Esclavitud – Return to Eden

Le 4 septembre 2017 posté par Bloodybarbie

Line-up sur cet Album


  • Marc Quee: chant
  • Alex Guerra: guitares
  • Ramon Cebrian: basse
  • Mauro Martin: batterie

Style:

Metal

Date de sortie:

02/06/2017

Label:

Rock Estatal Records

Note du SoilChroniqueur (SlyTale) : 8/10

Salut mes amis ? Comment ça va ? Perso, j’ai pas à me plaindre. Déjà parce que je ne suis pas d’un naturel râleur (disons que j’en connais qui me surclassent, des professionnels de la râlerie permanente, je ne donnerais pas de nom pour ne pas citer Dr Jag, ça se fait pas) et ensuite parce que j’ai la chance de pouvoir parler de ce que j’aime, en l’occurrence de Metal, et plus précisément de Esclavitud.

Vous ne connaissez pas Esclavitud ? Je ne saurais vous en vouloir, nous parlons d’un groupe dont la popularité semble cantonnée à l’Espagne d’où les musiciens (sauf un, je reviens dessus dans deux minutes) sont originaires. En fait je vais pas attendre deux minutes pour vous parler du chanteur qui n’est pas Espagnol mais Suédois, né en Argentine et ayant fait les belles heures du Metal français en chantant anglais. Ça vous dit quelque chose ? Non ? Alors vous ne connaissez pas Marc Quee. Qui ? Quee. C’est qui ? (Cette entrée en matière dont je suis particulièrement fier est celle de ma première chronique pour SoilChronicles – http://www.soilchronicles.fr/chroniques/marcquee-betterlatethannever -, que je vous invite à aller lire, : elle est aussi bonne que l’album dont je parlais *hmpfr grmpf petit rire auto-satisfait étouffé*)

Esclavitud, donc, est un groupe espagnol qui n’est pas un petit nouveau, puisque sa formation remonte à 1996, quand le batteur Mauro Martin s’est adjoint les services du guitariste Alex Guerra et du chanteur Adrian Lugo, avec lesquels il a sorti trois démos (« Tu y Heavy Metal », « Directo », 2002, « Esclavitud », 2003) et deux albums (« Involucion », 2006, et « Condenados al Paraiso » 2011), le tout chanté en espagnol.

Return to Eden, l’album auquel nous avons affaire aujourd’hui, est le premier à être chanté en anglais (Tiens… Marc Quee qui arrive dans un groupe pour chanter en anglais plutôt que dans la langue natale des autres musiciens, ça me rappelle quelque chose…) Pourquoi un tel choix ? Eh bien parce qu’Adrian, en dépit de capacités vocales certaines (allez jetez une oreille sur YouTube, vous ne serez pas déçus) ne pouvait pas chanter en anglais, ce qui était pourtant la volonté des autres membres. Alors quand les obligations professionnelles d’Adrian l’ont obligé à quitter Esclavitud, le groupe a décidé de recruter un chanteur anglophile. Marc étant dispo, ils ont eu la (très) bonne idée de le recruter. Quoi qu’il en soit, ceux qui appréciaient la voix d’Adrian ne seront pas déçus par celle de Marc qui reste dans les mêmes tonalités (voix puissante et aigüe, légers trémolos, pleine d’émotions). La différence entre « Esclavitud mark 1 » et « Esclavitud mark 2 », outre la langue ? Disons que le groupe, qui avait déjà un petit côté prog, a un peu plus assumé cet aspect là. Oh ! Rassurez-vous ! On est pas dans du prog pur (à la Dream Theater, on reste dans le domaine de l’accessible parce que DT… PFFFFFF ! ), mais quand même, la structure de certains titres et surtout les grandes envolées d’Alex Guerra sur les soli sont plus proches de cette scène que du Metal dit « classique ».
C’est d’ailleurs sur les soli de guitare que, selon moi, se pose le seul vrai point noir de cet album. Pourquoi ? Parce que le groupe évolue avec une formation à une seule guitare et que la basse, si elle est très justement dosée sur les rythmiques, me semble quand même un poil faible sur les soli. Ce qui est foutrement dommage parce que Ramon, à la basse, bordel ! C’est un Monsieur ! Techniquement parlant, il est super costaud (comme Alex à la gratte du reste) et propose un jeu tout en finesse, très classe. Du coup, devoir tendre l’oreille pour l’entendre sur les soli, c’est assez frustrant.
Finissons les présentations avec Mauro à la batterie. Son jeu n’est pas le plus flamboyant qui soit. Je veux dire, par rapport à certains techniciens de haut vol (Dave Lombardo, Nicko McBrain, Tim Yeung…), il peut sembler un ton en dessous, mais à l’instar d’un Phil Rudd (AC/DC) ou d’un Franck Beard (ZZTop), Mauro ne cherche pas à en mettre plein la vue : il cherche à servir la musique. Alors attention ! Il n’est ni manchot, ni cul de jatte, c’est juste qu’il laisse de l’espace à ses compères et que, franchement, il me semble que s’il essayait lui aussi d’en mettre la plein la vue, on tomberait dans les travers du prog (je crois que vous allez finir par comprendre que ce style ne me fait pas bander) où chacun fait son truc dans son coin que ça en devient chiant comme un repas de famille chez la Grand-tante Yvonne de Saint Léon sur Vézère (Dordogne, 24, chef-lieu Périgueux) quand l’arrière grand-oncle Maurice plein d’anisettes raconte pour la vingt-septième fois l’histoire du jour où il a fait une affaire en or en biaisant un vieux paysan de Lozère pour lui racheter sa De Dion Bouton type J en 1932 à moindre coût.

Bref, niveau technique, y a rien à redire. Chacun est bien en place, ce qui permet d’avoir une musique aérée et très plaisante. Pas forcément accessible à la première écoute, notez le bien, mais pas rédhibitoire pour autant.
Ainsi, « This Time » nous accueille avec une intro toute en douceur, avec guitare claire (et ses petit delay et chorus qui vont bien), et montée de batterie très groovy qui permet au groupe de présenter son nouveau chanteur dont la voix brille autant que dans le registre hard/metal hargneux d’Attenta Rock ou que dans le combo hard FM dont il est le fondateur et qui a sorti un excellent « Better late than never » en début d’année.
Et après deux minutes quarante d’intro tranquille, on attaque dans le bois dur. Oui, deux minutes quarante d’intro pour un premier morceau, fallait oser. Mais je vous l’ai dit, le quatuor a décidé d’assumer son côté prog et les longues intros font partie du jeu, comme les longs titres de manière générale : cet album, c’est neuf titres, dont un seul, « No more Lies », fait moins de cinq minutes. Sinon, en dessous de six minutes, vous n’avez rien.

Pour autant, peut-on reprocher à cet album quelques égarements ? Malheureusement oui (ça m’emmerde de le dire parce que j’aime beaucoup Marc et que j’ai beaucoup apprécié Mauro pour les conversations que j’ai eu avec lui, mais je suis là pour être objectif donc je sais qu’ils ne m’en voudront pas d’être honnête). Mais autant vous le dire tout de suite : l’album dure plus d’une heure (soixante-quatre minutes, soyons précis), et je vais vous faire la liste exhaustive des passages que je trouve un peu superflus (soyez attentifs, ça va aller vite) : « War to end all Wars » ! Voilà… Je ne trouve, à titre personnel, pas grand-chose d’intéressant à cette chanson : elle est plate, ne me procure aucune sensation à aucun moment. Pour le reste, y a à boire et à manger pour tout le monde (tiens c’est pas con ça, je vais me déboucher une roteuse. Bougez pas, je reviens. En attendant, je vous laisse vous familiariser avec le single et deuxième chanson : « How I wish ») !

Alors ? C’est bon, hein ? Quand je vous disais que les mecs assuraient, je ne mentais pas ! Et puis ce qu’il y a de bien avec cette chanson, c’est qu’elle donne un bon aperçu de l’ensemble de l’album. Et si vous avez aimé « How I wish », il y a fort à parier que le reste vous plaise. Pour ça, il suffit d’aimer les belles voix, les parties de basse biscornues et techniques, les soli de gratte sortis d’on ne sait où et les batteries carrées. Et puis je ne vous cache pas que cette petite outro à la « Powerslave » (je ne vous ferais pas l’offense de vous rappeler qu’il s’agit de Maiden) m’a fait craquer direct.

Comme je vous le disais, « War to end all Wars » mise à part, les morceaux se suivent, et la patte Esclavitud, sa personnalité, son approche d’une musique prog qui ne dit pas complètement son nom, qui avance à couvert pour nous permettre de mieux savourer des morceaux qui sonnent parfois comme du Maiden post Brave New World (dans les riffs saccadés), tantôt comme du Satriani (dans les gammes de certains soli), est quand même suffisamment costaude pour être appréciée autant par les fans de musique « in your face » que par ceux qui aiment les circonvolutions du prog. Ceci étant, attention ! Esclavitud n’est pas qu’un groupe qui se contente de se situer entre les légendes de la NWOBHM et le Professeur natif de la côte Ouest des USA, mais bien un groupe authentique dont la personnalité évidente ressort tout au long de l’album, avec parfois avec un petit truc en plus qui te balance une tranche de foie de veau dans la gueule (je me demande sincèrement ce que cette histoire de tranche de foie de veau vient foutre ici, des fois je ne me comprends pas moi-même, mais si le sujet vous intéresse, ne le faites pas cuire trop longtemps : le foie de veau c’est un aller-retour à la poêle dans le beurre bien chaud dans lequel vous avez préalablement blanchi les oignons que vous reversez sur la viande après l’avoir saupoudrée de persil et d’un peu de sel de Guérande, servez avec un Pinot noir et des haricots verts). A la réflexion, la parabole de la tranche de veau s’explique parfaitement : certains groupes vous renvoient à des mets dont la délicatesse s’apparente à celle d’un ragoût de mouton trop cuit (Coprocephalic), d’autres à un plat de piments fourrés à la harissa (Kreator), ou à un gâteau au yaourt dans lequel vous avez inversé les proportions d’huile et de farine et qui vous donne un truc flasque qui dégouline de partout (n’importe quelle pétasse de « pop » actuelle dont le seul intérêt est de varier l’imagerie des plaisirs solitaires). Mais Esclavitud, c’est un plat de qualité qui n’est pas forcément à la portée du premier gastronome venu. Il faut appréhender la bête pour en saisir la quintessence. C’est pas forcément évident, mais ça vaut le coup d’essayer (un peu comme le café qu’on a sucré pendant des années et qui parait vachement amer dans les premiers jours avant de se révéler bien meilleur que ce qu’il a toujours semblé être).

C’est ainsi que les morceaux se suivent et nous proposent des alternances permanentes entre riffs rentre-dedans et mélodies plus ou moins mises en avant en fonction de la nécessité du morceau. « No more Lies » (rien à voir avec une quelconque reprise de Maiden dont Ramon – qui soit dit en passant est bien plus à l’aise avec une basse qu’avec l’objectif du photographe, ha, ha, ha – se dit grand fan) et « Brand new Day » sont des titres très efficaces, « To say Goodbye » est une bonne ballade qui, avec des mots simples mais toujours justes, traite de la séparation, et « Die for me » dont l’intro tranquille en trompe-l’œil (quand je parlais de sonorités à la Satch, là, on est en plein dedans) précède un bon morceau bien strange qui alterne le bien couillu (y a un riff, à chaque fois, je sais pas pourquoi, il me fait penser à un viking qui enfonce un clou dans un mur en grognant et qui se tape le doigt) et le bien dissonant (étant de fan de King Diamond, je ne suis pas rebuté du tout).
Bon, je squizze « War to end all Wars » (vous m’en voudrez pas) et je remercie Esclavitud d’avoir redressé la barre avec le très bon « Yes or no » (dont la fin – très Maidenienne – glisse comme un trou normand après le foie de veau) et l’excellent (et très prog) « Return to Eden » (là, c’est double rasade d’eau-de-vie du début à la fin).

Si je devais résumer (traduisez par : « voici les phrases chocs de fin que Metalfreak va mettre en avant pour l’encart promotionnel sur la page Facebook », hé, hé, hé), je dirais que Return to Eden mérite véritablement qu’on s’y attarde. Esclavitud ne vous invite pas à la table de Troisgros (pour y manger du Dim Sum à l’amande et au foin (????????) ou de l’opus de tête de veau à la tomate et aux cèpes) mais ils se plient en quatre pour dresser une très belle table et vous servir une musique de grande qualité, avec un menu complet de chansons très classieuses, qui mériterait amplement de s’exporter sur nos terres et de bénéficier de toute votre (notre) attention.

Tracklist:
1. This Time 8’05
2. How I wish 6’56
3. No more Lies 4’34
4/ Brand new Day 7’18
5. To say Goodbye 6’43
6. Die for me 8’35
7. War to end all Wars 6’25
8. Yes or no 6’17
9. Return to Eden 9’25

Site officiel : http://www.esclavitudmetal.es
Myspace : http://www.myspace.com/esclavitudmetal
Facebook : http://www.facebook.com/esclavitud.oficial
Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=xFs5Ke3R-h8

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