Ingrimm – Auf Gedeih und Verderb

Le 19 avril 2020 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


Hardy : cornemuse Alex : guitare René : chant Funzl : batterie Stephan : basse Julia : violon

Style:

Folk Metal

Date de sortie:

10 Janvier 2020

Label:

Hardy Entertainment

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 7/10

Il y a le Folk Metal mais, depuis toutes ces années d’écoute à écumer le genre, à en avoir épuisé ma patience et ma passion pour ce mélange de musique metal et de traditionalisme, j’en suis arrivé à la conclusion suivante : il n’y a pas UN genre Folk Metal mais plusieurs. Une infinité même, tant les cultures divergent dans le monde entier. Il suffit d’aller jeter une oreille curieuse aux groupes qui émergent en Afrique, en Asie, en Amérique Centrale, ou en Océanie pour s’apercevoir de l’empreinte importante laissée par les traditions et les origines culturelles des musiciens. Mais pas que : le Metal est devenu un genre tellement vaste qu’il suffit d’essayer d’imaginer les immensités possibles pour fonder un groupe de Folk Metal, puis de sortir un, puis deux, puis trois, puis plus encore de CDs. Rien qu’à lui tout seul, le genre que nous mettons d’ordinaire au singulier et qui représente le Folk Metal remplirait à lui tout seul des archives musicales sur plusieurs hectares. Voilà pourquoi ce style présente des possibilités immenses de création. Parfois même, je m’en sers comme prétexte pour faire découvrir le Metal à des gens de mon entourage non-initiés car, avec un peu de musique traditionnelle, on arrive plus facilement à fédérer un genre extrême que sans.
Prenant conscience que nous avons chacun nos cultures, origines et sensibilités, il est souvent compliqué de vendre un CD de Folk Metal ; je vais tout de même essayer de vous donner envie d’écouter le dernier album d’Ingrimm, qui s’appelle Auf Gedeih und Verderb.

Ingrimm, je ne connaissais que de nom. Je n’avais encore pas écouté d’albums ou de musique de leur part donc j’ai découvert un groupe qui existe depuis 2006, qui a changé de nom, s’appelant d’abord Igni et Ferro, puis Grimm, puis enfin Ingrimm. Ayant dans leur discographie cinq albums en comptant celui-ci, un EP, un single et un CD live, le groupe s’est déjà forgé une belle réputation, semble-t-il, tout en ayant apparemment un peu de mal à sortir de leur Allemagne natale. J’ai vu en effet des concerts prévus et passés en 2020… qu’en Allemagne. Alors, je me demande bien pourquoi un groupe avec autant d’expérience a du mal à s’exporter comme cela. Peut-être y verrai-je un semblant de réponse à l’écoute d’Auf Gedeih und Verderb.

Il est commun d’entendre le terme de Folk « pouet-pouet » et ce n’est pas mon ancien comparse Willhelm von Graffenberg (qui n’est pas allemand non plus) qui dira le contraire. Je pense que la pochette de l’album est l’exemple typique de ce terme péjoratif au possible. Comme s’il était interdit de boire de bonnes chopines entre potes, dans des cornes à boire ou des chopes, avec des costumes traditionnels, la cornemuse sur la table et la hache au vent prête à fracasser la pauvre cornemuse ! Sur la question d’un éventuel « Folk pouet-pouet », je n’ai pas d’avis franc, ce qui signifie que je m’en fous… Les groupes font ce qu’ils veulent, point. S’il y a des gens qui ont du mal avec l’idée non saugrenue d’amener du festif dans une musique aussi extrême que le Metal (même si ce n’est pas sa genèse), alors qu’ils aillent au Diable récurer les latrines de ce dernier.
MAIS. Sur cette pochette, plusieurs choses m’agacent : l’utilisation du noir qui était une couleur pour les nobles et non les manants, les bijoux qui n’ont rien de médiévaux, et le décor d’auberge qui fait trop moderne. Cela traduit soit un manque total de sérieux, et l’on se rapproche plus d’une démarche à la Alestorm (pitié, ne regardez pas le dernier clip), soit cela montre une négligence sur la reconstitution historique. Dans tous les cas, cela m’interpelle pas mal. En revanche, j’aime bien l’idée générale qui va de pair avec l’adage qui sert de nom à l’album, et qui signifie en allemand : « prospérer et gâcher ». Car c’est exactement ce que cela représente : des mercenaires qui gâchent leurs butins en vanité comme boire et festoyer. Pour cela, par contre, je suis assez content parce que c’est l’image que les gonzes renvoient. Pour une fois que l’on ne tombe pas trop (un peu quand-même) sur les éternels clichés…

Niveau musique, je vais détailler de quel genre de folklore on cause. En même temps, avec une cornemuse, vous vous doutiez surement de quoi on allait parler mais sait-on jamais…
La présence de cette dernière associée à un violon (musicienne qui est arrivé il y a peu, en 2019) nous entraîne tout droit vers un univers médiéval mais dont la sphère n’est pas totalement ancrée vers des traditions ancestrales. Pas de réelle appartenance celtique, par exemple, donc on est plus sur un univers « passe-partout », ce qui me gène un peu. Je pense qu’il est compliqué de revendiquer d’appartenir au style Folk Metal sans attester d’une accointance à des traditions. Là, l’album part de choses bateau comme du cuir, de guerre, d’être un homme, même de paradis et d’enfer ce qui, pour de la tradition, me surprend désagréablement… Il n’y pas une once d’originalité ni de points qui démarqueraient la musique proposée et l’univers artistique d’Ingrimm, ce qui est dommage mais qui, justement, peut expliquer pourquoi le groupe ne s’exporte pas plus que cela. Du coup, les costumes, dont je pointais du doigt la couleur, sont en fait aussi fades et sans intérêt que l’univers musical. On est vraiment mais alors vraiment sur de la banalité pure.

Ceci n’empêche cependant pas le groupe d’avoir de bonnes compositions sur cet album ! Musicalement, le Metal est très heavy power avec beaucoup de riffs épiques, sans brutalité excessive ni surplus d’énergie. Basique là aussi, sans grande originalité, les morceaux sont néanmoins plaisants à entendre : certains sont dansants, d’autres plus sérieux selon les circonstances. Le violon et la cornemuse sont bien utilisés, sur des endroits stratégiques et sans être dans l’excès aussi. La place est suffisamment équilibrée pour ne pas tomber soit dans l’absence, soit dans la redondance ce qui est un bon point ! J’aurais un peu plus de retenue pour le Metal, qui est basique donc, mais avec quelques incorporations inattendues comme des breakdowns sur « Glück in Sicht » qui est pourtant un morceau calme, ou « Sturm und Drang » qui sonne plus thrashy et donc a plus de patate. Cette tentative de diversifier un ensemble déjà trop peu singulier sonne plus comme un échec.

J’irais même plus loin en disant que le Metal sonne trop plat, il manque cruellement de consistance et l’ensemble est tel un électrocardiogramme sur un défunt. Du coup, cela ne donne pas envie de bouger, de se laisser porter par la musique, même d’intégrer l’univers hasardeux. La faute, ici, je l’impute au mixage de l’album qui n’a pas le rendu que l’on attend d’un album folk. Je connais les difficultés pour remastériser des instruments tels que ceux-là entre eux mais certains y parviennent sans souci ; alors, pourquoi pas ici ? Telle est la question.
Il y a manifestement un raté terrible dans le final de l’album et j’ai beau avoir écouté plusieurs fois, je maintiens qu’il manque cruellement quelque chose pour lui donner du pep. Encore une déception, donc…

Le chant est typique aussi d’un Heavy Power basique, old school. N’étant pas mon chant de prédilection et trouvant mon compte dans d’autres groupes de Folk Metal, celui-ci ne me plait guère malheureusement. En fait, je pense que le chant résume tout le malheur de cet album : mélanger du Heavy avec du Folk ne fonctionne pas. C’est un constat que je fais maintenant et que je réitérerai dans ma conclusion mais ces deux styles ne se marient pas vraiment. Déjà que ce genre de chant heavy doit amener quelque chose de plus « haut » ; si l’ensemble ne suit pas, cela ne peut pas fonctionner du tout. Je ne remets pas du tout en question les qualités des uns et des autres et encore moins celles du chanteur, qui a néanmoins une très bonne technique, mais son chant ne parvient pas à remonter le niveau…

Bon, c’est officiellement sur un sentiment de déception que je vais conclure cette chronique. Je vais commencer par répéter ce que je disais plus haut et qui résume parfaitement cet album : le Heavy old school et le Folk ne fonctionnent pas ensemble. Ils n’amènent pas cette patate que l’on attend d’un groupe de Metal car ils ne sont pas faits pour se compléter en ce sens. Le Folk à lui tout seul ne fonctionne pas dans cette recherche de bagarre ambiante et le Heavy non plus. Donc ! Ingrimm n’est pas un mauvais groupe en soi, les musiciens sont bons, les compositions en elles-mêmes sont « correctes » mais, après toutes ces années d’expérience, le constat est simple mais terrible à dire pour moi : il manque encore une ou plusieurs choses pour que la recette prenne. Plus qu’à attendre la suite, pour voir.

Tracklist :

1. Himmel und Hölle
2. Klang von Leder
3. Albtraum
4. König der Idioten
5. Glück in Sicht
6. Sturm und Drang
7. Drachenritt
8. Ich bin ein Mann
9. Schalk im Nacken
10. Mammon
11. Der Schinder
12. Schuldig oder nicht

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