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Line-up sur cet Album


  • Emmanuel Jessua : Chant lead, Guitares, Charango, Piano
  • Jonathan Maurois : Guitares
  • Théo Begue : Batterie
  • Cédric Pagès : Basse, Backing vocals

Style:

Metal Cinématographique

Date de sortie:

19 Février 2016

Label:

Pelagic Records

Un album, deux avis

 

Note du SoilChroniqueur (Willhelm von Graffenberg) : 9/10

Il est assez rare que je dise d’un album qui contient autant de foutoir organisé qu’il soit « accessible »… Pourtant, c’est le cas avec Shores of the abstract Line des montpelliérains Hypno5e.

Il m’est tout autant difficile de vous en faire un descriptif objectif et précis, voire exhaustif, tant les sources d’inspirations sont diverses et variées, allant des Pink Floyd à Gojira, sur les traces de leur précédent album Acid Mist Tomorrow de 2013, mais allant davantage vers les ambiances éthérées. Par conséquent, on y entend pêle-mêle du prog et du gros son, un peu à l’instar de ce que proposerait Meshuggah ou Opeth, mais avec une frénétique bipolarité, alternant les étapes deux et trois du deuil : la dépression et la colère. Cette volubilité et versatilité s’enchaine avec virtuosité, donnant l’impression d’une bande son de film par moments, avec une kyrielle de samples de voix parlées, en français, s’il vous plait (puis par la suite tous aussi narratifs mais en d’autres langues), alors que les paroles screamées, growlées ou chantées sont en anglais. Eux-mêmes [les auteurs/compositeurs] définissent leur production assez indéfinissable comme du « cinematic metal ».

Un univers planant, onirique et poétique, limite dadaïste dans son genre, qui vient se crasher sur une montagne de watts et de technicité pointue, j’imagine que c’est une description qui correspond assez bien à ce que vous entendrez. Bref, je vous laisse écouter cet extrait pour vous faire un avis sonore général ou une évaluation stylistique plus pointue que la mienne :

Attention : j’ai utilisé au début de cette chronique le terme d’« accessible », pas « facile d’accès », car c’est assez déroutant, comme si vous plongiez dans un voyage retour vers l’enfance, en parcourant les divers « rivages » au 4 points cardinaux (en diverses looooongues plages… sonores) sous forme d’épanadiplose, l’alpha menant à l’oméga… qui est également l’alpha (maintenant vous pouvez réécouter cet album et constater par vous-même le thème de piano et la nappe électroacoustique), le parcours d’une vie inventée avec une sorte de syndrome de Benjamin Button. Déroutant, déconcertant, mais pas surprenant non plus car on sent poindre les accès de colère et de mélancolie, comme un enfant perdu dans ses premiers stades [attention : passage pédopsychanalytique], pas encore apte à contrôler ses émotions, capable de passer d’un état à un autre.

Un album parfois dérangeant car intimiste – au sens où il fait appel à nos souvenirs liés au conscient et l’inconscient (sauf si vous avez 2 ans et que vous lisez actuellement ces quelques lignes… auquel cas, bravo, vous pouvez tout de suite passer au CP sans aller en Grande Section) – mais d’une grande qualité, et pas que pour les fins psychologues et analystes que vous êtes. A écouter pendant une introspection ou une thérapie de Rebirth.

P.S : Hypno5e sera en concert à Paris (Trabendo) le 26/02/2016 avec Psykup et The Random Monsters et vous invite à une session d’écoute de leur album la veille (25/02/2016) à « Les Furieux » (Paris-Bastille).

https://www.facebook.com/events/1502024243459101/

 

Note du Soilchroniqueur (Lusaimoi) : 9.5/10

Quelle est l’utilité de cette chronique ? Sachant que cet album est sorti il y a maintenant plus de trois mois, que depuis tous les webzines spécialisés en ont déjà parlé, y compris Soil, avec le texte du collègue Willhelm von Graffenberg, sachant qu’Hypno5e lui-même a mis en écoute intégrale cette troisième offrande, permettant à n’importe quel curieux d’y poser une oreille. Pourquoi donc en parler à nouveau ?
La réponse, je ne l’ai pas, mais il fallait que je la fasse. Il le fallait et ça, je le savais bien avant même d’enfiler pour la première fois Shores of the Abstract Line dans ma chaîne. Il le fallait, parce qu’Acid Mist Tomorrow, en 2011, m’avait foutu à terre. C’est un album qui m’a accompagné chaque jour des mois durant, un album que je ne pouvais me résoudre à quitter, un album que je ne pouvais que remettre une fois sa dernière note arrivée, quitte à accentuer mon retard sur mes autres chroniques. Alors je savais que j’écrirais la chronique de son petit frère, d’autant plus que sa sortie retardée n’a fait qu’accroitre mon envie de le découvrir.
Puis la parution de la chronique de Willhelm m’a mis un doute quant à l’utilité de composer la mienne. Doute qui s’est immédiatement évaporé à l’écoute de ce CD.

Car on retrouve tout ce qu’on avait tant aimé dans Acid Mist Tomorrow. Cet équilibre si fragile entre technique, complexité et émotion exacerbées, ce sens si aiguisé de la rupture, développant des compositions schizophrènes allant du calme le plus serein à la rage la plus folle, cédant toujours aux extrêmes sans aucun compromis. Ce récit abstrait – né d’un remaniement des mots de grands écrivains et poètes, Yves Bonnefoy, Ferdinand Céline ou Rainer Maria Rilke –, laissant l’auditeur se forger sa propre histoire.
Hypno5e fait partie de ces groupes que l’on reconnait immédiatement. Dans ce chant clair d’une pureté envoûtante, qui se confronte à ces hurlements, moins criards ici, plus rauques, mais toujours reconnaissables. Dans cette batterie tour à tour délicate ou d’une violence inouïe et toujours subtile. Et surtout, dans ce jeu de guitares si particulier, aussi bien cristallin et beau, que saturé, tordu, torturé et dissonant, qui, pourtant bien ancré dans du Modern Metal ou du Metalcore, ne s’approche d’aucun groupe du genre.

Pourtant, ce troisième album ne se noie pas dans la redite. A vrai dire, il démontre un vrai travail d’artiste qui a forgé son œuvre, son univers, et qui, au fil de ses réalisations, le décline et l’approfondit. Il nous présente ce Hypno5e, celui qu’on a connu, celui qui nous a conquis, sous une autre facette. Un visage plus mélancolique, avec des passages clairs d’une rare beauté. Cela commence dès « Landscape in the Mist », intro au piano d’une nostalgie sublime. On s’imagine alors vivant nos derniers instants, repensant, les larmes aux yeux, à nos jeunes années, à tout ce qui a disparu à jamais. Et cela nous rend triste, autant qu’heureux.
On retrouve cette beauté dans le refrain de « In our Deaf Lands » et sa basse langoureuse, qui se répète à chaque fois plus déchaîné, puis sur « Memories » et ses chœurs très Floydiens. « Tio », point central de l’album et titre acoustique tout en colère contenue, en est le paroxysme, mais ce serait oublier « Sea Made of Crosses », qui ferait fondre le cœur le plus gelé.

Cette nouvelle offrande se situerait presque, dans le dosage des mélanges, entre Des Deux, l’une est l’autre et Acid Mist Tomorrow. Après un deuxième album très fluide dans sa sophistication – impression peut-être due à la centaine d’écoutes que j’ai fait endurer à ce CD –, Shores of the Abstract Line peut se montrer labyrinthique, avec des compositions à tiroirs parfois longues (d’autant plus qu’elles fonctionnent souvent par paire) et multipliant les pistes. Et si aux premières écoutes, on peut se sentir perdu face à un monument si imposant – à l’instar du premier album, d’une richesse intimidante –, on se raccroche aux branches que le groupe nous tend : ces passages clairs décrits plus haut.
Aux premières écoutes, on remet le CD dans la chaîne simplement pour les entendre à nouveau, conscient de tout ce qui nous échappe, de la richesse de cet album que l’on n’a pas encore apprivoisé. Mais un petit quelque-chose nous empêche à chaque fois d’abandonner. Lorsque Shores of the Abstract Line se termine sur un « Blind Man’s Eyes » au final dantesque avant une pause finale de cinq minutes sereine et apaisée – rappelant le générique d’un film profondément marquant –, la seule chose à laquelle on pense, c’est de le relancer et s’y replonger.
Et, au fil des écoutes, sans s’en apercevoir, ces huit titres s’éclaircissent, tout se combine, s’arrange et devient cohérent. On sait qu’on en a encore beaucoup à découvrir, mais on s’y sent déjà chez soi. Ce déluge d’émotions nous appartient et il a eu autant d’impact sur nous, qu’on en a eu sur lui. Car on se rend compte ici à quel point il est profondément lié à notre affect, et que personne n’y verra la même chose que nous.

Pourquoi avoir pris le temps de coucher tous ces mots, de mettre en ordre ces idées ? Quelle est l’utilité d’une telle chronique ? Je me dis que si quelqu’un est passé entre toutes celles qui ont précédé, que si quelqu’un, qui n’a pas adhéré au précédent effort d’Hypno5e, a été convaincu par ces lignes de retenter l’aventure – même une seule personne –, tout ça n’aura pas été une perte de temps.
Si Acid Mist Tomorrow touchait du bout des doigts la perfection, Shores of the Abstract Line, tout en prenant un chemin légèrement différent, s’en approche un peu plus. Finalement, il surpasse son prédécesseur, chose qu’il y a quelques mois à peine, on pensait impossible.

 

Tracklist:
1. East Shore – Landscape in the Mist (1:43)
2. East Shore – In our deaf Lands (12:45)
3. West Shore – Where we lost the Ones (10:31)
4. West Shore – Memories (2:52)
5. Central Shore – Tio (5:26)
6. North Shore – The abstract Line (6:57)
7. North Shore – Sea made of Crosses (6:02)
8. South Shore – Blind Man’s Eyes (15:10)

 

Facebookhttps://www.facebook.com/Hypno5e

Site officielhttp://www.hypno5e.com/

Bandcamphttp://hypno5e.bandcamp.com/

Youtubehttps://www.youtube.com/user/hypno5e

 

 

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