Communication de nos partenaires

SC : Et dans la discographie d’Helloween, comment placerais-tu ce nouvel album ?
SG : Mais comme je l’ai dit, c’est la suite logique de « Gambling With The Devil ». Au moment de l’aborder nous nous sentions enfin comme un groupe uni autour d’un line-up solide, ce qui n’avait pas été le cas depuis des années. Pour moi, je pense, que nous tenons là l’un des meilleurs line-up d’Helloween. Nous tentons d’aller de l’avant à chaque album et bien sur, nous gagnons en expérience à travailler ensemble. Markus par exemple, possède un véritable talent pour écrire des chansons de heavy à l’ancienne. Mais d’une manière générale, nous avons l’impression que cet album, et cela s’applique aussi à celui d’avant, contient son lot de petits brûlots couplé de mélodies typiques comme Weiki à l’habitude de nous en pondre. Mais il y a aussi beaucoup plus d’influences qui rentrent en compte. Le tout est un très bon mixe de ce que fait Helloween. Et on peut aussi ajouter que, depuis que Dani et moi sommes dans le groupe, le son à quelque peu changé de manière à ce qu’on puisse dire qu’il s’agisse du Helloween 2010 ou 2011, du nouveau Helloween.

SC : Dans ma chronique j’ai écrit que cet album était un bon mixe de l’ère Deris, me rappelant des disques comme « The Time Of The Oath » et « Better Than Row » …
SG : Ah oui !
SC : Mais, comme tu l’as dit, avec cette touche propre au nouvel Helloween …
SG : Exactement …
SC : Et en fait ça me donne l’impression que l’évolution d’Helloween ne se fait pas en ligne droite, mais plutôt comme sur un cercle, ou le commencement serait au centre et qu’à chaque album, vous vous placeriez en un point différent de la surface …
SG : Et c’est quelque chose de tout naturel … c’est une question d’énergie, ou plutôt de symbiose, en fait. C’est-à-dire que si tu as cinq personnes qui font de la musique ensemble quelque chose va se passer. Tu ne sais jamais quoi, mais quelque chose va nécessairement arriver. Et si tu remplaces deux de ces personnes par deux autres, cela va changer la donne. Donc tu as cette base solide qui reste en place, avec Markus et Mikael dans notre cas et leurs influences qui sont toujours vivaces, puis Andi est arrivé en apportant les siennes et ces trois là mis ensembles ont créé quelque chose de nouveau. Les deux autres seuls n’auraient jamais pu créer les mêmes chansons sans Andi. Et lorsque Dani et moi sommes arrivés, cela a encore contribué à enrichir le tout. Et si tu secoues tout ça et que tu enregistres le résultat, tu auras alors le nouveau Helloween et la musique qui nous correspond. Et ça marche pour tout, si tu as un projet avec trois autres types, pas nécessairement de la musique, hein, ça peut être n’importe quoi, et bien le fait de collaborer t’amène à proposer tes idées tandis que les autres vont te présenter les leurs. Et si vous arrivez à faire un bon mixe de cela et bien il va en ressortir quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant. Et la musique est là pour ça, pour être jouée en groupe, que tu puisses créer quelque chose qui sera transformé en énergie et ainsi transmis aux gens. C’est pourquoi la musique est si importante : elle peut te permettre de rester sain d’esprit. Je ne sais pas si tu le sais, mais il y a aussi une histoire de fréquences, derrière tout cela. L’être humain est plus réceptif à certaines qu’à d’autres, pouvant même devenir dépendant … et c’est une des raisons qui font de la musique un moyen d’expression si fort. Donc, prend cinq personnes, enferme-les dans une chambre et laisse les jouer, et il va en sortir quelque chose. Et si tu as de la chance, en plus, les gens pourront même aimer !

SC : On voit aussi que Helloween n’a pas oublié ses œuvres précédentes, on retrouve ci et là quelques clins d’œil, comme la mélodie de ‘Who is Mr Madman’ qui ressemble beaucoup à celle de ‘Perfect gentleman’ …
SG : Ah, mais c’est exactement la même : ce sont les mélodies de flute de ‘Perfect gentleman’. Ça va même plus loin puisque les paroles traitent du même personnage, ce qu’il est devenu seize ans après, un gros pervers flambeur et dragueur, tout ça … Il est définitivement tombé dans la luxure, l’un des ‘sept péchés capitaux’, justement. Il est sans cesse dans la luxure, à jouer, à courir les filles, etc. Après tout ce temps, on se demande s’il n’est pas devenu fou, ou qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Tu vois, moi je l’imagine en camisole de force, devenu complètement dingue suite à ses pratiques sexuelles de plus en plus glauques (rires). Bien sur, il s’agit du parfait gentleman, mais du parfait gentleman avec seize ans de plus, et c’est le genre d’histoire qui pourrait être dite de n’importe qui d’autre.

SC : J’aimerais qu’on s’attarde un peu sur d’autres chansons, si tu peux nous en dire quelques mots. J’ai entendu dire que ‘Long live the king’ était un hommage ?
SC : Oui, c’est un ‘tribute’ à Judas Priest et Ronnie James Dio. Andi pensait à tous ces héros qu’il avait étant plus jeune, et il voulait leur dédier une chanson.

SC : Et à propos de ‘You stupid mankind’, doit-on y voir un lien avec ces fans de heavy-metal, avec des œillères, comme nous en parlions tout à l’heure ?
SG : Euh … Non. C’est une chanson sur nous tous, moi y compris. J’en ai écrit les paroles, mais c’est vraiment une chanson qui s’adresse à nous tous. Comme le dit le texte, les hommes vivent sur cette planète … mais ils ne se rendent pas compte qu’ils en font partie. L’Homme, au sens large, à l’impression d’être là en tant qu’invité. Je ne suis pas un arbre, je ne suis pas une pierre, je ne suis pas de l’eau non plus, mais je suis tout cela, je fais partie de tout cela, de cette planète. On a tendance à croire qu’on ne fait que vivre dessus, mais ce n’est pas vrai. On en fait partie. Si on meurt, on retourne à la terre, et on contribue de nouveau à la chaîne. Les gens l’oublient. Les gens se croient si importants. Mais même moi en tant que musicien, je fais des concerts tout autour du globe, je ne suis pas à me dire « Oh Yeah, je suis une rock star, je suis incroyable ! », ce n’est pas le but. Je travaille, mais je demeure une infime part de tout ceci … et ça, les gens l’oublient. Il est probable que certaines tribus reculées soient plus intelligentes que nous ne le sommes, se foutant d’ailleurs complètement de nous, de notre existence. Ces personnes ont juste besoin du stricte nécessaire à leur survie tandis qu’on se plait à détruire et à brûler leur habitat et à les faire partir. Il n’y a pas d’humanité en fait, mais qui s’en soucie ? Si demain le monde tel que nous le connaissons explose, qui s’en souciera ? Personne. A croire que ce n’est pas important. De base, nous sommes tous stupides, je suis stupide, tu es stupide : on ne réalise pas cela, que nous ne sommes pas si importants. Même moi : je prends ma vie par exemple, elle est courte. Comparée à l’histoire de l’humanité, ma vie ne représente rien. C’est juste ça (claquement de doigts). Je pense que cela se résume à faire ce qui nous plait, et aller le plus loin possible afin de se dire que notre vie a été bien remplie, mais en aucun cas nous devons croire que nous sommes si importants. C’est, dans les grandes lignes, le message de cette chanson.
(… silence …)
Enfin, je ne veux pas dire, que JE suis intelligent et que TU es stupide, hein ? C’est plus un message que nous voudrions rappeler au bon souvenir des gens.

SC : Oui, et c’est aussi le rôle d’un groupe que de faire passer des messages …
SG : Bien sûr, bien sûr, c’est justement ce que je répète sans cesse. A partir du moment ou tu écris des chansons, ou des textes, tu te dois de faire attention aux gens qui vont les écouter ou les lire. Tu acquiers une certaine responsabilité vis-à-vis d’eux en quelques sortes. Si tu écris que tu as tué ta femme, avec un couteau, ce n’est pas un bon message, tu vois.

SC : Pourtant, d’une manière générale, « 7 Sinners » m’apparait comme un album puissant, parfois sombre, même si il en ressort des chansons plus positives comme ‘The saint, the fool, the sinner’ ou ‘World of fantasy’…
SG : Oh, nous ne réfléchissons pas de manière si manichéenne, en terme de positivité et de négativité. Si tu te retrouves avec une chanson sombre mais dont le message est positif, dans quelle catégorie la classes-tu, tu vois ce que je veux dire ? Nous ne pensons pas à cela. Si tu utilises des riffs en gamme mineure, ta chanson va sonner plus ‘dark’. En revanche, si tes phrasés sont basés sur une gamme majeure, le résultat n’en sera que plus clair et ensoleillé. C’est comme cela que ça marche en musique. Nous prenons plaisir à utiliser ces thèmes mineurs, par contre nous n’avons pas l’impression d’en avoir pour autant sorti un album sombre. Les idées sont venues comme ça, chacun proposant les siennes pour ce futur album, sans se dire « Ah tiens, je vais faire un morceau bien positif ! » … Je ne dirais donc pas que cet album est sombre. Je ne vais pas te mentir, beaucoup de personnes nous ont fait la remarque, mais non, je ne pense pas que « 7 Sinners » soit sombre …

SC : Vous aviez plus de chansons composées pour l’album, mais vous avez finalement décidé de n’en retenir que 13. Comment avez-vous fait votre choix ?
SG : Oui, nous avions beaucoup plus de morceaux sous la main. Nous en avons toujours plus, c’est comme cela que nous fonctionnons : nous écrivons, pour ensuite tenter de garder les meilleures pour l’enregistrement. ‘Les meilleures’ n’est pas forcément le bon terme, disons que nous gardons celles qui vont le mieux ensemble. Avoir les meilleurs titres ne sert pas à grand-chose s’ils ne s’enchaînent pas entre eux.

SC : Je pense que nous avons fait le tour de « 7 Sinners » …Quelques questions pour finir, si tu as un peu de temps …
SG : Oui oui, vas-y.
SC : En 25 années de carrière, Helloween a toujours su rester au top (enfin, presque). D’après toi, qu’avez-vous de spécial qui vous permette de vous garantir cette longévité ?
SG : Waoh …. Euh … Je pense qu’il doit bien y avoir quelque chose, sinon, nous n’en serions pas là. Mais alors quoi ? Je ne sais pas … Mon ressenti personnel me ferait dire que le style d’Helloween sonne comme du Helloween. Nous avons aussi un chanteur de la trempe d’Andi et personne ne chante comme lui. Je ne connais pas de chanteurs qui ont une tessiture similaire. Il y a plein de mecs qui chantent comme Michael Kiske, par exemple, ou comme Bruce Dickinson. Ça en fait un argument unique. Mais d’une manière générale, le groupe dans son ensemble s’évertue à ne copier personne et à produire quelque chose d’original. Même si Kai Hansen est parti, tout comme d’autres membres des débuts, ça sonne toujours de manière originale, c’est l’un des fondements de notre musique. Nous sommes influencés par tout ce que nous écoutons et pas seulement par les autres groupes de heavy-metal. Bien sur, on peut citer Judas Priest et la New Wave Of British Heavy Metal pour son agressivité, mais dans le groupe nous avons aussi des fans des Beatles, de Deep Purple, de Tori Amos et bien d’autres encore. En tant que musiciens, nous sommes influencés par tant de styles, par tant de groupes, que nous ne nous contentons pas de copier les autres formations de heavy. Et peut être, c’est tout du moins ce que je pense personnellement, que ce sont là les ingrédients d’une recette unique et par là même de notre son unique.

A la base, Andy est un chanteur de hard-rock et il a rejoint un groupe comme Helloween. Ça a créé un son spécial, une combinaison spéciale. Et tu sais, je ne suis pas un musicien de metal du tout, à mes débuts j’écoutais des trucs comme Toto ou Saga et à l’époque, l’album le plus hard que je connaissais était un opus de Pretty Maids, c’était le disque le plus heavy que je possédais. Donc voila, tout le monde étant influencé par tant de styles, ça doit contribuer, comme tu le dis, à donner un résultat différent. Mais maintenant, des tas de groupes veulent sonner comme Helloween ou comme d’autres groupes du circuit : « OK, alors nous avons besoin d’un chanteur qui puisse monter très aigu, d’un batteur qui sache manier la double pédale et des soli de en twin-guitars ». Mais ce n’est pas quelque chose qu’ils ont inventé. Ont-ils juste copié ou réarrangé le tout à leur propre sauce ? C’est comme Sonata Arctica, qui rappelle Helloween, ou Dragonforce qui fait du Helloween-sous acide. Il n’y a rien de nouveau, alors qu’Helloween a toujours voulu présenter quelque chose bien à lui. En quelques sortes on peut dire que nous sommes influencés par différentes types de groupes, ou par la musique, de manière générale. Mais je pense que maintenant, beaucoup de musiciens se mettent à apprendre d’un instrument seulement pour paraître cool et passer à la télé, si possible. Tandis que lorsque j’ai commencé, c’était quasi impossible de jouer dans un groupe et de partir ainsi en tournée, il y avait quelque chose de mystérieux dans tout cela « Wahouu, comment se passe un enregistrement, comment se déroule une tournée, comment ça se passe au sein d’un gros groupe ? ». Alors que maintenant, beaucoup de jeunes se mettent à la guitare juste pour niquer des poulettes en chaleur … et ce n’est pas à ça qu’est destinée la musique.

SC : Oui, comme tu l’évoquais plus tôt, on en revient au parallèle avec les rockstars …
SG : Tout à fait … et la frontière est très étroite. Alors bien sur, c’est bon d’être célèbre, c’est bon d’être une personne … excessive, car si tu n’es pas ce genre de personne, alors tu ne pourras probablement pas créer quelque chose de bon. Ces choses vont de paires, je pense. Mais à la base, la musique n’est pas faite pour qu’un type puisse paraisse cool … ces personnes qui essayent de suivre la mode pour se donner un genre vont tenter de te pondre le truc le plus accrocheur, le plus facile d’accès. On n’est pas là pour ça, on est là pour s’exprimer. Quand j’ai commencé la guitare, vers 15 ans, c’était nécessaire pour moi, elle a été ma thérapeute, en quelques sortes. En jouant, j’ai suivi ma propre thérapie, et j’ai ainsi pu enfin m’exprimer puis réaliser ce rêve de voyager tout en jouant de la bonne musique avec un groupe, mais en aucun cas ce n’était pour passer pour le mec ‘cool à la guitare’ … Et au final, c’est ce qu’Helloween fait. Et peut être, mais là ça n’engage que moi, peut être est-ce là la clé du succès : être unique dans ce que tu fais, c’est la meilleure chose qui puisse t’arriver, en tant qu’artiste.

SC : Oui, et aussi peut être, savoir s’arrêter à temps pour un groupe, quand l’heure est venue. Qu’en dis-tu ?
SG : Je suppose que nous continuerons aussi longtemps que nous pourrons …
SC : Oui, j’espère aussi …
SG : Cependant, c’est tout ce que nous avons. Ou tout du moins, tout ce que j’ai, moi. Quand tu commences et que tu mets toute ton énergie dans un projet, si il s’avère que ça marche, tu ne vas pas d’un coup le lâcher après 25 ans … Je ne sais pas, enfin, je veux dire, on ne peut pas savoir, la vie est parfois capricieuse, on ne peut pas deviner ce qui va arriver. Ce que nous savons actuellement, c’est que nous voulons continuer à aller de l’avant avec le groupe. On ne sait pas ce qui peut se passer, mais il reste tant de choses à accomplir. Nous ne sommes pas Metallica et nous avons encore du chemin à parcourir, et bien sûr nous souhaiterions que de plus en plus de gens écoutent notre musique. Et … ça nourrit nos enfants, tu comprends ? Chacun à ses raisons de continuer, de vivre pour une cause. C’est tout ce que nous avons, tout ce que nous voulons faire. La plupart des gens, lorsqu’ils rentrent chez eux après une journée de travail, peuvent vaquer à leurs loisirs, écouter un bon CD, passer du temps avec leur copine … Pas nous. Moi, par exemple, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour faire un job comme celui-ci. Je n’avais pas d’autres aspirations et j’ai donc tout focalisé là-dessus et même quand je n’avais plus rien à manger dans mon frigo, je restais entièrement concentré là-dessus … Comme je te dis, c’est tout ce que j’ai.

SC : Mais ce n’était qu’une question, hein ? Mon but n’était pas de te demander d’arrêter.
SG : (rires) Je m’en doute ! Mais je pense que c’est intéressant à relever. Les gens ont de l’imagination et souvent ce qu’ils imaginent n’a rien à voir avec la réalité. Et je pense qu’il est intéressant de mentionner qu’il existe des différences entre un mec qui veut paraitre ‘aware’ et un musicien. Et cette différence, c’est son intérêt pour l’Art, rien d’autre. C’est comme ça que je le vois, je ne voudrais pas imposer mon jugement. Même si je venais à rejoindre un autre groupe, dans un autre style, si je le faisais, se serait pour l’Art. Parce que je suis un artiste et que j’ai envie de jouer de la musique. Mais en aucun cas ça ne serait pour la gloire.

SC : Et bien on approche de la fin de cet entretien. Avez-vous quelque chose de prévu, après cette tournée ?
SG : Pour l’instant nous restons concentré sur la tournée, il y a encore tellement de villes à visiter. Nous avons encore la seconde partie de cette tournée européenne, puis nous partirons sans doute pour l’Asie et l’Amérique du Sud. Mais non, nous n’avons encore rien planifié pour la suite. On profite !

SC : Merci Sascha pour ces précieux instants !
SG : Je t’en prie


Propos reccueillis par Wën le 12/01/2011, Villeurbanne (Le Transbordeur)

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