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Live Report : Bloodybarbie

 

Entre nous, le black metal n’est pas le style de metal que j’écoute régulièrement et surtout pas quand je suis joyeuse. Il faut dire que musicalement, ce n’est pas le plus palpitant, sauf que le batteur est une star et montre qu’il peut aller plus vite que la lumière et les gratteux noient leur jeu dans tout ce brouhaha… Cessons de blasphémer à présent, sinon Satan va nous maudire !

Mais quand il m’arrive d’écouter du black, c’est la crème de la crème que je prends, comme Behemoth, Belphegor, Burzum, Emperor, 1349, Marduk, Satyricon, Darkthrone, Immortal, Dodheimsgard, Melechesh, Enslaved…ou sinon tous les cocktails à base de black qui se digèrent merveilleusement bien comme du doom, du pagan, ou du black symphonique. J’en profite pour dire que Belphegor et Marduk seront en concert le 27/02 au Divan Du Monde, et que tout blackeux digne de ce nom n’a pas le droit de rater cette date.

Pourquoi donc me suis-je rendue à ce concert ce soir? Eh bien, pour voir Inquisition qui m’avait impressionnée en assurant terriblement bien la première partie de Behemoth l’année dernière. Les revoir encore une fois et en tête d’affiche, je n’allais surtout pas rater ça !

Inquisition ne fait pas cette tournée seul, il est accompagné de trois autres groupes que je vais découvrir…Mais bon, je perds un peu espoir en le black metal actuel, redondant comme beaucoup de groupes. J’espère quand même pouvoir faire une pêche miraculeuse !

Au menu : Blackdeath, Ondspakt, Archgoat et enfin Inquisition.

On retrouve dans le public deux clans distincts, les fans d’Inquisition et les fans d’Archgoat. Pour le reste, on découvre ensemble.

A peine le temps de rentrer dans la salle et de s’installer, voilà que le concert commence. Le groupe au nom très original (qui bizarrement n’a pas été pris avant), Blackdeath, était déjà en cours d’installation sur scène et démarre de suite après. Pour la première fois, je vois une batteuse dans un groupe de black metal, et puis il faut dire qu’elle se débrouille super bien !

Il s’agit d’un groupe de black metal/death formé par deux frères, œuvrant dans les ténèbres depuis 1995 avec 9 albums et de nombreux splits et compilations (je ne vous recommande pas Satan macht frei, bien que son intitulé fait rêver, ce n’est pas le meilleur du tas). On y trouve beaucoup de thèmes spatiaux tels que les albums Saturn Foundation, Fucking Fullmoon Foundation avec des pochettes très originales et amusantes comme celle de l’album Bottomless Armageddon. Bien qu’ils soient russes, ils décident depuis Satan Macht Frei de composer en allemand, peut-être pour pratiquer une nouvelle langue qu’ils ont apprise, à la façon black metal… Même si les textes étaient en anglais, russe ou allemand, on n’y comprendrait rien de toute façon. C’est du black voyons, c’est les nuances de noir des compositions qui comptent.

Le chanteur est vêtu d’une cagoule médiévale, armé des bras aux épaules de pics tel un hérisson, sans maquillage cliché noir et blanc comme les deux guitaristes (et probablement la batteuse cachée derrière un voile de cheveux). Après tout je comprends que ça ne doit pas être drôle pour un trueblackeux de se démaquiller, il épuiserait des litres de démaquillant !

Avouons-le, bien que le son ne fût pas complètement à leur avantage (le syndrome de la première partie comme d’habitude), découvrant ce groupe pour la première fois, j’ai été ravie de faire leur connaissance ! Je n’ai baillé à aucun moment et j’étais bien entraînée dans cette ambiance sombre, avec de nombreux passages raffinés et calmes, des breaks à la batterie (et pas que des blasts interminables), mettant sous lumière (tout en étant dans l’ombre) le talent de la batteuse, une espèce en voie de disparition (normal, puisqu’elle n’a pas trop existé) dans le metal (sutout le black). Blackdeath n’est audiblement pas le genre de black monotone qui mise sur une variation de deux/trois accords de guitares le long d’un même morceau, et des blasts. En tout cas cette première partie m’a bien fait plaisir, je suis désormais dans la sphère black ! Un petit extrait pour vous:

Setlist Blackdeath:

– Nordwind, Geschenke bringender
– Erinnerungen der Apokalypse
– Abaddons Berührung
– Enigma
– Das gottlose Lied
– Die schwarzen Cherubinen

Vint ensuite la deuxième partie, un quart d’heure plus tard… Entre-temps,  on a le droit à une musique de fond de black opéra, légèrement déstabilisante (elle me faisait penser à la belle aux bois dormant version plus gore). Ondskapt démarre avec une déflagration de blasts et d’agressivité. En voilà une transition sèche ! Le déguisement change. Cette fois, le chanteur porte une cape et n’a qu’un seul rôle (le moins intéressant et utile dans le black) : chanter !

Il s’agit d’un groupe suédois qui, semble-t-il, a une bonne réputation au sein de leur scène underground natale, et qui a ressuscité après des années d’arrêt. Il compte à ce jour trois albums.

Pour ma part, après les trois premiers morceaux de black purulents et nauséeux, je commençais à bailler et à m’impatienter que cette partie se termine vite. Les riffs sont trop répétitifs au fil des morceaux, où la seule variation c’est l’alternance entre tempos frénétiques et des passages très sombres dans le mid-tempo bien agréables pour vous enfoncer profondément dans les abysses ténébreux de ce monde underground. Malheureusement, je pourrais presque dire qu’ils rejouent les mêmes combinaisons de riff, en faisant semblant de changer quelques trucs pour nous duper. Peut-être n’ai-je pas l’oreille assez fine… En tout cas, j’ai complètement décroché au milieu du set, c’est bien de ce genre de black metal lassant dont je parlais au début de ce récit !

Pendant ces deux premières parties, on remarquera que le public est très sage, personne ne bouge hormis le chauve au premier rang qui était à fond tout au long des sets, les autres adoptaient plutôt une attitude de blackeux classique, dans leur bulle.

Voici un extrait:

Un petit quart d’heure de répit pour nos tympans, le temps que la salle finisse de se remplir, et les fans d’Archgoat font apparition, surexcités, avec leur sweats et t-shirt portant le logo illisible du groupe. Ils attendent impatiemment de voir LE groupe pour qui ils sont venus.  Entre temps, on assiste en direct aux réglages. On notera un détail important, sur les 400 personnes présentes, on comptera seulement une vingtaine de filles.

Pour les personnes qui ne connaissent pas, Archgoat est un groupe de black metal finlandais né il y a 25 ans avec une discographie pas très fournie pour cause de séparation du groupe et soucis de labels. Elle compte deux EP, des splits, 3 albums dont un tout frais The Apocalyptic Triumphator mais qui n’a pas été aussi bien apprécié que les autres.

Les lumières s’estompent, face à la noirceur ténébreuse accompagnée par cette intro démoniaque… Nous voilà immergés dans l’univers Archgoat. Face aux blasts accélérés dès le premier morceau, extrait du nouvel album, “Nuns, Cunts and Darkness” mais qui sera vite ralenti jusqu’au mid-tempo, avec une voix black bien grave. Et c’est à cette structure qu’obéit tout le reste de la setlist : blast-repos-blast, du chant de temps en temps, ce qui est bien et qui permet d’apprécier ces passages dans le mid-tempo hypnotisant comme celui de “Lord Of The Void” ou “Aptheosis Of Lucifer”…

Il y a aussi des titres joués presque intégralement dans le mid-tempo, voir du lent pour “Days Of Cloud”, qui peut même vous endormir… Mais l’intro de “Godess Of The Abysses Of Graves” vous réveillera assez vite curieusement. Vous entendrez pendant quelques secondes des gémissements torturés d’une femme (voilà qui peut plaire à certains des 99% de la population masculine présente ce soir), pour terminer par le cri féroce d’un animal (mouton, cheval…) que je ne saurais reconnaître. Tout cela avant de balancer la sauce bien énervée, avec un chant black avec un ton plus animalier. Le plus intéressant restant le pseudo solo old-school qu’on trouve dans ce court morceau.

Ce que j’aime chez ce groupe, c’est que je n’ai pas l’impression d’écouter une soupe cacophonique comme le précédant. C’est un réel plaisir que d’apprécier du black old-school profond. Les passages lents et dans le mid-tempo ont un effet terriblement relaxant, ce qui permet de faire le vide en soi, qu’on peut ressentir particulièrement en écoutant “Goat And The Moon”. Mais la setlist est choisie de sorte à alterner des morceaux frénétiques et démoniaques avec des plus calmes.

Voici un extrait:

Voilà un set bien consistant de 45 minutes approximativement, sympa mais à force ça devient redondant. Il est temps de passer à autre chose… Comme au tant attendu Inquisition !

Setlist Archgoat:

– Intro
– Nuns, Cunts and Darkness
Lord of the Void
– Apotheosis of Lucifer
– Blessed Vulva
– Grand Luciferian Theophany
– Day of Clouds
– Goddess of the Abyss of the Grave

– Goat and the Moon
– Dawn of the Black Light

– The Dawn of the Antichrist

– Rise of the Black Moon

– Goddess of the Abyss of the Grave

Soudain, les rideaux se ferment… étrange ! Je n’ai jamais vu ça auparavant. Je ne sais pas ce qu’il s’y prépare, peut-être une scène d’Inquisition… Au bûcher les hérétiques ! Tout se fait dans le silence, ça m’a l’air bien intrigant !

Un quart d’heure plus tard, les rideaux se lèvent, et qu’est-ce qu’on découvre sur scène : RIEN ! Une batterie et deux emplacements pour micro marqués par des croix égales (même pas inversées pour se fondre dans le style) qui vont de pair avec la personnalité schizophrène de Dagon (le guitariste/vocaliste) et ses deux chants diaboliques parlés, émanant de ses micros dont un plus robotisé que l’autre. Aucun décor particulier hormis le logo d’Inquisition rouge sanglant en fond de scène.  Au moins il arrive à chanter du black en articulant et on arrive presque à tout déchiffrer (en album surtout). Il alternera entre les deux emplacements selon le ton adapté aux différents passages. Et heureusement, la scène est assez large, il pourra se mettre dans sa position préféré : le grand-écart.

Incubus (le batteur) fait son entrée sur scène et s’installe tranquillement sur sa machine de guerre, le temps de l’intro démoniaque. Dagon rejoint ensuite la scène pour balancer les premiers riffs de « Face Of The Floating Tombs ». C’est là qu’on reçoit, comme à chaque fois, de sacrées baffes. Lorsque l’on voit un tel duo assurer si bien dans le black et fournir du son qui leur est caractéristique.

Fondé par Dagon, guitariste et compositeur du groupe, Inquisition était à la base un groupe colombien de thrash metal à la Kreator, qui a mûri jusqu’à devenir black pur et dur à la manière d’Immortal (comme la torréfaction du café colombien). Il n’a pas toujours été composé d’un duo, il y avait un bassiste, un claviériste / flutiste… fut un temps, mais ils ont ensuite décidé que c’était mieux de faire les choses à deux, que le bassiste n’était finalement pas si nécessaire que ça.

Les textes et les intitulés ne traitent pas que de thèmes sataniques, mais également des thèmes plus cosmiques comme le dernier album Obscure Verses For Multiverses sorti en 2013 et Omnious Doctrines Of The Perpetual Mystical Macrocosm (2010).

En tout cas, dès le premier morceau, les férus d’Inquisition fredonnent même les paroles de “Force Of The Floating Tomb” et les headbangs commencent.

Il y a même eu quelques crowdsurfeurs, mais qui ont été vite repoussés par le démon gardien du groupe. Néanmoins, il y en a eu un qui a échappé à sa vigilance et a réussi à séjourner sur scène pendant 5 secondes pour faire quelques grimaces avant de replonger.

Hélas, on n’aura pas le droit aux arpèges et au super solo enregistré en studio, du chef-d’œuvre “Astral Path To Supreme Majesties” : seulement la rythmique. Mais bon, Dagon, aussi excellent guitariste qu’il soit, n’a pas 4 bras : le morceau aura perdu la moitié de son charme !

Ils choisissent de clore le set par le morceau le plus rapide de la playlist, “Infinite Stellar Genocide” et son pont aux pseudo-soli de guitares sublimes ! Qu’est-ce que j’adore ce morceau bourré de bendings !

Dagon fait preuve d’une concentration aussi extrême que ses compositions, imperturbable, même pas par les connards qui s’amusent à lancer des gobelets de bières sur le groupe… Comment peut-on avoir une telle attitude en concert ? Un peu de respect pour les musiciens quand même, ce n’est pas marqué poubelle sur scène sans parler des trois personnes qui ont allumé de vraies cigarettes à l’intérieur de la salle, sans scrupule, alors que je n’ai pas souvenir que c’était autorisé ! Je n’ai jamais vu ça lors d’un concert.

Encore une fois, je m’incline de respect devant ce groupe qui gère du feu de Satan avec une excellente setlist, aux petits oignons (qui ne font pas pleurer), que du bonheur !

Ce qui est marrant tout au long du concert, c’est que le mur (le fameux « The Wall ») du black n’a toujours pas été brisé, respectant les traditions, celles de rester enfermé dans leur monde ténébreux, ne pas communiquer avec le public et marquer cette distance qui leur est sacrée.

Je tiens à remercier Seasons Of Mist pour l’invitation, un énorme merci à Garmonbozia, sans qui ce concert (et plein d’autres) n’auraient jamais eu lieu. Ainsi que tous les groupes pour cette excellente soirée et Sasso Sabino pour avoir filmé l’intégralité de la partie d’Inquisition.

Setlist Inquisition:

-Force of the Floating Tomb
-Ancient Monumental War Hymn
-Dark Mutilation Rites
-Master of the Cosmological Black Cauldron
-Astral Path to Supreme Majesties
-Where Darkness Is Lord and Death the Beginning
-Those of the Night
-Embraced by the Unholy Powers of Death and Destruction
-Command of the Dark Crown
-Arrival of Eons After
-Desolate Funeral Chant
-The Realm of Shadows Shall Forever Reign
-Infinite Interstellar Genocide

 



 

 

 

 

 

 


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