Eremit – Carrier of Weight

Le 25 février 2019 posté par Bloodybarbie

Line-up sur cet Album


  • Marco Baecker – Batterie
  • Moritz Fabian – Guitare/Voix
  • Pascal Sommer - Guitare

Style:

Stoner/Doom sludgisant

Date de sortie:

25 Février 2019

Label:

Transcending Obscurity Records

Note du Soilchroniqueur (Gibet) : 8/10

Lorsqu’un média comme Cvlt Nation met sous les yeux de son public un morceau de 33 minutes de stoner/doom en vantant ses qualités, on attend que celui-ci se démarque d’une scène qui peine à se renouveler. Attention, ne prenez pas cette idée comme une critique, c’est le lot de tous les genres à la mode (en témoignent le Black atmo, le Slam Death et ses variantes Deathcore) mais il est vrai que les groupes mémorables à avoir émergé ces dernières années sont relativement rares proportionnellement au nombre de sorties quotidiennes (on retiendra Elder ou Messa récemment). Paradoxalement, les festivals du genre sont de plus en plus en vue. Autour de moi, tout le monde ne jure que par le Desert Fest depuis quelques temps. En prenant en compte le public de plus en plus important et le jusque-boutisme de l’album dont nous allons parler aujourd’hui, il ne fait donc aucun doute que la première sortie du trio allemand Eremit, Carrier of Weight (il porte bien son nom, vous verrez) fera parler d’elle tant elle s’approprie et dépasse certains codes du genre.
On s’en rend, d’ailleurs, compte dès le premier coup d’œil… Le nombre de morceau annonce la couleur : 3 pièces pour plus d’une heure de musique, chaque chansonnette oscillant entre onze et trente-trois minutes. Musicalement, le trio propose du Stoner/Doom certes, mais un Stoner/Doom particulièrement lent et suffocant, assez proche de ce que peut faire Conan. Néanmoins, il ne faut pas être aussi réducteur, le groupe ajoute à l’épaisseur de sa musique des idées de compositions assez novatrices qui viennent nuancer le Conan-worship. Le résultat est sans appel, la musique d’Eremit est plus imagée, plus prenante : C’est-à-dire que là où Conan se contente d’être (pour le bien-être de vos viscères !) un groupe génialement dense et tubesque, notamment sur le dernier qui lorgnerait presque sur le Death Metal, Eremit est un groupe qui défend une identité plus évocatrice, plus contemplative.

L’album s’ouvre en effet sur « Dry Land », une introduction aux claviers pesante, lente et sinueuse, qui semble infiniment répétitive. C’est là que vient frapper LE bourdonnement des guitares, si basses qu’elles rendraient jalouses des vibrations sismiques. C’est cette lourdeur absolue qui donnera son cachet à l’album tant Eremit construit sa musique autour d’un mur de son. L’introduction se poursuit donc, toujours enrobée de ce marasme ambiant toujours plus oppressant. Un chant déshumanisé et comme tout droit venu d’un marécage s’y superpose et là, vous comprenez que la grotte dans laquelle vous vous apprêtez à rentrer est tout à fait hostile tant tout paraît halluciné, glauque et menaçant. L’introduction dure et on se ballade dans la pénombre avant, que, sans prévenir, un riff Conanien des plus épais vous prenne la gorge, les bronches et le cerveau. Et le morceau dure vingt-trois minutes, durant lesquelles on ne sort pas la tête de l’eau. L’auditeur se retrouve alors coincé entre un chant putride, des riffs pachydermiques (Conan, encore et toujours), et des accalmies sonores qui se révèlent être un terrain de jeu pour Eremit, qui parvient à vous enfoncer dans les marais les plus sales.

Le second morceau, le plus court de l’album (seulement onze minutes…) s’appelle « Froth is beckoning ». Pour parler trivialement, il éclate tout. Le premier riff du morceau est implacable, rentre dedans et terriblement efficace. Le morceau a une construction singulière puisqu’il va en ralentissant, passant donc de diablement catchy (au début, c’est clairement une version subterrestre de Pentagram) à insaisissable, comme déconstruit. Le morceau se termine par un retour du thème épique du début morceau, ce qui conclut la track avec une fougue d’une qualité rare. Des trois, il s’agit de mon morceau préféré, c’est le plus court certes, mais aussi celui qui reste le plus en tête, et, qui étrangement est celui qui vise le plus juste : Il ne perd pas de temps et reste hypnotisant tout du long, un tour de force donc.

Enfin, la troisième partie, la plus longue, de l’album : « Cocoon of Soul »… L’introduction étrangement lumineuse dure 7 minutes, de calme, bien que parsemée de ce chant marécageux que l’on retrouve dans les autres passages calme de l’album avant de retrouver la formule habituelle : des guitares très basses et un chant dégoulinant de pue. Le morceau avance, petit à petit, proposant des riffs plus ou moins épiques. Mais, de manière assez surprenante et très inspirée, le morceau se meut petit à petit en un morceau de sludge atmosphérique qui donne un véritable consistance au morceau, et on se retrouve assez proche de ce qu’a pu fournir Dirge sur son dernier effort (que je vous re-conseille chaleureusement). Les deux groupes ont la particularité de proposer une démonstration vocale impressionnante, qui porte le projet et en renforce la vélocité. Le morceau se veut très varié, on y retrouve toujours les mêmes ingrédients que dans les deux précédents et les trente-trois minutes passent, se concluant sur un retour à du gras plus traditionnel .

Voilà, l’album, à l’image de cette sublime pochette, va vous balader dans un décor caverneux, abrupte, où même la lumière semble être source de danger. Elle est d’ailleurs l’œuvre de Mariusz Lewandoski qui était aussi aux pinceaux pour Mirror Reaper de Bell Witch et qui a réalisé le dernier Psycoptric. Néanmoins, la surenchère constante dans la lourdeur et l’oppression pousse à prendre un certain recul : la musique d’Eremit est tout à fait décivilisée. Elle ne correspond à rien de notre réel car elle fait de vous un homme primitif, guerroyant face à un ennemi monstrueux et c’est tout à fait réussi. Néanmoins, l’album a beau être excellent, il est long et demande un véritable effort. Il faut donner de soi-même pour encaisser cette musique, à la fois très ambitieuse et répétitive. Je n’ai rien contre les longues plages d’accalmies au sein de morceau viscéralement puissant (mon groupe préféré, Amenra, dans un registre un peu différent en est friand), ni même contre les introductions ambiantes mais force est de constater que ce Carrier of Weight est un pavé très éprouvant qui souffre de quelques longueurs qui peuvent rebuter même des auditeurs très patients. Néanmoins, cette œuvre s’apprécie vraiment avec un certain nombre d’écoute et tout le packaging très travaillé (surtout l’artwork bon dieu) proposé pour vendre le produit en fait une véritable pièce de collection. Alors, prenez votre temps et vous verrez que, si ce n’est pas le plus grand album du genre, Carrier of Weight a le mérite de casser des vertèbres (y a même des passages qui restent vraiment bien en tête) mais aussi de proposer beaucoup de nouveautés et de se doter d’une personnalité forte au potentiel plus important encore.

Tracklist :

1. Dry Land (23:30)
2. Froth is beckoning (11:22)
3. Cocoon of Soul (33:23)

Playlist Bandcamp
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