Griffon

Le 6 avril 2024 posté par Metalfreak

Interviewer : Le Marquis Arthur
Interviewés : Aharon (chant) et Sinaï (guitares)

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Bonsoir, tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview (surtout que plusieurs chroniqueurs de Soil Chronicles sont fans!). Pour commencer, j’aimerais savoir comment s’est créé le groupe et pourquoi avoir choisi ce nom de Griffon ?

(Aharon) : Alors, le groupe a été fondé en 2013 par Sinaï et moi. On se connaît, lui et moi, depuis tout petits, nous avions déjà joué de la musique ensemble avant, et j’ai voulu créer un groupe de Black Metal avec lui. Nous avons sorti un premier EP « Wig Ah Wag« , et après quelques modifications, nous sommes arrivés sur un line-up stable.

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(Sinaï) : Les autres musiciens étaient des connaissances d’Aharon pour la plupart.
(Aharon) : Ou des gens qu’on a rencontrés par internet, car, au début on ne connaissait personne. J’étais souvent avec les musicien de Moonreich à ce moment là. Mais à cette période, la scène extrême parisienne était un peu en vase clos.
Pourquoi ce nom de Griffon ? Eh bien, c’est une volonté de représenter quelque chose qui incarne l’humanité à toutes ses périodes temporelles, dès le départ on avait la volonté de traiter des sujets historiques, et le griffon est un symbole que l’on retrouve à toute époque et dans beaucoup de civilisations : l’Egypte antique, l’Occident chrétien… L’image du griffon a toujours été omniprésente et accompagne l’Homme dans son cheminement, et cela me semblait être une bonne image.
(Sinaï) : Par cette présence à toute époque et toute culture, il nous semblait évident que c’était un symbole fort.

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Une métaphore du souvenir permanent, en quelque sorte ?
(Aharon) : Oui exactement, de plus c’est à la fois un symbole oriental et occidental, ce qui le rend encore plus intéressant.

A quel style musical vous rattachez-vous ?
(Sinaï) : Tout dépend l’album, je dirais, c’est moi qui m’occupe des compositions et ma musique évolue avec le temps, mais je dirais une base Black Metal comme la plupart de tout les gros groupes, et après selon le moment il peut y avoir des autres groupes qui m’influencent plus ou moins. Au premier album, il y a des influences de la musique baroque par exemple, donc il y a aussi de la musique autre que le Metal qui m’inspire / m’influence.

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Avec l’album précédent « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς », il y a quand même une identité musicale propre à Griffon que vous avez développée et que j’ai retrouvée dans ce nouvel album.
(Aharon) : Pour moi, on compose du « Griffon » plus que du Black Metal, si je puis dire.
(Sinaï) : Je trouve que cette identité propre, nous l’avons développée depuis le split avec Darkenhöld « Atra Musica » et qui, avec de meilleurs moyens et l’intervention musicale de Goblin, s’est affirmée avec « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς », oui.

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A l’image de l’Opéra Garnier qui est de style Napoléon III, vous avez donc créé votre propre metal Griffon en fait.
(Aharon) : Oui c’est exactement ça.
(Sinaï) : Il y a des similitudes dans les riffs qu’on retrouve dans nos albums, on écrit / compose ce qu’on aime sans forcément chercher à jouer toujours quelque chose de nouveau et différent.

Sinaï s’occupe donc des compositions guitare, qui s’occupe des textes ?
(Aharon) : C’est moi uniquement, et pareil que pour notre style musical, mes textes évoluent selon mon intérêt sur la thématique, et les thématiques sur la politique surtout, selon l’état dans lequel j’écris et bien sûr le contexte environnant quand j’écris. Il y a certaines chansons dans lesquelles je mets du ressenti personnel plus ou moins marqué. Mon fil conducteur a toujours été la religion et la politique, ça l’est depuis le premier album et ça le sera toujours, je pense.
(Sinaï) : Et les thématique des textes sont toujours liées entre eux au fil des albums.

Personnellement, entre les deux derniers albums, il y a une continuité cohérente que j’ai tout de suite retrouvée. Ce que j’aime beaucoup, c’est que sur O theos on a la vision d’un pouvoir politique monarchique, alors que De Republica est le pouvoir politique démocratique et populaire, deux visions différentes donc mais que votre musique rallie par son identité.
(Sinaï) : Il y a des chansons sur la monarchie, oui.

« Régicide » en est un excellent exemple en effet.
(Aharon) : Et surtout « l’Ost capétien ».

L’album « De Republica »

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Que représente cet album pour vous ?   
(Aharon) : Beaucoup de fatigue …
(Sinaï) : Après la sortie de « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς », il y a eu la crise du Covid et plusieurs autres choses personnelles ou non qui ont fait que j’étais moins motivé à composer, et c’est Aharon qui a redonné de l’impulsion, une date convenue avec notre label et ensuite tout s’est enchaîné rapidement. Le plus gros de la composition, enregistrement et mixage, s’est fait sur un an et demi environ.

J’imagine que la chanson « De republica », parce qu’elle évoque les tourments politiques de 2022 a été écrite et enregistrée à la fin ?
(Aharon) : Oui

Mais du coup, aviez-vous déjà choisi ce nom d’album avant ou est-ce qu’au contraire, c’est la situation de 2022 qui vous l’a inspiré ?
(Aharon) : J’avais prévu dès le départ de faire un album sur la république, le nom était donc déjà choisi avant. Mais la plupart des texte ont été écrits entre mars et juin 2023. Celui de « L’homme du Tarn » était le seul déjà écrit avant.

Cette chanson « L’homme du Tarn » justement, en plus d’être un superbe hommage à Jaurès, dénonce-t-elle la violence et la barbarie de la Grande Guerre ?
(Aharon) : C’est plutôt l’inverse. Elle dénonce une population qui va mourir massivement pour des intérêts qui ne la servent pas. Jaurès, par son mouvement et ses idées socialistes qui s’opposent à la montée en puissance des tensions, ira jusqu’à se faire assassiner, et le reste du gouvernement votera en faveur de la guerre finalement.

Ce que j’aime beaucoup dans celle-ci, c’est « Maudite soit la guerre ; maudites soient toutes ces nations » montrant que chaque pays qui y a participé est coupable.
(Aharon) : Défaut du nationalisme qui poussait à haïr son voisin, et qui entraînait les gens dans ce sillage.

Dans « Les Ides de mars », il y a aussi un parallèle avec « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς » ? Car on retrouve ici aussi des passages chantés en grec.
(Aharon) : Oui, mais pas seulement, il y a aussi la référence à la phrase que Jules César aurait dite à Brutus en se faisant assassiner : « Toi aussi mon fils ? » qu’il a prononcé en grec justement. Et à cette époque, même si le latin était implanté, beaucoup de peuples parlaient encore le grec.

Dans mon analyse personnelle de la chanson, j’ai du mal à déterminer si pour vous l’assassinat de César a été une bonne chose ou non. Car la république romaine s’est quand même effondrée par la suite.
(Aharon) : Mort ou non, un empire serait né, quoiqu’il arrive. Mais l’Empereur Auguste se considérait comme celui qui a continué la république. Mais la république romaine serait morte même sans son assassinat, j’en reste persuadé. Ce que j’ai voulu mettre en avant dans cette chanson, c’est qu’il y a un acte de rébellion contre un gouvernant qui veut renverser la république, et la république répond. Mais ça finit mal quand même.

Je trouve aussi cette chanson plus mélancolique dans ses mélodies.
(Sinaï) : Je voulais que par rapport à l’album précédent qui est plutôt épique, celui-ci soit plus sombre, plus sur la réflexion. Pour cette chanson, le morceau avait déjà été composé avant le texte. D’ailleurs certain riffs sur cette chanson font partis des premiers que j’ai créé / utilisé sur cet album. Et on a rajouté les samples ensuite pour donner plus de profondeur. Je fais les compos avec Antoine, je réarrange s’il le faut et Aharon reçoit les compos.
(Aharon) : il m’arrive parfois de donner des consignes sur ce que je souhaite sur tel ou tel morceau. On partage tout pour que le final soit de tous.
(Sinaï) : En tout cas on souhaitait faire un album plus sombre, plus lourd, un peu plus atmosphérique aussi.

Et que pouvez-vous me dire sur la chanson « A l’insurrection » évoquant les Trois Glorieuses ?
(Aharon) : Pour moi, c’est surtout l’évocation d’une  »deuxième » révolution : elle renverse un roi tyran, que le pays entier se soulève contre lui. Mais qui aboutit sur la monarchie parlementaire des Orléans. Un peuple qui souhaitait sa propre constitution, des lois fondamentales qui sont plus importantes face à Charles X et sa politique absolue devenue impossible après la révolution française.

« La semaine sanglante », hommage à la commune de Paris, je l’ai trouvé très agressive musicalement, est-ce pour illustrer la violence de l’événement ?
(Aharon) : Comme évoqué plutôt, les paroles arrivent après, c’est lié, mais nous ne l’avons pas composée dans cette optique.
(Sinaï) : C’est Antoine qui a composé celle-ci, et en une semaine seulement.

C’est rare de voir abordé, dans une chanson de Black Metal français, la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pourquoi ce thème ?
(Sinaï) : Moi je trouve qu’on en entend souvent parler pourtant, dans le quotidien.

Mais pas si répandu dans le Metal.
(Sinaï) : Peut-être que comme c’est relativement récent à l’échelle de l’histoire, c’est trop engagé politiquement.
(Aharon) : Il y a plusieurs groupes qui parlent de sujets plus récents sur le 20e siècle comme les deux guerres mondiales, mais ce n’est pas le même thème, et très souvent pas la même approche du sujet.

La chanson « De Republica » est-elle une dénonciation ouverte et une illustration du mécontentement vis à vis du gouvernement français actuel ?
(Aharon) : Dénoncer ce gouvernement qui ne respecte même plus sa constitution, oui. Que nous avons des gens haut placés dans l’Etat qui n’en ont pas grand chose à faire de la démocratie et passent outre l’assemblée nationale, qui incarne la Nation depuis le serment du jeu de paume (1789). Peu importe la politique qu’ils mènent, moi ça me choque.
(Sinaï) : Dans ce morceau il y a bien une dénonciation des problèmes de la cinquième république.

J’ai personnellement beaucoup aimé ce parallèle avec juillet de 1800, le côté  »Rappelez-vous de ce qu’il s’est passé ; méfiez-vous de ce qu’il s’est passé ».
(Aharon) : Exactement. Quand j’ai écrit ce texte, j’étais inspiré par des vidéos sur le sujet.

Ce qui m’a interrogé sur la pochette, c’est la présence de la Cathédrale de Paris, alors que l’album parle de république. Est-ce pour évoquer que l’édifice a été témoin de toutes ces révolutions (témoignages par les barricades) ? De plus il y a ce drapeau blanc que l’on voit flotter devant et qui évoque lui la monarchie, pourquoi de tels symboles ?
(Aharon) : C’est bien le drapeau blanc de la monarchie oui, mais qui ici est représenté déchiqueté et tâché de sang.
(Sinaï) : Et avec le ciel qui se fond dans la pochette, c’est l’évocation bleu blanc rouge. L’utilisation de Notre Dame de Paris, c’est parce que nous trouvons qu’elle est une symbole représentatif fort du peuple de Paris.

Et que c’est au fil de l’écoute de l’album qu’on se rend compte que chaque chansons peut illustrer un des détails de la pochette.
(Aharon) Nous on en est très content.

Cet album, comme le précédent, est sorti chez le label « Les Acteurs De L’Ombre », que pouvez-vous me dire sur votre signature et présence dans ce label ?
(Aharon) : Notre arrivée chez LADLO s’est surtout faite avec notre split avec Darkenhöld, une porte ouverte en quelque sorte, nous étions devenus proche d’eux. De là, on leur a proposé un premier album et ça leur a plu. Depuis nous y restons.

Quels sont vos futurs projets ?
(Sinaï) : Plusieurs concerts sont prévus prochainement. Et nous sommes ouvert aux propositions de dates. Et nous avons toujours des vinyles !
(Aharon) : Et en plus l’album se vend bien, en France bien sûr, mais beaucoup en Allemagne aussi. Et on compte faire de belles dates en France. On compte déjà mettre en avant cet album, pour l’instant pas de projet de nouvel album dans l’immédiat, mais nous ne nous arrêterons pas là bien sûr.

 

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