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Hellfest 2016 – Interview Phazm

Le 6 juillet 2016 posté par Metalfreak

Interviewer : Muche

Interviewé : Pierrick Valence (Guitares et chant)

 

(NdMetalfreak) : Muche nous a concocté une petite interview de Phazm pas piquée des vers : Pierrick Valence a eu la gentillesse et la disponibilité de jouer le jeu et de répondre sincèrement à des questions qui le touchent de près.

Hellfest,  le 19 juin 2016.

Muche : Salut Pierrick, je suis Muche de Soil Chronicles, un webzine français.
Pierrick Valence : Salut, je suis Pierrick (Valence) de Phazm.

M : merci pour le temps que tu m’accordes. Enchanté de te rencontrer et de venir enfin au contact de Phazm.
Pv : avec plaisir.

M : ça fait longtemps que tu es arrivé sur le Hellfest ?
Pv : je suis arrivé jeudi après-midi, donc ça fait 4 jours maintenant.

M : ca se passe bien pour le moment ? tu as déjà vu, entendu des groupes qui te plaisaient ?
Pv : oui carrément. Mais c’est surtout aujourd’hui que la la programmation est vraiment intéressante à mon goût. J’attends avec impatience King Diamond qui joue ce soir. Il y a aussi Skálmöld, un groupe de potes Islandais, et il y a Agressor que je viens de regarder.

M : ça se sont des groupes que tu connaissais, est-ce que tu as fait des découvertes ?
Pv : Oui, vendredi j’ai vu Ramesses sur la scène The Valley. Ça m’a bien plu. C’était genre doom, très sombre. Mais j’ai passé le plus clair de mon temps en interview. J’en ai fait pas mal, ça fait toujours plaisir, et le soir tu retrouves tes potes pour boire un coup, c’est agréable.

M : on va faire un petit rappel sur ton groupe. Phazm tourne depuis 2003, il y a eu quelques modifications dans le groupe, il y a eu une petite pause…
Pv : Oui, d’ailleurs on va retrouver notre premier batteur sur scène avec Megadeth. C’est Dirk « Dyrhk » Verbeuren qui a enregistré notre premier album et qui avait fait notre première tournée européenne.

M : qu’est-ce qui a fait que Phazm s’est formé ? C’est une question d’amitié, d’affinités musicale, des rencontres au fil des tournées ?
Pv : en fait, à nos débuts c’était la période de Scarve. Avec Dyrhk, de Scarve donc, et Patrick (ndlr : Patrick Martin, guitariste) on avait envie de faire un autre projet plus orienté black, occulte, pagan.
Et on s’est retrouvé avec une façon très particulière d’exécuter notre musique, très Rock & Roll, et ça nous a plu. Quand je suis rentré dans Scarve, j’étais là comme chanteur, et mon instrument de prédilection c’est la guitare. Et j’avais envie de m’exprimer, de faire mes compos et de montrer mon univers. Et c’est comme cela que Phazm est né.

M : le groupe tourne depuis une douzaine d’années, comment faîtes-vous pour conserver l’esprit Phazm ? Quelle est cette touche si particulière ?
Pv : c’est ma patte. C’est moi qui compose quasiment tout. Et c’est ma façon de riffer qui représente un peu la clef de voûte du truc. On a une façon de jouer avec une façon très groovy, très rock & roll, et on fait du métal extrême très connecté, avec un état d’esprit occulte, et avec un fort parti pris religieux.

M : oui, c’est ce qui transpire votre musique. Cette part mystique, d’ésotérisme…
Pv : disons que le fond du propos est, selon moi, aussi important que la musique. Il y a des groupes que je vais adorer mais qui, musicalement, ne sont pas très au point, pas très carrés. Mais comme ils mettent en avant ce qui les motive à faire de la musique, avec un univers, une belle atmosphère, ça, ça me parle plus. Ils ne sont peut-être pas au point, mais il y a de la substance.

M : on sent dans ce que tu dis, que les textes sont très importants. Comment se passe les compos ? C’est d’abord la musique et après vous posez les textes dessus, ou inversement ?

PV: c’est en parallèle, sans pour autant dire que ce texte-là va aller sur telle ou telle musique. Disons que quand tu es immergé dans une bulle de créativité, tu écris des lignes en même temps que tu fais des riffs. Et ça se fait comme ça. On ne fait jamais en sorte d’écrire une chanson de A à Z d’un coup. On procède par couches. On fait ça au fur et à mesure, on revient sur certaines choses que l’on compose et on enregistre quand on se rend compte que le texte colle parfaitement avec le riff et crée une belle ambiance.

M : pour en revenir à vos textes, en regardant le clip de Ubiquitous Almighty (ndlr : morceau du nouvel album) que vous avez diffusé, il y a une image naturelle, on sent que vous êtes très proche de la nature. Le nom du groupe d’ailleurs fait référence au nom d’un insecte. C’est quelque chose d’important pour vous ?
Pv : oui complètement. J’associe complètement le fait d’être connecté à une spiritualité paganiste, avec forcément le retour aux sources, à la nature. Et je compare le monothéisme à l’urbanisme dans la spiritualité. Si tu veux, Phazm en tant qu’entité, c’est vraiment ce désir de transparence par rapport aux éléments telluriques avec l’envie de ne faire qu’un. On n’a pas envie de se déconnecter de tout ça. Aujourd’hui, dans notre contexte actuel, on a l’impression que soit on est monothéiste, on choisit une des trois grandes religions, soit on est athée et ça s’arrête là… Et ceux qui veulent se déconnecter du monothéisme, ils n’ont pas vraiment le choix que l’athéisme. Et je trouve ça dangereux parce que ça met fin à toute échappatoire spirituelle.
Je suis même convaincu que nul n’est vraiment athée. Il y a toujours une superstition ou forcément un moment où on pense à l’au-delà, à la mort. Et Phazm incarne un peu tout ça.

M : au niveau de l’enregistrement, il y a des artistes qui ont participé au niveau musical. Un membre de Tryo a apporté sa contribution. Comment en êtes-vous arrivé à cette collaboration ?
Pv : ça s’est fait simplement. Le fait qu’il joue de Tryo ne m’a pas motivé, au contraire. J’essaie de ne pas trop communiquer là-dessus. Ça ne s’est pas fait au niveau commercial, c’est juste une belle rencontre. En fait, Manu (ndlr : Manu Eveno de Tryo, violon) je l’ai rencontré dans ma ville, Nancy. Je tiens un magasin de musique. Il est venu y habiter, on a sympathisé, et je me suis rendu compte que c’était quelqu’un de très ouvert, qui adore le métal et qui sait jouer, par exemple, du violon. Et comme j’avais besoin de quelqu’un pour des lignes de violon, il s’est tout simplement proposé de le faire. C’était pas du tout dans mon intention de vouloir avoir absolument l’étiquette de Manu de Tryo sur l’album, c’était juste une belle rencontre, ça s’est fait au feeling et pour le plaisir.

M : donc Manu est au violon, il y a d’autres instruments que vous aimeriez avoir sur un disque ?
Pv : dans le passé, sur ledeuxième album (ndlr : Antebellum Death ‘n Roll), on avait utilisé des dobros et des harmonicas. Quand en studio j’entends quelque chose, une couleur, je ne refuse à rien. Sur le dernier album, on utilise le nyckelharpa, que je pratique qui est une sorte de vielle. C’est l’instrument national suédois, qui a un clavier et des cordes frottées et qui donne un son très mystique. C’est quelque chose que l’on a développé avec un duo qui s’appelle Octantrion. Ce sont les pros de la musique nordique en France avec lesquels je suis en train d’établir une future collaboration. Dans un aspect très rituel, très chamanique, religieux.

M : avec votre dernier album, et si l’on compare avec les précédents opus, avez-vous ressenti un changement dans le ressenti des gens ? Comment a été reçu l’album par la critique ?
Pv : oui, on a eu plein d’avis positifs. Même les médias ont bien reçu notre album. J’ai un peu ressenti la même chose à l’époque d’Irradiant de Scarve où les critiques étaient dithyrambiques. Au niveau des fans, il y a eu un effet de surprise pour les fans les plus purs , les plus anciens. Ils ont mis du temps à rentrer dedans et maintenant ils ont compris, ils ont fait le lien. Il y a quelques morceaux qui servent de fil rouge entre les albums. Et en écoutant les radios et certaines de nos interviews, ils ont compris que l’état d’esprit quand on a stoppé en 2009 a été altéré par un drame, la mort de mon père. Et forcément, on ne pouvait pas repartir de là où on était. Il y a beaucoup de choses qui sont arrivées dans ma vie et qui ont changé ma façon de concevoir la musique et de voir la vie.

M : d’où l’approche religieuse ? Est-ce quelque chose que tu as étudié pour te détacher de ce genre de situations ?
Pv : j’ai toujours été connecté à un certain propos religieux. La religion est là pour t’apporter une sorte de pommade dans ton existence. On est tous des êtres éphémères. Par exemple, quand tu sais que tu vas mourir, il va falloir s’acclimater à cet état de fait, et les religions sont aussi là pour ça. Dans le contexte actuel, c’est difficile de trouver sa place parce que tu as l’impression qu’aucune pommade n’est efficace. Et c’est pour cela que j’ai trouvé intéressant de repartir dans les anciennes croyances, trouver quelque chose de plus pur, plus terre à terre, plus en rapport avec l’instinct, qui te place dans un cycle, peut-être de réincarnation.
Dans le monothéisme tu attends d’être jugé au moment de ta mort, on te place dans un endroit puis c’est fini. Dans le paganisme tu es dans un mouvement circulaire qui t’embarque dans une logique plus positive que de se flageller tout le temps. Se punir tout le temps, en pensant aux pêchés, tu n’en sors plus. Le rapport à la mort est altéré parce que tu ne fais que penser au fait que si tu as trop pêché, tu vas être bannis pour l’éternité. Ca fait partie des trop nombreux clichés pour lesquels des gens se tuent encore pour ça… Et forcément, ça s’entend dans notre musique.

M : sur le dernier album, il y a quelques morceaux qui ont une influence un peu symphonique, plus aérienne un peu à la Dimmu Borgir, enfin c’est mon avis personnel… C’est quelque chose vers lequel vous aimeriez vous diriger ? Quitte à jouer avec un orchestre symphonique ?
Pv : je comprends ce que tu veux dire, mais non. Je voudrais plutôt donner un aspect chamanique à notre musique. Et le côté grandiloquent on peut le développer avec un état d’esprit chamanique et rituel. C’est là l’ambiguïté du terme symphonique. Je n’ai pas envie de donner une image « Disney » au groupe. J’ai envie de rester à utiliser avec des sons justement qui sont différents de ce que tu peux retrouver dans les orchestres symphoniques. Tu disais des sons plus anciens, plus traditionnels, oui. Mais sans rentrer dans la musique pagan « à biniou » à proprement parler. Attention j’aime bien, mais ce n’est pas le propos chez nous.

M : votre musique est une sorte d’hydride qui flirte avec des styles différents mais dont l’empreinte primaire reste le black. Vous n’êtes pas trop maquillage vous…
Pv : non non ! Il ne faut pas se forcer à faire des trucs. Il y a des gens qui vont s’instrumentaliser en se déguisant comme des vikings, tout ça pour vivre leur spiritualité Asatru (religion nordique), mais moi je ne trouve pas ça vraiment utile de prétendre qu’on est dans le passé pour vivre cette spiritualité-là. Les dieux sont vivants, aujourd’hui encore. La musique se suffit d’elle-même aussi. On peut être soi-même et être connectés sans pour autant se foutre du noir ou du blanc sur la tronche.

M : L’empreinte spirituelle au sein du groupe est omniprésente. Est-ce qu’il y a un bouquin, un film qui vous inspire et dans lequel vous vous identifiez ou dans l’image et l’esprit dégagés ?
Pv : Oui, au niveau des bouquins il y a toute la littérature islandaise de Snorri Sturluson avec les Edda (ndlr : auteur du XIIIème S. dont l’œuvre représente un « wiki » de la mythologie nordique). Si tu veux, on peut plus s’identifier à toutes les histoires qui sont racontées dans cette mythologie nordique. Parce que les dieux ont une destinée, ils naissent, ils meurent et ont des défauts. Tu peux soit les suivre, soit les rejeter selon ta propre destinée. Il y a une relation vraiment sincère et fluide avec tout ce que l’on peut apprendre de cette littérature-là. Et au niveau cinéma, il n’y a pas grand-chose qui va m’influencer. Il y a des films qui vont me divertir, m’amuser mais sans plus. Je suis plus influencé par les expériences que je vis que par des films, contrairement à la littérature.
Par exemple, j’aime l’écrivain américain Lansdale (ndlr : scénariste US, auteur de livres, nouvelles et comics), qui est très influencé par l’Amérique profonde de Louisiane et du Bayou. Je fais un lien entre son œuvre, et ce que l’on retrouve en Island ou en Norvège : c’est toujours ce rapport à la nature. Selon où tu vas, tu sens qu’il y a une ambiance, une présence et ça t’embarque.

M : on vient de découvrir un peu mieux votre groupe et votre œuvre depuis les 10/12 dernières années. Dans 10 ans, 20 ans, où est-ce que vous vous voyez ? Qu’est-ce que vous aimeriez faire ?
Pv : garder l’inspiration et le plaisir de faire ce que l’on fait, c’est le plus important. Après, si des gens se connectent, participent à l’effort de guerre qu’est la vie d’un groupe, continuent d’acheter nos disques et de venir à nos concerts, ce sera la plus belle des chances. Après, baser notre activité sur le groupe pour générer des revenus et en vivre, ce n’est pas quelque chose que je souhaite. Parce que la vie de musicien est très compliquée, c’est dur, il y a plein d’à-côtés qui sont à mes yeux insupportables. J’ai pas envie de tomber dans une routine de tournée / album / tournée / album pour convenir au label, aux fans qui ne voudraient pas être trop déconcertés.
J’aime bien que chaque album soit différent, représente un tableau, une époque, un état d’esprit à un instant T. On n’est pas là pour rentabiliser une équipe. On a tous ce qu’il faut à côté pour s’en sortir. Je veux que ça reste cohérent avec mon souhait de créer des choses qui me paraissent nécessaires. Tu vois, des groupes comme Amon Amarth ou AC/DC, on sait très bien comment ça va sonner, on sait très bien à quel point la pochette du cd va ressembler à la précédente. Il y a plein de gens qui sont là pour ça et je n’ai pas envie d’en faire partie.

M : D’ailleurs, votre label Osmose Prod. vous laisse champ libre de ce côté-là, non ?
Pv : oui, c’est d’ailleurs bien pour cela que je suis chez Osmose. J’ai eu des propositions d’autres labels qui, sur le papier sont plus gros, mais je n’ai pas envie d’être un produit et j’ai envie qu’on me foute la paix. J’aime qu’on prenne notre temps. Mais je vous rassure, pour notre prochain album, on va enchaîner. J’ai pas envie d’attendre encore trop longtemps pour en faire un nouveau.

M : oui, au début c’était sur un rythme d’un album tous les 2 ans.
Pv : oui, on va essayer de garder le rythme comme avant la période de break. Pour en revenir à Osmose, ils respectent. Il faut que ce soit bien, que ce soit fidèle à un état d’esprit et sincère et on ne balance pas une musique pour balancer une musique.

M : chez Osmose on compte dans leurs rangs entre autres Ad Hominem, Enslaved qui ont une réputation plus ou moins grande. Comment faîtes-vous pour sortir du lot ?
Pv : on s’occupe de nous, on s’enferme dans notre bulle. Je suis fan de plein de groupes mais pour ce qu’ils sont, pas pour leur piquer des idées. J’estime aujourd’hui avoir acquis un background de musicien pour ne pas être tenté de refaire ce qu’ils font.

M : c’est la première fois que tu fais de la promo sur le HF ?
Pv : c’est la deuxième fois, la première était avec Scarve.

M : des scènes prévues pour la suite ?
Pv : la on fait le Fall of Summer, on leur donne cette exclusivité. Et on va commencer une tournée vers Octobre / Novembre avec Gorod et on sera sur la route jusqu’à l’été 2017. On travaille avec Base Productions qui est le tourneur de Gojira, Gorod

M : le prochain album. Quelques idées déjà ?
Pv : oui, des idées. C’est un peu tôt, on va laisser passer la sortie de Scornful of Icons. Une collaboration avec des musiciens d’Octantrion qui nous donne plein de pistes de travail.

M : des artistes que vous aimeriez faire jouer avec vous, ou pour lesquels vous aimeriez faire la première partie ?
Pv : oui, j’aimerais bien travailler avec Enslaved. Ils ont Skuggsja, le projet parallèle de Enslaved, c’est du Wardruna métallisé. Je serais ravi de faire la première partie d’Abbath, même si je sais que les mecs ne sont pas commodes, ce serait un plaisir pour moi. On a peut-être des plans avec Satyricon, c’est encore en pourparlers, on va voir.

M : Merci pour tout Pierrick, bon Fest. Très heureux d’avoir échangé avec toi.
Pv : Merci à toi.

 

 

Line up : Pierrick Valence – Guitares, Chant / Joss Dreau – Guitares / Fabien W. Furter – Basse / Pierre ‘Gorgor’ Schaffner – Batterie.

BandCamp : http://thetruephazm.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/thetruephazm
Myspace : http://myspace.com/thetruephazm

 

(NdMetalfreak : Merci à Pierrick pour l’autorisation d’utiliser les photos promos de Phazm, photo de Pierrick au Hellfest par Muche)

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