « Molecular Degradation upon Warped Onyx Stoves », et bien d’autres Ă dĂ©couvrir). Des arrĂŞts microscopiques, qui ne donnent pas forcĂ©ment un cĂ´tĂ© groovy aux morceaux, mais plutĂ´t une retenue pour mieux propulser vers l’avant. Bien entendu, cela va de paire avec le jeu de batterie. Entre cette dernière et le jeu des riffs, ah ça ! Il arrive Ă bien nous balader, Evan. Nous balader et nous perdre, nous bousculer tant on peut avoir l’impression de changements rythmiques incessants. Allez donc Ă©couter vers 1:00 sur le second titre, « Humanoid Statues Parading Condescending Gestures ». Le chant, un growl assez monocorde, il faut bien l’avouer, s’agrĂ©mente de nouvelles techniques, notamment un chant encore plus grave, proche de la tuyauterie gargouilllante.
Bon, c’est plutĂ´t bien, tout ça, sur papier, MĂ©mĂ©. Ouais… comme le pudding Carthaginois ! Après, toujours comme ce dernier, j’ai l’impression d’un pudding de sonoritĂ©s, un magma assez informe. Je m’explique. La première chose qui me saute Ă l’oreille est le son de la caisse claire. La batterie prend d’ailleurs le pas sur tout. Le chant est assez en arrière. En mĂŞme temps, je le trouve tout de mĂŞme un chouĂŻa Ă©gal du dĂ©but Ă la fin… ou presque. Parce que le Sixième titre sort son Ă©pingle du jeu. Tiens, ce n’est pas lĂ , que Yves « Corpse Ripper » Metze vient donner du coffre de très belle façon ? Ah si !
C’est dommage, car les riffs et le jeu de la guitare – des guitares, car il ne faut pas oublier le solo de Toni Thomas sur le titre introductif ! – est excellent. Quand on arrive Ă le dĂ©celer, on entend la dissonance chère Ă MĂ©mĂ©, des patterns de riffs alambiquĂ©s.
Il y a un rĂ©el avant et après 5ème titre. Celui-ci, « Hopeless Desire for Reprieve » est d’ailleurs le seul titre instrumental, qui laisse la place au discours de la guitare. C’est d’une beauté ! Puis, on reprend le rythme effrĂ©nĂ© et les voix de gargouilles brutes. MalgrĂ© tout, les titres suivants seront un peu plus comprĂ©hensibles. Comme si un soin particulier avait Ă©tĂ© apportĂ© au mix. Et j’ai bien l’impression que c’est lĂ oĂą le bâts blesse : le mix, surtout sur la première partie de l’album, met trop en avant la batterie.
Dommage. Il y avait de belles idĂ©es, dans ce Blackened Cerebral Rifts. Changements de tempo Ă tout va frisant la polyrythmie, des riffs techniques et des soli bien ficelĂ©s. De la recherche et un chouĂŻa de dissonance… Mais un peu trop rĂ©pĂ©titif au niveau du chant et surtout un mix magmatique qui laisse une impression de brouillon. Mais laissons la chance Ă cet album de s’infuser au fil des Ă©coutes.
Tracklist :
1. Tragic Ascent of Absurdity’s Pale Moon (5:03)
2. Humanoid Statues Parading Condescending Gestures (3:25)
3. Aural Interference with Uncanny Subconscious Frequencies (5:05)
4. Infinitely Plummeting into Violet Portals of Delusion (7:50)
5. Hopeless Desire for Reprieve (2:31)
6. Meticulously Unraveling the Serpentine Consciousness (4:18)
7. Kaleidoscopic Visions of Porous Obsidian Eternities (4:11)
8. Molecular Degradation upon Warped Onyx Stoves (5:49)
9. Hysterical Mirages of Otherworldly Calamity (6:26)
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