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Report : Willhelm von Graffenberg
Photos : Sunickann

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« Quoi ? Mais que vient faire un live report de Shaka Ponk dans mon webzine metal préféré ?! Mais ils ont craqué leur slip chez Soil ?! » Alors d’une part, oui : on craque assez souvent notre slip chez Soil, soit dans nos délires, soit lors de nos érections incontrôlables face à un chef d’œuvre musical (ou qu’on considère comme tel, toujours cette vaste notion de subjectivité du chroniqueur). Et franchement, de nombreux groupes bien moins « metal » que Shaka Ponk sont passés par ces pages… et heureusement d’ailleurs : ça nous évite de péricliter et nous enfermer dans un genre qui serait lui-même mort s’il n’avait pas évolué… Et Shaka Ponk fait, à bien des égards, partie de cette « grande famille », et comme disait Pasteur : « Fuck les rageux ! »

Sérieusement, celui qui oserait affirmer le contraire serait soit très sourd et aveugle, soit de très mauvaise foi… soit très con (mais il faut de tout pour faire un monde, y compris ces trois catégories d’êtres). J’en ai moi-même eu la démonstration ce soir, de leur « metallitude », dans un Zénith de Rouen bien rempli, pour un concert quasi sans temps mort et ultra dynamique d’une bonne heure et demi !

Hipsta :

La première partie… La salle est encore clairsemée quand le groupe de première partie ouvre le bal, un trio d’électro parisien (chant-clavier, guitare électrique, batterie électronique), au son propre et relativement envoutant.

On sent le groupe très timide et caché derrière ses instruments, à l’instar de son leader à la voix évoquant par moment un mélange entre le timbre de Matthew Bellamy et Jimmy Sommerville. Quelques « merci » au public mais pas trop d’interaction ; on peut comprendre l’aspect intimidant de passer en première partie d’une grosse tête d’affiche mais un peu plus de chaleur aurait été le bienvenue, même si un déferlement d’agitation ne se prêtait pas trop à la dynamique plutôt planante et atmosphérique de la musique électronique du groupe. Le concert se passera dans la quasi-obscurité sur l’avant-scène, face à un public patient dont les plus agités commenceront à se secouer un peu.

Un concert sans fausse note mais très réservé et limite intimiste, bien reçu par un public poli mais pas assez présent scéniquement, malgré une musique fort sympathique qui m’a fait dodeliner de la tête pendant quelques morceaux – en même temps, soyons logiques : si la première partie déboitait plus que la tête d’affiche pour laquelle le public vient, y aurait comme un problème, non ?

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Shaka Ponk :

Et dire que la Victoire de la Musique catégorie « Rock » de cette année a été attribuée à Jeanne Added… Cherchez la logique… Bon, c’est vrai que Shaka Ponk trustait la place depuis quelques années… Dans cet esprit, je pourrais faire extrêmement court en écrivant « Shaka Ponk a tout défoncé face à un public conquis qui obéit au doigt et à l’œil de ses chanteurs », mais ce serait franchement abuser et ne reflèterait pas la raison de mon introduction liminaire ; aussi vais-je détailler un peu (beaucoup) en évitant de trop spoiler si l’envie vous en venait de vouloir assister à un de leurs concert, découvrir leur prestation, ou encore vous raviser (cf. la catégorie d’êtres qui ne changerait pas d’avis).

Deuxième date de leur Monkadelic Tour (part. 2, tant leur première tournée avait eu de succès). La salle est quasi pleine. Une introduction de violoncelle, les écrans en arrière plan s’ouvrent sur des animations (qui seront différentes et perpétuelles sur chaque morceau [hormis le rappel] que le groupe effectuera ce soir) présentant les Singes de la Sagesse… Après la Lumière vint le Son, du GROS son, lourd saturé, pesant… metal, en somme, à l’arrivée sur scène des instrumentistes (C.C. à la guitare, Steve aux claviers, Ion à la batterie et Mandris à la basse), qui entament le premier morceau. Puis apparaitront subtilement et depuis le fond de scène Frah puis Sam au premier plan, chanteur et chanteuse du groupe. Si je dis « public conquis », c’est que Frah prend direct la confiance et dès les deux premiers morceaux, a déjà fait un aller-retour en se faisant porter par le public ; au moins, lui ne risque pas l’effet Shy’m. Déjà torse-poil au troisième morceau, il faut dire que ça dégage des calories devant, tant par le jeu de lumières incessant et limite épileptique que par la chaleur que dégagent les projecteurs mais aussi le public. Invective de Frah pendant un morceau, pour que les gradins se sentent moins seuls – d’ailleurs, il profitera que Sam entonne leur reprise du « Smells like Teen Spirit » de Nirvana pour aller checker des gens… dans les gradins, soit loin de la scène (et avec un cordon de sécu quand même, hein) – : « Ici, ça sent la sueur mais là-bas, ça sent l’amour ! » C’est vrai que vu l’agitation dans la fosse, et qui se propageait progressivement vers le fond de la salle… Les places assises étaient assez peu exploitées en temps que telles, au final. En cette journée (des droits) de la Femme, Sam et son énergie communicative sont également à mettre en exergue – même si je doute qu’elle ne se soit donnée QUE pour ce concert mais c’était aussi une occasion de remettre les choses à leur place pour cette occasion unique dans l’année quand les trois-cent-soixante-quatre autres ne sont pas assez reconnues –, sa place étant finalement essentiel car elle équilibre avec une autre forme de présence scénique le showman qu’est Frah, engendrant un duo touchant de nombreuses fois et dans beaucoup de sens du terme. Sa voix aussi, de part sa puissance et son grain acide, crée un équilibre finalement essentiel au son de la musique du groupe ; en atteste cette cover de Nirvana qu’elle interprète quasi seule accompagnée des arpèges de guitare acoustique, tout dans la douceur et la tendresse, avant le renfort général du gros son du groupe entier qui lui intime d’envoyer tout ce qu’elle a dans les tripes. Je dois dire que j’avais vu cette cover interprétée par le groupe lors d’un précédent Taratata, et elle m’avait bluffée (je regrettais d’ailleurs qu’il manque les chœurs sur cette scène mais il faut être réaliste : logistiquement, faire venir un chœur pour juste ce morceau…)

Parlons maintenant de la potentielle mauvaise foi des « TRVE » : celui qui connait (suffisamment) Iron Maiden version live ne verra que beaucoup de points communs entre un show de ces premiers et un de Shaka Ponk. D’une part, les chorégraphies des musiciens et les postures de Frah, non sans évoquer un Dickinson des 80-90’s, d’autre part les décors à géométrie variable avec une thématique par morceau, l’arche voutée déplaçable coté jardin et le mur en morceau coté cour formant même les lettres complétées par une animation numérique du mot « fuck » pour le morceau « I’m picky » ; enfin, le contact direct avec le public avec des tas de références soit à des groupes (les invectives type « Motherfucker ! » de Metallica, ou « Scream Aim Fire » référencé Bullet for my Valentine, etc.) jusqu’à une battle des instrumentistes face à des avatars de Lemmy, Kurt Cobain (ou aussi Prince et David Bowie, tous sources d’inspiration du groupe et disparus récemment, sachant que la précédente version ne faisait s’affronter que Goz, leur mascotte, un gorille virtuel, versus Ion à la batterie) dans l’esprit d’un beat ‘em all (ou d’un Guitar Hero en mode duel, au choix). On ajoute également, même si le public, bien plus diversifié que simplement metal, a eu du mal à ce mettre dans ce genre de pratiques très connotées metal, les déclenchements d’un gros circle pit (avec un Frah qui aura traversé la fosse puis monté sur un piédestal, demandant au public de faire un gros doigt levé à la « caméra des Assurances » – il faut dire qu’il se sera déjà pété une jambe et porté une minerve « ce qui est galère pour jouer sur scène » lors de ses diverses extravagances scéniques – en plein milieu dudit circle pit, filmé par Sam depuis la scène avec son smartphone) puis d’un wall of death avec le tutoriel en simultané sur les animations de fond de scène. A noter aussi que tout est superbement chorégraphié, tant les animations avec la musique que les chanteurs, leurs déplacements et même les passages dansés, de manière assez simiesque (logique, leur mascotte – tiens, encore une référence à Maiden – étant un gorille), avec les fonds animés sur les écrans derrière les musiciens ; de très poétiques passages, d’ailleurs, se distingueront comme sur « Fear ya » et son arbre évolutif avec des femmes incrustées dans le tronc telles des dryades ou encore cet autre arbre qui se construit petit à petit durant un solo de guitare acoustique de C.C. en intro de « Summer Camp ».

Alors évidemment, les détracteurs les plus obstinés répondront que « ouais mais y a de la funk, y a du disco, y a du hip hop, y a de l’électro… donc c’est pas du Metal »… Je vous renverrai donc vers nombre de chroniques en ces pages qui traitent de groupes mêlant ces genres musicaux à l’aspect contradictoire et pourtant pas si incompatibles, et on en rediscutera après. J’ajoute que pas un moment de réel répit n’arrivera pour le public, les morceaux s’enchainant quasi tout le temps sans temps mort et avec pour vocation de faire s’animer l’auditoire, depuis l’entrée en scène après des BO de Western (pêle-mêle Le bon, la brute et le truand, Il était une fois dans l’Ouest, Mon nom est Personne, etc.) jusqu’au rappel sur une version longue du « Tostaky » de Noir Désir… Le groupe en profitera, le temps d’un morceau avec des animations de baleines (sur une musique assez « aquatique »), pour faire un petit rappel ironique sur l’Homme qui détruit sa propre planète à petit feu, comme ils l’avaient fait dernièrement lors de leur passage remarqué aux Victoires de la Musique. Egalement un petit coucou à Manu, qui venait assister à son centième concert de Shaka Ponk et s’est vu décerner une médaille par le groupe, avant de se faire envoyer stagediver comme Frah l’a fait nombre de fois durant cette soirée. En clair, on a eu droit à un SHOW tel qu’on en a encore quelques uns avec les grands groupes de Metal (je dis « grands » par la notoriété, hein, pas de jugement de valeur).

Je ne connaissais que peu la musique du groupe (par diverses pistes isolées ponctuelles, ou par des passages à Taratata et des replays internet) et son jeu de scène ; ce concert m’a conquis, défendant bien et à juste titre leur dernier album The EVOL. Tout comme nombre diront que, telle la critique émise envers Ghost, « c’est commercial », je répondrais que « oui… sinon comment faire de si grandes salles avec un tel décorum et un tel spectacle sans le financement ? », mais j’y verrai aussi et surtout un vecteur : celui d’une musique, le Metal, que les compositeurs du groupe apprécient énormément au point d’y faire référence un peu partout, visuellement comme dans la composition, transmissible au plus grand nombre et qui permettrait, n’en déplaise aux TRVE (encore) qui souhaiteraient que LEUR musique soit plus médiatisée mais préfèreraient qu’elle reste underground – va comprendre la logique –, l’ouverture de la culture française au genre Metal, éventuellement par la petite porte s’il le faut, voire même (soyons utopistes) que ses créateurs, metalleux, soient enfin reconnus dans leur genre à part entière et pas comme d’un résidu de sous-genre dégénéré dont il ne faudrait pas parler en d’autres termes que péjoratifs sur fond de stéréotypes satisfaisant les croyances populaires, comme la Chasse aux Sorcières avait réussi à rendre parano le moindre péquin qui croyait voir des démons partout possédant chaque personne qui irait contredire sa bien-pensance…

Merci au groupe pour ce bon moment et à Zouave Productions pour l’accréditation.

Setlist :

• The white Pixel Ape Show (Intro)
• Killing Hallelujah
• On Fire
• Wanna get free
• Twisted Mind
• I’m picky
• Palabra mi amor (+ circle pit)
• Smells like Teen Spirit (Nirvana cover)
• Bunker
• Fear ya
• Summer Camp
• Gung Ho/War Dance
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• Battle Instrumentistes vs Goz + Lemmy + Cobain + Bowie + Prince
• Rusty Fonky

Rappel :

• Tostaky (le continent) (Noir Désir cover)

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