Poseidon – Poseidon

Le 12 avril 2023 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


  • Algol : guitares, samples marins, percussions, voix
  • Argento : guitares, tube radio, samples mantra
  • Azoth : basse, claviers

Style:

Musique Ritualiste / Acoustique

Date de sortie:

28 février 2023

Label:

Brucia Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9/10

« Elle est douce, la terre, aux vœux des naufragés, dont Poséidon en mer, sous l’assaut de la vague et du vent, a brisé le solide navire. » Homère

« Fils de Cronos et de Rhéa, Poséidon partagea le sort de ses frères et fut, dès sa naissance, avalé par son père, qui dut le rendre à la lumière par l’effet du breuvage que Zeus lui administra sur les conseils de Métis. Selon d’autres auteurs, Rhéa parvint à soustraire Poséidon à la voracité de son père, elle lui donna à manger un jeune poulain, et elle cacha son fils au milieu d’un troupeau d’agneaux, près de Mantinée; confié à une nourrice du nom d’Arné, Poséidon grandit à l’insu de son père. On disait aussi que le jeune dieu avait été remis par sa mère à Capheira, fille d’Océanos qui l’éleva à Rhodes avec l’aide des Telchines. Quand Zeus combattit les Titans et les Géants, Poséidon se rangea à ses côtés et tua pour sa part le géant Polybotès, en lançant sur lui un fragment de rocher détaché de l’île de Cos et devenu plus tard l’îlot de Nisyros. Après la victoire commune, l’héritage paternel fut, divisé en trois lots : Zeus eut le vaste ciel, Hadès les ténèbres épaisses du monde souterrain et Poséidon obtint la mer immense. Egal de Zeus par la naissance et la dignité, Poséidon n’en était pas moins soumis à la puissance souveraine de son frère. Le dieu de la mer en gémissait parfois et s’en irritait, et il osa même un jour conspirer avec Héra et Athéna pour détrôner Zeus ; mais celui-ci fut le plus fort, et Poséidon dut expier sa tentative de révolte en allant servir durant un an l’orgueilleux Laomédon, et construire les remparts de Troie. » (Mythologica). Voilà. Par moments, les mots des autres valent mieux que nos propres mots. Et comme ce soir, je bloquais bêtement sur l’introduction au détriment d’une chronique qui n’attendait qu’à être écrite, je me suis dit qu’une petite leçon de mythologie sur le personnage de Poséidon ne ferait pas de mal! Car oui, cette divinité majeure de la mythologie grecque n’a pas que des traits positifs. L’un des premiers à tenter une révolte contre son frère Zeus, dieu colérique et jaloux, imprévisible comme le sont les océans, c’est pour ainsi dire un havre de choix pour tous les artistes qui se respectent. Ce concept étonnant de dualité intérieure, entre notre phase sombre et lumineuse. Je pense que finalement, la personnification des Dieux en général n’illustre en vérité que cette fameuse dualité qui fascine et qui nous inspire. Voilà pourquoi ce soir, je ne suis pas surpris de trouver un groupe qui s’appelle Poseidon (sans accent) et qui appelle son premier album éponymement, soit Poseidon aussi. Vous allez me dire, c’est simple mais efficace ! C’est tout à fait cela, mais pas que.

Derrière cette dénomination divine, se cache en réalité une sorte de super-groupe. Trois musiciens de plusieurs groupes différents se sont, en effet, réunis autour de ce projet commun qu’est Poseidon. Nous retrouvons donc Argento, Azoth, qui ont sur leurs CVs Spite Extreme Wing et Ianva, et Algol qui officie quant à lui dans Hiems, Forgotten Tomb (basse) et Kirlian Camera. Alors, avec Algol,j’ai une anecdote assez ancienne d’un concert à Lyon, où ce dernier, probablement bien bourré, avait offert une cigarette, alors qu’il était sur scène juste avant le concert de Forgotten Tomb, à mon ancien batteur. Et les deux avaient tellement bien déconné au bord de scène qu’à la sortie du concert, ils se sont enlacés comme de vieux potes fringants, et se sont échangés leurs numéros ! C’était assez cocasse de se dire que ce genre d’anecdote est possible dans un groupe qui ne respire pas une seconde la joie de vivre ! Bref. Rassemblés tous les trois sous la bannière Poseidon, cet album est donc le premier de la formation italienne, et se présente de manière éponyme chez Brucia Records. Oeuvre complexe, au vu du pedigrée des musiciens ? Possiblement ! Nous allons voir.

Pour ce premier album, la pochette tient d’ores et déjà toutes ses promesses. Ni plus ni moins ! Il n’y a qu’à constater par vous-mêmes, les ami(e)s! C’est une vraie photographie, j’ai fait des recherches. Il n’y a manifestement aucun trucage, ce qui ne me semblait pas si évident, au vu de la beauté de cette photographie. On voit donc un ciel nocturne absolument magnifique, avec le genre de ciel que l’on rêve de voir un jour dans sa vie, avec toutes ces étoiles et cette galaxie en gros plan. Ce tout petit soleil couchant tout au fond, derrière les rochers. Le fait de se retrouver sur une plage de galets noirs me fait penser à une plage à consonance volcanique. En tout cas, même si les recherches disent que la photographie est authentique, j’ai légèrement du mal à me dire que c’est le cas. Mais je peux me tromper ! En tout cas, ce choix d’artwork est très judicieux et symbolique. D’abord parce que l’album a été composé principalement lors de sessions d’enregistrements de nuit. Alors, la légende ne dit pas si les enregistrements ont été effectués en plein air, ou dans un studio, cela n’est pas précisé. Mais on peut déjà comprendre que la nuit a une forte importance dans l’élaboration de cet album, et je pense que l’artwork retranscrit très bien cette fameuse importance. Ensuite, on retrouve bien évidemment ce qui symbolise Poséidon, soit la mer et la plage. Et on devine surtout que cette apparente noirceur de l’eau, qui pourtant vogue paisiblement, ne peut qu’être le reflet métaphorique de cette fameuse dualité dont je parlais, et qui est ici inhérente à Poseidon ! Enfin, petite référence onirique pour parler de la musique avec cette ambiance apaisante et sombre. Voilà ! Un choix d’artwork très intelligent, d’une beauté inouïe, et qui en plus sème le doute sur l’authenticité de la photographie ici usitée. Mais qu’importe ! Le résultat est là, bien là et ne souffre d’aucune contestation. Superbe !

Le principe de rassembler trois musiciens d’horizons différents dans un même projet comme Poseidon, forcément, cela va donner un consortium de composition surprenant ! C’est peu de le dire, camarades. La musique est à ce point difficile à décrire, que je ne suis pas loin d’être pour une fois (je dis bien, pour une fois) d’accord avec le descriptif fourni par le label sur Bandcamp. Ce dernier évalue la musique comme étant un mélange entre « du black metal acoustique (???), de la musique folklorique, du rock psychédélique et de l’avant-garde. » Bon, quand je disais que j’étais d’accord, en vérité pas trop. Parce que dans les quatre styles proposés, je n’en ai repéré qu’un seul, et il est très réducteur pour parler de la musique. La musique folklorique est présente, si on veut, mais avec pourtant tout un tas de savantes incorporations de claviers – trois différents -, des tubes radios, des samples, mais aussi différentes percussions et des enregistrement d’éléments atmosphériques relatifs à la mer. La musique est donc un immense maelström avec une étiquette difficilement identifiable. J’y ai vu, pour ma part, quelques relents dungeon synth, néofolk, voire tout simplement musique ritualiste. Ce genre de procédé musical me fait penser étrangement, dans l’intention, à Neptunian Maximalism, avec ce côté déstructuré et insondable que revendique Poseidon pour parler du message caché du fond des océans. En tout état de cause, la musique doit être vécue comme une sorte de méditation transcendantale pour communier avec les esprits des océans. Il n’y a pas tellement de parties metal extrême, contrairement à ce que l’on pourrait croire, hormis peut-être des passages doom metal, mais cela est dû selon moi aux origines musicales des musiciens. Forgotten Tomb, vous m’avez compris! La musique est très riche, très bien construite, si on aime les morceaux qui fonctionnement un peu comme une improvisation sur un procédé méditatif. D’où, probablement, les sessions nocturnes pour enregistrer les pistes ! Il n’y a pas tellement de logique propre sur l’album, mais j’y reviendrai après, quoiqu’il advienne, Poseidon signe en première écoute un album passionnant, captivant et bourré de richesses ! Une musique qui désarçonne par sa complexité inattendue et ses ambiances chiadées, mais qui, au final, s’apprivoise dès lors que l’on fait l’effort de pénétrer l’univers musical hautement divin et compliqué de Poseidon. J’ai adoré, ce ne serait pas renier ma réputation dans le webzine d’être le chroniqueur amateur des musiques « bizarres », sinon complexes! Voilà de quoi étayer ma légende! Excellente première écoute.

La grande place octroyée par ce premier album demeure la musique, bien entendu, mais aussi et peut-être surtout la production. Parce que mine de rien, il faut parvenir à une quintessence idéale avec autant d’instruments différents et de styles assemblés. C’est là que le mystère demeure pour ma part, parce que Poseidon garde le secret de la production réelle. Est-ce que le groupe a joué le jeu saisissant d’enregistrer en plein air lors d’une expérience mystique et nocturne, ou le passage en studio a été obligatoire ? J’avoue hésiter beaucoup. Parce que le son me semble tantôt bien modelé, tantôt apte à laisser de la place à l’intention, soit un jeu improvisé et retranscrit tel quel, avec néanmoins quelques retouches (cela va de soi), et donc on pourrait même croire que le trio a joué ses chansons tous ensemble pour accentuer l’effet mystique, d’osmose. Je note en tout cas que quelques errances sonores trahissent ce côté intuitif de la composition, mais là encore je peux me tromper ! Décidément, c’est un album plein de mystères, y compris sur le plan sonore. Il y a une telle multitude d’instruments et de passages différents que, sans me targuer d’avoir une oreille exceptionnelle, même moi je suis perdu. Je considère cela comme un très bon signe ! L’album éponyme joue le jeu du secret, et cela me sied bien.

Maintenant, alors que l’album me plonge dans une forme de perplexité, ce n’est justement pas pour me déplaire, parce que je crois comprendre que Poseidon recherchait ce but précis. Perdre volontairement l’auditeur, n’est-ce-pas tout simplement le pousser dans ses retranchements? Alors, vous aurez deux catégories d’auditeurs : ceux qui fuiront, et ceux qui vont creuser la question jusqu’à poncer le CD aux confins de la moëlle osseuse musicale. Je fais indéniablement partie de ces derniers, parce que ce qui m’a réellement fasciné sur cet album, c’est d’être en incapacité à donner une identité musicale propre. Celles que je vais proposer pour la chronique ne seront pas forcément le choix du genre, mais plus du public qui aimerait la musique des Italiens. Mais tout cela, tout ces mystères, ce n’est qu’uniquement et simplement dans le but de proposer une beauté insondable. Un peu comme la fameuse parole divine, « les voies du Seigneur sont impénétrables », comme dit l’adage. Je pense que la musique, ici, porte bien l’expression. Ce mélange subtil et surprenant de tous ces instruments nous emmenait déjà dans des chemins nouveaux, et force m’est de constater que le résultat est superbe, mais un brin illogique. Je pense qu’à vouloir jouer la carte de l’insondable, le groupe a par moment tendance à se perdre lui-même. La logique est parfois nécessaire pour remettre de l’ordre, et je suis convaincu qu’un tout petit peu d’ordre dans cette mixture aurait apporté du gout et de la puissance. La musique est donc officiellement difficile à assimiler, mais une fois le piège franchi, une fois que nous sommes affranchis de nous-mêmes et de l’apparente complexité de Poseidon, ce n’est que du bonheur à l’état brut! Et le tout sur des ambiances clairement marines, que demande le peuple?

Et comme il n’y a pas de chant, c’est le moment de conclure cette chronique ! Poseidon arrive avec un premier album éponyme, sous l’étendard souvent prometteur d’un équivalent de super-groupe, avec trois musiciens importants de la scène metal extrême italienne, mais pas que ! A l’écoute de cet album, vous comprendrez très vite que le metal extrême n’a qu’une place infime dans le processus de composition de Poseidon. La musique est majoritairement ritualiste, acoustique et folklorique, voire électronique. Mais au-delà de l’étiquette musicale qui est difficile à aborder, c’est surtout l’apparente et volontaire complexité de ce premier album qu’il convient de prendre avec parcimonie et avec un recul nécessaire pour ne pas tomber dans la fatigue. Pour ma part, j’ai adoré la musique, comme toutes les musiques bizarres ou compliquées, parce que la part insondable de la musique de Poseidon n’est que le miroir d’un message divin, sous-marin et légendaire. Et pour cela, le trio italien le réalise idéalement ! Musique insondable et complexe, tout un bonheur pour moi ! A ne pas rater, mais surtout, persévérez.

Tracklist :

1. Aphros 05:01
2. On the cave of the nymphs 12:04
3. Metamorphosis 01:28
4. The Flying Dutchman (Algol remix) 05:57
5. Ci vuole un legno or Le radeau de la Méduse (Feat. Void) 03:22
6. Opalescence 101 04:18
7. A Saturno 04:56

Bandcamp label

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