Abduction

Le 4 mars 2024 posté par Metalfreak

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Interviewers : Vigdis / Le Marquis Arthur
Interviewés : Guillaume Fleury (Guitares) / François Blanc (Chant) / Morgan Velly (Batterie).

Le jeudi 23 novembre 2023, Vigdis et Le Marquis Arthur ont eu le plaisir d’interviewer trois membres du groupe Abduction concernant leur dernier album « Toutes blessent, la dernière tue », sorti le 1er décembre 2023.
Nos deux chroniqueurs ont pris leur temps pour publier cet échange, mais vu sa longueur, vous comprendrez pourquoi ! C’est donc avec François, Guillaume et Morgan que nous avons partagé nos impressions sur les neuf morceaux qui composent cet opus pendant près de deux heures. Nous vous laissons découvrir !

Arthur : Abduction existe maintenant depuis une dizaine d’années, comment s’est formé votre groupe ?
Guillaume : Cela fait presque une vingtaine d’années, je dirais, car le groupe a été fondé en 2006. Cette année-là, le leader de Dissection (Jon Nödtveidt) est décédé, ce qui m’a beaucoup marqué car c’était l’un de mes groupes ultimes. Cela m’a donné une impulsion pour lancer quelque chose de nouveau. J’ai donc commencé à apprendre la guitare de manière autodidacte, ayant déjà eu une expérience de piano. Je me suis formé en reprenant des morceaux de Dissection, de Metallica et d’autres groupes parmi mes favoris. Petit à petit, j’ai appris à structurer mes propres morceaux. Lorsque j’ai senti que j’étais prêt à lancer quelque chose de sérieux et de méritant d’être travaillé en groupe, j’ai commencé à chercher d’autres membres.
Au départ, j’ai essayé avec un ami de fac, mais cela n’a pas vraiment donné quelque chose de sérieux. Ensuite, j’ai proposé à mon ami Guillaume Roquette, qui était le premier chanteur du groupe, de me rejoindre. Nous avons démarré ça tous les deux, ensemble, au début. Puis nous avons été rejoints par Morgan, que j’avais rencontré avec Guillaume via un forum sur Internet. Nous avons progressivement mis en place des morceaux, les avons structurés, et Matthieu nous a rejoints à la basse, prenant également en charge l’écriture des textes. Nous avons sorti notre première démo en 2010. Par la suite, Guillaume était moins motivé pour chanter sur des morceaux un peu alambiqués, un peu compliqués, surtout en chant clair. C’est là que François est intervenu, et depuis ce changement, nous sommes restés tous les quatre. C’est le seul changement de line-up de notre histoire, d’ailleurs. Nous avons sorti un album en 2016, puis en 2018 et en 2020, et maintenant, voici le quatrième.

Vigdis : Avec maintenant quatre albums à votre actif, aviez-vous envisagé d’incorporer du piano dans vos morceaux, étant donné que tu as une expérience en tant que pianiste ?
Guillaume : Non, je n’ai jamais eu envie d’ajouter du clavier dans nos morceaux. D’ailleurs, c’est assez amusant car François est également claviériste de formation. De temps en temps, il propose encore d’ajouter des parties de clavier, mais pour l’instant, je résiste encore.

Vigdis : Pourquoi ?
Guillaume : Pour moi, il est essentiel que toutes les mélodies passent par les guitares. C’est un peu dans l’ADN de notre groupe. Ce n’est pas que je n’aime pas le piano, au contraire, j’aime même énormément le clavier. Je suis même un fan de speed metal avec des parties de clavier sans problème. Mais dans notre musique, je voulais que tout passe par la guitare. Peut-être que c’est un choix plus traditionnel. Cependant, il y a bien du piano sur notre démo, dans un petit morceau.

Arthur : Il y a la version synthétiseur sur deux albums.
Guillaume : Oui, c’est François qui s’est occupé des versions synthétiseur, qui sont des revisites des morceaux de notre troisième album, « Jehanne », en utilisant des synthés, et c’est très beau. C’est juste que dans notre musique et peut-être que je changerai d’avis un jour, c’est possible, si nous modifions un peu nos textures et nos structures actuelles, pour l’instant, j’avais vraiment envie de rester dans le classique « guitare / basse / batterie / chant ».

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Vigdis : Pourquoi avoir choisi le nom Abduction pour votre groupe ?
Guillaume : Au départ, j’ai trouvé ce nom dans un livre d’ufologie, traitant de sujets pas très sérieux sur les OVNIs et autres choses du genre. Je ne l’ai pas vraiment trouvé passionnant, même si c’était amusant. C’était quelque chose que je partageais avec Guillaume, le premier chanteur. On s’amusait bien avec les livres qui parlaient d’enlèvements extraterrestres à l’époque. J’ai aimé la sonorité du mot « abduction », et j’ai trouvé qu’il avait d’autres significations. L’une d’entre elles, qui m’a particulièrement plu, est l’enlèvement de l’âme par une force spirituelle supérieure et impalpable, qui aspire l’âme et la sépare du corps. Je trouvais que c’était un choix très fort pour le nom du groupe.
« Abduction » évoque quelque chose de puissant… Voilà.

Vigdis : Est-ce que ton inspiration vient principalement de Dissection, ou est-ce que tu t’inspires également d’autres groupes ?
Guillaume : Non, je ne dirais pas que nous nous inspirons d’autres groupes. Personnellement et en toute humilité, je pense que c’est une erreur en musique, et je préfère éviter cette approche. Dissection est certainement une influence incontournable dans notre musique. Tu vas ressentir cela dans certains trémolos, certaines mélodies, etc. Tout comme tu peux peut-être ressentir l’influence d’Opeth dans les structures, ou de Primordial dans certains rythmes tribaux. Nous avons des groupes en commun qui nous inspirent. Par contre, quand nous composons, nous n’avons pas pour objectif de sonner comme un groupe en particulier. Nous prenons nos instruments, je prends ma guitare, et je recherche des idées. C’est beaucoup de ressenti, très intuitif et personnel. Nous puisons dans nos influences comme des impulsions qui nous ont donné envie de jouer de la musique, qui nous ont inspirés lorsque nous apprenions nos instruments. Mais nous n’avons jamais dit « faisons un hommage à Dissection » ou « faisons quelque chose qui ressemble à Dissection ». L’idée était vraiment de créer notre propre identité musicale.

Arthur : D’ailleurs, aujourd’hui, c’est votre marque de fabrique. Abduction possède une identité musicale qui lui est propre. On reconnaît assez rapidement que c’est votre groupe.
Guillaume : C’est le plus beau compliment que tu puisses me faire.
Morgan : On essaie, en tout cas.

Vigdis : À quel style de musique vous rattachez-vous ?
François : C’est toujours un peu délicat, car les étiquettes sont par définition un peu limitantes, mais en même temps, elles sont utiles. Elles donnent une indication, on ne peut pas tout connaître et cela aide à se faire une idée globale de ce que l’on va entendre quand on lance un album. Pour ma part, je dirais black metal progressif, même si techniquement, plus le temps passe, plus l’influence black est intégrée voire même diluée dans d’autres styles musicaux, et le côté progressif n’est pas forcément quelque chose auquel on est toujours très sensible. Cependant, il y a cette variation dans les structures, cette alternance entre différents styles de chant, entre parties claires et extrêmes, parfois des syncopes ou des changements rythmiques abrupts, des plans un peu alambiqués. Donc, je dirais black metal progressif, faute de mieux.

Arthur : Il y a même des passages qui sont tellement calmes et posés que ça pourrait passer pour du black metal atmosphérique.
François : Chaque auditeur peut avoir sa propre définition ou interprétation. Ça ne nous pose aucun problème. Nous faisons notre musique telle que nous la ressentons et ensuite, chacun y verra ce qu’il souhaite y voir. Alors, le côté atmosphérique ne fait pas partie du cœur de nos influences, mais pourquoi pas. Cependant, il est clair que notre musique a un aspect atmosphérique dans son essence.

Vigdis : Alors parmi vous quatre, il en manque un. Qui compose, qui écrit ?
Guillaume : C’est moi qui compose tout. Au départ, j’écris l’ensemble des parties avec les guitares, je structure les morceaux avec elles. Ensuite, Morgan ajoute ses parties de batterie et écrit tous ses rythmes, tandis que Matthieu écrit presque toutes les lignes de basse. Il peut arriver que j’écrive certaines lignes de basse si j’ai des idées spécifiques à l’avance. Enfin, François participe avec Matthieu et moi pour structurer les lignes vocales, placer les textes, voire les réécrire ou les remanier pour qu’ils correspondent, et choisir les types de voix à utiliser, car il varie beaucoup son chant. Donc, c’est un processus collectif, même si l’impulsion de départ vient de moi et que j’ai la vision globale, que je guide dès le début. Je suis celui qui la tient au départ.

Arthur : Et c’est aussi parce que c’est plus facile d’écrire les lignes de chant lorsque les mélodies sont déjà établies, ce qui permet d’adapter la dureté d’une phrase ou quoi que ce soit.
François : Oui, et puis de toutes façons, ensuite, il y a beaucoup de choses qui se font aussi à l’instinct. Il peut y avoir des changements de dernière minute en studio lorsque l’on se rend compte que l’on a quelque chose de mieux. Mais ensuite, nous avons un côté perfectionniste dans le groupe, donc souvent nous savons déjà à 99% ce que ça va être.
Cependant, nous nous laissons toujours une marge de manœuvre pour pouvoir un peu adapter ou ajouter des choses à la dernière minute.

Arthur : Les imprévus peuvent parfois sublimer encore plus les choses.
François : Oui, cela s’est produit sur presque tous nos albums, sauf le premier qui n’a pas été réalisé de la même manière.

Arthur : Sur les trois derniers albums, vous êtes à peu près sur le même fonctionnement ?
François : Oui, je pense.

Arthur : Justement, ce nouvel album, qui va sortir prochainement (« Toutes blessent, la dernière tue »), que représente-t-il pour vous ? Est-ce que pour vous, c’est un aboutissement et un accomplissement ?
Morgan : Cet album, je pense, représente un aboutissement, ou du moins la direction vers laquelle nous aspirions depuis le début. Au départ, sur notre premier album, c’était très brut, presque impulsif, avec des erreurs de jeunesse évidentes. Nous avons évolué avec le temps, notamment dans la manière dont Guillaume compose la musique. Il faut rappeler que, à la base, nous sommes tous amis. Quand nous avons commencé à faire de la musique, Guillaume a évoqué la direction générale que nous souhaitions prendre, et j’y adhère totalement car c’est exactement comme cela que j’imaginais faire de la musique et comment cela devrait sonner. Quant à l’étiquette, François y a répondu, mais cet album, ce nouvel album, nous est très cher. Nous avons mis toute notre énergie dans les mélodies de guitare, les rythmes de batterie, le chant… C’est vraiment un aboutissement. Les expériences que nous avons eues avec « Jehanne » nous ont poussés à pousser encore plus François dans ses retranchements, à voir aussi où étaient certaines faiblesses dans la structuration, dans l’enchaînement des plans, dans la longueur des titres.

Arthur : Combien de temps vous a-t-il fallu pour enregistrer cet album ?
Guillaume : Nous avons réalisé deux sessions de trois jours chacune.
François : Nous avons eu une session un peu plus longue.
Guillaume : Nous avons eu une session de trois jours, une session de cinq jours et une demi-journée dédiée au chant. Mais lors de chaque session, nous avons enregistré quatre morceaux.

Arthur : Cela représente une semaine d’enregistrement assez intense ?
Guillaume : Pour « Jehanne », il y en a eu deux.

Vigdis : Ça semble très rapide, non ? Cela me paraît court.
Guillaume : Pour « Jehanne », nous avons mis deux semaines, et pour « À l’Heure du Crépuscule », nous avons mis une semaine. Le processus a été plus rapide pour ce dernier car tout semblait couler de source. De plus, nous travaillons avec Déhà, qui est très efficace lors des enregistrements.

Arthur : Nous avons une question concernant la première chanson, qui est également le titre de l’album « Toutes Blessent, la Dernière Tue ». Qu’avez-vous voulu transmettre à travers cette chanson ? Car à travers les paroles, on peut y voir les affres des actualités qui seront balayés par des forces plus puissantes, via la métaphorise de l’orage ?
Vigdis: Je perçois la chanson comme étant antipolitique ou complètement anarchiste, car les nuages noirs me rappellent clairement le drapeau anarchiste. Il y a un rejet de la hiérarchie dans les paroles… Tous ces aspects m’évoquent l’anarchisme. Soit je me trompe complètement, soit la chanson est orientée dans cette direction. Mais en même temps, la fin de la chanson, si l’on veut, c’est effectivement, comme Arthur le disait, une intervention extérieure supérieure, ou bien c’est l’humanité elle-même qui a décidé de s’autodétruire… Mais je voyais cela comme quelque chose d’antipolitique ou d’anarchiste vu les références. Qu’en est-il vraiment ?
Guillaume : En fait, c’est dommage que Matthieu n’est pas là, puisque c’est lui qui écrit majoritairement les textes, même si nous en discutons ensemble. Je pense que ce n’est pas vraiment antipolitique dans le sens où c’est plus social que politique. Ce qui nous intéresse plutôt, ce sont les réactions des êtres humains, les réactions humaines.

Vigdis : On est plutôt sur l’anarchisme ?
Guillaume : Tu es plus proche de ça que sur un truc antipolitique, même si les nuages noirs du texte sont une métaphore pour parler de toutes les haines, les comportements qu’une majorité opprimée par une minorité, qui concentre beaucoup de pouvoir, vont finir par faire exploser. Les orages finissent par éclater. Je ne pense pas que Matthieu soit anarchiste. Il ne l’a jamais dit. Mais ce qui nous a intéressé dans cette idée… Enfin, il y a peut-être un côté un peu…

Vigdis : Je précise : l’anarchisme, c’est l’absence de chef, pas l’absence de règles.
Guillaume : On ne va pas aussi loin que ça. Notre idée n’est pas vraiment là-dessus. Nous sommes plutôt sur une observation, pas une leçon de morale… Une observation de la manière dont notre société actuelle peut cristalliser beaucoup de différences, polariser les choses, se mettre dans des cases très précises, sans laisser beaucoup de place à la nuance. Nous nous posons donc la question, finalement, quelle que soit notre tendance politique ou religieuse…
En général, même si tout le monde essaie de faire de son mieux pour créer un monde meilleur, il y a toujours quelque chose qui fait que l’on finit par se détruire. C’est mon point de vue. Il y a aussi un peu cette idée du risque : en partant de très bonnes intentions, en voulant essayer de changer les choses pour le mieux, je sais que Matthieu a ce côté pessimiste dans ses textes. On finit toujours par recréer un cycle négatif où, finalement, on reproduit parfois, par vengeance, des choses que l’on voulait abolir chez ceux que l’on a renversés. Même en étant de bonne foi, on finit par faire un peu la même chose que ceux contre lesquels on se battait. C’est un texte qui me parle beaucoup.

Vigdis : Ce que tu me dis là retranscrit globalement les fondements de l’anarchisme. Les études politiques font partie de mon cursus. Ce que tu me dis est la base de l’anarchisme : la personne ou les personnes qui accèdent au pouvoir finissent fatalement et fondamentalement par reproduire les erreurs des précédents.
Guillaume : L’idée globale, c’est ça.

Vigdis : Selon les idéologues du XIXème siècle, au-delà de la morale et chacun y mettra ce qu’il veut dans la notion d’anarchisme du XXIème siècle, mais selon les idéologues de l’époque : puisque le pouvoir finalement corrompt les gens qui y accèdent, supprimons le pouvoir. Plutôt que d’être sur un système vertical, ce qui est le cas aujourd’hui en France par exemple, du pouvoir allons vers un système horizontal et une autogestion de l’humain. Voilà pourquoi j’en étais venue à vous poser cette question, c’est via les paroles : « Dans la très sainte égalité / Se gravissent les degrés dorés » : tu es déjà dans une égalité inexistante. Le rejet de la verticalité etc…
Guillaume : Il y a sûrement de ça, mais comme on fait les textes ensemble aussi, il n’y a pas de conclusion, on ne dit pas quelles sont les solutions. On n’a pas de solutions particulières. On constate surtout ce repliement sur la manière… Comment dire… Il y a des façons de voir les choses qui sont très polarisées, et on s’enferme beaucoup dans des camps. On s’entoure beaucoup de gens qui pensent comme nous, en se remettant finalement assez peu en question et en dialoguant peu avec le camp d’en face. On est assez persuadés que c’est nous qui avons raison et les autres qui ont tort. Il y a peu de nuances… Le manque de nuance est un sujet qui nous interpelle beaucoup dans le monde actuel. On comprend bien qu’il y a des sujets sur lesquels il faut être intransigeants pour ne pas que ça parte n’importe où… Mais il y a aussi l’idée du manque de nuance, qui je sais était l’un des points de départ de ce texte pour lui (Matthieu).

Vigdis : J’avais aussi une question sur la partie « abattent insensées tous les murs ». La question est : quel mur ? Dans quel sens doit-on prendre cette phrase ?
Guillaume : En gros, c’est le risque, quand on se laisse beaucoup diriger par ses émotions et que l’on pense faire partie d’un ensemble méprisé, et que l’on veut supprimer de la société tous les éléments qui sont positifs mais pour la seule raison qu’ils appartiennent à une classe de personnes qui ont une vision contraire à cela… Indépendamment des bienfaits que cela aura apportés, on ouvrira une espèce de boîte de Pandore au nom du bien, et on finit par détruire un édifice commun que l’on aura mis des générations à construire… C’est ça les murs, en fait.

Vigdis : Mais au nom du bien, on fait beaucoup de mal.
Guillaume : Exactement. C’est un peu le côté défaitiste qui est dans la conclusion… Quel que soit les tendances politiques ou confessionnelles, on essaie tous, avec notre conscience et nos convictions, d’ériger un monde meilleur pour les autres et pour nous-mêmes, pour les nôtres… Et bien en fait, est-ce qu’on peut vraiment avoir la prétention d’avoir la connaissance du bien universel et d’agir au nom du bien universel ? C’est pour ça qu’on se demande si le laissé-pour-compte qui prend sa revanche, qui remplace celui qu’il pensait qui l’avait oppressé, ne va-t-il pas reproduire par vengeance les mêmes travers ? Est-ce que l’on ne va pas reproduire tout le temps les mêmes erreurs, en gros. Que Matthieu se soit inspiré de pensées anarchistes ou libertaires, je ne sais pas, par contre, la chanson est plus un constat pessimiste, globalement. Si tu prends la conclusion, on est plus sur une idée un peu fataliste. Je sais qu’on est un peu dans cet état d’esprit ces dernières années.

Vigdis : Pour vouloir faire le bien, dans la chanson, on finira par refaire les mêmes erreurs, reproduire les mêmes problèmes ?
Guillaume : Oui, c’est ça. On ne veut même pas enlever la notion de pouvoir dans la chanson… L’idée est plutôt de vouloir prendre la place de celui qui est au pouvoir en pensant faire mieux.
Mais bon, c’est ma vision du texte… Matthieu aurait peut-être une autre interprétation.

Vigdis : Malheureusement, il n’est pas là
Guillaume : François, tu en penses quoi de ton côté ?
François: Je trouve intéressantes les différentes perspectives évoquées. Effectivement, le point assez fondamental est que ceux qui veulent faire le bien sont parfois tellement galvanisés par la haine du pouvoir en place qu’ils pourraient finir par commettre des erreurs terribles, nuisibles à l’établissement d’un projet commun, comme l’a souligné Guillaume. Mais en fait, quand on parle du rejet de la verticalité redessinant un horizon bétonné, c’est plutôt dit comme quelque chose de négatif, car il y a un aspect spirituel qui n’a pas encore été abordé dans la discussion. Par exemple, quand on parle des sourds aux cuivres des clochettes, c’est parce que pour nous, tout n’est pas à rejeter dans le Christianisme, quoi qu’on en pense. Cela a servi de socle commun à une société par le passé, quelque chose qui a plus ou moins disparu… Quoi qu’on en pense, le Christianisme, sans dire qu’il serait forcément la solution, nous fait défaut aujourd’hui. Ainsi, le rejet de la verticalité n’est pas censé être aveugle. Quand on parle des élites abhorrées, de ceux qui concentrent le pouvoir et méprisent les peuples, ce sont eux l’ennemi. Mais le rejet de la verticalité comme forme de transcendance ou de réflexion spirituelle, c’est plutôt quelque chose que l’on aurait tendance à regretter ou qui nous affligerait. Donc, ce serait plutôt un peu double. On se replace dans une optique où l’être humain n’est pas forcément le seul maître du monde ou le seul créateur, en revanche, ceux qui veulent se mettre à la place de Dieu et diriger leur semblable, s’élever par leur pouvoir, c’est eux qui sont à craindre et à redouter. Le constat fataliste qui est fait dans la chanson, c’est plutôt les cycles de société qui se répètent avec l’idée de détruire en place pour recréer du similaire. Pour moi, c’est ce qui fait l’intérêt du texte et qui a plusieurs angles de lecture. Et quand on décrypte les symboles, il y a quand même un sens général qui se dégage, et du coup, c’était pour moi très émouvant à chanter.
Guillaume : C’est ce que je trouve super, c’est que même au sein du groupe, on n’a pas les mêmes lectures des textes, et c’est ce que j’aime beaucoup dans l’écriture de Matthieu. Matthieu n’écrit pas des textes au hasard. Parfois, cela peut me lasser quand des artistes disent en interview : « Mon texte, je ne l’explique pas parce que chacun peut se l’approprier. Je ne dis rien ». En fait, moi j’aime bien qu’il y ait vraiment quelque chose derrière et qu’il me donne les clés pour comprendre. Et c’est vrai que pour le coup, Matthieu a la capacité d’écrire des choses qui peuvent être interprétées de manières différentes, notamment parce qu’en tant que parolier, et c’est justement l’une de ses grandes qualités, il ouvre énormément de questions mais n’est jamais péremptoire. Il ne donne pas de réponse du genre « Voilà ce qu’il faut penser ». Lui, il s’interroge. On parle beaucoup tous les deux, on s’interroge sur plein de choses, et on n’a pas forcément les réponses. Voilà ce que l’on constate. Ce n’est pas forcément très réjouissant, mais c’est comme ça qu’on le perçoit, et on se demande où cela va nous mener.

Vigdis : Dans « Disparus de leur vivant », je retrouve une dimension politique, où l’on retrouve la notion de lutte des classes, avec la description de l’ouvrier vivant sa vie comme un esclave. C’est une réalité très actuelle que nous vivons tous, à des degrés divers.
Guillaume : c’est complètement le sujet, absolument.

Vigdis : Je tiens à préciser qu’hier avec Arthur, nous ne voulions pas aborder le sujet de la politique… Mais cela risque d’être compliqué étant donné les paroles ! Haha
Guillaume : Encore une fois, le texte n’est pas nécessairement politique.

Vigdis : On est plus dans l’humanisme alors.
Guillaume : C’est ça ! Le fond du texte porte sur les soldats et leur traitement après leur retour de la Première Guerre Mondiale, ainsi que sur le cynisme avec lequel on les a déjà envoyés à l’abattoir pour des intérêts qui, au fond, ne sont pas forcément les leurs. Ensuite, il aborde la manière dont ils sont accueillis humainement après avoir vécu l’enfer sur terre, avoir énormément souffert, vu leurs amis mourir, été blessés ou défigurés. C’était pendant longtemps un grand tabou dans notre histoire française. Je sais que dans ma famille, plusieurs membres ont participé à la Première Guerre Mondiale. On ne parlait jamais de ça. Je l’ai su parce que j’ai beaucoup fait de recherches à ce sujet, j’ai retrouvé des documents de leurs supérieurs, des décorations, des médailles, etc., mais sinon il n’y avait rien du tout. De toute façon, à l’époque, les suivis psychologiques n’existaient pas. C’est assez récent. Mais ce qui nous a interpellés, c’est vraiment l’idée que tu étais dans les tranchées, que tu prenais des obus, que tu voyais des amis mourir, et deux mois plus tard, tu reviens et c’est les années folles, les gens font la fête… Il y a une violence sociale, et il faut que tu retravailles, que tu retournes au turbin. Mon arrière-grand-père a bataillé très dur, mon grand-père a fait Verdun, il est revenu, il a fallu qu’il reprenne son travail de maçon, il a fini par mourir très jeune d’une maladie des poumons, qu’il a sûrement eue à cause de la guerre et qui n’a pas été facilitée par le travail physique. Et on parlait de tout ça, aussi évidemment, du côté politique. On a évoqué le fait que lorsque tu rentres de la guerre, que tu as défendu ton pays, il y avait un sentiment patriotique qui était encore très fort, mais qu’il y avait aussi les scandales politiques, financiers, et qu’il y a eu une sorte d’élite qui s’est enrichie sur ton dos, parce qu’elle n’est pas allée se battre, mais qui a récupéré les bénéfices qu’elle a pu magouiller en toute tranquillité, même si certains scandales ont éclaté et que des choses se sont sues, mais que ça a rendu les choses encore plus violentes socialement parlant. Derrière, il y a aussi le côté un peu cynique de beaucoup s’inquiéter de récupérer de l’argent pour faire des monuments et pour rendre hommage, mais en ne se souciant pas franchement de ceux qui sont revenus vivants et blessés, aussi bien dans leur chair que dans leur âme.

Vigdis : Ça me rappelle un peu « Au revoir là-haut » (ndlr : Film de Dupontel).
Guillaume : Il y a effectivement cette idée dans ce film. On n’invente pas la roue, mais ce sont des sujets qui nous passionnent. Et encore une fois, j’aime beaucoup ce texte de Matthieu. Il aborde un sujet où tu pourrais vite te laisser emporter par la passion, t’enflammer, à donner des leçons, et je trouve qu’il le traite avec beaucoup de pudeur et de recul. Il essaie simplement de comprendre. Dans l’album précédent («  Jehanne »), on essaie de comprendre ce qu’elle ressent, comment elle voit les choses, ce qu’elle vit au plus profond d’elle, et comment les gens autour d’elle voient les choses… C’est ce qui nous intéresse vraiment, c’est vraiment les hommes. Leur ressenti, comment ils voient les choses, c’est ça qui nous passionne. Beaucoup plus que des idées politiques.

Vigdis : Ça fait partie de mon cursus : au cœur même de la politique, il n’y a pas de sens de bons ou mauvais. La politique est clairement une part de la philosophie et c’est juste le mot qui signifie la vie publique. Il n’y a pas de notion de mauvais ou pas. La politique, par définition, est humaine de nature. C’est la politique qui définit comment on vit les uns avec les autres. Après, on en a oublié le sens. C’est pour ça que j’aime bien remettre un peu de sémantique dans tout ça. La politique n’est pas un gros mot. La politique, c’est les humains et comment ils vivent ensemble.
Guillaume : Je suis d’accord. Ce texte est politique. Cependant, il ne contient pas de notion de jugement.

Vigdis : Je ne parle pas de « je veux emmener les auditeurs vers la droite / la gauche / l’anarchisme /
le communisme/ etc. ». C’est pour cela que quand je dis politique, je ne mets pas de notion derrière. Il y a ce côté politique, la gestion de la vie ensemble, et dans le deuxième : l’humain dans la société qui se retrouve broyé dans un système qu’il a lui-même mis en place.
Dans la troisième chanson, « Dans la galerie des glaces », c’est l’humain et son ego, donc nous contre les autres. La question à la fin (« A quoi bon être roi / Quand tout le monde l’est déjà ? ») est-elle défaitiste : l’union entre les gens est inexistante ou peut-on être tous égaux puisque si l’on est tous des rois, il n’y a plus de roi ?
Guillaume : Pour le troisième texte, c’est moi qui l’ai écrit. Personnellement, mon constat sur le troisième est une source d’inquiétude pour moi. C’est vraiment ma pensée personnelle, et je sais que même au sein du groupe, tout le monde ne l’a pas interprété comme moi. Mais j’ai personnellement un problème avec tout ce qui concerne le développement personnel. Cela peut partir d’une très bonne intention, mais je constate autour de moi, même parmi mes proches, que cela tourne très vite vers un narcissisme assez néfaste et égocentrique. On finit par oublier qu’on vit avec d’autres gens et qu’il est bon aussi de s’intéresser aux autres. On peut aussi aller beaucoup mieux quand on pense un peu moins à soi et un peu plus aux autres. Il existe cette tendance un peu malsaine à notre époque, qui, encore une fois, part d’un bon sentiment. C’est pourquoi c’est toujours un peu délicat. Je ne peux pas arriver et dire « qu’il faut tout abattre, qu’il faut détruire le développement personnel. Les gens n’ont pas besoin de ça ». Ce n’est pas ce que je dis. Je constate simplement qu’on arrive à un moment où l’on flatte systématiquement l’ego, et surtout, si je devais résumer ce qui me perturbe le plus et ce qui me questionne le plus, c’est cette idée de ne jamais se remettre en question. On pense qu’on n’a pas besoin de le faire parce que l’on est soi-disant le plus fort, le meilleur. Si quelqu’un te critique, c’est probablement parce qu’il est toxique et qu’il te veut du mal. Surtout, n’écoute pas ces critiques, ne crois qu’en toi et prends bien soin d’éliminer, surtout, ceux qui pourraient te permettre de te remettre en question si tu le voulais. Si je devais résumer, c’est ça.

Vigdis : Je suis d’accord, donc je vais avoir du mal à débattre sur le propos.
Arthur : Il y a quand même une analyse où l’on se rend compte qu’au début quelqu’un se prend pour un souverain, puis on réalise que cela se creuse et les miroirs laissent apparaître une cruelle vérité.
Guillaume : la personne n’est pas toute puissante, elle se pense toute puissante.

Arthur : La cruelle vérité resurgit finalement.
Guillaume : La cruelle vérité, « tu » ne veux pas l’entendre. C’est pour ça que les violons jouent de plus en plus fort (ndlr : les paroles de la chanson : « Toujours plus fort sonnent chœurs et violons »). Parce que tu ne veux pas l’entendre. Parce que tu ne veux pas qu’on « te » pose la question, parce qu’au fond de « toi », « tu » sais que c’est absurde, un monde où nous sommes tous notre propre roi et où nous faisons tous ce que nous voulons. Nous savons très bien que ça ne peut pas fonctionner.

Vigdis : Je suis d’accord, car nous vivons dans un monde où, si l’on écoute le développement personnel, on te dit qu’il faut détruire ton ego. A la base, l’ego te sert à survivre aux blessures narcissiques. L’ego ne te sert pas à te guider dans la vie, à te dire que tu es le roi, le plus fort. Mais il te sert à te dire, quand il t’arrive quelque chose, « c’est bon, tu peux t’en remettre ». Aujourd’hui, on a mis un outil de la psyché humaine, de la psychologie humaine, au centre de tout et on en a fait des rois. En fait nous sommes des animaux, des humains… La vie est assez psychédélique comme ça sans rajouter que « tu » es un roi, un dieu ou une déesse. Le texte est assez clair là-dessus.
Guillaume : Oui, et en plus, ce qui m’énerve, si je devais aller plus loin puisque tu en parles, c’est qu’en plus, ce truc-là est un outil très pratique pour pousser de plus en plus à une forme de consommation et ne surtout pas réfléchir à de vrais problèmes.
Morgan : Je suis psychologue cognitif. Ce que disait Guillaume est très intéressant sur cette histoire de développement personnel. Il faut toujours garder une espèce de recul et arriver à lâcher prise, mais aussi à avoir une critique.
Je travaille beaucoup sur ce qui est métacognition et sur ce que je fais de ma façon de penser. Et c’est arriver à comprendre que l’on a des biais. Je ne vais pas élaborer plus que ça, mais c’est normal d’avoir des biais. Il y a un truc qui revient dans toutes nos chansons : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Dans cette dernière chanson, « La Galerie des Glaces », il y a ce côté où les gens ne cherchent pas à faire connaissance les uns avec les autres, ils ne savent pas faire connaissance. Ils se rangent facilement dans des cases, parce que c’est angoissant de ne pas classer. La nature aime le vide mais pas l’humain. L’humain a besoin de remplir des choses, des cases, de savoir à qui il s’adresse. Il a besoin de pouvoir savoir si en face de lui c’est quelqu’un de bien ou pas bien. Mais en fait, le monde n’est pas blanc ou noir, c’est du gris.

Vigdis : Donc pour toi, dans la chanson, vous évoquez plutôt ce qui est dichotomie, manichéisme de l’humain. En tout cas, l’humain qui veut réduire le monde à quelque chose de manichéen ?
Morgan : Dans cette chanson, on a tous notre interprétation. Mais moi, au travers de ce que je peux croiser avec les gens, il y a un besoin de se mettre en avant, certainement par manque de confiance, de problème d’estime de soi. Les gens ont besoin de cela parce qu’ils ont besoin de savoir qu’ils existent et qu’ils comptent.

Vigdis : Les gros ego ont généralement un complexe d’infériorité.
Guillaume : Le manque de confiance en soi, c’est le mal du siècle. Il est alimenté par le monde dans lequel on vit et par les valeurs que l’on a actuellement.
Morgan : Et ce côté consumériste que tu mentionnais tout à l’heure, en lien avec les problèmes de dépression qui ont explosé, avec la COVID, il y a eu une augmentation de plus de 50 % des jeunes en dépression, des problèmes thymiques (ndlr : d’humeurs). Dans cette chanson-là, cette personne se prend pour le roi, mais en réalité, il est tout seul. Et si tout le monde pense comme lui, il n’y a pas de roi. On ne peut pas être le roi et considérer que l’on a des sujets si tout le monde pense de la même manière. Il n’y a pas de sujet, il n’y a pas de roi, tu es tout seul. Et la galerie le renvoie à sa solitude et au fait que, finalement, sa façon de penser est obsolète parce qu’il se rend compte peut-être que penser de cette manière, ça ne convient pas du tout.

Arthur : Il y a aussi cet aspect miroir qui renvoie à cette personne qui se reflète.
Morgan : À la fin, peut-être qu’elle finira par consulter ? Haha, on reste dans le côté pessimiste des choses. Finalement, même si la personne se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas, elle ne se dit pas que c’est elle, mais les autres.

Vigdis : J’avais une question mais vous y avez répondu : est-ce que la rencontre humaine est toujours possible ? Mais le texte étant pessimiste
Guillaume : Elle est toujours possible, la rencontre humaine, mais elle est de plus en plus difficile. On a un besoin urgent de le faire.

Vigdis : La génération actuelle est-elle davantage concernée par ces rencontres rendues compliquées ?
Guillaume : Ce n’est pas nécessairement un problème de génération, c’est assez global. Mais je pense, c’est juste mon avis puisqu’on en parle, qu’il est urgent d’arrêter d’imaginer la vie comme si on était une star ou un acteur principal, mais avec plus de recul et un peu moins d’ego. Je comprends que ça parte d’une bonne intention, mais ça a des effets pervers…
Morgan : Il y a un travail sur soi à faire, mais aussi par rapport aux autres.
Guillaume : Il faut peut-être moins se prendre la tête à se demander ce que je suis… Peut-être moins s’obséder avec la question de savoir ce que je vaux, si je suis super, génial, si ma vie a un sens, etc. Il y a des moments où cela devient excessif.

Vigdis : Je me permets un petit tacle : tu parles de ça à l’ère de TikTok, Instagram, WhatsApp et tous ces réseaux-là…
Guillaume : C’est justement ça le problème, la société dans laquelle on vit alimente tout ça !

Vigdis : Ha oui, totalement ! On est dans l’attente des likes, des followers, etc., qui vont te dire que tu es la plus belle ou le plus beau, etc…
Guillaume : Mais c’est juste quand on dit que c’est la génération… Je tique. Pour le coup, je suis optimiste. Je pense que les plus jeunes ne sont pas forcément foutus, paumés.

Vigdis : Je pense que c’est un outil encore assez récent et qui mérite encore d’être dompté.
Guillaume : Je suis vraiment curieux de voir sur quoi ça va aboutir sur la durée
Morgan : Guillaume le dit, mais on manque de recul encore. Moi, j’essaie, je travaille déjà, je n’ai pas envie d’avoir du boulot à la maison, mais tous ces réseaux sociaux, c’est… On reste des observateurs, on essaie d’amener une forme de pensée, de réflexion, et après, les gens s’en saisissent comme ils le souhaitent. Ça n’empêche pas d’avoir une trame tout au long de l’album. On a toujours cette trame, sur tous nos albums, on a cette notion du temps qui passe, de tout ce qui change dans les sociétés, chez les humains.

Arthur : Cet album, si je peux me permettre, il parle d’Histoire, mais plus actuelle. Les autres étaient plus axés sur le passé, mais là, on est dans le XXIème siècle.
Guillaume : Vu que l’on est dans une époque où l’on glisse de plus en plus vers des dérèglements sociaux graves à mes yeux, ça nous interroge davantage qu’en 2016. Donc, du coup, ça se reflète davantage dans nos textes, puisque dans nos textes, on parle de ce qui nous interroge, de ce qui nous intéresse. Après, on parle toujours d’Histoire : la Première Guerre Mondiale, les grands explorateurs, on fait un hommage à Cyrano de Bergerac. Il y a toujours cette trame historique et littéraire. Mais c’est vrai que là…
Morgan : Il y a aussi le contexte de la composition de l’album, avec le confinement, etc. Effectivement, cela apporte également un regard sur comment cela a été géré, comment les gens ont essayé de se retrouver, « je suis là, je suis sur les réseaux sociaux », pour rompre l’isolement. Les gens ont cherché à maintenir un contact humain, même si cela n’a pas forcément fonctionné comme il le fallait. Comme on le disait tout à l’heure… On en revient au manque de recul, très clairement. Nous, je pense très sincèrement, mais aussi Guillaume : tu as aussi ce regard-là sur le contexte de composition de l’album, je pense que la COVID, etc., a influencé l’écriture.

Arthur : Ce que l’on a vécu a influencé beaucoup de monde.
Vigdis : On vit, ces dernières années, une époque assez charnière. En tant que maman, je le vois avec du recul, mais on traverse une période où beaucoup de choses se passent et se modifient. Il y a quelques décennies, globalement, nous étions dans une ère relativement stable, sans grands conflits majeurs, avec en plus la chute de l’URSS. Mais ces dernières années, entre le confinement – le premier de ce genre depuis des décennies – les tensions avec la Russie, etc., il y a tout un contexte qui montre que l’humanité est en train d’évoluer. Vers quoi, je ne sais pas, et personne ne peut le prédire. J’ai à la fois un certain pessimisme et un optimisme. Avant de maîtriser de nouveaux outils, on fait toujours des erreurs. Et là, nous sommes en plein dedans, mais cela signifie aussi que plus tard, nous saurons enfin comment utiliser ces outils qui sont désormais omniprésents. C’est pourquoi il est intéressant de créer un album sur l’humain et la société, sans parti pris, à l’heure actuelle, parce qu’il se passe énormément de choses.
Arthur : J’ai une question concernant « Les Heures Impatientes » : La musique est-elle une métaphore du temps passé au purgatoire ?
Guillaume : Je pense que c’est le morceau qui nous tient le plus à cœur, à Matthieu et moi. C’est très personnel pour nous deux. Quand Matthieu l’a écrit, je me le suis beaucoup approprié. Je pense que c’est le texte à ce jour qui me touche le plus. Ça parle de la fin de vie, des personnes âgées dans les EHPADs. J’ai perdu ma grand-mère qui a fini dans un EHPAD. Sa grand-mère (de Matthieu) a été hospitalisée et on voit très bien, on en revient encore à l’humanité, la manière dont on envisage la fin de vie de nos personnes âgées et c’est assez bouleversant et triste à observer.

Vigdis : On a éloigné la mort des vivants, alors que si l’on remonte, la mort faisait partie de la vie, si l’on peut dire.
Guillaume : Oui… Il y a cette idée qui me questionne toujours : cette espèce d’idée que si tu as passé un certain âge, ce n’est pas grave si tu meurs, parce que ça n’a plus vraiment d’impact, de poids, c’est assez logique. On sait tous que l’on n’est pas éternel, mais ça ne veut pas dire que l’on doit gérer ça de manière aussi froide ou aussi « quasi » administrative. Il y a vraiment des choses qui m’ont dérangé dans mon cas personnel… Je ne vais pas m’étendre… Mais on peut aussi le relier à notre thématique principale du temps qui passe et de l’oubli, ce truc qui angoisse tout le monde.

Vigdis : Justement, pour en parler… Dans la chanson, il y a la fille d’Éris, Léthé qui, dans la mythologie, est à la base la personnification de l’oubli. La manière dont est écrite la phrase, on peut le voir aussi comme la confusion que font beaucoup de gens avec l’un des fleuves des enfers chez les Grecs, qui est souvent assimilé à Léthé. Sauf que Léthé, techniquement, concrètement, c’est la personnification de l’oubli et la fille d’Éris. Dans la chanson, du coup, vous jouez sur les deux aspects ? Sur l’oubli que peut représenter la mort et sur la traversée ?
Guillaume : Le troisième aspect, c’est Alzheimer, c’est la démence. L’oubli de soi-même.

Vigdis : J’y pensais avec l’oubli, justement.
Guillaume : La chanson parle de ça et je la trouve très émouvante puisque ma grand-mère sur la fin… C’est toujours difficile de voir qu’elle oublie, qu’elle ne reconnaît pas tout, qu’elle n’est plus très consciente de qui l’entoure et on sent que c’est en train de la quitter. Au début, je me rappelle qu’avec Matthieu on était sur la métaphore du fil d’Ariane dans le labyrinthe parce qu’on se disait qu’il y avait l’idée du labyrinthe dans l’oubli… En fait, si je dois résumer, tout le texte est énormément axé là-dessus. La personne qui ne reconnaît plus les murs, les visages sur les murs (les photos), elle ne comprend pas pourquoi plus personne ne vient la voir, parce que les gens ont de moins en moins envie de venir voir leur petit vieux, parce que c’est chiant, parce qu’ils sont un peu gâteux et il y a ce côté où tout lui échappe, il oublie tout et il s’oublie lui-même. Et il y a ce côté un peu… Comme tu disais tout à l’heure : petit à petit on se déshumanise. On se dit que bon, ce n’est pas grave, c’est comme ça, on va attendre qu’elle meure parce que de toute façon, c’est inéluctable, on va la mettre dans un centre et on ira la voir une fois par mois pour se donner bonne conscience… Voilà.

Vigdis : Oui, mais on a exclu la mort de nos vies. Si l’on naît, on va fondamentalement mourir. Si tu regardes les peuples dits « primitifs », les civilisations « premières » qui existent encore, ils ont tendance à mettre la mort dans la vie de façon intégrante. Les morts continuent de participer, à leur manière, on est dans une ritualisation, certes, à la vie des vivants. C’était une manière de laisser le temps à la famille d’assimiler le fait qu’il soit mort tout en ritualisant, etc. Mais dans nos sociétés, la mort est vue dans un aspect clinique, aseptisé. On essaie de couper l’émotionnel.
Guillaume : Il y a aussi ce côté égoïste. C’est-à-dire « je n’ai pas envie de m’embêter avec ça, c’est trop de choses, trop de trucs à gérer, j’ai ma vie à gérer, etc ».

Arthur : Il y a une mention de six minutes et six mois.
Guillaume : En fait, cette référence fait écho à une expérience vécue. Les six minutes représentent le temps que quelqu’un consacre rapidement à la personne âgée, puis s’en va en pensant avoir fait son devoir. En revanche, pour la personne âgée qui attend, ces six mois d’attente jusqu’au prochain moment de visite sont empreints d’espoir et d’attente, souvent concentrés sur ce moment particulier du dimanche où elle espère voir quelqu’un lui rendre visite.
Morgan : J’aimerais ajouter, basé sur mes expériences personnelles et professionnelles, car je travaille également dans la psychiatrie des personnes âgées que c’est vraiment frappant de voir le lien entre les générations, et comment le temps passe. Lorsqu’on est enfant, on ne réalise pas pleinement ces aspects… Après, avec le recul, je me rends compte que lorsque j’étais enfant, je ne réalisais pas pleinement la valeur de ces moments. Je me rappelle y aller, mais je n’avais qu’une envie, c’était de repartir. Maintenant, quand j’y repense, je me sens coupable, mais je me rappelle que j’étais juste un enfant. La dernière fois que je l’ai vu, je m’en souviens très bien. Mais quand on est enfant, on ne pense pas plus loin que l’instant présent.
Guillaume : Oui, j’ai encore des regrets. J’ai de grands regrets de ne pas avoir posé plein de questions sur plein de sujets.
Morgan : En grandissant, cela m’a posé plein de questions. J’essaie de me tenir au maximum au courant, je n’habite pas à côté. Dès qu’on est en famille, avec les enfants, etc., on essaie de faire en sorte de pouvoir se voir. Il y a aussi le côté un peu « père aidant, parent soignant », le côté « attention, là tu n’es plus dans ce rôle de parent, tu es dans le côté soignant », ce n’est pas très bon. Il y a vraiment cet aspect où je me dis, pour reprendre sur le texte, qu’il y a quelque chose de nos anciens dont on ne sait pas quoi faire. Aujourd’hui je vois l’état de la psychiatrie, le parent pauvre de la médecine avec tout ce que ça implique dans le vieillissement, mais je vois que les gens, s’ils pouvaient s’en débarrasser, ce serait mieux. Avec le peu de moyens que l’on a pour s’en occuper, vu la crise au niveau sanitaire et hospitalier etc., encore plus dans le domaine gériatrique… À part le côté humain et dignité, tu as l’impression qu’on ne leur doit plus rien en fait, ils sont placés, OK. Ça coûte de l’argent à la société, on s’en occupe mais… Et je me dis « où est la dignité, en fait, ce sont nos parents et on le leur doit jusqu’à la fin de leur vie ». C’est notre famille, c’est super important d’être présent pour les accompagner. Ces personnes âgées qui vieillissent et vivent la maladie et la vieillesse avec tout ce que ça implique, on leur doit la dignité et le respect de leur vie jusqu’à la mort.

Arthur : J’ai remarqué aussi, pour connaître les autres albums, qu’il y a beaucoup plus de chant clair que sur les autres.
Guillaume : Oui, en effet ! Je laisse François répondre !
François : Pas de souci, j’ai écouté et il y a énormément de choses très intéressantes. Ce n’est pas souvent que les gens vont aussi loin dans les textes, merci pour ça ! Alors, pour les voix claires, cela tient beaucoup au fait que c’est Matthieu, notre bassiste, qui a aidé Guillaume à construire les lignes de chant. D’habitude, c’est Guillaume qui construit la plupart des lignes en se basant parfois même sur les lignes de basse de Matthieu. Très souvent ensuite, Guillaume et moi nous réunissons et travaillons sur la prosodie, la façon dont nous voulons dire les choses, les alternances que nous voulons faire, c’est le moment créatif où j’ai l’occasion d’intervenir un peu plus. Et là, en fait, comme Guillaume avait travaillé extrêmement dur sur la musique, il a demandé ce que nous voulions apporter sur les lignes de chant. Du coup, Matthieu a travaillé et enregistré chez lui sur des lignes de chant, et après, nous nous sommes réunis tous les trois et nous avons élaboré cela ensemble. Nous avons vu un peu ce que nous pouvions faire et revisité. Matthieu se décrit lui-même comme un piètre chanteur extrême et il s’est senti plus à l’aise avec les voix claires. Alors, quand il y avait des choses qui nécessitaient un peu plus d’agressivité ou d’intensité particulière, nous sommes revenus en voix extrême, mais pour le reste, nous sommes restés fidèles à la mélodie écrite ou que j’ai écrite moi-même. Comme beaucoup étaient écrites en chant clair et fonctionnaient très bien, nous ne nous sommes pas posés de question. Nous nous sommes juste demandé ce qui collait le mieux au morceau. Nous parlions de « Disparus de leur vivant », il y a des phrases très intenses dans ce morceau qui nécessitaient des voix extrêmes, et au contraire, dans « Les Heures Impatientes », la prédominance du chant clair s’imposait d’elle-même au vu des termes abordés. Et puis petite anecdote, j’ai plus confiance en mon chant clair maintenant que lorsque nous avons débuté avec Abduction, donc cela me semble plus naturel.

Arthur : Ça répond assez bien à ma question. « Par les sentiers oubliés », la seule chanson acoustique de l’album, ne serait-elle pas une référence au premier album « Une ombre régit les ombres » ? Je trouve qu’au niveau de la musicalité, elle s’en rapprocherait beaucoup.
Guillaume : Non, s’il y en a une, elle est totalement inconsciente. Mais comme c’est la même personne qui a composé les deux, il y a forcément des liens, mais c’est complètement inconscient. L’atmosphère est peut-être proche. Mais si je devais rapprocher un album, ce serait « À l’Heure du Crépuscule ».

Arthur : Ce qui est intéressant, c’est que même s’il y a moins de chant saturé, ce qui rend la musique légèrement moins extrême, même s’il y a la même identité, il y a des chansons où l’on retrouve la puissance musicale de « Jehanne » mais avec le côté plus philosophique, limite rhétorique des textes d’« À l’Heure du Crépuscule ». Il y a un mélange des deux qui rend l’ensemble intéressant.
Morgan : Honnêtement, pour moi, cet album est le plus « violent » que l’on ait fait. J’avoue que je me suis pas mal lâché sur les parties énervées.

Arthur : Sur la chanson « Les Heures Impatientes », je trouve qu’il y a un moment où la musique devient de plus en plus chargée et lourde, ce qui génère une angoisse croissante, comme si la mort approchait. En cohérence avec cela, la musique s’intensifie, accentuant cette angoisse.
Guillaume : C’est ça.

Arthur : Malgré tout, en fait, sur cet album, je trouve qu’il y a quand même un côté deuil. C’est une commémoration, mais pas dans le simple souvenir, mais le souvenir à travers le deuil.
Vigdis: Je dirais plutôt l’oubli.
Guillaume : Oui, il y a les deux, l’oubli et le deuil. Mais le deuil, tu vises juste avec ça. Plusieurs des musiques ont été composées en pensant à des êtres chers disparus, à des choses douloureuses pour moi. Pour la musique, par exemple « Carnet sur récif », je l’ai composée en pensant à quelqu’un qui me manque beaucoup. Le texte ne parle pas du tout de ça, mais pour moi, la musique évoque totalement le deuil. Ce qui est intéressant dans ce mélange.
Quant au deuil et à l’oubli, la pochette se rapproche de ça. Il y a cette idée de se promener sur les sentiers oubliés et de tomber sur une vieille pierre toute cassée. Tu sais que ça commémore quelque chose, tu sais qu’il y avait autre chose avant, mais tu ne sais pas ce que c’est, tu t’interroges. Ce genre de chose. Tu peux relier les deux, mais c’est vrai que pour le coup, tu vises juste sur le deuil, puisque plusieurs musiques de cet album ont été écrites en pensant à ce genre de chose.

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Arthur : Pourquoi le choix de ce tableau d’Hubert Robert ?
Guillaume : Parce qu’il représente ce dont j’avais envie de parler.

Arthur : Qu’est-ce qui t’a fait choisir celui-là surtout ?
Guillaume : Pour son esthétique. Pour composer les musiques, j’ai besoin de fixer un visuel. C’est super important pour moi. Donc, quand j’étais en train de rassembler les idées, je trouvais que je bloquais, qu’il me manquait quelque chose. J’avais peut-être une idée de pochette, mais je n’étais pas sûr à 100 % que ça allait être celle-ci, et pour pouvoir continuer, j’avais besoin de la pochette, c’était impératif. Donc j’ai cherché à arrêter à 100 % la pochette et j’ai pu tout reprendre, tout a coulé de source. Je fixe toujours le visuel. Même quand on est en studio, je fais imprimer la pochette, j’emmène le tableau avec moi et on l’a sous les yeux pendant qu’on travaille. C’est super important, il faut que la musique colle à l’image.

Arthur : Il y a cette femme qui se promène dans les sentiers oubliés, il y a le côté mémoire que l’on retrouve dans le texte, la forêt qui est à la fois optimiste mais aussi mystérieuse
Guillaume : Pour la forêt, c’est aussi parce que je voulais quelque chose de plus organique sur le son, que je pense que l’on a réussi à obtenir, selon moi… De toute façon, cette thématique revient un peu tout le temps chez nous. D’ailleurs, sur l’album « À l’heure du crépuscule », c’est un peu la même idée.

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Vigdis : Il y a pas mal de références qui me perdent personnellement. Mais c’est surtout les « 100 ans comptés » qui me perdent le plus. La base de la chanson, je ne la saisis pas. Je n’ai pas les références. Alors avec l’aigle, allons-nous vers l’histoire de Napoléon ou bien est-ce que ça n’a rien à voir ? Ou est-ce la Commune puisque c’était il y a 100 ans ?
Guillaume : C’est un peu de tout ça, parce que tu as tout bon. « 100 ans comptés », si on résume, c’est le récit de la vie de quelqu’un sur presque 100 ans, qui couvre les événements nationaux français de la fin napoléonienne jusqu’à la Première Guerre mondiale. En fait, on a des gens, nous tous ici, qui ont connu des chutes de régimes, de nouveaux régimes, des guerres, etc., tout ça sur une vie. Donc, c’est tout ce qu’il vit de manière personnelle sur toute cette période et tout ce qu’il se passe au sens social et politique, mais avec une fin un peu plus positive parce qu’il y a toujours un espoir malgré tout ce qu’il traverse, que les choses s’améliorent. Je vais passer la main à François.

Arthur : C’est aussi un peu cette image qui est évoquée dans la chanson, qu’une personne qui a vécu un siècle, c’est énorme à l’échelle de l’histoire moderne.
Guillaume : Surtout à cette période-là… Il y a un régime, sa chute, un nouveau, une restauration, plusieurs guerres dont une boucherie…

Arthur : Vivre 100 ans au XXe siècle et à cheval sur le XXIe a permis de voir beaucoup de choses : survivre à la Seconde Guerre mondiale par exemple…
Vigdis : Nos grands-parents, du moins les miens, sont nés au début du XXe siècle. Ils ont vu l’avènement de la voiture, de l’électricité qui s’étend, du téléphone, de la télévision, les guerres et guerres mondiales, internet, les ordinateurs, les téléphones portables… Ils sont morts au début des années 2000. Ça fait beaucoup de changements à l’échelle de l’humanité, l’électricité qui s’installe vraiment partout, l’homme qui va sur la lune, l’exploration spatiale, etc.
François : Je n’ai pas énormément de choses à ajouter à ce qui a été dit. En un siècle, il peut se passer énormément de choses, et de voir toute une vie passée sur un siècle d’histoire de France, c’est très fort. Honnêtement, j’ai ressenti une émotion particulière en prononçant les derniers mots. Ce n’est pas forcément le cas dans tous nos textes qui laissent à l’auditeur leur interprétation, mais là, quand le souhait final du personnage sur son lit de mort est « puisse la paix tous nous emporter », c’est très touchant en fait. Ça montre un optimisme jusqu’au bout alors que les circonstances ne lui ont pas forcément donné raison jusqu’ici. Le personnage naît orphelin, et on peut imaginer de quelle façon cela l’affectera
à l’avenir… Ce morceau est le plus varié et le plus complet, et on sent au gré des passages ses réflexions, son histoire d’amour, ses colères, ses révoltes, jusqu’à cette fin teintée de nostalgie mais ouverte sur un espoir.

Arthur : Y a une métaphore sur Marie Stuart d’Écosse qui devient reine alors qu’elle venait de naître.
François : Y a des destins !

Vigdis : Ça t’es venu comme ça ou tu as été influencé par des écrits, des auteurs, etc. ?
Guillaume : C’est Matthieu qui a écrit ce texte. Mais en général, Matthieu part surtout de ce qu’il a en tête… Mais forcément, ses lectures l’ont influencé, mais pas nécessairement qu’il soit parti d’un texte précis. Le seul morceau parti d’un texte précis, c’est « Contre Les Fers du Ciel ».
François : Un texte basé sur « Cyrano » d’Edmond Rostand que nous aimons tous vraiment beaucoup. Matthieu l’a construit avec le livre comme référence, et musicalement, c’est un morceau qui s’éloigne de tout ce que nous avons fait jusqu’ici, puisque la base du morceau continue tout au long de la chanson, les guitares s’empilent petit à petit et ne disparaissent plus, donc se construit comme une boucle qui ne se termine jamais. C’était intéressant pour Morgan et moi, parce que c’était à la batterie et au chant de retransmettre l’impulsion et la variété pour encore une fois retransmettre toutes les émotions ressenties par le personnage et essayer de créer quelque chose de vivant qui nous immerge un peu dans la façon dont on imagine que Cyrano pouvait ressentir certaines choses. On a vraiment essayé de parler des émotions du personnage, l’amour, l’honnêteté et la dignité.
Morgan : Pour le coup, effectivement, quand j’ai composé la batterie et que j’ai vu en fait la progression au niveau de l’ajout des guitares, j’ai eu les textes assez rapidement avec les mélodies vocales. Je me suis dit qu’il y avait un jeu théâtral à faire avec le chant. Il y a des moments, sur le chant extrême, quand il y a des espèces de déclarations du personnage, de Cyrano, et bien je donne, j’appuie le chant de François sur ces moments-là. Je trouvais que ça apportait ce côté tragique, théâtral.

Arthur : L’inspiration de Cyrano a forcément donné du théâtral, ça se ressent.
Guillaume : Au moment où François écrit « Roxane, Ragueneau… », en fait, on est en studio. On a le texte, on sait à peu près comment on va le placer, mais on est toujours en train de le travailler. À un moment, François, Déhà, Matthieu, etc., on est tous là et on se demande : « Comment on va faire, il reste des trucs ? » Et je dis : « Attendez, réécoutez la batterie ». Et Morgan avait marqué « Roxane, Ragueneau ». Il avait préparé la batterie pour qu’on l’écrive ainsi et chaque coup de batterie fait une syllabe de nom. Et Morgan nous affirme qu’il l’avait préparé. C’est vrai que ça marche bien !
Morgan : De toute façon, quand Guillaume compose et que j’ajoute l’assise rythmique… J’ai rarement la basse quand je compose… Mais je vois vraiment comment mettre en valeur les guitares, même si je ne cache pas que parfois je cherche, je fouille, je tente plein de trucs… Mais là pour le coup, sur cette chanson, en particulier, j’avais des idées carrées, calées. Je me suis dit que lorsque l’on aura les chants de François par-dessus, ça allait être incroyable. Pour moi, c’est une de mes chansons préférées de l’album.
François : Vigdis, puis-je à ce stade te demander si tu as une chanson préférée sur l’album ?
Vigdis : Je dirais la toute première… Parce qu’elle me parle, dans mon parcours, ça me parle…
Morgan : L’anarchie.
Vigdis : Oui, il y a l’anarchie, effectivement… Ce qui est cocasse vu mon parcours en géopolitique…
 C’est mon parcours… Mais en même temps, celle sur la guerre, « Disparus de leur vivant », me touche particulièrement, parce que dans mon parcours très personnel, j’ai vécu au Nigeria jusqu’au coup d’état dans les années 80 contre Shagary, et ensuite, j’ai vécu en Angola en guerre civile, au Congo, etc. Mon père travaillait en tant qu’ingénieur expatrié et du coup, ce sont des choses qui me parlent parce que j’ai mes propres traumatismes. Ce n’était pas anodin que je fasse des études en géopolitique… Mais du coup, ce seraient ces deux chansons qui me parlent sur des notions qui sont très ancrées en moi et qui m’ont construite aussi. Je ne sais pas si ça répond à ta question, ou si ça te déçoit… Mais voilà !
François : Au contraire, si les gens peuvent relier leur expérience personnelle à notre musique. La musique c’est aussi le pouvoir de toucher par les mots et la musique.
Morgan : Et comme disait Guillaume, on a notre interprétation, même si on donne des clés… Quand on donne ce côté observateur, les gens en font ce qu’ils veulent…
Vigdis : C’est aussi qu’à un moment donné, tu t’appropries une chanson… Une chanson est une œuvre artistique, et une fois que tu l’as créée, tu transmets un message, mais une fois que tu l’as présentée, la personne y verra peut-être autre chose, tu ne pourras pas lui enlever, ça lui appartient, tu as créé l’objet au départ, et ce qu’elle en retient, ça ne t’appartient plus.


Enfin… Vous avez sorti votre premier clip ? Dès le début, on a ce fameux corbeau sur le bureau de l’écrivain. En même temps, le titre est « Allan », on se doute que c’est Edgar Allan Poe et … « Allan » de Mylène, je ne suis pas une grande fan de Mylène Farmer, je connais quelques tubes d’elle mais ne me suis jamais penchée dessus… Mais je suis allée voir et elle est fan de Poe… Ce qui me fait un point commun avec elle, notamment les traductions de Baudelaire, ça allait m’attirer.
Il y a ce corbeau au début, il y a la gravure sur pierre qui apparaît dans la bûche, etc. Il y a tout un tas de choses. Le bas-relief, qui apparaît derrière l’écrivain, que représente-t-il ? Je parle bien de la symbolique.
Guillaume : Sur la pierre, c’est le logo du groupe, mais en fait, le logo reprend le « Tempus fugit », les ailes de chauve-souris… Ce n’est pas forcément que des ailes de chauve-souris… Qui portent un sablier… Tu retrouves beaucoup ce symbole sur des tombes, etc. Le clip est pensé à la seconde près, il y a des symboles partout et je me suis régalé à le faire, mais c’est aussi intéressant de voir comment les gens vont l’interpréter. Mais la pierre dans la cheminée est un signal. On est prévenu qu’il y a quelque chose qui arrive.

Vigdis : On est sur l’idée du « Memento mori », etc. Ensuite, on a ce fameux corbeau en référence à E. Poe qui pose les bases. Il y a la femme qui apparaît dans le clip. N’ayant pas de connaissance sur la chanson, j’ai fait l’erreur de regarder les paroles avant le clip, donc la femme est effectivement Ligeia (ndlr : « Ligeia » est une nouvelle d’Edgard Allan Poe). Mais plus ça va et plus dans le clip, on se dit que ça peut être Ligeia. Néanmoins, elle peut aussi être la mort. Mais alors la question qui est peut-être tordue : est-ce que Ligeia est la mort, ou est-ce la mort qui prend les traits de Ligeia. Parce que je trouve que la chanson et ses paroles sont claires, autant dans le clip, la question peut se poser.
Guillaume : Même dans la nouvelle de Poe, tu peux te demander si la mort prend les traits de Ligeia.

Vigdis : Tu me diras, la mort peut tomber amoureuse.
Guillaume : Dans le clip aussi.

Vigdis : Ligeia est donc une femme, à la base, ou est-ce la mort qui prend ses traits, puisque Poe n’en parle pas.
Guillaume : C’est intéressant parce qu’on a déjà eu plusieurs interprétations. Il y a des gens qui pensent que c’est la mort, d’autres que c’est la symbolisation de la muse, de l’inspiration.

Vigdis : Si c’est une muse, puisque l’écrivain est un peu en frénésie après son apparition, est-ce que ça veut dire, puisqu’Allan représente Poe dans la chanson et Mylène l’assume totalement, est-ce qu’en ayant repris cette chanson, ça veut dire que la mort est la muse de Poe ?
Guillaume : On peut avoir une bonne idée : la mort est la muse d’à peu près tout le monde…

Vigdis : Je vois où tu veux en venir, mais…
Guillaume : Si la mort n’existait pas, s’il n’y avait pas de finalité, on aurait beaucoup moins d’art. C’est une évidence.

Vigdis : C’est la fameuse question : est-ce que l’immortalité apporterait quelque chose de positif… ?
Morgan : Est-ce que sans mort, il y aurait une pulsion de vie… L’éros et le thanatos…

Vigdis : Peut-être, peut-être pas… Je n’en sais rien. Est-ce que tu voudrais être immortel? Si tu l’es,
profites-tu encore des émotions que tu vis…
Morgan : Telle est la contrepartie à l’immortalité.

Arthur : Et là, on est dans « Entretien avec un vampire ».
Vigdis : Moi, j’ai « Equilibrium » comme référence… La vie sans émotion n’est plus qu’une horloge qui tourne, mais si on enlève l’horloge…
Arthur : Mais là, on se rend compte que le temps passe avec le sablier qui est retourné, etc.
Vigdis : Oui, mais elle le montre elle-même…
Arthur : C’est écrit sur le sablier « Souviens-toi ».
Vigdis : Oui, le Memento Mori… qui veut dire littéralement « Souviens-toi que tu vas mourir ». Du coup, comme dans le clip, il aime cette femme, qui est Ligeia ou la mort ou les deux… Est-ce que ça veut dire que Poe est amoureux de la mort… Amoureux dans le sens d’une attraction, d’une attirance vers la mort ? Est-ce que c’est ce vous avez voulu retranscrire ça dans le clip ?
Morgan : Par exemple, dans le clip, Poe, enfin, l’écrivain écrit beaucoup, et c’est intéressant de voir qu’une fois que la « mort » est là, on a l’impression que d’une certaine manière, il vit, revit. Il se passe des choses, quelque chose se produit à partir du moment où elle est là, en rapport avec le fait de vivre… Moi, je suis aussi dans cette interprétation-là. Tout à l’heure, on parlait des « Heures Impatientes », là on parle de muse, j’avais dit à Guillaume… Tu parlais de Léthé tout à l’heure, moi je pensais à Mnémosyne (ndlr : déesse de la mémoire) par rapport à celle qui donne le nom des choses et dans les « Heures Impatientes », on perd le mot des choses… C’est vrai que par rapport à « La Mort », on a évoqué le temps qui passe, souviens-toi, etc. Ce sont des thèmes qui nous sont très chers depuis longtemps mais c’est quelque chose que, lorsque j’ai vu le clip… J’ai dit « bah c’est Guillaume, c’est Abduction ça ! » …
Guillaume : On est un peu parti dans tous les sens donc… Moi, ce clip c’est un hommage à Mylène Farmer, une artiste que je vénère, probablement mon artiste favorite de tous les temps. D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours Mylène dans ma vie. C’est un hommage à Poe mais aussi à Mylène. Mais C’est également une manière de montrer ce qui NOUS intéresse, nous inspire. Donc j’ai aussi des choses qui me sont personnelles dans le clip. Donc l’histoire n’est pas centrée uniquement sur Poe ou Mylène, j’ai aussi voulu rendre hommage à des réalisateurs de cinéma, mes favoris, qui sont des réalisateurs tels que Marcel Carné (ndlr : réalisateur de « Le quai des brumes », « Les enfants du paradis », « Le jour se lève » …), par exemple, mais pas que… Je me suis aussi inspiré un peu pour la lumière et certains plans à Jean Cocteau, « La Belle et la Bête », par exemple, etc. Et pour l’histoire, c’est-à-dire que le texte d’« Allan » de Mylène, il parle de son rapport (Mylène) à Allan, donc moi le texte que j’ai voulu raconter, c’est l’histoire d’un poète dans un château qui reçoit la visite d’une femme très étrange qui pourrait être la mort… Mais ce n’est pas forcément Allan, c’est peut- être quelqu’un qui est inspiré par lui, qui le lit, qui essaie de devenir un Poe et qui n’y arrive pas. Et la question globale du clip c’est la créativité, qu’est-ce qui nous fait créer, qu’est-ce qui nous pousse à créer, qu’est-ce qui anime nos vies, qu’est-ce qui donne du sens à nos vies, quel est notre rapport à l’inéluctabilité, quel est notre rapport à la mort, est-ce qu’il faut l’accepter, est-ce qu’il faut l’embrasser, est-ce qu’on va la combattre ? Donc, il y a un hommage à Poe, à Mylène, aux réalisateurs, et il y a aussi des visions personnelles, c’est-à-dire l’histoire que j’ai écrite, elle m’est inspirée par la musique et le texte d’ailleurs.

Arthur : Si on se fie purement au visuel du clip, on comprend avec le combat d’escrime que, comme il n’arrivera jamais à la battre, il l’embrasse en pleine conscience…
Vigdis : Dans le combat d’escrime, c’est elle qui l’embrasse et à la fin c’est lui…
Est-ce que c’est voulu ou volontaire, symboliquement, lorsqu’elle saigne dans le combat, pile à ce moment-là il y a la chanson et le mot « renaît ». Est-ce volontaire et si oui, quelle symbolique y mettez- vous ?
Guillaume : Ce n’est pas forcément « non volontaire » que ça colle à « renaît » à ce moment-là… La blessure, tu peux l’interpréter de plusieurs manières. Je pense que la plus évidente, c’est que la mort, tu ne peux pas la vaincre. Tu peux le croire des fois, on peut faire référence aux alchimistes ou à d’autres courants de recherche, tu peux penser que tu peux la vaincre, on peut penser à la manière dont on essaie de ralentir le vieillissement, la cryogénisation, etc. On peut partir dans plein de trucs et tu peux peut-être te dire que « j’ai peut-être un moyen de contourner la mort, pas de la vaincre mais de la ralentir, de la contourner, etc. ». Là, par exemple, tu pensais que ce n’était pas possible, parce que tu es nul, mais elle n’a même pas bougé et elle pare tous tes coups et tu te bats avec l’énergie du désespoir et au fond de toi, tu penses que tu n’y arriveras pas mais il y a un petit espoir qui s’ouvre… Parce que des fois à force d’acharnement il va se passer quelque chose qui va te donner l’impression que tu pourrais repousser l’inéluctabilité et elle te fait vite comprendre que ce n’est pas la peine et qu’il faut que tu l’acceptes et c’est en l’acceptant que tu te libéreras d’un poids, etc.
J’illustre la phrase par l’étrange goût de mort qui s’offre à mon corps, aussi. Il y a l’idée d’embrasser la mort au sens propre comme au figuré.

Arthur : C’est aussi un peu le baiser de la victoire…
Guillaume : On parlait du baiser de la fin, le baiser après le désarmement est plutôt un baiser de défi et de moquerie un peu. C’est un peu, pour caricaturer, le « baiser de la mort ».
Morgan : Et avec l’envol des oiseaux, ça fait aussi un baiser voler.
Guillaume : Et le personnage a mûri, il a évolué. Il est plus serein avec l’idée qu’il ne pourra pas ralentir le temps, qu’il ne pourra peut-être pas finir son œuvre, mais qu’il y mettra tout son possible.

Arthur : Et on voit qu’il met une chemise noire.
Guillaume : Oui, c’est une image évidente dans le cinéma.

Arthur : Je pense qu’on a fait à peu près le tour. On peut rajouter une dernière question : quels sont vos futurs projets ?
François : Alors, on doit faire notre premier concert acoustique le 9 décembre à Nantes chez le Disquaire Frozen Records. Donc, tout le groupe, ainsi que notre ami Florian qui jouera de la mandoline, seront là dès le début de l’après-midi pour signer les albums, etc. Et aux environs de 18 heures, on jouera un set acoustique d’une petite demi-heure. On travaille à cette préparation. Pour nous, c’est nouveau même si l’on existe depuis longtemps, on n’a jamais donné de concert. Donc, c’est une grande étape. Et on se prépare à jouer électrique, parce qu’il y a de très très fortes probabilités pour qu’un concert vienne avant la sortie d’un prochain album.
Morgan : Oui, on s’organise pour que ça se passe bien. On a envie de le faire, on est galvanisé par la sortie de l’album, par les premiers retours que l’on a sur les chansons, les clips, etc. Et même nous, on se rend compte que l’on en a besoin en tant que groupe, individu, etc. On le voit quand on se rassemble…On voit comment ça se passe et c’est un moment incroyable d’aller vers le live, on prend le temps d’être satisfait. On veut être satisfaits avant de pouvoir proposer quelque chose et ça nous motive vraiment. On a quelque chose qui se passe quand on joue ensemble. On prend notre pied, quoi. Et on a vraiment hâte de se tester, de profiter, de jouer la semaine prochaine et après on verra.

Arthur : De faire le premier live sur scène avec guitare électrique et instruments électriques, il y a le côté un peu excitant de faire le premier concert ?
Morgan : Il y a l’excitation et le stress… On ne va pas se mentir.
Guillaume : Le set acoustique sera à la cool. Tout le monde sait que ce ne sera pas forcément le truc le plus carré du monde, mais on va surtout se faire plaisir.

Arthur : C’est aussi l’expérience des concerts. J’imagine qu’aucun groupe n’a été satisfait de son premier concert live.
Guillaume : Oui, très sincèrement, on veut faire de notre mieux, mais on ne va pas se prendre la tête avec ça. Nous n’avons pas l’ambition de remplir le Stade de France. Il faut vraiment que l’on prenne du plaisir, donc c’est ce que l’on garde à l’esprit. Là, c’est déjà ce que l’on fait quand on répète. On a répété le week-end dernier, on s’est tous bien entendus, c’était super.
Morgan : On retrouve des automatismes, et il y a ce côté où l’on veut se faire plaisir avant tout. Quand on a commencé le groupe, je me rappelle ce que l’on s’était dit : on n’est pas là pour devenir des rock stars et gagner notre vie avec la musique. Nous, on cherchait d’abord à avoir une vie stable pour ne pas avoir à galérer. La musique était notre passion et on veut que cela reste une passion. On a des choses à dire, on les dit et cette étape du live, ça vient aussi du « hey, on a des choses à dire d’une autre manière » et ça va peut-être nous permettre de faire autre chose parce que limite le week-end dernier je me suis dit « on va peut-être partir sur une nouvelle chanson ». On sent que ça nous brûle les doigts.
Guillaume : On y va tranquillement !
Morgan : Tranquille, pas de pression.

Arthur : Pour les concerts, il y a beaucoup de gens qui vous attendent. Parce qu’avec les gens avec qui j’en ai parlé, ils ont hâte de vous voir sur scène.
Guillaume : On reçoit souvent des messages de gens qui pensent qu’on joue, qui nous demandent si on est dispos.

Vigdis : Vous les refusez ?
Guillaume : Oui, parce qu’on n’est pas prêts à jouer en live et qu’on n’a pas le temps de répéter… Pour le set acoustique, on n’aura fait que deux répétitions. C’est pour ça qu’on commence légèrement. Mais pour l’électrique, il va falloir qu’on fasse des résidences de trois ou quatre jours. Parce qu’on ne pourra pas faire autrement, parce qu’on a des vies assez prenantes, on n’habite pas à côté…

Arthur : Il y a de beaux projets à venir prochainement qui arrivent ! Je pense que tout a été dit !
Vigdis : Je crois que l’on a fait le tour ! Je suis allée peut-être un peu trop dans les détails.
Guillaume : C’était très intéressant.

Vigdis : Je vous remercie de m’avoir répondu avec patience !
Guillaume et François : Avec plaisir.
Morgan : Avec passion surtout.

Vigdis : Je vous souhaite surtout encore beaucoup de succès et niveau texte j’ai trouvé ça très intéressant en tout cas !
Guillaume : On va transmettre à Matthieu !

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