Eclipse Of The Sun – Brave never World

Le 6 septembre 2020 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


Dávid Antal : batterie / György Kantár : basse, claviers / Dániel Szöllösi : chant, claviers, guitares, programmation / Gergő Kovács : guitare

Style:

Doom metal

Date de sortie:

25 avril 2020

Label:

Satanath Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.5/10

Quand le soleil s’éclipse on en voit la grandeur.” Sénèque

Et le moins que l’on puisse dire c’est que les astres fascinent. Depuis la nuit des temps ils sont tous sujets à des fantasmes dans le cœur et l’esprit des hommes. On ne compte plus le nombre d’ouvrages qui font référence au Soleil, aux planètes et à la Lune, d’une manière tantôt positive, tantôt négative. Que l’on prête des pouvoirs mystiques ou scientifiques, tout nous ramène de près ou de loin à ces fantasmes millénaires, voir purs produits de superstitions. Moi-même il m’arrive souvent de me renseigner auprès d’un calendrier lunaire et d’y faire des observations qui s’avèrent, ma foi, assez déroutantes. Vous demandez à beaucoup de soignants en psychiatrie s’ils voient une différence dans le comportement de leurs patients pendant les périodes de pleine lune, ou de nouvelle lune, ils vous diront qu’il y en a une et très distinctes. De même que notre rapport au Soleil varie selon les croyances ancestrales, et l’on attribue souvent au Soleil une vertu de réassurance et de soulagement. Vous passez plusieurs jours de pluie, sans voir ce dernier, vous vous lamentez tellement que vous en devenez morose, alors que, lorsqu’il est trop présent notamment en été, vous vous lamentez de sa présence. Mais le plus intéressant à étudier, si vous en avez le courage, est le rapport de l’Homme avec les éclipses. Stonehenge, le fameux cromlech que tout le monde connait sans connaitre, serait un outil préhistorique d’étude des mouvements du Soleil et de ses éclipses. Les égyptiens considéraient qu’il s’agissait d’un combat entre Rê et Apophis, un serpent maléfique. Vous-mêmes, n’avez-vous pas été fascinés, dans un élan mystique incroyable, par l’éclipse de Soleil totale en 1999 et nos fameuses lunettes bleues? En ce qui me concerne, j’ai toujours été passionné par ces astres, donc c’est tout bêtement que choisir le groupe Eclipse of the Sun s’est imposé à moi.

Ne vous méprenez pas, Eclipse of the Sun est bien un groupe terrestre! Situé en Hongrie, dans une localité qui ferait gagner n’importe qui au Scrabble (Székesfehérvár), le groupe a commencé à faire parler de lui sous ce nom en 2010. Auparavant, il s’agissait d’un groupe de death metal nommé Duath qui avait pris fin en 2008. Nos hongrois ont la particularité d’avoir une base de composition depuis les débuts qui n’intègrent pas de guitares, puisque les musiciens originels sont un bassiste, un batteur et un chanteur qui s’occupe aussi de la programmation et des claviers. Il n’y a eu un guitariste qu’en 2014 qui a rejoint le groupe. Ce n’est pas banal quand on connait la matière de composition principale du metal qui est guitare(s)/basse/batterie/chant. Autre particularité étonnante : le groupe a sorti une compilation avant ses albums! Alors, comment c’est possible? Après avoir sorti une démo et un EP, on retrouve effectivement les titres de ces deux premières sorties mais aussi des inédits, ceci expliquant cela même si, factuellement, c’est relativement bizarre comme démarche. Puis viennent les deux albums, Daimonion sorti en 2015 et donc celui qui nous intéresse : Brave Never World.

En ce qui me concerne, ce n’est pas le monde que je vais ne jamais braver puisque je suis parti pour braver l’album et dans un premier chapitre, sa pochette. Un travail sur l’artwork assez surprenant, qui parvient subtilement à mélanger morosité et lumière. Un ton jaune assez lumineux, qui est la couleur de la fraternité et de l’entraide, mais qui masque une situation assez dangereuse avec ces deux enfants – un garçon et une fille – qui se trouve face à une sorte de porte, ou de placard je n’arrive pas à bien discerner, et l’on devine aisément que cette situation figée par une photographie peut déboucher au pire, c’est à dire le franchissement de cette porte qui, vu la musique, n’annonce rien de sain. J’aime bien parce que le décor autour est agréable, je trouve que la métaphore d’un monde enfantin et innocent s’entrechoque violemment avec cette porte qui symbolise, comme dans beaucoup de contes pour enfants ou de films, l’entrée dans un monde plus noir, plus effrayant. Il est vrai que la période de l’enfance est souvent vue comme une période d’illusion, d’imaginaire et donc en psychologie de l’incarnation de l’Inconscient selon les topiques de Freud. La porte symbolise ce qui conduit l’enfant vers la réalité, les perceptions et toute la violence qui en découle, que l’on nomme Conscient. La barrière invisible qui retient les enfants de l’artwork et qui semblent hésiter serait donc le Préconscient. Vous vous doutez bien qu’un artwork qui me fait parler des topiques de Freud ne peut être qu’un gage de réussite, et c’est tout naturellement que je vous confirme que le design de l’album Never Brave World me plaît au plus haut point et constitue une belle prise!

J’ai été, comme souvent d’ailleurs, pris de court par la musique qui est proposée. Annoncée comme du « doom death metal », et ayant eu de solides références en la matière avec les groupes Venomous Skeleton, Atavisma, Onirophagus, ou encore Reido sur un versant plus funeral doom, je m’attendais à une musique du même acabit, en mieux bien évidemment car l’on cherche toujours à sublimer ces connaissances! Et je me suis pris un total vent contraire dans l’aspect death metal. Alors, on est unanimement d’accord pour dire, vous qui écouterez les liens YouTube, qu’il s’agit de doom metal. La lenteur des riffs et la distorsion plus importante des cordes, qui sont les caractéristiques principales et indécrottables du genre doom, sont présentes. Aucun doute là-dessus! Mais alors, où sont les expérimentations death metal, ça… A l’inverse, le doom metal est rigoureusement old school dans les riffs empreints de heavy « à l’ancienne » – du genre Candlemass qui crève les oreilles -, le chant qui est à dominance clair et qui dérive légèrement vers du guttural, et surtout les intégrations de claviers qui oscillent entre des ambiances mystiques et gothiques, me font nommer le genre proposé par Eclipse of the Sun comme du « doom metal gothique ». A moins que l’on considère que l’utilisation des claviers dans une logique de poser des nappes de son toutes simples sont dans la logique d’une démarche nostalgico-old school. La première écoute me fait, en tout cas, l’effet d’une bombe dans ma tête! Ce mélange de doom metal et d’ambiances mystiques, deux styles musicaux que j’adore d’ordinaire séparément, se marient ensemble et me donne une première impression plus que positive. Je pense que je ne suis pas loin du coup de foudre musical car suite à la première écoute, qui est salvatrice, je me suis passé au moins une dizaine de fois Never Brave World. Ce qui est d’autant plus notable que le groupe puise son inspiration, du moins il me semble, dans certains albums de My Dying Bride, et que j’ai beaucoup de mal avec ce groupe hormis Evinta qui n’est pas du tout metal…

Là où le groupe se démarque de ces prédécesseurs prestigieux se situe dans le son. J’ai été habitué à la lourdeur qui est un attribut majeur au doom, qui plus est teinté de death metal d’ailleurs. Il me revient en mémoire le concert de Candlemass au Hellfest en 2019 où j’avais été frappé par les basses fréquences qui étaient monstrueuses et ajoutaient une sorte d’appesantissement qui rendaient la musique hypnotisante. Sur cet album, la lourdeur n’est pas si présente que cela. On a un son beaucoup plus aigu, laissant place à la mélodie des guitares tout en conservant cette lenteur. Même la batterie et la basse n’élargissent pas tant que cela les harmoniques, j’ai fait le test dans ma voiture en mettant les basses fréquences à fond et le son était en medium, voir medium haut. C’est assez fascinant parce qu’Eclipse of the Sun parvient à apporter, grâce à ce travail en studio intéressant, sa dimension mystico-dramatique et ce metal doomesque qui laisse envie de se partager l’esprit entre le défoulement et le planement. Le mot « fascinant » est vraiment le mot idoine pour décrire le son de l’album. Excellente surprise pour moi qui suis un grand friand de son très lourd OU très aigu, et le fait de revenir à des fondamentaux m’enthousiasme au plus haut sommet de l’extase! J’adore! Mention spéciale au sample du morceau « Home » – mon préféré de l’album avec « Things Called Life » – qui est tellement bien enregistré que je me suis vraiment cru paumé dans un embouteillage, à attendre à un feu rouge, alors que j’étais en rase campagne. Puis la métaphore qui consiste à mélanger un cri de chouette hulotte et des oiseaux diurnes pour symboliser l’éclipse, bien joué!

Je parlais de fascination pour parler du son, j’évoquerai le même nom pour causer de l’album en lui-même qui s’écoute avec une facilité désarmante. Les pistes, huit au total, sont d’une longueur sensiblement trop longue (environ sept minutes chacune) pour le commun du public metal, mais la composition de ces dernières sont tellement bien ficelées que l’écoute est un jeu d’enfant, accessible à tous, ce qui pour du doom metal est assez rare. Le clavier, qui officie comme un ambianceur plus que comme un instrument à part entière et qui se mêle entre des éléments orchestraux et parfois un peu dark wave sur les bords (à la Hekate pour ceux qui connaissent), a le mérite de planter le décor mais aussi d’apporter un soupçon d’accessibilité à la musique des hongrois. J’apprécie ce côté old school qui laisse peu de place à l’outrancière technicité des instruments, qui officient sobrement, tout en distillant cette quintessence un peu tragique au travers des mélodies à la guitare et cette basse qui est bien présente et fait le job d’amener un tout petit peu d’épaisseur. Je suis… Conquis. Totalement conquis par ces huit titres qui sonnent tous comme des hymnes, des odes à la vie si douloureuse et ces derniers arrivent à faire remonter de mon inconscient cet enfant innocent que j’étais, qui ne savait pas si la porte de l’existence était piégée ou bienveillante. Grande force donc que ces morceaux qui sont magnifiques et j’aime particulièrement l’idée qu’il ne s’agit que d’un deuxième album. Une marge de progression exponentielle qui s’annonce avec des musiciens prometteurs dans leur approche simple mais efficace du doom metal, belle pioche pour Satanath Records qui, décidément, est un label qui n’en finit plus de me surprendre.

On ne peut pas aborder la qualité des compositions sans faire un appel du pied évident au talent des musiciens. Ce que je note, c’est la synergie qui fonctionne à merveille entre le trio compositeur, chacun amène sa pierre à l’édifice mais l’on sent aisément qu’il y a un leader derrière le groupe, un musicien qui rassemble les autres. Je pense, sans m’avancer de trop, que le chanteur et claviériste amène la touche « gothique » comme je le nommais plus haut ainsi que la partie concept de l’album avec les paroles et la programmation, et le batteur et bassiste amènent quant à eux les parties metal, et le tout s’emboite nickel chrome! Le guitariste, instrument pourtant prépondérant et souvent squelette des compositions, est sans doute possible très bon mais je ne devine pas de vrai rôle dans cette synergie. En tout cas, les musiciens me semblent avoir une bonne expérience de la scène et du studio, je ne connais en effet que l’âge du batteur : quarante-quatre ans. Mais à n’en pas douter, ils sont bourrés de talents et d’idée.

Je m’attarde sur le chant dont je vais juger avec partialité. C’est à dire que je suis d’ordinaire un partisan avéré du chant guttural et moins du chant clair, surtout dans un style plus extrême comme le doom. Mais je me dois d’admettre que, faisant abstraction de mes références en doom death ou funeral doom metal, un chant clair sur du doom old school c’est beau, voire puissant! Sur Brave Never World, le chant se mélange entre du clair « normal », sans excès de vocalise on va dire, et du guttural qui me convainc moi. Autant je n’ai rien à redire sur le chant clair qui fait le job largement et se montre varié dans l’intention, entre gravité et plus de légèreté dans le mysticisme, autant je trouve le guttural pas suffisamment bon techniquement pour être opportun. Il n’est même pas vraiment le bienvenu puisqu’il est placé maladroitement, et abâtardi pas mal l’ensemble. J’aurais préféré que le chanteur demeure sur sa zone de confort qui est, semble-t-il le clair, et ne mette pas volontairement de guttural. Fort heureusement, ce n’est pas le type de chant dominant, et les morceaux restent malgré tout très agréables.
A noter en aparté que j’ai beaucoup aimé cette approche conceptuelle moderne en mettant cette ambiance urbaine dans le morceau Home, cela change des éternels sujets d’albums.

Bien! J’aimerais terminer ici ma bafouille sur un constat simple : j’ai acheté l’album directement après l’écoute. Et comme la discographie d’Eclipse of the Sun n’est pas fourmillante, je vais l’acquérir entièrement! C’est une très bonne découverte qui a su révéler en moi des pulsions enfouies de mon enfance, ce qui n’est pas rien. Confronter l’insouciance avec la réalité, le doom metal avec des ambiances mystiques et rajeuner ainsi un style de metal primaire jusqu’à la quasi perfection, c’est une bluffante réussite que nous propose ici Brave Never World. Un album qu’il faut à tout prix se procurer, la Hongrie porte fièrement ce jour un nouvel étendard autre que Tormentor! En résumé donc, cet album est un pur bijou de doom old school et moderne.

Tracklist :

1. Pillars of Creation 05:22
2. Things Called Life 04:46
3. Brave Never World 05:34
4. Not a Symbol 06:00
5. Home 06:14
6. World Without Words 07:09
7. Death of Pan 06:51
8. Era of Sun 07:12

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