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Laibach « Revisited » [Paris] ...

Le 9 juin 2011 posté par juliA photosynthese
Encore un de ces concerts à 19h du matin …. Qu’on nous sert à l’after petit dej’ … Et en ce 8 Mai, on nous annonce un « Laibach revisided ». Alors que fin Avril je me suis payé un voyage pour les années 80, avec Die Krupps et Nitzer ebb, je suis curieuse de voir ce que peut donner un groupe mythique comme Laibach sur scène.
Ouverture des portes à 19h … je suis en retard … Et à 19h les portes sont toujours fermées. Et il y a la queue jusqu’à très haut dans la rue des martyrs ! Ce qui me laisse le temps de voir le public de ce soir … Qui même si l’on retrouvera toujours des nostalgiques goth « 80 », ce soir il est plus « classique », disons entre « premier de la classe », voir bourgeois ou intello … En fait si on se tourne un peu sur l’histoire du groupe cela n’a rien d’étonnant. On peut même se demander si Laibach est un groupe, il serait peut-être plus approprié de parler d’un concept.
En 1978, Dejan Knez forme son premier groupe, « Salt morale », puis en 1980, le père de Dejan, Janez Knez, peintre assez connu, lui aurait suggéré le nom de Laibach (qui vient de Ljubljana, capitale de la Slovénie). On y retrouve aussi Tomaz Hostnik, le premier chanteur, alors membre de l’armée Yougoslave, mort en 1982. On retrouvera par la
suite au chant Milan Fras, pour moi l’un des visages les plus représentatifs de Laibach, car son image et beaucoup utilisée dans les clips vidéos …Mais il serait trop facile de limiter Laibach à ça … Car Laibach serait une « idée collective », où tout le monde peut participer si fait partie du NSK (nouvel art slovène), et respectant les « 10 items of covenant ». En effet on ne va pas faire le tour de tous les gens qui sont passés ou ont participé aux groupes… Le NSK, est une micro-nation où l’on y retrouve bien sûr Laibach mais aussi Irwin collectif de peintres, différents artistes du monde du théâtre, de l’art et le philosophe Slavoj Zizek (travail entre autres sur les cultures populaires, et s’intéresse aux travaux de Lacan). Cet état dit virtuel, existe vraiment, il y a des ambassades et des passeports y sont délivrés. Il n’y a pas de frontières et tout le monde peut en devenir « citoyen », s’il répond à certaines règles. L’idée n’est pas toujours bien vue et pour en revenir à Laibach, lui aussi à mauvaise réputation … taxé tantôt de Nazi ou de communiste pur et dur, le groupe ne dira jamais rien concernant leurs opinions politiques, préférant la provocation, l’humour noir, et laisser les gens se faire leurs propres idées. On sait aussi que dans tous les intervenants de Laibach on peut retrouver des gens d’horizons sociaux, politiques ou culturels différents. En réponse, lorsqu’on leur demande pourquoi l’utilisation d’uniformes, on peut trouver cela : « Les uniformes Nazi en particulier, nous font sentir comme des aliens, comme de « mensch machine ». Et quand ils sont accusés de néo-nazis, réincarnant une vision moderne du national-socialisme : « Nous sommes autant fascistes que Hitler était peintre ». Bon le résultat en est que Laibach est censuré, interdit de jouer dans divers pays, (notamment les Etats-Unis, mais aussi la France, Slovénie et d’autres) pendant plusieurs années. Si les critiques y voient un groupe d’indus des plus représentatifs comme Ministry, leurs influences partent plus dans des groupes plus « expérimentaux », comme Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle. Très influencés par l’art, on peut aussi faire référence à leur logo, cette fameuse croix noir sur fond blanc, qui est celle de Kasimir Malevitch (né à Kiev en 1879 et mort en 1935), célèbre peintre abstrait lui aussi est très controversé, fondateur du courant suprématiste, qui en résumé est un courant qui se base sur les formes et les couleurs ( on notera son œuvre la plus célèbre « carré noir sur fond blanc »), et pour en revenir à Laibach, plus que d’utiliser l’image, ils sont je pense assez inspirés de ce courant pour leur musique ou autres mises en scène. Mais ils flirtent avec tout, brouillent les piste et manipulent leur public, Laibach est une institution, mais il en est que pour cela ils sont passés par la musique, et ce qui va les rendre célèbres c’est l’album « Opus Dei »( l’œuvre de Dieu en latin) sorti en 1986, où ils reprennent le tube beauf « life is life » dans une version martiale, et qui les fera connaître, ils useront d’ailleurs pas mal de cette formule puisque des reprises du genre ils vont en faire pas mal, Queen, Yes, le kitchisime « Final Countdown » de Europe, reprennent l’album « blanc » des Beatles, reprennent également des hymnes. Tous leurs albums sont inspirés directement par la situation politique de l’époque et leur idéologie du moment. En 2003 sort WAT (‘we are the time’) qui pour certains (‘war against terrorism’) est certainement l’album le plus « dance floor », mais qui lui aussi va faire son petit scandale. On dit également que Laibach est l’ancêtre de Rammstein, ils ont d’ailleurs collaboré sur l’un de leurs titres (« Ohne Dich »). Laibach dit à propos de Rammstein : « Rammstein c’est du Laibach pour les enfants et Laibach c’est du Rammstein pour les adultes. ». Bien bien, y aurait encore beaucoup à dire sur ce groupe, mais je suis plutôt là pour vous parler de ce concert !! À Paris en 2011 !
L’entrée se fait tardive, et une première pour un concert, Laibach ne partage l’affiche avec personne !
On peut déjà remarquer sur scène une installation sophistiquée, avec projecteurs vidéos, beaucoup de tables de mixage et de synthés, une batterie, qui à part les voix seront les seuls « instruments acoustiques ». Les protagonistes font leur entrée, et à ce niveau j’ai plus envie de parler d’une performance que d’un concert… Milan Fras entre vêtu de son
uniforme fétiche, en revanche il n’y a pas eu grand effort de fait sur le look concernant les autres musiciens… Mais l’élément gagnant de ce soir c’est Mina Špiler, une demoiselle … Charmante, qui ne laissera pas le public indiffèrent (concert intello … n’empêche que j’ai entendu des: « putain elle est bonne ! »). En effet guindée dans son petit tailleur, cheveux tirés en chignon, genre prête à mettre la fessée, elle fait l’effet escompté sur le public. Mais je pense que la présence de la demoiselle est surtout là pour ses charmes … elle fera quelque backing, parfois des cris (dont certains, j’ai l’impression, étaient déjà samplés), du synthé … oui mais il y en avait déjà beaucoup, de synthés sur cette scène ! Visuellement cela donne quand même un joli effet, à coté de Milan Fras qui il faut le dire est franchement vilain!! Voire, il fait peur ! Mais c’est ce qu’il faut, une voix inimitable, souvent parlée plus que chantée, autoritaire qui déjà sur CD te donnait pas envie de rigoler ! Mais avec la tête en plus, t’as envie d’aller te cacher dans un petit coin !!! L’attitude est également très froide, aucune émotion ne se dégage de son visage, il bougera à peine, faisant juste des genres de prières … Sur scène il n’y a que Milan et Mina, les autres exécutent au fond …Mais parce-que nous avons bien sûr a regardé les vidéos, entre l’abstrait et le post-expressionniste, avec de temps à autre des mots qui défilent reprenant les paroles … J’ai trouvé ça un peu cliché, c’est tout à fait ce qu’on
s’attend à voir dans une soirée goth où « je suis dans une galerie à la mode » on te fait défiler des vidéos, après c’est sûr que tout cela faisait référence à tout leurs visuels avec des symboles … Mais bon pas de quoi te tenir scotché ! Après avec ça, une jolie lumière. En plus les premiers morceaux étaient très lents … joués à la sauce expérimentale …. Du coup cela devient vite assez barbant … je me tâte à aller fumer une cigarette. Mais arrivé au milieu du set le tempo monte un peu et l’on a droit à des morceaux plus péchus de « wat » comme : « Tanz mit, Das spiel ist aus … » de très bon morceaux, excellents à voir sur scène, et qui vont réveiller les foules … et les flics ! Pour la petite histoire la France avait déjà eu peur de faire jouer Laibach lors de la tournée WAT, il semblerait que cette année ils avaient pris leurs précautions… Flics en civil, et paraît-il les RG aussi traînent dans la salle, sans parler des cars de CRS, qui nous accueillent à la sortie … mais une sortie qui se fait tranquille … on discute, on fume des clopes et on récupère des flyers … Bref on pourrait presque croire que c’était fait exprès pour la performance, une mise en scène, des faux flics! ! Il en est qu’un jeune homme du public … va se faire réprimander, et moi j’ai trouvé ça comment dire… légèrement pathétique ou drôle ! A chaque concert électro/goth que j’ai fait il y a un mec … devant tout seul … qui tourne à je ne sais quoi (LSD sûrement), qui danse en levant les mains en l’air, paumes tendues légèrement sur le côté comme s’il faisait le « air dj ». Les flics on sans doute vu là une manifestation fasciste et l’attrapent assez violemment, le menacent sûrement de le sortir!
Mais perché, le mec n’a pas dû être contrariant, lorsqu’il retrouve sa place devant la scène il continue sa danse … mais les mains vers le sol !
Bref et pour finir, un rappel, pour rester dans les allusions « nationalistes », avec les hymnes. Ils reprennent l’hymne américain, et français, avec Mina au chant, on sait qu’ils affectionnent l’hymne français, car particulièrement violent et guerrier. Puis l’écran nous « Thank you and good night »
Un concert plutôt minimaliste, tant dans l’orchestration, que dans la mise en scène. Pour une date comme celle-ci je m’attendais à un truc qui marque plus. J’apprécie toutefois la qualité du son, et une interprétation impeccable. J’ai toute fois le sentiment ce soir que le mythe, était peut-être un peu essoufflé ou en manque de provocation.

 

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