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Stupre, l’interview

Le 11 juin 2013 posté par Metalfreak

Travailler sur des interviews comme celle là, j’en veux tous les jours.

Non contents de nous créer des albums d’electro dark pour le moins intéressants, NarCis et Verge reviennent sur la carrière du duo, sur sa musique et sur la génèse d’un « Das ist Electro dark » qui fera le bonheur de tous les amateurs du genre.

Metal et electro incompatibles ?

Lisez ce qui suit. Si vous n’êtes toujours pas convaincus, inutile de venir parler musique avec moi.

 

Entretien par mail, par Metalfreak et paroxystique ! Merci au duo – à la ville comme sur scène – d’avoir joué le jeu avec autant de disponibilité.

 

Authentiques, qu’on vous dit…

 

 

Metalfreak : Peux-tu faire une présentation du duo et bien préciser l’univers dans lequel Stupre évolue ?

 

NarCis : Stupre est un duo composé de NarCis (voix/rythme/production) et Verge (tous les synthés). NarCis vient de la scène industrielle type Ant Zen, Verge de la scène black métal. Au début, on composait tout ensemble, puis mon ego m’a poussé à gérer d’avantage la composition, ce qui a été un mauvais choix. C’est finalement Verge qui compose 75% des morceaux, elle a un incroyable feeling au niveau des riffs et peut te pondre une tuerie en deux heures chrono. Habituée à jouer du Emperor, elle ne pouvait se satisfaire de mes leads à 2 balles. J’habille l’instru et j’ajoute la voix par après.

On a trouvé chacun notre place.

 

 

MFK : Quelles retombées as-tu eu par rapport à « Priceless », le premier album ?

 

N : « Priceless » est sorti chez Cortex Records, ce qui a nous permis d’atteindre immédiatement  un public de connaisseurs et d’être diffusés largement, en particulier par Ant Zen et Audioglobe. L’album a été chroniqué près d’une vingtaine de fois et il a été unanimement très bien accueilli. Il a même été élu album de l’année par un chroniqueur de Gothtronic. On a ensuite eu l’occasion de le jouer principalement en France et en Allemagne.

 

MFK : Ces retombées étaient-elles en accord avec tes attentes ?

 

N : Pour être honnête, on ne s’attendait pas à un tel accueil. On a été contactés rapidement par un paquet de groupes pour des remixes, par des orgas. Ça remonte à l’époque de Myspace, mais ça a bien pris, on a rapidement atteint les 5000 écoutes, puis les 10.000, puis les 15.000. On était contents, ça fait plaisir.

 

 

MFK : « Das ist Electro Dark » est sorti depuis deux mois, comment a-t-il été accueilli, que ce soit sur la scène dark ou underground en général ?

 

N : Les reviews arrivent toujours au compte-gouttes, on en a vues 4-5 pour le moment, mais apparemment les auditeurs qui nous suivent depuis les premiers morceaux semblent avoir apprécié notre évolution.

On a commencé à composer cet album avec davantage d’énergie, étant donné qu’en live, on avait un peu de mal parfois à se remettre dans l’atmosphère de « Priceless » qui est nettement plus lent et ambiant que la musique que nous écoutons quotidiennement. Ça doit être dû au fait qu’il avait été composé durant 3 mois de canicule. Au contraire, la composition de « Das Ist Electro Dark » a été motivée par l’envie de foutre le bordel en live et de d’envoyer du kick à 170 bpm  dans la gueule en hurlant comme un goret.

 

MFK : Pourquoi un titre en allemand ? Un petit hommage aux géniteurs du genre comme ont pu l’être Kraftwerk ou autres ? A moins que les racines alsaciennes y contribuent… (petit clin d’œil, je suis haut-rhinois de naissance) ? Ou alors l’acrostiche signifiant « Died » ? Ou tout à la fois ?

 

N : Oui, évidemment, le titre est dû à notre proximité avec l’Allemagne. On parle tous les deux allemand et Strasbourg étant limitrophe, nous nous sentons chez nous en Allemagne. Verge y est d’ailleurs née et y a passé une partie de son enfance. Je tenais aussi absolument à écrire un titre en allemand parce que cette langue est vraiment parfaitement adaptée au genre. Leider, Schweiß, ist alles du ha(s)st, Sex, Blut, das ist Electro Dark.

 

 

MFK : Ce qui frappe lors de l’écoute de « DIED », c’est un plus grand modernisme dans les sons que sur « Priceless » tout en gardant un côté old school. L’intro me fait de suite penser à « This World must be destroyed » de Front 242 alors que d’autre passages m’évoquent Alien Vampires ou Psyclon Nine. Quelles sont tes principales influences ?

 

Verge : En fait, je n’ai commencé à écouter de l’electro dark après la composition de « Priceless« , mais je me restreins uniquement à Hocico, qui pour moi est le meilleur groupe du genre. Mes influences sont très diverses : du black metal (Emperor, Ulver, Dodheimsgard), à la funk (Earth Wind and Fire, Tower of Power), en passant par de l’electro (Grimes, Simian Mobile Disco, Fukkk Offf).

 

NarCis : Moi j’aime rien. J’ai que du Stupre dans mon mp3. A la limite Swaggman ou Booba.

 

MFK : « Drag King V2 » débute « DIED » là où « Drag King V1 » terminait « Priceless », une façon de boucler la boucle ?

 

N : Bien vu ! Trois années séparent ces deux albums. Trois ans, c’est très long. Entre temps, on a composé une quarantaine de titres (du dark ambiant, des merdes kitchissimes que j’ai faites tout seul, de l’electro house). J’avais même proposé à Advoxya de diffuser un maxi expé que j’ai composé pendant que Verge rédigeait son mémoire de master. Il ne m’a même pas répondu. C’était la phase de recherche. Du coup, quand on a repris sérieusement la composition, on a recommencé au début. La version originale de « Drag King » avait huit pistes je crois, la « V2 » en a une bonne quarantaine. On a franchi un cap au niveau de la complexité des prods. C’est la même, mais ça n’a rien à voir. Et maintenant, on fait l’inverse à nouveau.

 

MFK : Dans ma chronique, je dis que « Sûrement grands fan de Punish Yourself, Alien Vampires, Psyclon Nine, Dolls Of Pain, Skinny Puppy ou Suicide Commando voire Obszön Geschöpf, le duo de Stupre nous revisite l’espace d’un album toutes les ambiances propres à ces groupes avec leur touche personnelle en variant les univers d’un titre à l’autre », cela peut-il aiguiller le lecteur fan un peu sectaire de metal au mieux ? (chronique ici : http://www.soilchronicles.fr/chroniques/stupre-%E2%80%93-das-ist-electro-dark )

 

N : Oui, il y a du metal en nous, c’est indéniable et tu as raison, nous sortons principalement à des concerts metal. Nous avons cherché au final, durant la composition ainsi que la sélection des titres pour l’album à représenter au maximum les diverses facettes de l’electro dark que nous aimons. Je me répète peut être mais je n’ai pas honte de ne pas être un puriste. J’étais groupie au collège, période Guns and Roses, puis Nirvana, mais je ne suis pas extrêmement curieux. J’ai toujours peur d’être déçu et je redoute plus la sortie d’un album d’un groupe que j’aime que je ne l’attends. Par contre, effectivement, quand on bosse en studio, j’ai envie d’entendre du Peace Love and Pitbulls, du Velvet Acid Christ, du Skinny Puppy, du Hocico, du Ministry. Des choses différentes mais qui vont toujours dans la même direction. Ainsi le titre « Das Ist Electro Dark » s’est imposé : c’est électro et c’est dark. On compose rapidement,  il serait  aisé d’user jusqu’à la corde d’un gimmick. Dans cette optique, on aurait pu te pondre treize albums décomposant n’importe lequel des treize titres de « DIED« . Quand j’ai découvert Psyclon Nine avec « We the fallen« , je me suis pris une claque. J’ai écouté l’album : il m’a dégouté. Rien à voir avec « Antichrist Superstar » dont chaque seconde est unique. On s’est permis de jouer sur plusieurs tableaux sans chercher la caricature et je trouve qu’on s’en est bien sortis. Chaque morceau est différent et complète le précédent. Après, on nous reproche notre manque de ligne directrice, je préfère penser que nous sommes affranchis des attentes de nos auditeurs.

 

 

MFK : Certains considèrent que le metal et l’industriel sont deux univers musicaux totalement distincts : des groupes comme Obszön Geschöpf, Ministry voire les strasbourgeois de Dolls Of Pain… et bien d’autres, nous prouvent le contraire. Qu’aurais-tu à leur répondre ?

 

Verge : en tant que fan de black metal, je répondrais que ces univers peuvent être très proches, voire complémentaires mais il faut savoir ne pas tomber dans la « facilité » qu’offre la musique électronique/industrielle (en terme de composition). Certains des meilleurs groupes de BM ont magnifiquement évolué par ce mélange (Ulver, Thorns, Blut aus Nord), d’autres révolutionnent le genre à chaque album (Dodheimsgard, Havoc Unit). Je dois admettre aussi que l’industriel peut être un plus, mais ne me satisfait par contre pas en tant que genre musical en soi, en tant qu’il n’apporte pas « l’agressivité » qu’il revendique et ce souvent par un manque de technique dans la composition.

 

NarCis : ouais, faut reconnaitre qu’un cannibal blast sur un vrai kit, ça enverra quand même toujours plus qu’un gars derrière un sampler. C’est physique.

 

MFK : Quels sont les groupes industriels qui t’ont influencé et donné envie de te lancer dans Stupre ?

 

Quand j’étais en cinquième, j’écoutais les Guns à cause de « Terminator 2« , c’était trop puissant, je voulais être Edward Furlong et avoir un T1000, je me laissais pousser les cheveux. Putain, on se faisait chier dans les marais de Dahlunden, 98% de FN, c’était lourd. Ils parlent alsacien dans la cour du collège et se marient entre eux a 19 ans.

Avec un pote, on s’est infiltrés dans la chambre de son oncle goth. On lui a volé « Divine Intervention » de Slayer, « Neuralblastoma » de Velvet Acid Christ et « Red Sonic Underwear » de Peace Love and Pitbulls. La gifle ! La photo centrale avec les cathéters dans les lèvres, les samples de tronçonneuse, « WAR IS IN MY LIVING ROOM », ça nous a vraiment choqués. C’était terrible. La guerre dans ton salon ? Avec des hurlements, du noise, des bruits de vitres brisées, un hélico, des guitares ? On n’imaginait même pas que ça existait. On a dû les écouter en boucle deux ans. Après l’accès au métal extrême était plus aisé. Ça passait à la télé la nuit. Je me rappellerai toujours la fois où je suis tombé sur le clip de « Devoured by vermin » de Cannibal Corpse. Ça a été un peu pareil : DEVOURED !

 

 

MFK : Parle-moi de la genèse de « DIED » : à quel moment as-tu commencé les compositions ?

 

N : Je vais même en profiter pour te livrer une petite anecdote et reprendre encore plus tôt. Quand nous avons commencé à composer ensemble, en 2009, on ne cherchait rien d’autre qu’à tuer le temps. J’ai fait une page myspace comme ça, histoire de faire écouter aux potes. On avait juste les trois instrus brutes, sans voix. Et on a eu un message des Messes Synthétiques à Marseille : « Salut les gars, on trouve votre son vraiment intéressant, ça vous dit de jouer à Marseille devant 300 personnes ? » On a signé de suite, mais on n’avait que onze minutes de son ! Il ne nous restait qu’à composer dix titres en MEGA SPEED. Verge avait expérimenté EJAY avec son frère, elle jouait aussi de la guitare depuis des années. Toute sa famille est instrumentiste. Moi je tâtais quelques logiciels de sons et je grattais aussi depuis le collège. J’avais déjà une bonne expérience personnelle avec près de 80 concerts dans toute l’Europe avec mon projet précédent. Du coup, on a sorti des titres à la chaine, tout en restant dans l’optique plutôt ambiante de nos premières productions. C’est à l’issu de cette proposition que Stupre s’est vraiment mis en marche. On a mis en place rapidement le concept ainsi que les lyrics, inspirés par les films qu’on regardait ensemble et qu’on samplait. Après, comme on est quand même pas mal créatifs, tout s’est fait très naturellement. On a ensuite enchainé avec une date à Strasbourg. Verge est plutôt populaire ici et on a eu 150 personnes pour notre premier live à domicile. Ça a été le bordel ! Notre première démo (50 exemplaires) a été sold out dans la soirée. Ceux qui ne l’ont pas achetée ce soir-là n’ont jamais pu l’avoir, héhé. « Priceless » est sorti suite à ces premières expériences. Après cela, la machine étant lancée, on a toujours continué à composer régulièrement.  Parfois plutôt moi, parfois plutôt Verge, mais on a eu l’occasion de voir passer pas mal d’updates de nos logiciels. Au final, on bosse vraiment sans règles. Je peux passer deux jours sur un truc qu’elle va détester à la première écoute, elle peut bloquer 20 minutes sur un groove lead-basse mortel que je vais mettre deux mois à faire monter. On se complète vraiment. Nos morceaux sont vraiment une fusion de nos deux approches. En plus, l’astrologie nous a appris que nous représentons les deux signes les plus inconciliables de l’astrologie : homme poisson et femme lion. C’est affligeant.  Tu comprends donc que notre musique est énormément basée sur la tension.

 

 

MFK : Tu n’hésites pas à mettre des samples d’extraits de films dans tes intros, tu peux en dire plus ?

 

N : Les samples de films sont pour moi essentiels. Ils permettent de faire converger des ambiances, des représentations, de dresser des parallèles quand tu identifies la source, de là, de transcender les émotions. Quand je chante sur une piste, je suis dans mon trip, je ne suis que moi. Quand je chante au milieu de samples, je ressens davantage de puissance, je suis moi et moi qui chante, moi et moi qui écoute le sample, moi et moi qui revoit la scène. Je suis en permanence en train de noter des références de passages à sampler plus tard, y’a des post-its partout dans le studio. Un peu comme Victor Hugo travaillait avec sa malle à punchlines. C’est schizophrénique, je pense, mais le morceau, le film, le concert prennent systématiquement une ampleur différente. C’est de l’innutrition. Mais, c’est clairement dû à l’héritage de la majorité des groupes que j’aie dû citer. Les samples de films, c’est magique.  « Phucking Phreak » de Velvet Acid Christ reste surement le plus énorme pour moi. « Se7en » de Fincher dans un morceau de VAC, c’est divin. Le sample transcende, il inscrit pour moi le morceau dans une autre dimension. Et puis ça mets de l’humain dans la mécanique industrielle. J’ai toujours adoré.

 

 

MFK : Qui s’est chargé de la pochette ? Peux-tu me la décrire ? As-tu donné des directives pour sa création ?

 

N : Verge a dessiné la pochette. C’est notre ami zNo de Strasbourg qui l’a réalisée.

 

 

MFK : Quel studio ? Quel producteur ? Et pourquoi ?

 

N : Pas studio : 3 pièces Avenue des Vosges. NarCIs, c’est le meilleur. Parce que c’est le meilleur.

 

MFK : Passons aux différents titres de l’album : peux-tu en parler de façon détaillée (ou non) pour nous les présenter ?

 

01 Drag king V2 (3’42)

« Drag king » est le morceau qui clôturait « Priceless » et aussi celui qui a été le plus diffusé. On reprend donc où l’on a fini.  Cette version est plus rapide et instrumentale. On a principalement utilisé des fx de dub pour faire monter la sauce. J’ai contacté VX pour lui proposer de chanter sur cette version. Comme il ne me répondait pas, j’ai utilisé ses pistes de la v1 mais ce n’était pas le même BPM et le pitch ne passait pas terrible. J’ai fais quelques prises voix moi-même, mais je n’étais pas content du résultat. On a alors choisi d’ajouter des chœurs pour lui rendre l’aspect humain qui manquait à la piste. Le solo de sortie de Verge déboite tout. C’est un morceau vraiment super efficace en live.

 

02 Aneros helix (4’18)

C’est mon morceau favori. Il a pris des mois et des mois de travail et a été retourné dans tous les sens. Il traite des relations amicales dans le milieu. « Tell me what it feels like, Aneros Helix« . C’est le sex toy conseillé  pour un massage idéal de la prostate. Il a été composé sur un logiciel mono-piste avec un mixage brutal, surtout au niveau de la voix et une énorme basse martelée sur des breaks de snare et de noise. C’est un morceau très rageur par lequel on commence souvent les concerts. Le dernier couplet est lancé par une phrase que j’ai vue graffée sur un train par le TKO crew à Marseille: “They talk the talk, but they can’t walk the walk”. C’est vraiment mon sentiment à l’égard de beaucoup de nos compagnons d’infortune dans ce milieu. Offrez leur un « Aneros helix » pour Noël et tout le monde sera plus détendu.

http://www.youtube.com/watch?v=VYyVm0d41-0

 

03 Sharp broad knife (feat. Sons of Fenris) (3’15)

On avait dit qu’on donnerait dans le blast beat : c’est fait. Ce morceau s’inscrit dans une perspective grand-guignolesque propre au black metal et à l’electro-dark. Hurlements, rires sardoniques, vomissements, blast, incitation au suicide, samples christiques et puis un peu de synthés cheaps. Un morceau vraiment très reposant, quand il s’arrête. C’est le single parfait de 3 minutes15, refrain catchy en anglais, format conçu pour être diffusé sur votre radio préférée.

Je dois être trop sensible car contrairement à Verge, le BM ne me réconforte pas. Il ne me donne pas un sentiment de puissance mais plutôt une envie de destruction. On a essayé de partir dans cette optique et j’en suis très satisfait. Par contre, Verge est plus réservée sur le résultat final…

« Pas assez violent« , me dit-elle.

Werawulfaz, chanteur-guitariste de Sons of Fenris a posé ses parties vocales lors d’une délicieuse fin d’après-midi. On a beaucoup rit et bu de bière allemande. Ce morceau est dédiée à la mémoire du batteur de Sons of Fenris, qui a pris les paroles un peu trop à cœur. RIP mec.

 

04 Pyx (3’20)

« Pyx » est un morceau groovy, noisy et purement sataniste. La pyxide (du latin pyxis, -idis, coffret) est un vase sacré en forme de boîte utilisé pour conserver la réserve eucharistique. Il agrémente le concept vergien de « Satanisme décomplexé ». C’est un morceau  lumineux inspiré par les paroles (c’est pour ceux qui savent) « Le corps du Christ, des pieds à la tête, musclé comme un athlète/ Le corps du Christ, oh comme je l’aime, je voudrais avoir le même. » Car les gothiques aiment aussi les parcs d’attraction.

 

05 Counterfeit (4’42)

Là, on est dans le gros dancefloor allemand, :Wumpscut: période « Dried Blood of Gomorrah » m’a-t-on appris. Les couplets expliquent pourquoi je vous hais tous. Les gens n’ont pas d’idées, donc aujourd’hui, on copie-colle, on mélange et ça fait du crossover. Moi, j’appelle ça du trans-genre, bref. C’est incroyable que certains n’aient réussi garder que les pires aspects de tous les sous-genres disponibles. Ça nous donne l’occasion de croiser d’incroyables merdes au final. Impressionnant. “You’re a counterfeit, a little dirty whore, you try to copy-past us, can’t you see that we are more.” On l’a composé avec Fantôme, qui était venu écouter quelques mixages en cours. Alors qu’il ne lui restait plus que vingt minutes de parcmètre, et comme c’est un gars très réglo, il ne voulait vraiment pas traîner, on a ouvert un nouveau projet qu’on a appelé « singlecinglédeouf » et on a demandé à Verge de nous composer un single cinglé MAIS DE OUF ! …en vingt minutes. Elle a bien entendu été à la hauteur de nos attentes. On a ensuite passé un bon moment à sampler des films, afin de vraiment caler l’ambiance. Le texte est sorti spontanément, tu t’en doutes. Les prises de voix m’ont demandé pas mal de boulot, je les ai enregistrées comme la plupart au Suprahead studio de Ricardo d’Absurdity. Il touche bien niveau son. Il est plus chiant niveau visuel. Un morceau vraiment puissant que j’adore. Merci encore Verge, je t’aime.

 

06 Coffein rush (3 ’41)

Comment croire que cet album a pris trois ans de composition après cette anecdote ? « Coffein Rush » a été composé d’un trait par Verge en moins d’une heure. Elle bossait de nuit et était un peu tendue quand elle rentrait. Un après-midi, alors que je cherchais vainement à composer, elle est arrivée complètement possédée par la cafetière, elle est entrée dans le studio, a pris le clavier, lancé la basse, posé le lead, calé les breaks, au fur et à mesure je faisais les drums, elle a fait le solo en impro d’un trait. Fini. Ça date de 2010, elle m’a mis une sacrée claque. C’est la démo que j’aie dû écouter le plus durant les trois ans.  En boucle, j’en revenais pas.

Le texte parle aussi de la haine fun. C’est un concept qu’on a appliqué quelques temps et qui consiste à ne s’exprimer en société uniquement par des commentaires haineux, injurieux et rageux. Évitez d’y jouer avec les personnes que vous aimez vraiment.

 

07 You always hurt the ones you love (4’09)

Un morceau qui est resté longtemps instrumental. Il en existe une version sur laquelle je chante, mais je cherchais des samples à incorporer. Verge travaillait alors sur les pratiques déviantes  et on s’est rematé ensemble Bob Flanagan Super Masochist. Il s’est imposé de lui-même, la piste avait trouvé sa voix.

http://www.youtube.com/watch?v=lXI9e1iXdak

 

08 Das ist electro dark (feat. zNo) (4’05)

Le plus difficile à composer de l’album. Je voulais un single moderne pur dancefloor, en allemand, avec un paquet de samples que j’avais mis précieusement de coté. J’ai écrit le texte avec Fantôme qui s’exprime suavement dans la langue de Goethe, ainsi que Bernd DJ Kuba, un vieil ami keupon allemand. J’aime beaucoup le coté kitsch des leads et ce body beat imparable qui me replongent à l’époque des premières soirées goth que j’aie pu faire à Strasbourg vers 1998-1999, sur la péniche l’Hippocampe. Organisées déjà par celui qui nous a fait jouer à domicile pour la première fois, j’ai nommé le seul et l’unique DJ Eurydice, doyen des goths de l’Est. Gros bisou, Mickey, t’es le meilleur. Un chroniqueur a écrit « « Das Ist Electro Dark feat zNo » nous replonge dans l’univers très 1998-1999 de l’apogée de Suicide Commando. » Je pense que ça veut dire qu’on a bon. zNo, qui nous avait remixé par le passé, a cette fois posé la voix dans un registre plus proche de ce qu’il fait au micro en tant que chanteur d’Absurdity (Death core, Urban Death Records/Season of Mist). Ce n’est pas le morceau auquel je suis le plus attaché mais je suis ravi du résultat. Contrat rempli.

 

09 Sad(istic) sick bitch (3’51)

On a pendant quelques mois travaillé avec les Dolls of Pain sur un album de versus. Olivier m’a envoyé des pistes séparées  et on a commencé à avancer pas mal. Puis, pris par « DIED« , on a mis le projet entre parenthèses.  Quelques tracks sont finies, mais vous n’avez pas le droit de les écouter. J’ai quand même été marqué par l’esprit qui se dégageait de ces démos et c’est ainsi que nous avons abordé la composition de ce morceau. C’est pour nous un hommage aux Dolls Of Pain qui sont vraiment les gens les plus adorables que nous ayons rencontré dans cette scène de faux culs et de prétentieux. Ce sont réellement trois personnes bourrées de qualités humaines avec lesquelles on ne que passer du bon temps. J’ai auditionné à l’époque pour le poste de guitariste,  mais ça ne s’est pas fait. D’ailleurs, en général, si c’est pas avec les Dolls, on veut pas jouer live. Big up les gars !

 

10 No passion (1’05)

Une ambiance schizophrénique, le genre de trucs qui te tournent dans la tête quand tu passes trop de temps dans le noir à te poser des questions en tournant des boutons. Et puis quand tu te supportes plus. Mais que c’est de la faute des autres. Rien tu connais, rien, tu connais rien du tout, tu sais qu’une seule chose, te plaindre, ça oui tu sais te plaindre et aussi t’inquiéter pour manger et tu sais aller chier et aussi m’emmerder mais tu connais rien.

 

11 Here and nowhere (5’08)

Une piste que j’adore. Du pur dark dancefloor truffé de montées de leads sanglants, électriques et psychédéliques. Ce morceau fait également le lien avec « Priceless« , plus mid-tempo, plus sombre et atmosphérique que l’ensemble de « DIED« . Les nappes  et les chœurs vintages sont effectivement à nouveau utilisés ici. Un tour de maître de Verge, il y a tellement de doublages et de breaks que j’ai choisi de ne mettre ni voix ni sample. L’instru se nourrit d’elle-même. Le morceau idéal pour finir un album.

 

12 Peeled skin (5’17)

Pour moi, « Peeled skin » complète la trilogie « Sad(istic) sick bitch« -« Here and Nowhere« . Elle s’inscrit aussi dans cette perspective oldschool à l’opposé  de « Counterfeit » ou « DIED« . Cependant, ici on a cherché justement à travailler ce thème rabâché, kit éculé, genre caricaturé, moquez-vous si vous le souhaitez,  sans tenter d’en dévier. Le clip que j’ai fait en est bien à l’image. C’est du déjà-vu ? Ben, j’aime bien quand même. Bien sûr, on n’allait pas vous faire 15 titres comme ça. Mais il fallait le faire, parce que ça aussi « Das Ist Electro Dark« . Et qui n’a jamais  eu envie de peler quelqu’un ? Le texte a été écrit par une dizaine de personnes, dont j’ai promis de faire apparaitre le nom dans le livret. Mais j’ai décidé que non et je les ai supprimés de mes contacts. C’est le morceau préféré de Fantôme, mais je ne me rappelle pas l’avoir vu le partager sur FB.

http://www.youtube.com/watch?v=XYpmRMV0HAU

 

12    So much more (feat. K Bereit) (4’09)

Nous avons débuté la composition le lendemain d’un concert de KBereit à Starsbourg. Inspiré par la veille, on a rapidement mis en place le thème principal du morceau. On a laissé reposer le tout un certain temps. Puis, on  est retourné voir KBereit à Strasbourg, ce qui nous a motivé à finir la piste. Vu que sur cet album, on avait pris la décision d’utiliser moins la voix et de privilégier les synthés et les collaborations, on a proposé à Fred de chanter sur la piste. Il nous a rendu la piste méconnaissable. En gros, il a tout jeté, sauf le lead. Il nous a envoyé un mp3, on était super contents du résultat. J’étais dans ma période allemand, et le fichier envoyé s’appelait « KB RMX mp3« , il n’y avait pas de titre. Parano que je suis, j’étais persuadé qu’il chantait « Der Super Schnorr », en allemand, « le super mendiant ». Ça m’a rassuré quand il m’a enfin donné le titre original. C’est lui qui a remixé le titre et posé la voix. Merci tonton.

 

 

MFK : « Das ist Electro Dark » est le deuxième album de Stupre à être chroniqué dans les webzine metal et sur Soil Chronicles en particulier : en quoi penses-tu que l’electro dark et le metal sont finalement si proche ?

 

N : Verge s’est déjà exprimée sur la question. En ce qui nous concerne, c’est vrai qu’on écoutait plutôt du métal à la base chacun de notre coté, mais le socle commun c’est nos pères rockers. On a tous les deux commencé par la guitare, ce n’est pas un hasard. Après, personnellement, je ne pense jamais m’être posé la question d’étiqueter ce que j’aime. Comme je l’ai dit, j’ai découvert pêle-mêle le trash, l’indus, l’electro dark : deux ans avant on écoutait « Paris sous les bombes » de NTM et Guns and Roses. Deux ans après, « L’école du micro d’argent » d’I Am et « Biomechanik » de Manu le Malin. Puis Cradle of filth, Manson et Rammstein au lycée. Et de l’indus et du rap français de nouveau à la fac. Ce n’était même pas la question.  C’est plus à Strasbourg que je me spécialisé au fil des rencontres, mais même si aujourd’hui, j’aime toujours la scène goth, dans laquelle je me sens le plus chez moi, néanmoins, je ne pourrais jamais me considérer uniquement goth. Je me vois plutôt 60% goth, 30% hiphop, 10% metal. Verge, ça serait plutôt 80% metal, 20% musique gay.

 

MFK : Bon nombre de groupes de black metal ont des membres qui officient dans des projet purement industriels, je pense notamment au leader de Summoning avec Dark Ages, aussi à Diabolo’s Rising, la liste est longue… Toi tu n’as pas hésité à mettre en guest Sons Of Fenris : te sens-tu aussi très proche de la scène extrême en général et black metal en particulier ? Et quelles corrélations entre ces deux genres que beaucoup considèrent comme diamétralement opposés y vois-tu ?

 

N : Cut your flesh and worship Satan. La musique est un pretexte.

 

MFK : J’ai toujours considéré qu’on n’avait pas besoin de blaster tout azimut ni d’avoir des tempi hyper rapide pour faire une musique ultra violente, l’apport de sonorités glauques et étouffantes pouvant amener le même résultat en matière de violence glaciale : partages-tu ce constat ?

 

N : Oui, bien sûr. L’oppression est immatérielle. J’ai longtemps focalisé mon attention sur le dark ambiant et la musique industrielle, et même si ces genres sont extrêmement différents, j’y trouve également mon compte. J’aime autant Arkana que Klangstabil, Bad Sector que les textes hip hop remplis de colère.

 

 

MFK : As-tu des groupes ou des projets electro dark à conseiller à nos lecteurs ?

 

N : Et bien je vais te conseiller de choper le prochain Dolls of Pain qui sortira en édition spéciale  à l’occasion de leurs dix ans de carrière. Cinquième album, quand même !  Remzy d’Obszön Geschöpf avec son nouvel opus « Highway of horror » que tu connais bien (NdMFK : exact, et chroniqué ici : http://www.soilchronicles.fr/chroniques/obszon-geschopf-%E2%80%93-highways-of-horror, et interview là : http://www.soilchronicles.fr/interviews/obszon-geschopf-interview ) et notre nouvel ami d’enfance depuis 2 ans. A7ie, dont le « Tabula Rasa« , sorti également chez Advoxya est une bien belle leçon de style. Une excellente production, va falloir que j’arrive à le forcer à  bosser sur notre son. Y a même un remix de Freakangel.

 

 

MFK : A quoi doit-on s’attendre si on va à un concert de Stupre ?

 

N : Houla, la question qui fait mal… On va dire, ça dépend du catering. En général, pour qu’on ait vraiment  la patate démoniaque, il va falloir nous accueillir soit super bien, soit super mal. Bourrés, on met le feu, à jeun, pareil. Faut juste éviter de nous filer 5 tickets boissons à se partager pour la soirée parce que là, on s’emmerde. Plus sérieusement, on est deux, parfois trois, on s’axe en général sur l’aspect dancefloor comme je te l’ai expliqué. On vient de jouer à Berlin et le set est composé des titres les plus rapides de « DIED« , de remixes récents, mais aussi de beaucoup de titres de notre prochain album. Il devrait être fini pour septembre. Et des featurings, parce que les featurings c’est la famille, sisi.

 

MFK : Qu’en est-il désormais de l’avenir de Stupre ?

 

N : Et bien, c’est un peu blasant de ne pas parvenir à atteindre une renommée mondiale parce qu’on le mérite. Ok, on a un sale son pour les pros, mais Verge pond des trucs meilleurs que ce que j’entends en soirée. Mais c’est pas grave parce qu’on va vendre les 300 copies restantes de « DIED » et se payer une appli pour avoir plus de fans virtuels comme les autres et après vous serez obligé d’acheter le reprint. Non, on ne cherche rien de particulier, on n’adore pas jouer live, on ne payera pas un label pour nous presser ou un magazine pour une pub dans laquelle nous louons notre propre génie assumé. On ne harcèle pas nos amis pour qu’ils nous achètent un skeud. Avec deux albums sortis sur des labels respectables et bien accueillis par la critique, on ne peut pas faire grand-chose de plus à notre niveau. Aujourd’hui, c’est au public de diffuser les artistes qu’il soutient. On fait ce qu’on a faire, de la bonne musique, point. Il n’est pas toujours facile de résister à la tentation de faire de la merde pour grandir dans la scène. On essaie de rester authentiques, tout en se faisant plaisir, sans nous donner de limite. On fait ce qu’on veut, c’est avant tout pour nous. On est mieux chez nous, on a passé le stade de l’attente de reconnaissance. Si ça intéresse les gens tant mieux, si des labels investissent toujours de l’argent tant mieux. Mais on n’est pas assez cons pour croire qu’on va quitter notre boulot pour devenir des stars de l’electro dark vivant de leurs royalties. On va juste continuer la haine fun appliquée. Téléchargez, on peut pas vous empêcher d’être curieux, allez sur youtube chopper des mp3 rippés dégueux sur notre channel, on a un soundcloud avec uniquement des remixes, un myspace,  mais achetez si vous aimez, parce qu’à un moment, y aura plus rien à écouter. Nous n’arrêterons pas pour autant, mais c’est vous qui vous priverez.

 

 

MFK : Une tournée en prévision ?

 

N : Deux dates en Allemagne après celle de Berlin, ca sera tout pour l’instant. Nous ne sommes pas fermés à toute proposition mais ne venez pas nous chercher pour un bar dans un village quoi, merci.

 

MFK : Y a-t-il une question que tu aurais voulu que je te pose ?

 

N : Oui : pourquoi les goths ont-ils si mauvais goût ?

Je ne sais pas, je ne les ai jamais goutés.

 

 

MFK : Je te laisse conclure

 

N : Merci, c’est sympa.

 

Facebook : http://www.facebook.com/pages/Stupre/282239884184

Myspace : http://www.myspace.com/stupre

Soundcloud : http://soundcloud.com/stupre

Chronique « Priceless » : http://www.soilchronicles.fr/chroniques/stupre-priceless

Chronique « Das ist Electro Dark » : http://www.soilchronicles.fr/chroniques/stupre-%E2%80%93-das-ist-electro-dark

 

(un grand merci à NarCis pour l’autorisation d’utiliser les photos promo)

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1 Commentaire sur “Stupre, l’interview”

  1. 1

    merci à stupre pour la dédicace et très bien le petit reportage, bonne continuation

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