Voilà plus d’une quinzaine d’années que Der Weg Einer Freiheit fait valoir ses arguments sur la scène black et j’avoue ne jamais vraiment m’être penché sur leur cas jusqu’à présent… Mea culpa, mais il faudrait plusieurs vies pour écumer tout ce que la scène metal, au sens large, nous livre ! Alors, à l’occasion du 6ème album studio des Teutons, je décide (enfin) de franchir le Rubicon… Ou le Rhin plutôt, voire le Main, pour découvrir ceux que nombre de mes connaissances présentent comme un put1 de bon groupe clairement sous-estimé et qui mérite une reconnaissance digne de leur immense talent… Rien que ça !
« Innern », qui dans la langue de Goethe signifie intérieur, propose six morceaux pour un peu plus de quarante-trois minutes d’écoute, ce qui, si l’on retire l’intermède musical de deux minutes que constitue « Finistère III », donne une moyenne légèrement supérieure à huit minutes par titre, de quoi laisser libre court à l’inspiration et à la créativité pour assombrir les sillons de ce nouvel album.
« Finistère III », puisque je l’évoque, troisième du nom car il est le titre d’un précédent opus du groupe sorti en 2017 et que l’on retrouve également dans sa deuxième déclinaison sur l’album « Noktvrn » paru en 2019, se veut un intermède musical à l’ambiance quelque peu dépressive ; le piano au tempo lent baigne l’auditeur dans un bouillon de tristesse et de désarroi profond et ne laisse entrevoir aucune issue positive, enfin, s’il y en avait une, je suis passé à côté sans m’en apercevoir.
Les cinq autres titres nous offrent des compositions riches, affutées et bien mises en valeur grâce à une production de (deutsche) qualité, signe d’un travail peaufiné et abouti et fruit de l’évolution du groupe qui a gagné en maturité si l’on en croit les déclarations de son leader Kamprat. Il faut prendre le temps de s’arrêter sur les textes pour ressentir pleinement l’ambiance qui se dégage de ce nouvel opus ; à l’exception de l’usage de l’Anglais sur « Forlorn », ils sont interprétés dans leur langue natale, qui, il faut le reconnaitre, alliée au côté guttural, s’avère un antidote efficace à l’hymne à la joie. Les textes sont poignants et visitent la part obscure qui sommeille en chacun d’entre nous : la souffrance, la solitude, le silence, le désespoir, les tourments de nos âmes impures qui se sont éloignées du chemin, de la lumière, mais avec parfois une forme d’espoir, de renouveau, qu’« Eos », le premier titre dévoilé deux mois avant la sortie de l’album, laisse apparaitre à travers la voix de Kamprat tout droit sortie des entrailles de la terre, tel un jaillissement salvateur.
Sur le plan musical, chacun ira de son constat et de son expertise ou de l’approche qu’il a du black ! Avant-gardiste diront les uns, post black argueront les autres, là où certains verront quelques touches atmosphériques voire progressives ! Me concernant, « Innern » constitue une sorte d’osmose naturelle et parfaite entre un black metal dans tout ce qu’il a de plus implacable, qui te secoue la carcasse, s’en empare et la tourmente avec violence, et un post black subtil favorisant des moments plus introspectifs qui pourraient te laisser entrevoir un répit dans les moments de souffrance mais dont l’ambiance perpétuellement sombre te laisse finalement prisonnier de tes angoisses, le trop peu d’espoir entrevu ne réussissant pas à s’imposer et te faire sortir la tête du seau. « Marter » comme « Eos » débutent calmement, montant en puissance progressivement pour exploser tel un cri du cœur que l’on a trop longtemps contenu, dont l’intensité n’a d’égal que la profondeur dans laquelle il a pris toute sa force et sa rage. Sur la deuxième partie d’« Eos », la mélodie, qui semble s’inspirer ou revisiter l’emblématique « Sarabande » d’Haendel, est tout bonnement sublime conférant un côté épique à l’ensemble. « Fragment » reste sur un tempo lent apportant une ambiance planante accentuée par la voix claire qui t’embarque durant la moitié du titre dans une spirale qui pourrait paraitre positive avant que la machine ne s’emballe et ne balaie toute forme naissante d’espoir. « Forlorn », morceau qui vient clore l’album, figure un peu dans ce registre avec également une première partie calme et plutôt atmosphérique précédant un regain d’intensité musicale avant de retomber dans un final en apesanteur, à la fois bouleversant et favorisant l’introspection, imageant à merveille le titre de cette galette, que les amateurs de groupes comme Haraki For The Sky ou encore Wolves In the Throne Room apprécieront à sa juste valeur !
Après l’écoute de cet album, je comprends mieux les recommandations de mon ami Jean « Der Lehrer » qui avait interviewé le groupe lors de l’un de ses derniers passages dans la capitale des Gaules et qui les appréciait particulièrement. De là-haut, nul doute que tu dois te délecter de cette nouvelle sortie et qu’elle aurait été un indéniable sujet de conversation lors d’une de nos rencontres, discussion que nous aurons un jour, je l’espère ! En attendant, jetez donc une oreille sur ce bijoux venu d’outre-Rhin, vous m’en direz des nouvelles !
À propos du second album du groupe norvégien Gaahls Wyrd qui a pour nom « Braiding the Stories », on peut en dire pas mal de choses à commencer par la découverte d’un bel esthétisme et d’un mixage de plusieurs styles qui donne à l’ensemble une classe certaine. Mettant en vedette le chanteur Gaahl (alias Kristian Espedal), le guitariste Lust Kilman (alias Ole Walaunet), le batteur Spektre (alias Kevin Kvåle) et le bassiste Nekroman (alias Andreas Salbu), cette galette surfe sur ce qu’ils appellent de « l’Esoteric Extreme/Black Metal ». Cela veut dire quoi en vrai ? En fait une musique riche, variée, aux instants puissant ou éthéré. Permettez que je vous fasse part de mes impressions avec mes mots au détour de quelques titres.
On y trouve des compositions comme « The Dream », morceau délicat tel une caresse aussi bien dans le chant que dans la musique proposée. Une certaine finesse dépouillée, légère et glacée habille « Through the Veil », petit interlude qui ne fait que passer. En fait, pas mal de titres comme « Braiding the Stories », vous plonge dans un univers harmonieux, atmosphérique, mélancolique, charriant tout de même une certaine puissance, ponctuée d’instants dépouillés un peu « planants » comme dans les vieux groupes de prog.
Et quand cela monte en puissance, c’est sans agressivité. Même chose pour « Flowing Starligh » qui raisonne vraiment progressif avec un côté presque gothique, parfois dark, porté d’un tas d’effets spéciaux qui rajoutent à la rêverie. Cela dit, même si au détour d' »And the Now », titre lui aussi atmosphérique malgré sa montée en décibels, on y décèle une certaine angoisse, il vous faudra écouter des morceaux comme « Time and Timeless Timeline » pour se retrouver dans un black metal agressif tout en blast beat musicalement parlant, car le chant est clair, mais il exprime une certaine folie. D’ailleurs en parlant gosier, le travail des textures vocales de « Visions and Time » distille quelque chose de réellement flippant ! Quant à « Root the Will » je trouve son riffing bien metal et hypnotique.
Vous commencez à comprendre leur musique ? En ce qui me concerne, un univers auditif qui incite à la fois à la rêverie tout en ayant du muscle et une propension à vous surprendre. Cela dit, on n’est pas vraiment dans un monde extrême, malgré leur « étiquette », mais plutôt dans un voyage qui donne envie à l’introspection. Bien fait !
Bien qu’écrivant des chroniques depuis de nombreuses années, il m’arrive parfois de tomber sur des mélanges de genres plutôt surprenants, vraiment bien ficelés.
Il faut dire que le monde du metal est toujours en constante mutation, mélangeant parfois des genres improbables.
La preuve en est de ce « Cult of the Serpent Sun », troisième album du groupe Nite né en 2018 et originaire de San Francisco.
Ils font dans ce que l’on appelle le heavy black et ma foi, c’est loin d’être désagréable.
Vous prenez une voix « au filet black /death metal » indéniable, une musique qui se sert de riff heavy metal pure souche (“Skull”, “Cult of the Serpent Sun”), là-dessus, vous rajoutez une forte empreinte progressive mélodieuse et plutôt old school et vous aurez une petite idée de la chose.
Du coup, ils arrivent, sur leur heavy, à jeter quelque chose d’envoûtant, dégageant une certaine clarté (“Crow (Fear the Night)”), tout en y posant une aura anxiogène (“The Mystic”).
C’est rafraîchissant tout en distillant de la mélancolie et de la délicatesse.
Épique sur « The Last Blade », aérien sur « Tarmut », un tantinet FM quand arrive « Winds of Sokar », posant même quelques touches d’AOR à l’écoute de « Carry On », leur musique se veut assez diverse et variée, utilisant en demi-teinte quelques figures de style heavy metal.
C’est, en ce qui me concerne, une petite révélation.
Tu rentres dans leur monde avec curiosité et, au fil de la découverte de leur monde sonique, tu t’étonnes de ce que tu y entends.
Un beau voyage.
On résume ?
Puissance heavy, intelligence prog, musicalité et le coté black metal de la voix, tout en demi-teinte qui peint en gris ce tableau au couleurs vives et nuancées. Franchement pas mal du tout.
Tracklist :
Cult of the Serpent Sun (4:56)
Skull (4:31)
Crow (Fear the Night) (4:11)
The Mystic (4:55)
The Last Blade (4:32)
Carry On (4:29)
Tarmut ( 5:14)
Winds of Sokar (3:52)
Direction Grenoble pour le nouvel album d’Amon Sethis, « Dawn of an Apocalyptic World ». Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, ils sont vraiment à part des autres groupes de la région et même à part des autres groupes de France et peut-être même à part des autres groupes dans le monde !
Vous connaissez le metal pirate, le metal viking ? Eh bien Amon Sethis fait, lui, du metal prog’ égyptien. Si, ça existe ! La preuve, c’est qu’ils le font depuis Mathusalem (enfin depuis 2007)… euh… depuis Tout-en-Carton si on veut être raccord avec le thème ! Bref, d’après la bio, les textes nous racontent des histoires sur la sixième et septième dynasties des Pharaons d’Egypte. Du coup, adieu Tout-en-Carton et sa huitième dynastie ! On ne peut pas tout avoir, un peuple et Amon Sethis !
Pour ce quatrième album du groupe, on reste toujours dans leur style, leur univers. Perso, moi j’adore ! Ils ont vraiment un monde à eux et ils y vont à fond, de la pochette (que je trouve magnifique) aux morceaux sublimes qui te téléportent dans leur dimension.
La voix de Julien Tournoud (que personnellement j’aime beaucoup) matche à fond avec la musique et vice versa. On est vraiment dans du prog’ metal : c’est méga bien joué mais pas chiant ni mou. Les harmonies sont belles, les morceaux alternent des cavalcades avec des passages plus aériens, on trouve des passages doux, et on va même parfois vers le symphonique. C’est orientalisant ( normal, on parle de l’Égypte quand même !) mais sans excès. Il y a également des passages parlés et quelques passages en growl mais même moi, je trouve ça bien… c’est pour vous dire ! Ces alternances qu’elles soient dans la musique ou dans le chant sont vraiment la marque de fabrique d’Amon Sethis.
Ce groupe-là, c’est comme le bon vin, il se bonifie avec le temps ! Cette partie 3 est juste superbe. On se prosterne devant Amon Sethis et on fonce sur cet album à qui j’attribue 4 pics bien mérités. En tout cas, j’ai hâte d’entendre ces nouveaux morceaux en live !
Étant un grand fan des Bordelais de The Great Old Ones, commencer la première chanson « Me, The Dreamer » en criant le nom de l’album « KADATH ! » n’annonce que du bien. Le Cycle du Rêve est mis à l’honneur et le nom de l’album fait référence au roman de Howard Phillips Lovecraft : « La quête onirique de Kadath l’inconnue ». « Me, The Dreamer », première chanson a être sortie publiquement, commence donc avec un gros rythme plutôt épique. Un changement de sonorité par rapport à l’album « Cosmicism » (2019) se fait déjà entendre. Un son plus clair, plus aigu, mais sonnant toujours aussi lourd. On nous raconte le voyage qu’effectue le « rêveur » Randolph Carter – celui qui possède la clef en argent (référence au livre « La Clef d’Argent ») permettant d’ouvrir la porte des rêves profonds – partant à la recherche des anciens Dieux. Son périple le mène au long de la rivière de Skai et il accoste sur les côtes de Zar, de Xura ou de Thalarion jusqu’au temple des grands anciens et des plus vieux anciens (ici en l’occurrence Nyarlathotep et Azatoth) avant de se faire posséder par les terreurs de ses cauchemars sous la pleine lune. Dès la première musique – qui dure quand même 10:55 – TGOO (abréviation de « The Great Old Ones ») nous raconte une histoire. Pour ceux qui auraient envie de se mettre à Lovecraft, c’est le moment.
On continue avec « Those From Ulthar » (référence au livre « Les Chats d’Ulthar ») avec des sonorités bien plus sombres. Le groupe a peut-être conservé l’accordage que m’avait annoncé Benjamin il y a quelques mois, à savoir deux guitares en Drop Ré/D et l’autre en Drop Si/B ? 19 secondes d’intro à l’acoustique avant la brutalité où le groupe nous hurle le récit du livre et l’interdiction passée par la ville d’Ulthar de tuer les chats. Musicalement, c’est encore très solide, puissant. Pour l’instant, c’est une réussite cet album ! La chanson suivante « In The Mouth Of Madness » est la deuxième chanson publiée par le groupe pour promouvoir l’album. C’est musicalement parfait. Oui, j’ai bien dit parfait. Tout y est. De la brutalité à la mélodie, du lent, du rapide… Cette chanson me procure des frissons à chaque fois ! On a toujours une référence à « La quête onirique de Kadath l’Inconnue » et peut-être aussi au film « L’antre de la folie » de part le nom anglais originel (« In The Mouth Of Madness »). On y raconte l’expédition de quatre professeurs et de leurs étudiants à travers les villes de Dynath-Leen, Oriab, le volcan Ngranek, les montagnes de Thok. Pas de trace des Shoggoth dans les paroles de la chanson mais certains « pleurs » dans des trous laissent à penser qu’ils ne sont pas oubliés. Après trois écoutes, car le morceau est incroyable et que 7:10 c’est trop court, je passe enfin à la suite.
Dernière sortie publique, « Under the Sign Of Koth » commence par un cri modifié de Benjamin hurlant tout simplement le titre puis laisse place à un black violent et mélodique à la fois. La réverbération des guitares rajoute quelque chose d’encore plus transportant. Koth est une ville souterraine faisant penser aux enfers dans laquelle réside les Gugs. Ces créatures apparaissent dans le livre « La quête onirique de Kadath l’inconnue » qui a inspiré l’album pour son nom. Pour revenir au musical, à 6:40 un beau passage de tapping à la guitare montre que même sur du black on peut pondre des solos techniques. Un « break » de 18 secondes avant de finir sur un final bien vénère.
Je passe vite « The Gathering » qui est une petite ballade de 1:19, reposante et claire, histoire de souffler un peu. Puis arrive un morceau instrumental de 15 minutes intitulé sobrement « Leng », sans doute en référence au Plateau de Leng ou aux hommes de Leng. Musicalement, le son est une tuerie. On pourrait presque l’imaginer en bande-son d’un jeu vidéo à la « Metal : HellSinger ». Puis, alors que j’écoutais ce morceau les yeux fermés, à 6:09 Benjamin me réveille et vient juste rajouter ces petites phrases : « Soudain, les nuées se dissipèrent, et la lumière spectrale des étoiles se mit à luire au-dessus d’eux, tandis qu’au-dessous, tout était noir… ». Je referme ensuite les yeux pour finir ce titre instrumental qui m’a littéralement mis dans un quasi état de méditation. Puis on revient sur une chanson avec du chant et des paroles avec « Astral Void (End Of The Dreamer) ». Cette chanson sonne plus lourd, plus brut. Les mélodies sonnent plus mélancoliques également. Cette chanson pourrait être la seconde partie de « Me, The Dreamer » puisqu’elle décrit la fin du rêve (et donc du Cycle du Rêve) du rêveur Randolph Carter. La dernière chanson « Second Rendez-vous » (en bonus), est une reprise de Jean-Michel Jarre qui commence très aigue, et qui se révèle au final être un autre morceau instrumental. Je vais l’écouter, encore une fois, les yeux fermés pour être à nouveau transporté par l’ensemble de l’œuvre. Un très bon choix pour clore un chef-d’œuvre (précision : ce track n’est disponible que dans la Box Limitée CD et sur le vinyle).
Il est impossible de chroniquer du TGOO de manière courte avec tout l’univers qui en découle. Se renseigner sur les histoires racontées, et savoir de quoi ça parle, passe, à mon sens, par-dessus la musique en elle-même. Je ne dis pas qu’il faut négliger la musique. C’est encore une fois parfait, au niveau de la structure, de la composition, de la propreté, du mastering, de la technique aux instruments et à la voix, et même sur les morceaux instrumentaux. Toutefois, savoir de quoi nous parle TGOO permet d’être à 100% dedans et de nous faire voyager à travers l’univers lovecraftien que TGOO nous retranscrit depuis maintenant 15 ans. Je suis encore plus fier de porter mon tatouage lovecraftien TGOO et je leur dis merci pour ce bijou absolument parfait.