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Gojira – Magma

Le 22 juin 2016 posté par Bloodybarbie

Line-up sur cet Album


  • Mario Duplantier : batterie
  • Joe Duplantier : guitare, chant
  • Christian Andreu : guitare
  • Jean-Michel Labadie : basse
 

Style:

Metal

Date de sortie:

17 juin 2016

Label:

Roadrunner Records

Note du SoilChroniqueur (Arno) : 7/10

Je m’étais promis de ne pas écouter les singles annonciateurs du nouveau Gojira mais les réseaux sociaux ont été plus forts que moi : j’ai succombé à l’appel de « Silvera » et « Stranded », respectivement deuxième et quatrième titre de « Magma ». Je n’en dirai rien de suite, préférant renouer avec une vieille tradition de chroniqueur : le « track by track ».
Avant d’entendre, on regarde. Le groupe a une nouvelle fois soigné l’emballage, son identité visuelle n’ayant jamais eu à souffrir de la plus légère faute de goût, démos incluses. De plus, on peut facilement noter, lorsque l’on met bout à bout chaque disque, que l’évolution des codes couleurs et du graphisme se fait toujours dans la logique de l’évolution musicale, de l’organique au minéral. Au niveau de la durée des compositions, j’avais été légèrement désappointé de lire une interview dans laquelle Gojira annonçait écrire des titres plus courts sous prétexte que le temps d’attention des auditeurs se réduisait. En termes de motivation première, je trouvais cela plutôt léger mais, à bien y regarder, si l’on met de côté « Explosia », « L’enfant sauvage » ne proposait déjà plus aucun morceau long du type « In the Wilderness » (« From Mars to Sirius ») ou « The Art of dying » (« The Way of all Flesh »), ce qui, au final et en tant que fan de longue date, n’est pas pour me déplaire : j’ai toujours trouvé que c’était sur des formats courts, entre quatre et cinq minutes, que Gojira écrivait ses meilleures chansons (je pense notamment à l’enchaînement « Mouth of Kala » – « The Gift of Guilt » sur « L’enfant sauvage »). Il y a une raison simple à cela : les Bayonnais ne sont pas ce que l’on pourrait qualifier de « technique ». Leurs riffs et rythmiques sont bien sûr fouillés mais si on les compare à un groupe de Brutal Death ou de pur Métal Progressif, ils ne tiennent pas la distance. Du coup, autant leur inventivité est flagrante sur des compositions réduites à l’essentiel, autant une forme de redondance s’installe sitôt que l’on dépasse les six minutes. Je ne pense pas qu’écrire cela soit faire offense aux musiciens, «Magma » ne contenant qu’un seul titre supérieur à cette durée : l’éponyme.

Les premières mesures de « The Shooting Star » expriment une confiance absolue de la part du groupe en son potentiel créatif. A contrario des sorties précédentes, Gojira opte pour un titre d’ouverture atmosphérique, calme, aux chants éthérés. De quoi prendre à contre-pied son public habituel, même si les guitares plombées ne sont pas reléguées aux oubliettes. La mélodie, assez simple, vise à la clarté médiumnique, l’épuration des lignes étant ici la marque d’une parfaite maîtrise de son art. Les absences, les blancs, les vides, ne font que renforcer la beauté des pleins.

Ceux qui suivent avait déjà pu écouter « Silvera » et je m’aperçois que l’esthétique du clip avait chez moi occulté la puissance de la composition, certes typique du genre gojiresque, de plus en plus orienté vers le mélodique mâture, mais doté d’une énergie folle et positive. Concis, parfait.
« The Cell », dont le travail rythmique rappellera l’époque de « The Way of all Flesh » pourrait sembler plus simpliste dans sa construction « couplet – refrain » mais ce qui fait sa force, c’est bien cet aspect brut de pierre mal poli. Sans parler de morceau de transition, ce serait un peu calomnieux pour une chanson qui, si elle est jouée sur scène, a un potentiel d’explosivité certain, il reste que, coincé entre « Silvera » et « Stranded », elle a du mal à de démarquer.
« Stranded » justement est un autre temps fort de « Magma ». Déjà pour la trouvaille guitaristique dont le son, inusité chez Gojira, apporte un supplément d’originalité mais surtout parce qu’elle installe pour moi définitivement Joe Duplantier comme un grand « song writer », un Devin Townsend français qui assume désormais totalement le chant en voix claire.

On a toujours été habitué à des interludes instrumentaux, c’est une marque de fabrique depuis le début, mais là je suis tout de même peu convaincu par l’intérêt de « Yellow Stone ». Sans faire de mauvais esprit en balançant gratuitement que Gojira s’est définitivement trop américanisé, c’est surtout l’ambiance Stoner amérindienne qui me laisse perplexe. Cela dit elle amène bien « Magma », le morceau central de l’album qui, comme le premier (« The Shooting Star »), préfère jouer sur les ambiances, un peu à la manière d’un Tool. Le titre prend son temps, monte peu à peu en puissance, le gimmick de guitare étant particulièrement bien trouvé. D’ailleurs, le fait de ne pas se sentir obligé de mettre systématiquement de l’arythmie partout et des riffs en deux cases afin de privilégier la respiration, quasi-chamanique, de l’album met l’accent sur la capacité des musiciens à se renouveler, à ne jamais être spectateur de leur succès ni à se complaire dans la facilité en ne donnant que ce qu’on attend d’eux. En se faisant plaisir, en laissant le champ libre à l’expérimentation, Gojira se réinvente.

Parler d’expérimental n’est pas ici galvaudé. Les rythmiques désarticulées en introduction de « Pray » sont là pour rappeler qu’il est possible d’être innovant sans jouer sur des huit cordes. Cela dit, ce qui s’apparente aux couplets ne m’accroche que peu, préférant largement les parties brutales : les cordes claquent, l’assise basse – batterie est en béton mais je ne peux pas m’ôter le sentiment que le titre ne sait pas vraiment où il va : à trop osciller entre contemplatif et explosions de violence, « Pray » se perd et me perd.
« Only Pain » reprend le gimmick de guitare présent sur « Stranded », il lui ressemble d’ailleurs bien trop pour faire autre chose de ce huitième titre qu’un épisode moyen pour du Gojira. Peu de chances à mon avis qu’il passe le cap du Live. Sans nier son efficacité et porté par un beau final, il reste pourtant en deçà de ce que « Magma » a proposé jusque-là.
« Low Lands » est la seconde grosse pièce de l’album avec ses six minutes. À la première écoute, je dois dire qu’il n’y a déjà plus d’effet de surprises, la progression étant sensiblement la même que pour « Magma ». Bon, en étant un peu chauvin on pourra se réjouir d’avoir quelques mots en français, mais la composition me fait le même effet qu’« In the Forest » en 2001. Ce pourrait être un superbe final, une plage sonore propice à l’introspection, à la méditation mais il faut attendre la quatrième minute pour qu’il se passe enfin un truc, du lourd moyennement inspiré, bien moins en tout cas que ce que les mecs sortaient du temps de « The Link ». De plus, si j’ajoute que la dernière minute ne contient que quelques notes acoustiques, on se retrouve avec une chanson certes ambitieuse dans son propos et sa construction même mais, une nouvelle fois, trop proche de « Magma » et en moins inspiré. C’est dommage car autant jusqu’à ce dernier, cela allait crescendo, autant là l’attention retombe assez sèchement.

Gageons que « Liberation » saura clôturer le tout en beauté. Dès les premières notes, j’ai un mot qui me vient en tête : « Kaiowas ».Sepultura sur « Chaos A.D. » ça vous dit un truc ? « Liberation », c’est le « Kaiowas » de Gojira. La perplexité m’habite. Si je trouve encore aujourd’hui que « Mandragore », sur la démo « Possessed », est l’une des plus belles choses que le groupe ait composées, je suis en revanche bien plus circonspect quant à l’intérêt de finir sur cette composition dont l’esprit une nouvelle fois amérindien fait écho à « Yellow Stone ». Sur un CD bonus à la limite mais, situé là, ça me coupe la chique. Du coup, afin de mieux comprendre cette déception ultime, je m’envoie les finaux de chaque album. « In the Forest » sur « Terra Incognita » : 20/20 ; « Dawn » sur « The Link » : 20/20 ; « Global Warning » sur « From Mars to Sirius » : 18/20 ; « The Way of all Flesh » sur l’éponyme : grosse fessée, 20/20 ; « The Fall » sur « L’enfant sauvage » : 15/20 et là, pour « Magma », je ne comprends vraiment pas cette conclusion avortée qui laisse un sentiment d’inachevé.
Du coup, en synthèse, j’en pense quoi de ces dix nouveaux titres ? L’enchaînement « The Shooting Star », « Sivera », « The Cell », « Stranded » compte parmi ce qu’il y a de mieux : c’est innovant tout en conservant intact la spécificité du groupe. « Magma » a le mérite de tenter des choses et d’illustrer une volonté constante de mouvement, ce n’est pas le visage de la Bête que je préfère mais il reste durablement séduisant. « Pray » est inégal mais son déboulé introductif est tellement intense que je pardonne tout. Je le passe encore et encore, une boucle qui me fout la tronche en bouillie épaisse, du même niveau que le finish d’« Explosia ».

En revanche, j’oublie « Yellow Stone », « Only Pain », « Low Lands » qui, avec le recul, me semble fortement influencé par SUP (c’est flagrant au niveau du chant) et « Liberation », soit 40% de l’album. Cela fait tout de même beaucoup pour annoncer partout que c’est le meilleur Gojira sorti à ce jour. Bien sûr, si je compare « Magma » a ce qui sort actuellement, nous sommes face à une formation qui évolue à des profondeurs que peu peuvent atteindre, notamment en termes d’intelligence de jeu mais, à l’aune de leur discographie, je reste sur l’idée que Gojira a marqué le pas. Peut-être que l’album est trop prématuré finalement, que cette réorientation n’a pas encore suffisamment mûri et que le prochain sera plus équilibré dans sa volonté d’être à la fois plus ambiancé tout en conservant les accroches rythmiques typiques, ce n’est qu’une hypothèse et elle ne concerne que moi.
Sinon, pour quand même dire un mot de la prestation de chaque musicien, on notera la tendance à la simplification du jeu de batterie de Mario, plus sobre, cela venant aussi certainement de la prépondérance de tempos assagis. Peu de double grosse-caisse, une approche plus compacte et minimaliste qui sert idéalement la musique. Du côté des guitares, l’exactitude est toujours de mise : les attaques sont précises avec ce petit plus qui fait souvent la différence dans la façon d’appréhender les riffs. Enfin, il y a la basse, plus présente, sans fioritures inutiles. Elle fait le boulot, son apport scénique me semblant bien plus important qu’en studio.

Allez, on sait tous que les mecs vont nous régaler en concert mais, si « Magma » est une étape importante pour le développement artistique de Gojira, je suis en revanche bien plus mesurée quant à sa qualité supérieure par rapport aux sorties précédentes.


Tracklist :
01 : The Shooting Star
02 : Silvera
03 : The Cell
04 : Stranded
05 : Yellow Stone
06 : Magma
07 : Pray
08 : Only Pain
09 : Low Lands
10 : Liberation

 

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