Photos : Le Marquis Arthur
Report : Quantum
Deuxième jour à Ecouen, après une nuit de sommeil plus que correcte dans un « vrai » hôtel et une visite du magnifique château d’Ecouen, le tout sous une pluie au début battante, puis qui s’estompera doucement. Je me rends compte que le cadre est vraiment très sympathique et la ville en elle-même, pourtant à la frontière d’autres villes beaucoup moins attrayantes comme Villiers-le-Bel, dénote totalement avec ce que j’ai vu sur mon trajet. On se croirait presque dans une autre dimension ! D’autant plus qu’avant de revenir sur Ecouen, avec Anne-Lise, ma compagne, nous avons également exploré un village abandonné non loin de l’aéroport de Roissy, dont les règles de l’urbex me défendent de donner l’emplacement exact, nous plongeant également dans le même type d’atmosphère macabre que le Winter Rising Fest nous a offert la veille. Vraiment, au plus j’avance dans la journée pré festival, au plus je me sens hypnotisé par des ambiances multiples mais quand même un brin sombre. Et puis, vient cette parenthèse insolite où nous croiserons pour manger, toujours à Ecouen, un festivalier d’origine russe mais qui vit en Allemagne, qui nous aura bien fait rire la veille tant il était à fond sur la musique (mais du genre, vraiment vraiment à fond !), un couple d’amis que ma compagne et moi croisons régulièrement sur les dates dans le Nord de la France, Fabrice et Isabelle, qui mangent avec ce fameux festivalier dont nous avions fait préalablement connaissance ! C’est donc sur une note très positive que nous mangeons non loin du festival avant de reprendre nos quartiers plein d’enthousiasme ! D’ailleurs, cette seconde journée sonne comme l’arrivée de mon camarade photographe Le Marquis Arthur, bien content manifestement d’échapper à des soucis au travail pour nous rejoindre. Nous sommes donc frais, disponibles et motivés pour assumer la couverture de cette deuxième journée qui, comme la première, m’offrira son lot de découvertes et ses bons, très bons moments. Comme ses mauvais aussi, mais nous reviendrons.

Le premier groupe de la journée se présente à nous et un premier constat s’offre à moi, et ne me quittera (malheureusement) pas durant toute leur prestation : c’est à la mode, de faire du black metal quand on est jeune. Triste constat en fait, quand on est non pas forcément puristes, puisque le puritanisme dans le black metal dicterait une volonté de revoir pulluler les sempiternels sujets qui inondaient le black metal dans les années 90 (le satanisme, et tout le folklore qui va avec en somme), mais plutôt nostalgiques. Quand le black metal revêtait un caractère subversif et provocateur, voire nihiliste. Après, cela soulève forcément une question : est-ce que, parce qu’on est une jeune formation comme Seeds of Loss, et que l’on n’a pas connu cette période « glorieuse », on n’a pas le droit de faire du black metal ? La réponse est évidemment non et le groupe parisien, dont on n’a finalement très peu d’informations si ce n’est que visuellement, ils semblent jeunes et n’ont pas du tout un look idoine au black metal, a parfaitement le droit de revendiquer cette musique, du moins sur le papier. C’est évident !

Sauf que… nous sommes tous, autour de moi, tombés d’accord sur un point : ce n’est pas du tout du black metal ! Cela ressemblerait plutôt à un mélange certes dissonant dans l’ensemble sonore, et qui trahirait éventuellement un soupçon de black metal, mais qui m’évoque spontanément une sorte de metalcore un peu djent vu le caractère déconstruit des compositions et les quelques breakdowns que le quatuor nous offre sur scène. Alors là, déjà pour moi, il y a un gros problème. Parce que je veux bien comprendre que « c’est à la mode » de faire du black metal aujourd’hui avec l’avènement de ce genre sur la scène extrême française et les nombreux gros labels qui nous entourent, et le mot « comprendre » ne veut pas dire « accepter » en psychologie, je précise. Mais quand même… Delà à se dévoyer au point de dire « on fait du black metal » alors que sur scène, les looks des musiciens, les attitudes mêmes, les compositions et les ambiances ne font absolument pas penser au black metal, là il y a quelque chose qui m’échappe. Et même si je dois reconnaitre que la chanteuse a une très bonne voix, manque un peu de présence scénique et de charisme mais a au moins une très bonne voix, c’est à souligner, elle ne sauvera pas la performance qui pour moi, est biaisée de bout en bout et ne me donne aucunement envie de me plonger dans la musique.

J’ai pour coutume de dire, par expérience, que ce n’est jamais simple d’ouvrir un festival, et Seeds of Loss partira avec ce handicap si j’ose dire, mais le public aussi n’a pas du tout accroché, cela se sent, et c’est un peu triste. Alors, si j’ai un conseil bienveillant à donner au groupe, ce serait d’arrêter de se donner une étiquette musicale qui ne colle pas avec leur prestation. Vous voulez vraiment faire du black metal ? Allez écouter vos ainés, étudier un peu les looks et un VRAI univers musical dont la prestation scénique n’a donné aucun ingrédient précis, à part une bande de jeunes potes qui font de la musique ensemble comme à la Fête de la Musique, prenez des postures qui font un peu sombres plutôt que des postures de coreux limite souriants, et revoyez vos ajouts abusifs de breakdowns et de déconstruction rythmique. Vous avez la technique parce que vous êtes bons techniquement avec vos instruments, cela se voit (si on oublie les défauts sonores sur scène et techniques), et votre chanteuse a une bonne voix ! Alors, pitié… Arrêtez avec cette étiquette de black metal qui ne vous sied pas en l’état. Désolé, je suis sévère, c’est tombé sur vous, mais j’en ai marre des groupes qui disent faire du black metal mais qui n’en font pas. Stop ! Petite parenthèse humoristique : Seeds of Loss veut dire « germes de perte ». J’espère que ce n’est pas prémonitoire…

Bon. Cela commençait mal cette journée. Mais je ne baisse pas les bras, beaucoup de groupes suivront et je sais que je trouverai chaussure à mon pied ! Et Brainsore prend la relève. Groupe italien qui sur le papier propose du death metal estampillé grindcore, je pensais que j’allais me prendre un bon soufflé dans la tronche pour me réveiller un peu ! Et je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps : ce fut le cas. D’habitude, je ne suis pas hyper friand de grindcore en format studio, c’est surtout dû au fait que je n’ai jamais vraiment compris le délire ni l’intérêt autour de ce style de musique qui a quand même une dimension assez politique, peut-être même plus politique d’ailleurs que musicale. Ce n’est pas une question d’accointance politique non plus ! Non. Juste un souci d’attirance pour ce style. Mais je n’ai jamais vu de groupes de grindcore en concert (pas même les ultras connus Napalm Death !) donc c’était l’occasion de me baptiser officiellement au grindcore.

Le quatuor italien est en tout cas assez fidèle à l’imagerie du genre, avec des looks très « street » de Californie, short et t-shirt simple pour le chanteur par exemple. Et la musique évidemment est un redoutable concentré de défouraillage en règle, de la brutalité et du death metal dans des compositions finalement pas si courtes que cela quand on est fin connaisseur du grindcore ! Mais surtout, je retiendrai que le chanteur vit littéralement ce qu’il chante. Il est dans son personnage qui tend à nous emmener vers une folie meurtrière un peu comme le fait, sans les costumes idoines, le frontman de Haemorrhage (Espagnol) qui est à ce jour le seul groupe du genre que j’aime écouter de temps en temps. En fait, ce qui est frappant dans cette prestation, c’est qu’on dirait que le chanteur est seul au monde. On dirait que ses musiciens ne sont pas là, il attire les regards et il donne l’impression de vivre sa folie tout seul, ce qui symboliquement me touche particulièrement parce que, étant professionnel dans les soins psychiatriques, je sais à quel point les malades peuvent ressentir une certaine solitude qui va vers de l’abandon.

Et malgré le côté grindcore, je vis le concert comme un truc un peu touchant presque ! Et au final, je me laisse vite emporter par la vague de submersion musicale. Je note néanmoins encore une fois que le public n’a pas totalement adhéré au contenu proposé par Brainsore. Il est resté assez stoïque, là où les groupes comme Brainsore proposent normalement une vraie connivence avec son public. Peut-être que mes ressentis d’assister à quelque chose de plus hypnotisant que réellement violent ont été suivis par le public, et en cela, je ne sais pas si Brainsore a rempli véritablement son contrat. Cela restera le mystère de ce second jour de festival. Pour ma part, j’ai bien aimé la prestation, sans plus. Je pense que dans un registre grindcore, il y a moyen de trouver mieux. Mais au moins, cela m’aura permis de trouver la motivation nécessaire pour m’essayer davantage à ce type de metal la prochaine fois en live. C’est déjà pas mal !

Vous vous souvenez de mon émotion quant au fait de voir enfin Temple of Baal en concert ? Eh bien, s’agissant du prochain groupe, c’est à peu près la même chose. Parce que Conviction, groupe de Gisors en Normandie, prend la suite de la journée et notre bon Amduscias Baal reprend du service ! De même que l’un des guitaristes d’Ataraxie, Frédéric Patte-Brasseur, qui officie également dans Conviction. Pour moi, ce Winter Rising Fest, c’est un peu Noël avant l’heure quoi ! Mes fameux bonbons d’Halloween. L’album éponyme m’avait à l’époque profondément marqué, je l’avais fait en chronique en 2021 et j’avais été happé par ce doom metal old school, avec ce chant clair magnifique et cet atmosphère très macabre. Alors, autant vous dire que passer d’un groupe de grindcore à un groupe de doom metal, c’est un sacré grand écart quand même ! Mais contrairement à Brainsore, là, je sais où je mets les pieds et je sais par avance que la prestation, sauf cataclysme, va me plaire. C’est encore plus profond que cela en fin de compte. J’ai adoré.

Conviction est encore plus hypnotique en concert qu’en studio, et je note que c’est et sera le seul groupe du festival à produire un fond de scène cinématographique, avec des extraits du clip du morceau « Outworn » et d’autres images. Résultat : on est totalement pris dans le jeu et les émotions remontent énormément. J’ai beaucoup aimé le jeu de lumières, qui se situe dans des teintes bleutées très froides, pas forcément hyper lumineuses, plutôt intimistes en fin de compte. Je ne sais pas si c’est fait exprès, mais ça a eu son petit effet. Je note également le noeud coulant que porte le bassiste Vincent, qui, loin de surfer sur des clichés, apporte une touche qui nous dérange un peu, mais quand on n’est pas habitué à être confronté à la Mort (ce qui n’est pas mon cas, des pendaisons j’en ai hélas vu quelques unes), forcément le malaise s’installe d’autant que le bassiste est souvent les yeux fermés pour se concentrer, comme s’il cherchait une forme de repos.

Le point d’orgue de la prestation de Conviction sera ce quatuor de voix absolument exceptionnel à trois reprises, et je pèse mes mots. La magnificence totale, au point de me faire pleurer. La musique doom metal a cette particularité, outre la lourdeur des riffs, de poser des ambiances. Et manifestement, l’expérience indéniable des protagonistes a porté ses fruits, Conviction va nous entrainer dans un marasme dépressif profond, bien emmené par le chant clair d’Amduscias qui est bourré d’émotions, non content d’être juste et puissant, la batterie de Rachid qui, on ne se rend pas compte, demande une minutie incroyable pour tenir un rythme lent comme cela, et l’ensemble guitares / basse qui joue son rôle d’occupation du spectre sonore dans son entièreté et nous enveloppe doucement de cette ambiance lourde et triste. On est sur une imagerie macabre avec le groupe Normand, la pochette de l’album et les images qui défilent derrière le démontrent. Mais c’est un macabre poétique en fait. C’est très beau, un peu comme si la Mort était un soulagement. On rejoint donc là la dépression dans son allégorie musicale. Pas besoin de faire dans le black metal dépressif pour véhiculer des émotions fortes, Conviction le démontre avec son doom metal exceptionnellement hypnotisant. On notera également un bel hommage à Ozzy Osbourne avec la reprise d’un morceau de Black Sabbath. Bref, un sans faute pour moi et une… Conviction, selon laquelle le groupe mérite bien mieux que le discret décollage que le groupe connait depuis ses débuts. Bravo.

Bon ! Je pensais à ce moment précis que passer derrière Conviction serait difficile. Il m’aura fallu une pause à l’extérieur pour reprendre mes esprits, me recentrer sur cette objectivité même sommaire que l’on demande à un chroniqueur pour revenir voir la scène. D’autant que concernant Cavalerie, je ne savais strictement rien, si ce n’est que le nom du groupe m’a interpellé. Je pensais idiotement à ces western spaghetti, à Lucky Luke. Comme on peut être cons des fois avec nos références… Mais lorsque j’ai découvert le logo de la formation qui manifestement vient de Paris, j’ai tout de suite accroché ! Au point de vouloir tout de suite prendre le t-shirt. Et étrangement, je me suis un peu douté du style qu’on allait avoir. Cela sentait l’imagerie crust, avec cette simplicité dans le logo, les codes morbides mais surtout qui me faisaient penser à cette vague crust punk des années 80 en Angleterre dans cette énorme révolte sociale qu’il y a eu après. Au fond de moi, j’avais hâte de découvrir Cavalerie en concert, tant l’imagerie m’a rendu très curieux et fasciné.

Je vois à ce moment-là débarquer sur scène deux grands blonds et maigres, très proches physiquement, j’en ai donc déduit qu’il s’agissait de deux frères. Je me suis immédiatement dit qu’ils étaient très jeunes pour faire du crust punk, c’est encore une fois un raisonnement très bête d’une part parce qu’il n’y a pas d’âge pour être nostalgique d’une époque musicale intéressante, et d’autre part parce qu’ils ne sont pas si jeunes que cela ! L’un d’eux me confessera approcher la trentaine, tandis que son frère l’avait déjà dépassé ! Alors, attention, oui ! Ils ne sont pas vieux. Et c’est juste pour souligner qu’on peut être jeunes et baigner dans un style qui existe depuis longtemps et qu’on voit peu en concert. Le look des protagonistes le démontre d’ailleurs. Bref ! La musique proposée par Cavalerie est d’une violence inouïe, sonne avec des rythmiques très mid tempo mais aussi des parties guitares / basse avec un son très crade, des riffs qui changent, qui cassent la dynamique, le tout accompagné d’un chant hurlé, avec un chanteur / bassiste complètement possédé, en rage même, qui nous distille un discours difficilement compréhensible (et c’est dommage) mais on devine aisément qu’il y a une forme de colère et de volonté de révolte. Si l’on devait résumer la musique de Cavalerie, ce serait le chaos. Il n’y a selon moi aucune volonté de faire dans le propre, le policé, on est plutôt sur une volonté de faire parler, de déranger.

Or, jusqu’au bout, le groupe n’offrira aucune concession, le chanteur allant jusqu’à jeter son micro violemment parterre et quitter la scène sans un mot pour le public. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai été complètement fasciné par la prestation, je n’avais pas du tout envie d’entrer dans une sorte de délire moshpit où tout le monde se castagne comme ce serait d’usage dans un registre hardcore comme ici et d’ailleurs le public aussi restera captivé plus que galvanisé. Je n’ai pas su dire si c’était joué pour faire de la scène, ou si c’était authentique. J’ose penser la deuxième option mais avec un sens de l’exagération qui me parait quand même importante pour choquer davantage le public. Mais en tout cas, j’ai adoré ! J’ai trouvé le concert prenant, il n’y a pas de pauses, j’ai laissé échapper une sorte de « whaououuuuuuuuu » qui trahit chez moi une forme de jouissance, et je pense que c’est typiquement le genre de concerts qui redonne un coup de poing dans la tronche ! En tout cas, je dois admettre que Cavalerie m’a bien plu, preuve en est : j’ai acheté la compilation au merch et discuter avec le batteur. Car oui, petite originalité : Cavalerie a sorti une compilation avant de sortir un album ! Par contre, s’ils me lisent, j’attends toujours que les t-shirts soient repressés sur Bandcamp les amis !

Alors là les ami(e)s, cela ne rigole plus ! Après une pause repas bien méritée sur ce stand de nourriture Créole délicieuse, qui nous aura valu une belle discussion avec Amduscias, nous voici au devant d’un groupe qui va retourner les esprits et me redonner foi envers le black metal ! C’est vous dire à quel point l’enjeu était de taille car de Fides Inversa, là encore je ne savais rien. Et pourtant, le CV d’au moins un des membres est franchement cool. En fait, Fides Inversa est basé en Italie mais est composé de plusieurs nationalités différentes dans son line up avec deux Italiens, deux Français (cocoricooooooooo) à la guitare et à la batterie et un chanteur Norvégien mais qui a le fameux CV foisonnant dans le domaine du black metal, étant guitariste dans Behexen (excusez du peu), bassiste dans Mare, guitariste / chanteur dans Ritual Death, ancien bassiste dans Misþyrming et guitariste dans Whoredom Rife, etc. Et c’est ce dernier qui décidément me captivera. Sa présence scénique est absolument incroyable, le gonze est d’un charisme fou, totalement habité par son personnage démoniaque et tout le folklore qui va avec, corpse paint, costume décharné, les yeux exorbités.

Ce fut le sujet d’un débat avec ma compagne qui soutenait que le gars était réellement sombre comme cela dans la vraie vie, tandis que moi, je m’efforçais de démontrer qu’il jouait un rôle. La discussion impromptue avec le guitariste français du groupe NGH aura raison de ma théorie, et c’est ma compagne qui gagna le débat : le chanteur est réellement habité comme cela d’une noirceur extrême et je reprends les termes employés par le guitariste : « il ne faut pas trop le faire chier« . En tout cas, le black metal proposé par Fides Inversa est d’une violence redoutable, d’un démonisme manifeste et ne laisse pas du tout indifférent. Chaque musicien est pleinement dans son rôle, et joue la carte de cette violence que l’on retrouverait dans une moindre mesure dans des groupes comme Urgehal, 1349 ou Watain, avec cette dimension mélodique qui prend quand même une place prépondérante pour ne pas se contenter de nous étouffer dans un riffing rythmique. La musique est froide, incisive et transperce nos boyaux. Encore une fois, le chanteur est dans son rôle, nous fixe avec un regard noir, puis les yeux deviennent ecarquillés comme pour nous aspirer dans la noirceur, et étant donné que le mec est grand, il domine totalement la fosse !

C’est typiquement le genre de prestation que l’on recherche quand on aime le black metal car, au-delà du folklore énoncé plus haut et qui est important, c’est surtout dans l’intention que les groupes plus jeunes ou ceux qui se disent à tort comme Seeds of Loss compositeurs de black metal, doivent s’inspirer. L’intention est de faire dans la subversion, la provocation et l’hommage à Satan va avec dans encore pas mal de formations récentes. Un concert, qu’il est bon de montrer dans les écoles de black metal comme dirait l’autre ! Intense et prenant, excellent concert !

Et ce n’est pas tout ! Car jusqu’à cette prestation des Italiens-Français-Norvégiens, je pensais avoir eu le clou du spectacle en cette deuxième journée de festival ! J’étais loin mais alors, vraiment loin du compte. Parce que Moondark se présentait à nous et je crois que je n’étais véritablement pas prêt à me prendre la déflagration que je me suis pris. Moondark, c’est un peu le groupe qui s’offre une renaissance plus marquante que sa propre genèse. Le groupe Suédois existe en effet depuis… 1993 ! Mais après avoir sorti une démo cette même année, il ne se passera rien pendant… vingt-deux ans. Et puis une démo arrivera en 2015 donc, et puis… plus rien pendant neuf ans ! On pourrait donc même parler d’une double renaissance tant le groupe a semblé en totale déshérence avant même d’avoir engagé un héritage musicale. Et enfin, en 2024, un album, un seul, voit le jour. Et malgré tout, une ossature perdure dans le groupe avec trois membres originels que sont le batteur, et les deux guitaristes. Donc, on se demande en fait pourquoi Moondark n’a jamais eu la motivation de sortir ce fameux album tant désiré, et que va donner la prestation en concert après des errances pareilles dans son anamnèse ?

C’est toujours l’angoisse, même en chronique d’albums, d’avoir ce type de cas de figure. Eh bien, mon cochon, ce fut une véritable révélation. Le groupe sur scène est d’une prestance époustouflante, et le point fort numéro un, qui ne devrait pas forcément en être un d’ailleurs, est que le chanteur était tellement défoncé d’apparence sur scène, qu’il en devenait très flippant et surtout, très charismatique aussi. Et pourtant, il arborait une tenue très BC-BG, avec une chemise cintré, un jean et des baskets. En gros, plus banal en apparence que lui, tu meurs ! Un peu comme un fou, il nous fixait intensément, marchait lentement, rarement sans nous regarder d’ailleurs ce qui conférait pour lui une capacité d’occuper l’espace de la scène avec une facilité déconcertante, se penchait vers nous, et même touchait les gens devant la scène de manière étrange. Rien qu’avec lui, on sentait un côté dérangeant qui ne laissait personne indifférent. La musique de Moondark s’inscrit dans un doom / death metal crade et morbide, pas dans le même registre qu’Ataraxy la veille, pas forcément macabre mais plus… sombre.

Très très lourd, très entrainant, j’ai vu pour la première fois le public répondre enfin en faisant des mouvements de tête, en s’agitant même un peu, ma compagne a secoué sa tête comme rarement ce jour-ci, je n’ai pour ma part pas le souvenir d’avoir décroché ne serait-ce qu’une seconde de la musique de Moondark. Les grands gaillards instrumentistes qui accompagnaient le petit bonhomme bizarre avec un faux air de Frodon Sacquet, ont tous également joué la carte d’une sorte d’immobilisme, n’en faisant pas trop sur la scène mais suffisamment pour ne pas étouffer leur frontman qui finalement occupait tout. Vous l’aurez compris, Moondark a été le coup de cœur de cette seconde journée de festival, et mes doutes ont été totalement balayés par la prestation finalement assez sobre mais, comme tous les groupes du genre doom / death metal, ils n’ont pas eu besoin d’apparats pompeux pour nous captiver. Quand la musique et le charisme des musiciens suffisent, c’est que le groupe a tout gagné dans sa prestation ! Et ce fut le cas. Je suis reparti avec l’album offert à ma chérie et un t-shirt ! Banco !

Apparemment, The Committee faisait partie des groupes les plus attendus du festival. Une fois n’est pas coutume, je ne connaissais pas du tout. J’ai donc découvert que la formation est internationale et cumule dans son line up un bassiste Hollandais, un batteur Hongrois, un guitariste Français, un guitariste / chanteur Russe et un claviériste Serbe absent pour le concert. Alors, on se demande ce qui peut bien rassembler autant de nationalités dans un seul groupe, et on pense immédiatement à quelque chose de politique. D’ailleurs, l’uniforme de concerts des musiciens, car c’est de cela dont il s’agit, évoque de manière un peu bizarre les uniformes fascistes, tout en noir avec une chemise et une cagoule, avec l’écusson du groupe sur l’épaule droite et des banderoles qui tendent à faire passer un message.

Après, je parle spontanément de politique, j’avoue que c’est une première impression et rien ne démontre qu’il y a un quelconque caractère de ce genre dans la musique de The Committee ! C’est de l’interprétation primaire. Et finalement, j’ai fait un parallèle très récent avec une expérience vécue lors d’un urbex avec Anne-Lise en Isère. Petite digression : nous avons visité une ancienne immense distillerie abandonnée et nous sommes tombés sur deux autels avec un pentagramme et un soleil noir, des bougies et surtout, une inscription énigmatique qui a piqué notre curiosité : « Tempel ov Blood« . En faisant des recherches, nous sommes tombés sur des informations sur ce fameux « Tempel ov Blood » comme étant une organisation Américaine, qui mélange occultisme et religieux, et qui fonctionne comme une vraie société secrète mais surtout, qui arbore à peu près les mêmes uniformes qui évoquent The Committee. Alors, avec du recul, je me suis dit qu’il fallait faire fi de l’apparente imagerie politique très orientée de la formation internationale pour finalement ne retenir qu’une dimension potentiellement plus occulte.

Et je pense avoir eu raison de faire une corrélation entre Tempel ov Blood et The Committee car à mon avis, le groupe fonctionne à peu près pareil, comme une organisation volontairement secrète. En tout cas, musicalement, on est sur du black metal atmosphérique qui laisse la part belle à des mélodies entrainantes, presque un peu guerrières, et qui amène une volonté très belliqueuse au groupe qui semble donc quand même aller sur des plates-bandes révolutionnaires. Après, j’avoue ne pas avoir franchement accroché au groupe, non pas qu’il soit mauvais, mais je n’ai juste pas accroché à la musique et à l’imagerie. J’y ai vu un côté réchauffé et surfait pour ma part, pas forcément innovant et en tout cas qui manque un peu de présence. Pour moi, ils étaient trop en mode stoïque, très musclés et très droits, j’aurais bien aimé qu’on trouve normalement ce que l’on recherche dans ce type de black metal atmosphérique, à savoir de l’émotion, de la catharsis. Et en cela, quelque chose ne collait manifestement pas avec l’imagerie du groupe et la musique. Je le redis, cela n’enlève en rien que The Committee est objectivement parlant une formation solide, mais je n’ai pas accroché, voilà. Next.

Il manquait juste un petit élément pour rendre ce festival un peu plus épicé encore : l’exotisme ! Bon, en soi, ce n’était pas une obligation tant cette édition s’annonçait comme d’ores et déjà réussie, et les groupes, peu importe d’où ils viennent, ont été majoritairement excellents ! Mais bon, un groupe d’Amérique du Sud, quand on connait la valeur de la scène là-bas, qui tend par ailleurs à s’émanciper de plus en plus en Europe, c’est toujours intéressant et une vraie valeur sûre sur une affiche. D’autant que concernant spécifiquement Sadism, le parcours est du genre à n’avoir rien à envier à personne. Originaire du Chili, et de la capitale Santiago, Sadism existe depuis 1988, excusez du peu ! Forts de onze albums dont le dernier est sorti cette année (2025), on a très probablement à faire avec l’un des pionniers du metal au Chili, et cet exotisme, je le prends comme une forme d’honneur. Alors, qu’es-ce-que cela donne sur scène, Sadism ?

Qui dit pionnier, dit dans le domaine du death metal, de l’old school à outrance ! Et ce death metal sent bon le fleuron de la Floride, avec sa part de brutalité et de lourdeur, ce chant caractéristique qui m’évoque sans détour une voix à la Chris Barnes, tout simplement ! Le groupe ne joue avec aucune fioriture particulière, ils sont cinq sur scène à déverser un death metal malsain et puissant sans aucun ingrédient autre que leur présence. Et le public ne s’y trompe pas, c’est la débandade totale, le carnage.

C’est difficile d’épiloguer sur ce groupe qui finalement propose une musique tout ce qu’il y a de plus old school, puisque ce type de musique se savoure quand on aime le death metal. En studio, c’est à peu près la même mayonnaise d’ailleurs. J’ai noté un détail insignifiant, j’en conviens, c’est la coupe de cheveux du chanteur, avec des mèches blondes peroxydées. C’est bizarre mais bon ! Je n’ai de fait rien de plus croustillant à relever, j’ai, je pense, eu besoin de lâcher un peu la bride après deux jours de festival, donc j’ai noté peu d’informations. C’était en tout cas une très bonne prestation et j’espère que nos amis chiliens auront apprécié l’accueil à la Française ! A revoir un jour sans souci !

Pour cloturer ce festival, je dois confesser quelque chose. Pardonnez-moi lecteurs et lectrices car j’ai pêché. L’hormone de croissance de mon inculture a tout d’un coup explosé en apprenant qui est le groupe Adorior. Vous voyez venir le souci ? Je ne connais pas du tout ce groupe qui, pourtant, de l’aveu de beaucoup de personnes dans le public, était attendu de chez attendu ! Apparemment, c’est un groupe vraiment important pour le milieu underground. Adorior, groupe Britannique, existe depuis 1994 mais contrairement à son prédécesseur chilien, le groupe emmené par la frontwoman Jaded Lungs (alias Melissa, prénom que l’on entendra énormément dans la fosse), n’a sorti que… trois albums. Un en 1998, puis un en 2005 et ensuite, plus rien jusqu’en 2024 et un retour apparemment fracassant ! Sorti chez un label que j’adore, Dark Descent Records, bien connu pour ses productions très morbides, j’en conclue que le groupe n’est pas venu d’Angleterre pour équeuter les haricots verts.

C’est tout à fait cela ! Pour moi, le mot « boucherie » me semble être adéquat tant la violence de la musique d’Adorior est sans équivoque. Un metal qui frôle entre le black, le thrash et le death metal, aux forts accentuations Slayer, le groupe envoie du bois et sème un véritable tourbillon de violence dans la fosse, mon cher photographe Le Marquis Arthur se voyant bien en difficulté pour prendre des photos tant les gens ont forcé le passage jusqu’au devant de la scène ! J’avais une vue parfaite devant le guitariste « Ro » qui avait l’air de galérer grave sur ses parties guitares, le mec étant complètement à fond mais regardant essentiellement son manche histoire de ne pas faire une fausse note, sous peine de subir le courroux de Melissa qui, deux ou trois fois, a montré qu’elle ne se laissait pas faire.

Râlant beaucoup pendant les balances, insultant un spectateur, haranguant la foule, cette femme est une excellente meneuse de moshpit et le démontre par sa présence et sa bestialité, son chant excellent et son regard noir intense. Le groupe aura littéralement retourné la fosse et j’ai croisé énormément de têtes croisées durant la journée, y compris des musiciens sur scène auparavant, qui prenaient un pied d’enfer. C’est là que j’ai compris mon grand tort de ne pas connaître Adorior mais en même temps, n’étant pas un féru de thrash metal, quand on me parle de Slayer, je n’accours pas spécialement. Mais force m’est de constater que j’avais tort. J’ai adoré la prestation, j’ai pris un pied phénoménal et cette connivence dans les pogos m’avait manqué. Voilà une des meilleures manières avec laquelle, dans ma vie, j’ai cloturé un festival ! Mon corps a eu du mal à s’en remettre, alors on dit merci et on va soigner ses plaies !

Ainsi s’achève ma première expérience au Winter Rising Fest, en région parisienne. Bon, j’avais quelques éditions de retard mais il faut comprendre que jusqu’à ce jour, je n’avais aucune vraie raison valable de me frotter avec autant de motivation que d’embrasser le fondement d’un troll, à la région Parisienne et son marasme ambiant. Je crois qu’en deux jours, j’ai trouvé les arguments idéaux pour revenir : un cadre environnemental très beau, le fait que le Marquis Arthur n’habite vraiment pas loin, que je peux aisément monter en train la prochaine fois et surtout, SURTOUT, j’ai trouvé un festival qui me correspond en tous points ! Du metal extrême, des têtes enfin rencontrées en dehors du spectre fallacieux des réseaux sociaux, une organisation au top qui ne démérite pas du tout, ma compagne qui peut me rejoindre facilement (enfin, en évitant Poissy la prochaine fois !), et des groupes qui ne jouent pas tout le temps. Une affiche osée, sans les sempiternelles têtes d’affiches assommantes et qui lassent avec le temps de se déplacer en festival, l’underground est enfin roi quelque part et c’est au Winter Rising Fest que son royaume existe le mieux !

Alors, il est temps de remercier l’organisation, particulièrement Kévin et Thibault, les deux hydres pensantes du festival qui m’ont fait un accueil royal ; les personnes croisées que j’étais heureux de rencontrer ou de revoir comme Amduscias, Erroiak (oui oui, il était là !), Fabrice et Isabelle, Vincent, Jonathan, mon copain Arthur et son appareil à faire de belles photos, l’équipe de bénévoles qui ont agrémenté mon report du jour 1, les stands avec qui j’ai pu échanger comme Malpermesita, Sleeping Church, les groupes évidemment, le spectateur germano-russe qui m’aura bien fait rire, et ma chérie qui est venue exprès sans savoir à quoi s’attendre et qui, je crois, a adoré le festival quitte à revenir ! Vous savez quoi ? Cela me donne assez de billes et de motivation pour revenir remettre cela, si l’organisation est ok bien évidemment, l’année prochaine ! Enfin. Si en 2026, Halloween n’est pas sur ma semaine de garde… Sinon, retour à la chasse aux bonbons !








