Ce serait insultant pour n’importe lequel de nos lecteurs que de refaire une présentation d’un des groupes les plus marquants de la scène Death / Thrash Metal depuis 1988, année de sortie de ce “Malleus Maleficarum”.
C’est grâce à une radio Suisse Allemande, DRS-3, et son émission hebdomadaire “Rock Special” (présentée de mémoire par Karin Hilzinger à l’époque) que je découvre Pestilence, jeune formation Batave, avec le titre “Parracide” et là, révélation !
Pour situer dans le temps, je rentrais seulement en Terminale en septembre 1988 quand je discute avec un des amis qui m’a le plus accompagné en matière de Metal lors de mes années lycée, Rade Radojcic (à qui je pense encore régulièrement et dont le décès reste une douleur immense) qui n’était pas encore dans Mercyless à l’époque. Obituary n’avait pas encore sorti “Slowly We Rot”, Morbid Angel écrivait encore “Altars of Madness”…
Non, 1988, c’était l’année des “In Battle There is no Law” (Bolt Thrower), “From Enslavement to Obliteration” (Napalm Death), “Golem” (Protector), “Serpent temptation” (Incubus)… Mais aucun de ceux-là n’avait l’aura d’un “Leprosy” de Death. Pestilence montrait non seulement qu’il y avait une scène Death / Thrash Metal en Hollande, mais en plus qu’elle pouvait regarder droit dans les yeux la bande à Chuck Schuldiner tant la technique de Patrick Mameli se montrait (déjà) impressionnante.
C’est donc sans grande surprise que Roadrunner Records les faisait signer dans son écurie dès le premier album !
Il faut dire que cet album ne nous épargne rien : ambiance des plus sombres, déferlantes de riffs alternant le Heavy le plus lourd et le Thrash le plus bestial, changements de rythmes dévastateurs, soli incroyables de la part d’un Mameli qui montrait déjà une sacrée marge de progression et surtout, l’apparition d’un chanteur au timbre des plus intéressants dans le Metal extrême : Martin Van Drunen pour lequel je n’ai jamais caché ici mon admiration aux côtés de Karl Willets et de John Tardy !
Tous les titres sont d’une efficacité incroyable : même l’inquiétant instrumental à la guitare accompagné d’un clavier tenu par le producteur de l’album Kalle Trapp (qui nous aura aussi fait le son d’albums comme “The upcoming Terror”, “Release From Agony”, “Product of Imagination”, “Malevolent Assault of Tomorrow” mais aussi des albums de Saxon, Sortilège, Paganini…), planant au possible, se montre indissociable de l’ensemble.
Difficile de sortir, avec le recul, un titre du lot : je sais juste que, encore en 2023, certains de ces titres font partie de mes playlist quand je vais faire du sport (“Parricide”, “Cycle of Existence”, “Extreme Unction”, “Bacterial Surgery”)
Rien à jeter dans cet album, et on ne peut que remercier Agonia Records de nous offrir une ressortie de cet album légendaire (ainsi que des trois qui ont suivi) qui a marqué plus d’un fan de Death Metal.
Et le pire, c’est que ce premier album, magnifique, n’est pas le meilleur de Pestilence…
Tracklist :
1. Malleus Maleficarum / Antropomorphia (4:12)
2. Parricide (3:47)
3. Subordinate to the Domination (4:17)
4. Extreme Unction (1:29)
5. Commandments (5:17)
6. Chemo Therapy (4:48)
7. Bacterial Surgery (5:03)
8. Cycle of Existence (3:17)
9. Osculum Infame (instrumental) (1:52)
10. Systematic Instruction (4:07)
Il est des fois où le growl bien gras nous fait rêver.
Il est des fois où la vitesse du tapis de double nous fait tripper.
Il est des fois où les sweepings et les harmoniques artificielles, ça le fait grave.
Et puis… il est des fois où tout ce qui, sur papier devrait, nous faire saliver, ne fait que nous survoler.
Moi, présidente de moi-même, je suis bien consciente qu’il ne s’agit que de mon humble avis. C’est vraiment pas mal foutu, ce quatrième album des Italiens de Antropofagus, Origin.
OK…. Je vote pour…
Mais tout de même, les harmoniques artificielles à tout va, jusqu’à l’overdose, on finit par décrocher. Sans compter sur le fait qu’entre la voix grave à la Steve Tucker et ces « zwip » qui ponctuent très régulièrement plusieurs morceaux, on ne peut que penser à Morbid Angel. Rapprochons d’ailleurs le troisième titre, « While Nothingness Slithers », au Morbid Angelesque « To the Victor the Spoils » sur l’excellent Gateways to Annihilation. Faut avouer que ce n’est pas une mauvaise référence. Ça a bien réussi à Gojira, alors pourquoi pas à Antropofagus ?
On est sur du Brutal Death. La batterie est à fond tout le temps. Et entre ça, la voix et les quelques passages parlés, version cérémonies invocatoires (« Ia Anth Etbrae Gagh- »), cette fois, c’est Broken Hope qui nous vient à l’esprit. Rapprochons donc le titre d’ouverture « Origin » et celui de l’album Loathing des Américains… Même intro, même voix, même tapis de double à fond les ballons. Mais à la différence que Broken Hope a sorti son album en 1997 et que derrière, on entend des riffs et des jeux de guitares qui soutiennent le duo voix/batterie.
Voilà donc mon gros point négatif chez Antropofagus : la voix et la batterie sont excessivement en avant. De fait, on n’entend pas les guitares, sauf un petit riff par-ci ou un solo par-là. Les idées sont bonnes et très bien exécutées, mais pas assez développées. Enfin, peut-être que si, mais c’est noyé dans le mix. Tout comme la basse, dont la fréquence est bouffée par les guitares sous-accordées.
Alors, y a-t-il des breaks ? Pas vraiment. Des changements de mesures ou de tempo ? A petites doses. Par contre, on peut parler de lourdeur. Il y a ce petit tiraillement entre ce chant lourd et hyper grave sur un tapis de double, qui envoie ses notes comme une pluie de grêle envoie ses œufs de poules congelés.
A noter que le groupe, dont l’origine se situe en 1997 (tiens, c’est pas l’année de Loathing ?), a été actif jusqu’en 2002 avant de faire un hiatus de sept ans. Et c’est en 2017 que Paolo Chiti a repris les rênes du chant, sur le troisième album, M.O.R.T.E. – Methods of Resurrection Through Evisceration dans lequel on retrouve le titre éponyme. En ce qui concerne ce dernier opus, Origin se termine sur la suite de « M.O.R.T.E ». Un fil rouge comme un cordon ombilical, qu’on imagine très bien sur l’artwork de Stefano Mattioni.
En conclusion, c’est brutal et lourd à la fois. Ça a le goût d’anciens groupes de Death Old School, ce qui nous donne une sensation de déjà entendu, bien que tout soit bien exécuté.
Dommage, Mémé s’est ennuyée…
Tracklist :
1. Origin ( 4:55)
2. Downward the Spiral (4:38)
3. While Nothingness Slithers (4:01)
4. Oppressed Suffering (4:10)
5. The Slaver Ascension (4:04)
6. Of Prosperity and Punishment (4:48)
7. Ia Anth Etbrae Gagh (1:53)
8. Hymns of Acrimony (5:05)
9. Passage of Annulment (3:53)
10. Chapter of Not Letting the Body Perish (M.O.R.T.E., Pt.2) (3:53)
Demonical est présent sur la scène Death Metal suédoise depuis 2006. Ils ont à leur actif une démo sortie cette même année , un split avec Paganizer (un titre chacun) et sept albums dont le dernier Mass Destroyer est paru l’année dernière.
On va l’avouer, c’est un peu une surprise de voir arriver cet EP deux titres par Argonia Records. Deux titres, dont une reprise des Ramones, double surprise. (Attends, il y en a une troisième !)
En creusant un peu, pas beaucoup quand même, on comprend vite le sens de cet EP. Demonical veut nous présenter son nouveau frontman, le cinquième, Charlie Fryksell.
Alors, si tu connais Demonical, tu vas me dire qu’on va avoir un titre « made in Sweden », à grand renfort de pédale à effet Boss HM-2 cher à Uffe Cederlund, mmmh ?
Et bien la voilà la troisième surprise : pas de pédale à effet qu’a popularisé Entombed.
Tu as là un titre 100 % Death Melodique, dans la lignée d’un autre géant suédois, tu vois de qui je parle.
Non, pas les meubles en kit, idiot !
Nous voilà avec des mélodies envoûtantes, des solos hauts en couleur et un titre, avouons le, très addictif. La voix growlée est entêtante, fidèle au registre. Serait-ce la nouvelle direction que va prendre le groupe ?
La reprise des Ramones est assez fidèle à l’originale, la voix growlée en plus et la touche Death Melo qui va bien en supplément.
Un petit en-cas qui met l’eau à la bouche. La suite est attendue avec impatience, mais il est certain que si la direction prise est celle de ce titre, les fans de la première heure risquent d’être déçus. Ou pas…
Tracklist :
1. Into Victory (04:48)
2. Somebody Put Something in My Drink (reprise Ramones) (03:15)
Enfin le retour des Black / Thrashers Polonais de Witchmaster.
Huit longues années d’attente pour un digne successeur à “Antichristus ex Utero” qui date déjà de 2014. Une paie !
Depuis, on a bien eu droit à un split avec Voidhanger (“Razing the Shrines of Optimism”) en 2017, uniquement sorti en digital et en vinyle.
Et, pour mémoire, Witchmaster est un des groupes du batteur multibras Zbigniew Robert Promiński plus connu sous le pseudo d’Inferno, qui martyrise déjà ses fûts chez Behemoth, Azarath et Terrestrial Hospice, (également ex-Christ Agony, ex-Deus Mortem, ex-Damnation, ex-Delirium).
Autant dire que ce nouvel album va une fois de plus respirer la sauvagerie la plus ultime.
Et on ne s’y trompe pas !
Un intro très Slayerienne époque “Hell awaits” avec son lot de riffs et de grognements et le travail de sape peut commencer.
Ensuite ?
Treize titres, majoritairement entre deux et trois minutes, d’une violence et d’une brutalité qui devient habituelle chez les groupes de Metal extrême des pays de l’Est.
On savait Witchmaster capables de nous envoyer des titres implacables par paquet de douze, ils se sont une nouvelle fois surpassés.
Ca défouraille sévère pendant presque 40 minutes et en quasi non-stop : seules quelques intros inquiétantes cassent légèrement la dynamique mais l’ensemble reste impitoyablement Thrash et malsainement Black Metal !
On a bien droit à un titre au mid tempo plus vicieux (“Circle of Bayonets”) mais il n’est qu’un prétexte pour mieux nous recoller une mortelle accélération derrière la nuque !
Le quatuor Polonais nous envoie autant de missiles au potentiel destructeur maximal et chacun d’entre eux fera, à ne pas en douter, énormément de dommages collatéraux.
Clairement, Witchmaster nous envoie une nouvelle fois un album dévastateur d’une sauvagerie et d’une intensité hors normes desquelles on ne ressort pas sans séquelles.
Vous être prévenus !
Tracklist :
1. Sound of Crushed Skull / Intro (0:23)
2. War Metal Haiku (1:57)
3. Alle Gegen Alle (2:30)
4. Poison Chalice (2:12)
5. Zdychaj K**** Nazareńska (2:50)
6. All-consuming Hate (4:08)
7. Circle of Bayonets (3:07)
8. Hostile Declaration (2:50)
9. Master Knife Sacrifice (3:18)
10. Like Flies on Scum (3:19 )
11. Rune of Destruction (2:27)
12. White Madness (2:58)
13. Trails of Blood (3:10)
14. Kaźń (2:51)
N0o0te de la Soilchroniqueuse (Migou) : 9,5/10 (plus j’écoute et plus la note augmente !)
Mnémé, fille de Mnémosyne… Juste un peu de N en plus que chez notre simple Mémé. Mais d’où vient toute cette rage ? De la mémoire d’une éternité. Et de l’aube des temps nous viennent les muses originelles, Aédé, Mélété et Mnémé qui se sont penchées sur le berceau d’Aenaon (qui signifie « Eternité »). Le chant, la médiation et la mémoire ont dansé autour du quatuor grec. Elles ont soufflé une ode à leur mère, Mnemosyne. Et c’est un voyage initiatique que nous propose Aenaon, l’Eternité faite metal en fusion, metal noir et progressif à la fois.
Mémé a lancé la lecture du 4ème album de Aenaon, « Mnemosyne », par un titre qui commence sur un black metal hyper mélodique, presque post black, qu’un Dimmu Borgir ne renierait pas, pas plus qu’un Borknagar. Des mélodies catchy et en arrière fond un saxo qui se fait entendre légèrement… jusqu’à la 3ème minute où le break fait son office. Une coupure complète aux notes jazzy du saxo pour reprendre doucement à la mode Ulver par la suite. Le titre se termine comme il a commencé. « This is the apocalypse », nous chante Astrous, d’un « growle » black qui arrive à suivre la mélodie des voix claires en choeurs. Déroutant tout cela, surtout que ça enchaîne sur « Pleiades » et « Doppelgänger », deux titres instrumentaux qui vous propulsent dans une boîte de jazz. A ce stade, Mémé reste dubitative. C’est certes bien foutu, mais pourquoi le chroniquer sur Soil Chronicles, si tout est de cet acabit hormis le premier titre ?!
C’est simple, Mémé… tu enlèves la fonction shuffle mise par inadvertance et tu recommences depuis le début !
Oups… Effectivement, les pistes s’enchaînent avec un peu plus de guitares et voix saturées. « Cartesian Eye », le véritable second titre est bien velu, avec l’apparition de sons électro et une montée au filet des plus appétissantes vers 2:40. Si le premier titre est une plongée dans la « Psyche » qui explore les nombreuses pensées version genres musicaux, accordant à l’étiquette prog ses lettres de noblesse, ce « Cartesian Eye » est carré, evil, quasi martial malgré les belles mélodies et le solo de guitare vers la minute 5.
« Synastry of Hearbeats » nous parle d’amour, de coup de foudre, d’âmes sœurs, entre le saxo et les guitare-basse saturées, entre la voix claire et la voix criée black, entre le jazz et le metal extrême et expérimental. Synastrie totale, synchrétisme, sans tomber dans la mièvrerie de paroles niaises. Non… C’est d’une beauté sombre ! Tiens… d’ailleurs…. la voix claire, c’est un guest de Achernar… Et Achernar c’est, c’est, c’est ? L’extraordinaire Fred Gervais (Cor Serpenti, Orakle, studio Henosis…) !
« Pleiades » arrive, instrumental, une parenthèse hors du metal, pour mieux y revenir dans les titres suivants.
Mémé ne va pas vous faire un titre à titre, il vous faut découvrir ce petit bijou par vous-même. L’écriture est d’une finesse exquise. Le petit bémol qui lui vient à l’esprit – car Mémé est une pinailleuse – est le suivant : alors que cet album est d’ores-et-déjà une pépite, un coup d’œil et d’oreille sur les précédents ne fait que confirmer la qualité du groupe. Et encore, on ne parle pas des EP et autres Splits. C’est simple, de leur démo en 2007, jusqu’à ce « Mnemosyne » en 2022, il y a encore 9 autres œuvres diverses, sans parler des singles.
Alors ce bémol, quel est-il donc ? C’est simple, en écoutant, Mémé et Pépé V se disaient mutuellement « c’est bon ça, ça me fait penser à « Augur Nox », de Code », « Diablo Swing Orchestra aurait pu écrire ça », « y a du Ulver aussi « , « oui… j’irai même jusqu’à penser à nos petits gars de Fractal Universe ! »
Vous voyez où elle veut en venir, la Mémé ? Ils ont indéniablement leur signature, avec ce black mélodique mêlé de jazz et de sons électro, avec ce saxophone qui est tout sauf anecdotique dans l’ensemble composal. Et pourtant, on n’arrête pas de comparer à untel ou untel. C’est dommage car on peut se demander s’ils arriveront à sortir leur épingle du jeu des très (trop?) nombreuses sorties ?
Car Aenaon a tout pour être un groupe démentiel ! Et « Mnemosyne » en est leur pierre de Rosette, celle qui, je l’espère, gravera leur nom dans une forme d’éternité.
Laissez-vous glisser !
Tracklist :
1. Psyche (5:54)
2. Cartesian Eye (6:15)
3. Synastry of Hearbeats (8:13)
4. Oleiades (2:54)
5. Trauma Cultura (6:22)
6. Clark Nova (2:18)
7. Hysteria (6:50)
8. Mantledeath (8:04)
9. Doppelgänger (2:42)