by Metalfreak | Nov 17, 2023 | Chroniques
Note du SoilChroniqueur (Olivier No Limit) : 7,5/10
Le thrash peut prendre plusieurs visages (eh oui, n’en déplaise à ses détracteurs), se marier à d’autres genres. Le groupe Hyperia de Vancouver en est un vivant exemple.
Né en 2018, il nous propose son troisième opus, qui a pour nom « The Serpent’s Cycle ».
En ce qui me concerne, je m’attendais à du thrash old school, mais que nenni : dès les premières notes de « Ego Trip », j’ai presque eu l’impression de me retrouver dans le monde de Children Of Bodom pour le rendu mélodique de leur musique, la voix de goule passée au papier de verre de Marlee Ryley, l’agressivité acide de leur metal.
Et puis quand arrive « Automatic Thrash Machine », on se retrouve à surfer sur les vagues d’un thrash… bien thrash.
Après, il y a pas mal de facettes musicales sur lesquelles s’appuie cette formation. Prenez le morceau « Trapped in Time » ; je trouve qu’il a de faux airs d’un Helloween.
Et puis, il y a autre chose qui se dessine tout au long de cette galette dans le jeu des guitares et des harmonies que ces dernières empruntent : on est souvent dans des gammes néoclassiques.
Du coup, au sein d’un même titre comme par exemple « Psychosomatic », on a le droit à un mélange musical qui allie rage thrash, voix « ultra son » passant souvent en mode growl fielleux plutôt death et passages musicaux influencés par « la grande musique ».
Et pour ne pas lasser l’auditeur, on varie les ingrédients selon les morceaux. Après, il y a une autre constante chez eux, ce sont les tempos le plus souvent en mode « speed metal mélodique ».
Bref, je pense que vous commencez à entrevoir le tableau proposé par ces Canadiens.
Le mélange est savamment cuisiné.
Après, il vous faudra aimer les textures vocales coléreuses, aimant particulièrement monter dans « l’aigu », ainsi que les excursions néoclassiques.
Par contre, il y a une chose de palpable du début à la fin, l’agressivité nerveuse et mélodique de leur monde musical.
Bonne écoute !
Tracklist :
1. Ego Trip (4:41)
2. Automatic Thrash Machine (4:02)
3. Prophet of Deceit (4:16)
4. Psychosomatic (4:29)
5. The Serpent’s Cycle (5:04)
6. Trapped in Time (3:58)
7. Spirit Bandit (4:04)
8. Eye for an Eye (4:47)
9. Binge & Surge (3:44)
10. Deathbringer (5:31)
11. Crazy on You (reprise Heart) (5:03)
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Chronique “Insanitorium” : Soilchronique
Chronique “Silhouettes of horror” : Soilchronique
by Metalfreak | Nov 15, 2023 | Chrocorico Soil, Chroniques
Note du Soilchroniqueur (Hostlost) : 9.75/10 (10 c’est pour Hegemony héhéhé)
Revenons, si vous le voulez bien, à l’époque de l’effervescence du Death Metal, à la toute fin des années 80, afin de comprendre le parcours des nordistes de S.U.P.
Les lillois de Loudblast, référence en matière de Metal extrême français, ont mis un gros coup de projecteur sur le Noôôrd avec leur premier album « Sensorial Treatment » et au début des 90’, des jeunes metalheads ont emboité le pas du « grand frère » avec des formations comme Dagon, Scrotum, Nocturnal Fears, Sepulchral, Krhomadeath, Infest, Disgust … Des consonances peu engageantes pour les non-initiés.
Etsicroxe, non loin de là, change de nom en Supuration et commence lui aussi à se faire un nom dans l’underground. Quelques années plus tard, le groupe de Wallers souhaite diversifier ses compositions en modifiant sa direction musicale, tout en gardant ses racines Death Metal. Les solides barrières de ce dernier ont été pulvérisées avec du chant clair sur «1308.JP.08 », titre figurant sur la compilation Obsurum per Obscurius, et offre de nouveaux horizons et perspectives plus avant-gardistes. The Cube, premier album français à sortir un CD en Digipack sur le label Reincarnate Records sort fin février 1993. Pari suicidaire pour certains puristes (quelle hérésie de mélanger du chant non growlé à du Death Metal !), génie précurseur pour d’autres. La sortie suivante, l’EP Still in the sphere, se verra gratifier d’une surprenante reprise de Tears For Fears, « Shout ». « Agnus Dei » de Mylène Farmer est également passé récemment à la moulinette, c’est dire si le groupe ne s’impose aucune limite et bousculera les codes à cette époque ; lorsqu’on évolue dans la sphère du métal de la mort, c’est foutrement osé.
Résidant sur Lille à cette époque, j’ai eu la chance de les voir grossir et d’assister très souvent à leurs concerts dans des clubs minuscules ou dans des plus grandes salles, comme lors de leur première partie des Tambours du Bronx ou des anglais de Carcass. J’attendais impatiemment une suite à mon album de chevet, mais ce que je ne savais pas, c’est qu’il allait falloir attendre une décennie avant d’être récompensé…
Quelle surprise de voir les quatre musiciens, dans un nouveau projet appelé Spherical Unit Provided (S.U.P), s’éloigner complètement de là où l’on les attendait ! Une fois de plus, ils prenaient plaisir à brouiller les pistes, mais hélas pour moi, la rupture était amorcée. Encore aujourd’hui, je n’arrive toujours pas à apprécier Anomaly, hormis les morceaux « Pain injection », « The Work » ou « Ocean Of Faces ». Disons que le Deathster que je suis ne jurait que par Death, Gorefest ou Paradise Lost et je voulais continuer à adorer ce que les créateurs du cube de cristal avaient encore à proposer. C’est qu’il fallait être sacrément ouvert d’esprit, ce que je n’étais pas à l’époque … et guère beaucoup plus maintenant.
Le second album, Room Seven m’a fait replonger dans leur univers si particulier, mais surtout, j’avais trouvé la clé pour ouvrir cette fameuse porte de la chambre n°7 pour ne plus jamais en ressortir. Chaque nouvel album, depuis lors, est synonyme d’excellence, et toujours en avance avec son temps. Réécoutez-les et vous verrez qu’ils n’ont pas pris une ride …
Depuis le départ, la tête pensante et principal compositeur Ludovic Loez, passionné de S.F et de gore, nous raconte ses histoires bien tordues et assemble la musique de S.U.P selon ses humeurs et envies. De manière épicée, avec une prépondérance de riffs massifs et de growls caverneux (l’un des meilleurs du circuit !), qui auraient naturellement pu figurer sur un album de Supuration (Hegemony), ou donnant une saveur plus douce et moins agressive typée Gothic/Cold-wave avec une majorité de chant clair (Coucou Imago). Le mélange fonctionne parfaitement et quel que soit le dosage, la magie opère toujours ! Ne manque qu’un peu plus de reconnaissance pour ce groupe considéré comme culte par beaucoup de connaisseurs, tout en restant confidentiel pour une large majorité de metalleux. Tout ce cheminement nous amène aujourd’hui à la huitième offrande : Octa.
Lorsque Migou, connaissant mon amour inconsidéré pour ce groupe du Valenciennois, depuis plus de 30 ans, a voulu me confier la chronique du dernier joyau en date, j’ai de suite botté en touche. Le petit dernier a quelques mois derrière lui et pas mal de webzines ont déjà donné leur avis dessus. Soit dit en passant, je ne pense pas qu’un seul d’entre eux ait été mitigé ou négatif. À quoi bon une nouvelle chronique ? Plusieurs raisons m’ont fait revoir mon refus, la principale étant QU’IL EST TOUJOURS BON DE RAPPELER A QUI VEUT L’ENTENDRE DE NE PAS PASSER A CÔTE DE LEUR DISCOGRAPHIE EXEMPLAIRE !
Rentrons dans le vif du sujet. Tout d’abord l’objet, car ce que l’on voit en premier c’est l’artwork. Matthieu Carton s’est une nouvelle fois occupé du visuel d’Octa. Je n’aimais pas le précédent, trop 3D, rappelant ceux de leurs débuts crées par Laurent Bessault (graphiste et également ancien bassiste du groupe) mais cette fois-ci, la pochette lumineuse est vraiment réussie avec ces différentes teintes de jaune ensoleillé. Les nouveautés sur le merchandising du groupe bigCartel n’en sont que plus alléchantes !
Quant au concept de l’histoire et pour faire court, cela se déroule dans une prison moderne, où des détenus sont enfermés par huit et, une fois leurs boites crâniennes vidées, sont reliés les uns aux autres par la machine Octa. Chaque cerveau contient les souvenirs d’un autre, un rêve ou un cauchemar. Dès les premières notes du titre d’ouverture « Pseudopodic Phantasm », on a cette impression d’une personne qui lutte pour ne pas se faire emmener de force par ces deux formes vêtues de blanc vers quelque chose qui la terrifie d’avance. Peine perdue de résister. Tout comme les auditeurs qui seront pris par le tourbillon de cette mélodie entêtante. Clarity the enemy in my view. On reconnait de suite la griffe made in Wallers. Les quelques notes de l’intro de « Not Icarus », et que l’on retrouvera durant le morceau pour lui donner une coloration très Dark-wave, semblent tout droit sorties du cerveau de Jimmy Somerville, le chant haut perché et l’atmosphère enjouée en moins. « Atramentous Sea » avec sa rythmique dissonante me rappelle aussitôt l’esprit de Room 7.
Derrière ses fûts, Thierry se fait plaisir avec ses pieds, avant de se calmer sur le plus Doomy « The lights of Eden » pour mieux repartir sur la dynamique « Queen Quintessence », certainement le titre que je préfère de l’album. There’s no way out of here. Aucun moyen de sortir, j’essaie de m’enfuir prisonnier de mon corps …. Sur « Open eye », l’ensemble sonne très martial, pour mon plus grand plaisir. Un morceau qu’il serait bien de voir prendre vie sur scène, tant il est taillé pour le live. Les Flash in my eyes qui seraient accompagnés de grosses lumières blanches à s’en décoller la rétine ; et que dire de ce final qui procure une irrésistible envie de secouer la tête jusqu’à la faire toucher ses omoplates ? From so far away … No angel … I must never awake. La frontière entre les deux entités S.U.P et Supuration est infime sur l’avant dernier titre, « Hebdomath ». Paradoxalement, sur les dernières secondes, on a l’impression de sortir de ce cauchemar éveillé et de pouvoir enfin respirer à pleins poumons. Comme si cette torture allait se terminer façon happy end. Haunted by echoes of memory, Octa holds the only key to unlock truth. « Torment » te fera vite changer d’avis. Quelle chape de plomb, mes aïeux ! C’en est fini d’imaginer une quelconque libération. Ne souhaiter qu’une mort rapide. Avant d’entrevoir la fameuse lumière blanche au bout du tunnel, il va falloir passer par la case souffrance ultime. Torture … My tongue torn out … unable to scream. Les samples horrifiques qui terminent Octa sont terriblement effrayants et foutent les poils à la verticale ! Je ne peux m’empêcher d’imaginer ce cauchemar arriver à son terme de la même manière que pour l’histoire de One de qui vous savez …
Une fois les 47 mn écoulées je n’ai eu qu’une seule envie : réappuyer sur play encore et encore. Depuis sa sortie, il m’est tout simplement impossible d’écouter les nombreuses autres nouveautés, tant Octa accapare pratiquement tout mon temps consacré à la musique et cela, sans ressentir la moindre once de lassitude. Même que les moutons que je croise sur les routes du Limousin pour me rendre à mon travail reconnaissent certaines mélodies, c’est dire ! Ah si, j’écoute autre chose tout de même qu’Octa … Leurs reprises sublimes « Love You To Death » de Type O Negative, de Depeche Mode – « Never Let Me Down Again » – et de The Cure – « Lullaby » – qui ne figurent pas sur mon disque de l’année. Tous les éléments (mélodique, froid, martial, hypnotique, dansant, …) qui caractérisent leur univers sont présents. Ces 8 joyaux hétérogènes forment un ensemble difficilement dissociable et l’enchaînement des titres, qui a été habilement travaillé, arrive à créer une réelle montée en puissance dopée par une production massive où chaque instrument est sublimé. Les onze longues années entre Hegemony et son successeur m’avaient fait adorer Dissymmetry plus que de raison. Le précédent est un très bon cru, excellent même, cependant Octa le dépasse de la tête. Nous savons déjà qu’un prochain album serait en train de mûrir tranquillement. J’ai le temps les amis deuch’nord car j’ai la curieuse impression que votre dernière offrande n’a pas encore révélé tout ce qu’elle avait à m’offrir !
Pour les gars du fond collés au radiateur, qui n’auraient pas encore posé les deux oreilles sur ce nouveau bijou de noirceur : FONCEZ !!!
NB : Thierry Berger est mon cogneur préféré depuis The Cube. Alors que, comme il le précise dans le livre de Jérémie Grima « Trace écrite », il ne se sent pas batteur dans l’âme. Pas la peine d’en faire des tonnes, des patterns des plus compliqués pour épater ceux qui sont incapables de les reproduire. Je vous invite à admirer sa frappe de bûcheron si ce n’est pas déjà fait sur la vidéo disponible ci-dessous :
Tracklist :
1. Pseudopodic Phantasm (6:26)
2. Not Icarus (4:44)
3. Atramentous Sea (4:13)
4. The Lights of Eden (8:24)
5. Queen Quintessence (5:29)
6. Open Eye (6:10)
7. Hebdomath (5:55)
8. Torment
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by Metalfreak | Nov 4, 2023 | Chroniques
Note du SoilChroniqueur (M.L.A.M.) : 8/10
Left to die est un jeune trio Texan qui donne dans un death metal plutôt old school. Comme pas mal de formations actuelles, le groupe s’est formé en 2021 et a sorti pour le moment une démo quatre titres et ce nouvel EP.
Après la courte intro qui nous met directement dans l’ambiance car non, nous ne sommes pas sur du hard FM mais bien sur du death comme on l’aime par chez nous.
« Breath of tomb », le premier titre, reste assez lourd musicalement avec une bonne voix bien caverneuse. Certaines parties pourraient faire penser légèrement à un mariage musical entre un Dying Fetus bien lourd auquel on aura enlevé les parties ultra brutales, et un Obituary restant traditionnel dans son style de prédilection. J’aurais pu citer aussi Massacre ou Master comme influences à la place de la bande à John Tardy.
On reste dans le même registre musical sur les autres titres, quelques accélérations certes, mais nous avons surtout droit ici à une belle leçon de death metal bien massif voire groovy par moment.
Il est clair que Jason Dalhle reste assez proche de John Gallagher question chant et le groupe nous propose même une deuxième voix comme en trouve aussi chez Dying Fetus.
Pochette en adéquation avec le contenu, très bonne production, compositions qui tiennent la route : voici un produit très recommandable qui tient la route, et un nouveau nom de la scène US qui mérite toute votre attention.
Groupe à suivre !
Tracklist:
1. Intro 00:58
2. Breath of the Tomb 03:02
3. The Hidden One 03:32
4. Come to Me 04:35
5. Already Dead 04:16
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by Metalfreak | Août 6, 2023 | Chroniques
Note du SoilChroniqueur (Ymir) : 9/10
La Finlande, ce pays du symphonique, eh bien, aujourd’hui, Deimhal y dévoile son premier EP ! Avec une pochette des plus sublimes, signée Mahatma Moosca !
Le ton est donné directement avec « Alliance of Winter » et son Jarl dans son château au milieu des terres gelées, nous sommes directement propulsés dans ces terres désolées et gelées. Pas de concession, les vocaux sont acérés, presque râpeux, le riffing garde un côté assez grandiloquent sans tomber dans l’excès. Les claviers sont audibles, mais ne prennent pas le pas sur le reste des instruments.
Tout au long de cet EP, le rythme est assez effréné, on ne lambine pas dans les terres du nord ! Cet EP est relativement court, seulement dix-neuf minutes, j’aurais aimé une ou deux pistes supplémentaires de la même qualité.
Cet EP est d’une excellente facture, hormis sa trop courte durée à mon goût il est d’une délectable qualité. Il ne révolutionnera pas le genre, mais apporte sa touche, et garde une certaine authenticité, rappelant parfois Emperor sur certains passages, même peut-être un côté Dissection dans le riffing. Je reste sur ma faim et garde à l’œil cette formation, je ne manquerai pas la sortie de leur album !
Tracklist :
1. Alliance of Winter (05:23)
2. Ikruisen Kuoleman Kaipuu (03:57)
3. The Serpent King (Dumah-el) (04:20)
4. Vengence of the Night Crows (05:24)
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by Metalfreak | Août 5, 2023 | Chroniques
Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 5.25/10
“Les hommes manquent plus de conquêtes par leur maladresse que par la vertu des femmes.” Ninon de Lenclos
Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la frontière entre la maladresse et l’incompétence ? Le mot est fort, mais j’entends par là, quand vous découvrez un nouvel album et que vous tiquez tout de suite sur la production par exemple, ou d’autres points de discorde, où se situe la frontière entre ces deux paradigmes ? Et a fortiori, entre l’excusable et l’inexcusable ? Soyons clairs, il est bien question de rédhibitoire quand on écoute de la musique. Sauf exercice de la chronique, il est en effet rare que l’on revienne sur un album qui ne nous sied pas, et surtout, j’allais préciser, quand on n’a pas d’attente particulière. Car, contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas la déception qui nous fait reculer quand on écoute un album attendu, mais plutôt le désarroi. Et quand il s’agit d’une découverte provoquée, ou fortuite, on n’en demeure souvent plus sec quant à la décision de revenir dessus ou pas. Il est vrai que je me pose cette question ce soir, parce que ma chronique précédente – celle de 1782 – m’a quelque peu échaudé le cerveau, concernant cette incapacité notoire parfois à pouvoir discerner la maladresse de l’incompétence. Et certainement que je n’aurais jamais de réponse à cette question, puisqu’il est difficile, même en étant objectif, de fonder un raisonnement clair et précis sur cette hypothèse. En tout cas, au plus je fais des chroniques, au plus cette question me revient à l’esprit. Je me dis que certains ou certaines de mes camarades en sont capables. Moi, en toute modestie, j’en suis le plus incapable du monde et souvent cela m’agace. Voire cela m’empêche d’écrire une chronique correctement. Alors, je passe à autre chose ! J’essaye d’autres groupes, et je laisse certains de côté jusqu’à les oublier. Voilà sûrement pourquoi, en dépit de ma bonne volonté, je me retrouve d’ailleurs avec pas mal de retards. Mais en vérité, maintenant, vous connaissez une des causes possibles du dit retard, et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. D’ailleurs, il est fort possible que je préfère qu’un groupe m’en veuille pour mon récital acerbe sur son album que sur mon retard. Bien ! Vous aurez sûrement compris que cette chronique part sur de mauvaises bases. J’ai bien peur que cette dernière ne soit pas aussi dityrambique qu’elle ne devrait être. Mais essayons quand-même de tirer profit de l’album « Through the Black Bubble » du groupe Invertia.
Invertia est un groupe qui nous vient des Etats-Unis, et du Massachussets, ce qui sur le papier ne pouvait qu’être prometteur, vu l’émergence des nombreux bons groupes, et pas forcément que metal, qui nous viennent de là-bas. Généralement, quand je vois le Massachussets, je jubile ! Je ne sais pas pourquoi, peut-être mon fanatisme assumé pour les Dropkick Murphys. En tout cas, on partait d’emblée sur de bonnes bases. J’ai découvert par la suite une discographie intéressante, avec quatre albums en comptant « Through the Black Bubble », deux EPs, un split avec Denata, Zerfallmensch et Seetyca, et un single. Pas mal, quand-même ! Et puis, tout doucement, en grattant un peu le vernis, on s’aperçoit notamment de deux éléments importants, qui dénaturent un brin le cadre idyllique. A commencer par l’écart entre l’avant-dernier album et lui : sept années. C’est un brin long, même si les deux EPs sont sortis entre temps, je trouve que symboliquement, c’est parlant. Et surtout, un détail m’a frappé, voire inquiété : le changement d’orientation musicale. Ou plutôt LES changements. Sur Bandcamp, le groupe mentionne être passé du black metal au… attention, c’est dans le texte : du « death/punk industriel » pour au final atterrir sur du doom death metal ! Celle-là, je crois qu’on ne me l’a encore jamais faite. Mais alors, le coup du « death/punk industriel », je ne l’ai pas vu venir et je crois que j’ai éclaté de rire, ce qui n’est jamais un bon présage. Sincèrement, ce constat de changement d’orientation m’a vraiment inquiété. Cela démontre une forme croissante d’instabilité et d’indécision qui m’effraie un peu quand-même… Je ne suis plus très sûr de ce que je vais trouver pour Invertia, qui finalement porte bien son nom.
La pochette sent bon l’autoproduction, ce qui est le cas. D’ailleurs j’ai oublié de mentionner que toutes les sorties du groupe sauf le split se sont faites en autoproduction. Détail important ? Probablement que non, mais c’est bien de remettre l’église au centre du village, comme on dit. Dire que la pochette ne m’inspire pas grand-chose serait un bel euphémisme. Je n’ai rien contre l’idée de mettre un champignon atomique en noir et blanc sur une pochette pour illustrer, sans que l’on comprenne comment il évoque une « bulle noire », probablement un sens trop chiadé pour moi (suivez mon ironie…), mais je trouve que cela démontre un manque cruel de goût et de recherche. En fin de compte, cela sent la non-prise de tête criarde et une certaine désinvolture devant l’inintérêt possible qu’engendrerait ce genre d’artwork à l’emporte-pièce. Enfin, sincèrement, même rapporté à l’échelle d’une autoproduction, on ne peut pas s’en satisfaire. J’aurais vraiment aimé que le groupe peaufine plus cette délicate recherche du bon artwork parce que, hormis discréditer la musique d’Invertia, ce dernier ne sert absolument à rien d’autre. Il est juste inintéressant, insipide et grossier. Voilà, rien à dire de plus. Cela soulagera mes correcteurs au moins…
Vous vous souvenez de mon laïus sur la maladresse ou l’incompétence ? Cela mériterait presque une fable dans le cas de « Through the Black Bubble ». Parce qu’on est complètement dedans. Vous vous souvenez également que je vous exposais le changement d’orientation musicale qui m’avait fait tilt ? Eh bien, sachez qu’Invertia fait exactement ce qu’il ne convient de ne pas faire quand on se revendique d’une étiquette musicale, en l’occurence du doom death metal dans le contrat. Parce que cela ressemble à tout… Sauf à du doom death metal. On est d’accord que, quand on parle de doom death metal, on attend de l’énorme lourdeur pachydermique? Ici, faites en le constat vous-même, la lourdeur est tout simplement inexistante. A la rigueur, si j’étais de bon office, je dirais qu’on serait sur du doom metal très minimaliste et sans fioriture, un truc bien old school et qui sent bon l’ancien temps. Mais même pas. Parce que le doom metal a toujours été paré, normalement, de cette production Black Sabbath qui fait qu’on reconnait le genre partout, sans se forcer. Or, ici présent, Invertia semble s’égarer dans une musique étrange, lente il est vrai, mais avec un son indicible, j’y reviendrai. Sur la composition, en première écoute, je dirais que cela m’en soulève une sans soulever l’autre. Je pourrais objectivement trouver l’album « Through the Black Bubble » intéressant dans son minimalisme puisque j’aime cela en temps normal. Mais il y a cette fameuse maladresse sonore qui casse tout. Et du même coup, ce côté « je tourne en rond mes riffs » finit par me lasser rapidement en première intention. Me laissant sur un semblant de faim, car la réelle satiété ne s’est même jamais réellement manifestée, je dirais qu’en première écoute « Through the Black Bubble » n’est pas intéressant du tout. C’est un album qui n’amène rien de spécial, qui reste simple mais peu efficace pour le coup. Il n’y a pas grand-chose de croustillant à se mettre sous la dent et le tympan. J’y reviendrai mais cela sent le soufre qui émane de l’album de trop.
Et on en arrive donc au gros point noir, à défaut de bulle, de cet album. La production. Elle est, pour vous la faire courte, complètement ratée, selon moi. Du moins, si l’on se fie à la revendication identitaire musicalement d’Invertia qui affiche ouvertement ses ambitions de doom death metal. Mais il vous suffira d’écouter l’album pour comprendre qu’au final, il est raté sur toute la ligne d’un point de vue sonore. Aucune lourdeur, aucun riff qui se détache efficacement via un espace sonore qui demeure faiblement occupé par des instruments fatigués, faméliques. Une batterie qui fait le minimum syndical mais plus à l’échelle du petit local de village qu’une succursale de mégapole. Les guitares sont faiblardes et même totalement nasillardes. La basse ? On ne sait pas où elle est, pourtant elle devrait être prépondérante dans le rendu final. Et le chant se démarquerait un brin plus si on était gentil, mais au final il demeure évidemment bien insuffisant pour sauver le navire. En fait, je ne crois pas que ce soit de l’incompétence sur ce cas de figure. Invertia a simplement le malheur de se revendiquer d’un style et maladroitement, de ne pas avoir proposé un rendu logique et idoine pour pleinement porter son étendard. Cela sent fortement la maladresse. Enfin… Sauf si j’apprends que, comme l’artwork, il y a un côté « je n’en ai rien à cirer » qui est assumé, ce qui ferait chavirer mon opinion. Mais je préfère me dire que la production, qui est un échec cuisant, relève plus de l’erreur de maladresse que d’une réelle nullité. Invertia ne pourrait donc que, par conséquent, s’améliorer. Bonne nouvelle, non ? Et puis, c’est évident que quand on change de style comme de chemise, on ne peut pas durablement paraître beau et charmant.
C’est malheureux, mais cet album ne m’ayant rien inspiré de précis, je vais passer au chant qui est, selon moi, la seule raison à peu près valable de « Through the Black Bubble », et encore. Une technique vocale qui se rapproche de ce que l’on attend, en grunt grave ou growl medium, avec une mise en avant qui habituellement me ferait bondir, mais qui ici sauve les apparences à peu près désastreuses sur le plan instrumental et sonore. C’est étonnant d’avoir porté un soin au chant plus qu’au reste… Cela me questionne. Mais encore une fois, ce dernier ne m’inspire pas grand-chose d’exaltant. Cela manque encore une fois d’épaisseur, d’importance. On reste sur du basique en mixage quoi. Un chant mis en avant certes, mais qui n’occupe pas énormément d’espace dans le spectre sonore. Un truc pauvre.
Eh bien… Moi qui me réjouissais de reprendre les chroniques… Pour conclure, Invertia sort donc son quatrième album nommé « Through the Black Bubble » , le tout en autoproduction. Le moins que l’on puisse dire, et avec une forme masquée d’euphémisme, cet album des américains ne restera pas dans les annales des chroniques. Sur le papier, un doom death metal. Mais le dit papier a vite pris la flotte dès les premiers accords retentis. En fin de compte, sans rentrer dans des détails foireux, on ne peut pas franchement identifier de genre autrement qu’avec la lenteur habituelle du doom metal, mais comme la production est totalement ratée, et que la musique demeure minimaliste au possible, on finit bien malgré nous par se lasser de ce « Through the Black Bubble » . Un album qui ne m’a tristement rien inspiré de particulier, aussi bien d’un point de vue visuel, sonore, que riffique. Et au jeu du chat et de la souris, la maladresse a pris le dessus sur l’incompétence, ce qui excuse tout de même un peu Invertia de cette erreur de casting. J’espère que ce n’est pas l’album de trop, avec toute mon empathie sincère… Désolé.
Tracklist :
1. Through the Black Bubble (6:04)
2. Preaching to the Fire (5:34)
3. What We Will Never Be (5:07)
4. A Spokesman for No One (6:27)
5. The Old Suckers (5:42)
6. Vitriolic Tide (4:30)
7. A Fragment of Father Time (4:50)
8. Super Morbidly Deceased (7:40)
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