Cultura Tres – Camino de Brujos

Le 7 avril 2023 posté par Metalfreak

Line-up sur cet Album


  • Juan De Ferrari : guitare
  • Alejandro Londoño : guitare, chant
  • Paulo Jr. : basse
  • Jerry Vergara Cevallos : batterie

Style:

Sludge Metal

Date de sortie:

07 avril 2023

Label:

Universal Music

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.75/10

« L’argent n’achète pas l’élégance. Vous pouvez prendre un fourreau pas cher, ajouter une jolie écharpe, des chaussures grises et un magnifique sac, et ce sera toujours élégant. » Proverbe vénézuélien.

Cette chronique, c’est l’occasion de renouer avec un principe que beaucoup voudraient probablement effacer définitivement de la musique, et qui pourtant continue d’être légion, surtout dans la période géopolitique que l’on traverse actuellement. J’entends, en effet, partout, les gens affirmer que la musique doit être apolitique. J’avoue qu’une telle affirmation me laisse dubitatif, tant les exemples de styles qui font dans le politique, ou tout du moins dans le contestataire, fourmillent, sans pour autant que cela devienne de la propagande à outrance. Enfin, je veux dire : vous prenez la musique punk, rien qu’elle ! Oseriez-vous me dire que cette dernière n’était, n’est et ne sera jamais politique ? Franchement, ce serait se mettre des oeillères et des peaux de saucissons par-dessus. On ne va surtout pas parler du fameux NSBM, qui demeure l’une des pires ignominies politico-musicales qui existent. Mais cela n’enlève en rien que l’affirmation outrancière selon laquelle la musique ne doit pas être politique prend du plomb dans l’aile (ou la cuisse, c’est selon). Moi qui suis rangé à l’exercice de la chronique de la musique sludge metal par exemple, avant même d’aller découvrir un groupe de ce genre, je sais d’avance que l’on va forcément entendre parler de la société, de ses turpitudes, et parfois sans passer par le procédé métaphorique. Certains groupes se contentent d’aller droit au but et ne cherchent pas des chemins détournés pour aller sur leurs messages politiques. La question s’exposerait plutôt ainsi, si on réfléchit bien : pourquoi la musique ne devrait pas être politique en fin de compte ? Pourquoi les groupes se priveraient de faire passer un message ? Si le dit message est partagé, grand bien le fasse aux gens ! Si le message n’est pas passé, mais que la musique en amont plaît, grand bien fasse aux gens. Pour ma part, je ne cautionne bien évidemment pas tous les messages, certains datant d’une certaine guerre mondiale ne m’enchantent guère, et auraient tendance à me donner du psoriasis. Mais quand le message demeure ce qui s’approche le plus de mes propres convictions, bien évidemment, je les tolère. Et pour cette chronique, je dois dire que le message derrière étant ouvertement assumé comme politique, digne des mouvements contestataires que l’on peut trouver dans les pays d’Amérique du Sud – les chats ne font pas des chiens (oui l’expression est à l’envers, mais les chats dominent le monde donc… Prudence) – je ne m’attendais à rien de plus, rien de moins. Si ce n’est que la musique me plaise ! Et Cultura Tres, avec cet album nommé Camino de Brujos, ne devait, sur le papier, pas me décevoir du Camino de Brujos qui signifie en espagnol « chemin du sorcier ».

Alors, qui sont les gonzes derrière Cultura Tres, qui veut dire en espagnol toujours « culture trois », enfin un truc de ce genre ? Un groupe qui nous vient principalement du Venézuéla ! Destination exotique pour ce soir, mais pas que. Destination ayant un fort relent de politiques et de déboires sociétaux. Après, on pourrait aussi chipoter en disant que sur les quatre membres, un est aussi colombien (Alejandro Londoño à la guitare et au chant), et un est brésilien et surtout, très connu ! Puisqu’il s’agit de Paulo Jr., bassiste de Sepultura, ni plus ni moins ! On pourrait donc se dire un peu naïvement que la formation se rapproche d’une sorte de super-groupe, mais officiellement non, car le groupe est porté fièrement par les deux derniers membres, qui sont deux frères. Cultura Tres est bien un groupe estampillé Venézuéla. Bon, cela, c’est pour la partie biographique. Pour la discographie, la formation a sorti à ce jour cinq albums avec ce dernier nommé « Camino de Brujos », mais également deux démos au début de leur carrière en 2006, un single, un EP. Une belle discographie pour une formation qui peut se targuer désormais d’avoir une solide expérience du milieu et qui, comme je l’expliquais à demi-mots, a la réputation de faire dans le contestataire. C’est ce que nous allons voir, même si bien entendu, nous allons surtout nous concentrer sur la musique de ce dernier album qui sort six ans après l’avant-dernier, quand-même.

Pour cette nouvelle sortie, qui sera mise en avant via une publication en release du jour, la pochette joue à fond la carte de la sorcelleri,e qui est présentée, même métaphoriquement, sur le nom de l’album « Camino de Brujos ». Mais pas que ! On pourrait surtout se dire que le groupe joue la carte extrêmement satyrique envers la religion. En effet, nous pouvons apercevoir des représentations religieuses détournées sur une tonalité horrifique, un peu comme les hallucinations que l’on pourrait avoir avec des figures déformées, des crânes particulièrement flippants qui pullulent, des yeux écarquillés, des bouches qui sont dans des endroits improbables. Le genre de pochette qui ne laisse personne indifférent, surtout quand on est fasciné de manière morbide par les représentations mortuaires et totalement flippantes comme celle-ci. De toute manière, je pense que cet artwork est, de toute faço,n déjà une réussite pour ce fameux rôle d’attrape-l’oeil, et même si le sens a probablement une dimension culturelle qui m’échappe, j’adore vraiment cet artwork. Je le trouve extrêmement dérangeant, avec une belle approche satyrique de la religion qui se situe donc visuellement, avec tout ce que j’ai décrit plus haut, et le nom de l’album qui me fait penser à un détournement de l’expression bien connue du « chemin de croix ». J’en profite également pour dire que j’aime l’idée d’avoir utilisé le noir et blanc. C’est idiot vous me direz, mais au moins le contraste permet de faire ressortir les fameuses gravures apeurantes, et de mettre en doré le nom du groupe et de l’album leur permet de bien ressortir. Au moins, le groupe a mis les identités de l’album, ce qui est très bien. Voilà! Une pochette très très efficace, je ne taris pas d’éloges sur cette dernière ! Belle trouvaille.

Je dois vous faire une confidence : j’ai écrit la chronique en ne me rendant pas compte qu’en « musique » de fond, j’avais Gérald Darmanin, notre « cher » ministre de l’Intérieur, qui passait en commission pour défendre les exactions de la police pendant les manifestations. Tout en faisant la chronique d’un groupe de sludge metal. Je trouve la coïncidence très cocasse, pour ne pas dire cynique. Parce que pour ce qui est de l’identité musicale, pas besoin de tortiller un quelconque orifice pour que cela tombe droit : c’est bien du sludge metal. D’abord par l’intensité sonore que dégage ce style, qui vous prend les neurones et vous les concasse comme si votre cerveau passait à la moulinette. Ensuite parce que les riffs sont particulièrement empreints de quelques relents hardcore, avec une alternance de passages violents, sans concession possible, et quelques passages clairement plus incisifs, voire allant sur du breakdown bien placé. Et enfin, les mêmes riffs baignent dans une atmosphère totalement pessimiste, et c’est ce qui fait principalement l’identité sonore et musicale de ce genre sludge metal, qui trempe à la fois dans une mouvance dramatique, et un profond sentiment de révolte qui remonte des entrailles, explosant au grand jour d’un point de vue vocal. Les instruments sont utilisés pour être donc très variés, que ce soit dans les changements rythmiques qui sont légion, que dans les apports mélodiques. Mention spéciale à la basse qui, comme souvent dans ce genre, est mise en avant de telle manière qu’elle représente un marqueur rythmique extrêmement majeur, au même titre que la batterie, alors que c’est souvent cette dernière qui est mise en avant. Les guitares sont plutôt dans leur jus, si j’ose dire, et le chant demeure modeste, mais fonctionne comme une série de coups de poings ravageurs. En fait, la musique sludge metal, dans son essence la plus brute, devrait toujours fonctionner comme cela. Avec en plus cette touche moderne dans le mixage, la première écoute m’a foutu la claque de ma vie depuis longtemps dans ce registre ! Je m’étais souvent demandé pourquoi j’avais du mal à m’enthousiasmer dans ce genre qui pourtant a en son sein des groupes mythiques et extrêmement talentueux. Souvent adoré, quand il est associé avec un autre genre, je pense que je viens officiellement, et ce dès la première écoute, de me prendre la claque de forain que j’attendais dans ce genre. Cultura Tres m’a tout simplement mis sur le cul avec « Camino de Brujos«  ! Incroyable !

Je parlais d’une sonorité moderne, je pourrais rajouter ultra propre, tant tout fonctionne à la quasi perfection. Le son est d’une belle et même grandiloquente épaisseur, ornant les riffs de ce côté boueux et rebondi qui est inhérent, totalement, au genre sludge metal. Tout en ayant un côté légèrement plus incisif pour offrir une audition intéressante des riffs aux guitares. L’épaisseur est obtenue grâce à la batterie et à la basse qui jouent leur rôle de marqueur rythmique, exactement comme je l’attends dans ce registre. Après, je note aussi que les passages, qui sont d’une belle richesse en allant sur des moments en mid tempo jusqu’aux passages plus doom metal, en passant par des courts instants pratiquement en clean, fonctionnent très efficacement entre eux, car il existe une réelle harmonie dans la production, offrant donc une très belle visibilité, si j’ose dire, à chaque passage. Disons qu’il n’est pas aisé de décrire plus en détails ce type de production qui frôle la perfection, sur tous les plans. Alors, il convient de préciser que dans le cas de Camino de Brujos, il ne faut pas s’attendre à une forme bien old school du sludge metal. La quintessence suprême de cet album, créé par Cultura Tres, est bien sa modernité. Le chaos existe aussi dans la modernité sonore la plus propre, le fameux sempiternel concept de la beauté dans le chaos. Parfaite transfiguration ici !

Vous vous souvenez? Je vous avais fait tout un laïus sur l’idée de la religion comme pièce maîtresse du concept album de Camino de Brujos. Je pense que dans l’intention, Cultura Tres a bien joué son coup. Le cynisme est à son comble sur cet album ! La musique transpire le sludge metal dans son sens le plus chaotique, le plus cynique et le plus sarcastique qui soit. Ce genre de superlatif se vit quand on écoute une musique comme celle-ci, cela ne peut pas forcément s’expliquer par de l’analyse. Le concept se baserait donc autour de la religion et de son rôle important au sein de la société. On ne va pas refaire le monde, la religion fait partie des pions les plus forts dans une société quelconque, peu importe laquelle. Les codes repris ici sont ceux du christianisme, j’ai envie de dire « bien entendu », étant donné le désappointement notable entre le metal extrême et le christianisme. Mais je pense sincèrement que le groupe venézuélien a voulu faire passer un message politique, totalement cynique, empreint de chaos et de noirceur, comme chaque fois ou presque dans le cas du sludge metal. Mission totalement accomplie pour ce cinquième album, qui est d’une richesse, d’une justesse et d’une critique absolue. L’album est tout simplement exceptionnel, de bout en bout.

Et je ne pouvais pas achever ma dithyrambe sans parler du chant. Alors, on pourrait se lamenter en disant que les textes sont pauvres, qu’on n’a finalement des mots déjà entendus. Mais dans le cas présent, celui de Cultura Tres, les mots sont choisis intelligemment, et surtout déclamés avec ardeur et force ! Il vous suffit d’entendre le chanteur littéralement hurler ses mots, les scandant comme dans une manifestation sauvage avec plein de black blocs ! C’est la force incommensurable du sludge metal, quand il est bien exécuté, un chant qui peut se contenter de quelques mots slogans, de ne pas élaborer des textes ultra travaillés, simplement pour faire office de coups de poings dans nos consciences de fragiles. J’ajouterai au passage que ce dernier, précisément, est d’une puissance assez bluffante. On a l’habitude des chants que l’on appelle parfois à tort « chants sludgiens » comme Regarde les Hommes Tomber qui nous offrent des hurlements profonds et stridents. Ici, Camino de Brujos nous pare d’un chant qui me semble beaucoup plus authentique dans l’intention. Ce qui est un excellent point, indéniablement.

Pour conclure, Cultura Tres nous offrira dans quelques jours ce cinquième album nommé « Camino de Brujos ». Le groupe venézuélien propose un sludge metal dans sa fermentation la plus efficace qui soit. J’entends par-là une musique extrêmement bien foutue, oscillant entre les accélérations violentes et les passages tantôt doomesques, tantôt en clean, offrant une richesse exceptionnelle et un concept-album dans la logique de ce qui se fait habituellement dans ce registre. Mais là où le groupe propose un ouvrage absolument incroyable, c’est selon moi dans la production moderne d’une exceptionnelle propreté, et dans les compositions qui retranscrivent le chaos ambiant d’un pays à la dérive, qu’une poignée de musiciens bravent fièrement pour essayer de faire passer ce message politique que beaucoup d’auditeurs dénient. Alors, si vous n’avez pas peur d’aller sur les sentiers revanchards et protestataires, cet album est pour vous ! Dans le registre sludge metal, il n’est pas loin d’intégrer officiellement mon top 3 de tous les temps. Un bijou !

Tracklist :

1. The World and Its Lies 04:22
2. Time Is Up 04:53
3. Signs 06:32
4. The Land 04:47
5. Proxy War 04:29
6. 19 horas 04:18
7. Zombies 03:40
8. De Maracay 01:31
9. The Smell of Death 04:46
10. Camino de brujos 04:41

Bandcamp
Facebook
Site officiel
Myspace
ReverbNation
Spotify
Twitter
YouTube
Apple Music

Retour en début de page

Laissez un commentaire

M'informer des réponses et commentaires sur cet article.

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green