Line-up sur cet Album


  • Déhà : tous les instruments, chant
  • Marla Van Horn : chant

Style:

Drone Metal / Funeral Doom Metal

Date de sortie:

18 février 2022

Label:

Burning World Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.75/10

« L’homme consomme, engloutit lui seul plus de chair que tous les animaux ensemble n’en dévorent ; il est donc le plus grand destructeur, et c’est plus par abus que par nécessité. » George Louis Leclerc

Vous avez sûrement déjà constaté qu’il y a sur Terre des êtres humains qu’on pourrait qualifier de lambda, qui n’ont rien d’exceptionnel de prime abord et qui sont modestement présents sur Terre pour accomplir une destinée toute tracée, on ne peut plus banale mais sans pour autant dire qu’elle n’est pas importante, attention ! Juste de vivre sa vie tranquillement sans chercher à se démarquer de quoique ce soit. Et puis, vous avez un petit pourcentage de gens qui sont tout simplement incroyables. Dans le cas du metal, vous avez des musiciens ou des artistes visuels qui sortent indéniablement du lot, avec un pedigree qui nous abasourdit totalement et dont on se demande par quel caprice divin cette hyper créativité existe, et pourquoi sur eux. Cela vous est déjà arrivé ? Eh bien moi, depuis l’exercice périlleux de la chronique, cela m’arrive régulièrement. J’avais fait état lors de ma chronique de Nagaarum , qu’il avait sorti pas moins de dix-sept albums en dix ans, sans compter les autres sorties ! Il y avait aussi ce musicien hollandais absolument fou furieux, qui avait je crois dix-sept groupes en tout pour un nombre incalculable d’albums et de collaborations, dans un registre black metal et dungeon synth de mémoire. Voilà, vous avez des fois ce genre de rencontres qui relèvent plus de celle du Troisième Type que de celle au bar de votre quartier quoi. Et je suis toujours plutôt admiratif parce que, au-delà de la qualité de certaines sorties qui est quelquefois contestable, c’est surtout le génie créatif qui m’épate. Bons Dieux ! Il faut avoir une sacrée dose d’imagination pour parvenir à pondre autant de sorties en si peu de temps. C’est une des raisons pour laquelle je persiste dans l’art de la chronique, pour avoir un jour à me confronter à des extraterrestres de la musique metal ou ambient, histoire de me dire que j’ai côtoyé de grands créateurs et des talents foisonnants. Et donc, parmi tous ces personnages hors du commun, il y en a un que je connais de nom, dont j’entends régulièrement l’écho de son nom dans les sorties mensuelles, et dont j’avais hâte de me frotter un jour : il s’agit de Déhà. Et cela tombe à pic puisque ce dernier a sorti une CD de collaboration avec une dénommée Mweiss (plus connue sous le nom de Marla Van Horn) qui s’appelle Earth and Her Decay. C’est l’occasion rêvée !

Il va donc me falloir expliquer quel être hors norme est Déhà. Ce ne sera pas une chose aisée puisque notre ami est belge, et habite la ville européenne de Bruxelles. Bon, jusque-là, ça va encore. Seulement, il faut savoir qu’à ce jour, notre camarade musicien cumule pas moins de vingt et une formations encore existantes ! Oui oui, vous avez bien lu ! La plus récente étant Wrath of the Nebula qui ne va pas tarder à sortir son premier album. Et le projet que je connais aussi très bien est celui qui se nomme Transcending Rites en collaboration avec une certaine Brouillard dont j’ai eu l’immense plaisir de faire en chronique son premier album pour Vertige (où Déhà est le maitre en studio, au passage). Mais ce n’est pas tout ! Il a également participé à dix-neuf autres projets dont des biens connus de moi comme K.F.R., Lebenssucht, DunkelNacht, God Eat God, etc. Et six autres projets ne sont pas officiellement répertoriés dans Metal Archives. Voilà où je voulais en venir, et ce n’est « que » la partie musicien, parce que comme je disais, il y a aussi le travail en studio qui est monstrueux et aussi tous les albums sur lesquels il a participé en tant qu’invité. J’ai renoncé à tout compter, honnêtement. Ce type est un malade et il me force l’admiration d’une manière époustouflante.
Mais le projet qui nous intéresse ce jour, cela reste son projet éponyme qui sort donc Earth and Her Decay cette année, et qui cumule à ce jour vingt-cinq albums (un vingt-sixième sortira chez Les Acteurs de l’Ombre Productions tantôt), et seize sorties diverses. Un exemple : rien que pour l’année 2020, il y a eu treize albums de sorties…
Et Mweiss à côté ? Eh bien, rien de plus que cette sortie. Si, elle aurait fait les photos sur un des albums de Déhà, mais en ce qui la concerne c’est sa seule sortie connue à ce jour. Vous l’aurez compris, Déhà n’est pas un projet comme les autres, c’est un truc de fou, de compositeur compulsif et hyper créatif.

Pour la pochette, j’ai été dans une forme d’expectative pour au final ne pas avoir grand-chose à me mettre dans le gosier. En fait, dans l’idée du titre de l’album qui signifie « la Terre et sa pourriture« , on a probablement quelque chose de raccord mais c’est difficile d’en être sûr. On dirait bien une vision de la Terre vue de très haut, le tout mis en noir et blanc pour prêter à confusion sur l’exactitude de ce qui est vu justement, mais on ne peut pas réellement en être certain. C’est plus une paréidolie qui laisse voir un truc chaotique et détruit, et de loin c’est vrai que cette cartographie en plongée laisse voir des imperfections multiples. Mais on pourrait aussi se dire que s’il s’agissait d’une photographie, on verrait surtout une incroyable présence de l’Homme dans ce paysage. Et surtout de sa capacité naturelle à envahir les espaces pour au final mieux les détruire ou les rendre affreux. Ce serait donc une sorte de confrontation métaphorique entre l’Homme et la Nature. Et le concept si tant est que ce soit bien cela, me plaît beaucoup !
Musicalement cela n’éclaire pas tellement ce vers quoi Déhà veut nous amener, mais au moins l’idée de représenter la destruction de la Nature par l’Homme dans une forme beaucoup plus stricte et scientifique si j’ose dire, cela me plaît bien. C’est original d’une certaine façon, quand on voit ce que l’on a de très imagé de nos jours. L’image est en tout cas dérangeante. Belle n’est pas le mot approprié parce que cela reste un peu trop grossier pour moi, mais au moins il y a eu de l’idée !
Donc c’est vraiment bien.

Pour la musique, dès les premières notes, la magie opère. Car on parle bel et bien de magie, de mystères, et de noirceur quand on parle de Déhà. Habitué à de nombreux changements musicaux dans son énorme discographie, Earth and Her Decay est une sorte d’expérimentation entre le funeral doom metal et le drone metal voire ambient. Le funeral doom on le retrouve dans des passages moins aériens et moins ambiants, quand la batterie est présente et marque un tempo d’une lenteur abyssale et anxiogène, avec des coups violents et secs comme pour enfoncer nos âmes davantage dans la fange humaine. C’est selon moi le vrai point de divergence dans les compositions, puisque non seulement la majorité d’entre elles sont surtout drone metal et ambient, mais surtout parce que le « vrai » funeral doom metal se distingue de son alter ego « dronien » par cette batterie ultra lente. Le reste, on retrouve de très nombreux points de convergence avec les guitares saturées qui ne sont que de purs balancements d’accords en tempo bas, avec une basse parfois un peu plus mélodique mais vraiment une poussière dans l’univers musical, et les parties chant qui abondent dans une sorte de clair-obscur auditif mais j’y reviendrai.
Le gros point fort d’Earth and Her Decay, déjà d’une très grande qualité sur son ensemble instrumental basique, ce sont les incorporations aux claviers qui sont phénoménales. Elles rajoutent une grandiloquence incroyable, avec ce côté aérien comme si quelque part on avait un ange qui montait vers les cieux de manière majestueuse, comme une apparition au firmament. Et l’album fonctionne de fait comme de multiples montées en puissance dans les ambiances et la lourdeur, la noirceur totale et prévisible. Et je salue avec énormément d’admiration le fait que Déhà soit capable comme cela de coupler des genres de musiques qui certes ne sont pas si éloignés que cela mais tout de même, pour non seulement trouver la recette miracle qui va enchanter la musique et faire vibrer notre inconscient, mais en plus va le sublimer jusqu’à la quintessence de la perfection. C’est à peu près mon ressenti dès la première écoute achevée. Je me suis pris une bonne claque de forain !
Ce drone metal et ambient qui monte crescendo et qui explose pour mieux s’apaiser après, le tout avec un travail de forçat en studio, cela relève de l’exploit, sinon du génie. Mais en avait-on le doute concernant Déhà?

Franchement ce serait malhonnête et parvenu d’oser dire du mal de la production de Déhà. Le garçon étant lui-même producteur, et ayant produit un nombre frénétique d’albums, je ne pouvais pas décemment dire du mal de sa production. Mais il est bon de dire pourquoi elle est excellente. Quand on a en face de nous un album du genre drone metal, et funeral doom metal, on doit s’attendre à une musique lourde, extrêmement lourde même et surtout aérienne, ambiante. Il faut donc englober les guitares et la basse d’une bonne couche sonore bien épaisse et laisser une place au côté aérien qui est fortement induit par ses balancements d’accords très profonds et qui laisse donc ses sillages dans le spectre sonore. Le résultat est qu’ici, tout est en adéquation avec ce que j’attends d’un album comme Earth and Her Decay : il y a bel et bien de la lourdeur et de l’aérien. C’est pratiquement la perfection qui est proposée ici. Je loue avec extase l’utilisation des claviers comme évoquée plus haut et je leur trouve un rôle prépondérant dans le mixage pour accentuer encore plus le son global. Et les parties chants sont bien retranscrites, ni trop près ni trop lointaines.
Bref ! Tout est excellent mais on ne pouvait pas en douter de toute manière. Déhà est non seulement un musicien hors pair, mais en plus un excellent producteur. C’est vous dire si un album de son projet éponyme est une valeur sûre!

Earth and Her Decay est typiquement ce que je recherche dans les instants où, lassé par la violence de ce genre extrême qu’est le metal en général, j’ai besoin de calme tout en gardant éclairée cette étincelle de curiosité morbide qui me fait revenir sans cesse vers la noirceur et l’émotion. Parce que oui !, on peut faire dans l’extrême, dans le sens de musique saturée, et proposer un album noir mais étrangement calme et apaisé. Le drone metal m’offre cela d’autant qu’il est souvent couplé ou parasité par d’autres apports instrumentaux, or ici ce que j’ai adoré chez Déhà, c’est que le drone metal prend réellement son importance sans être parasité par des ambiances aux claviers trop présentes ou d’autres parties instrumentales comme le ferait dans son extrême opposé Neptunian Maximalism par exemple. Là, pas besoin de chichi ! C’est de l’instrumental metal pur et cela sonne divinement bien. C’est lourd, c’est lancinant, c’est beau autant que c’est aérien et le pire c’est que ce drone metal-là, qui je le rappelle se rapproche d’un funeral doom metal, il est intelligemment fait dans le travail de composition et dans la production. Parce que chaque composition suit une logique qui se marie avec celles de ses semblables, mais conserve une originalité de fond qui lui est propre, rendant cet Earth and Her Decay formidablement riche et tout simplement génial! Déhà a encore frappé apparemment, mais jusqu’où ira son génie?

Pour les parties chant, c’est là que notre fameuse Mweiss entre en piste. Parce que sa voix claire est extraordinaire. Je ne connais pas cette personne, mais au vu de sa capacité vocale et de son apport exceptionnel dans la musique de Déhà, il me faudra la connaître ! Sinon je ne serai pas heureux. Sans rire, le chant est incroyable. Participant à ces fameuses montées en grâce et puissance de la musique de l’album Earth and Her Decay, cette voix féminine qui semble sortir des méandres de nos esprits torturés et qui occupe à ce point l’espace sonore, c’est juste fou. Et quand on rajoute le chant de Déhà lui-même, qui oscille entre le chant clair et le saturé en version scream à la sludge metal un peu, cela donne un résultat dont je peine à trouver les bons mots. Je crois que j’ai rarement entendu un couplage de chants aussi symbiotique. Je ne sais pas comment est possible, si le fait d’avoir deux excellents chanteurs contribue à ce point au résultat final, ou s’il s’agit tout simplement d’un énorme travail en studio pour trouver la bonne symbiose, mais je trouve le résultat dans les lignes en contre-chant époustouflant. Je ne pensais pas trouver un jour des techniques vocales qui se marieraient aussi bien avec un drone metal aussi lent. Mais le résultat est bluffant ! Bravo à vous deux, et bravo à elle, surtout !

Je termine enfin ma chronique, en me disant que je vais avoir un gros boulot de rattrapage, histoire d’arrêter de passer pour un inculte et pouvoir dire à ma descendance : « oui ! Je me suis mangé toute la discographie de monsieur Déhà tant c’est un génie ! » L’acheter c’est encore autre chose, il va me falloir aller sur le Darknet vendre un œil ou un rein avant. Mais sur l’album Earth and Her Decay qui constitue donc le vingt-sixième ouvrage de sa folle discographie, et qui s’avère être une collaboration plus qu’un vrai album, je crois m’être largement fait une opinion. C’est un album extraordinaire. Oscillant entre le drone metal ambient et un funeral doom metal lourd et angoissant, le tout sur un fond majestueux et aérien presque hypnotisant, Earth and Her Decay est un pur bonheur pour les amateurs du genre de musique lente et lancinante. Doté en plus de son expérience en studio qui ne fait guère l’ombre d’un doute, on ne peut qu’avoir un CD qui frôle le talent brut.
Si la musique metal avait un chef orfèvre pour composer sa joaillerie légendaire, pour sûr que ce dernier s’appellerait Déhà. Non seulement ce mec est un compositeur et producteur hors du commun à bien des égards qui sait parfaitement s’entourer par des musiciens et musiciennes pétris de talent comme Mweiss, mais en plus il ne s’essouffle pas, il se bonifie encore plus.

Comment on appelle cela déjà ? Ah oui! Un mythe. Album extraordinaire d’un mec extraordinaire!

Tracklist :

1. Purification Ritual 04:50
2. Nowhere 08:00
3. Dust and Rain 04:46
4. Black Blood 03:30
5. White Blood 10:03
6. Dead Leaves 10:44

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