Motocultor 2026

par Metalfreak | Août 28, 2026 | Live Reports | 0 commentaire

Photos + Report : HellFé

Jeudi 13 Août : une première journée sous haute tension.

Il y a des jeudis qui ressemblent à des jeudis.
Et puis il y a ceux où l’on pose les pieds à Carhaix, avec un bracelet au poignet, les premières notes qui résonnent au loin et cette sensation très particulière : pendant quatre jours, le monde va tourner au rythme des amplis, des fûts de bière et des riffs.
Pour cette édition 2026, le Motocultor frappe fort dès l’ouverture. La programmation du jeudi aligne notamment Primus, Godsmack, AmenRa, Death Angel, Celkilt, FauxX, Gaerea ou encore Municipal Waste.
Et dès les premières heures, l’ambiance est là. Les festivaliers arrivent par grappes, les retrouvailles s’enchaînent, les t-shirts noirs se croisent et, dans les allées, chacun semble avoir déjà son programme en tête. Mais au Motocultor, il y a toujours cette petite part d’improvisation : on part voir un groupe et on finit par rester devant une autre scène parce qu’un riff nous a accroché.

FauxX : bienvenue dans la fournaise
Pour commencer cette journée, FauxX installe immédiatement une atmosphère particulière. Leur univers Metal industriel et Dark Synthé apporte une couleur plus froide et mécanique au festival.
Le contraste avec l’ambiance extérieure est saisissant. Devant la scène, les premiers festivaliers se rapprochent, les têtes commencent à bouger et la journée prend véritablement forme.
FauxX ne cherche pas à faire dans la dentelle : ça cogne, ça vibre et ça pose les bases d’un jeudi qui ne compte clairement pas ralentir.

Celkilt x Bagad Ar Meilhoù Glaz : la Bretagne prend le pouvoir
Puis vient le moment où le Motocultor rappelle qu’il est aussi profondément ancré dans sa terre.
Celkilt, accompagné du Bagad Ar Meilhoù Glaz de Quimper, transforme le festival en gigantesque fête bretonne.
Et là, difficile de rester tranquillement planté au fond.
Les kilts, les instruments traditionnels, les guitares et l’énergie rock se mélangent dans un joyeux bordel parfaitement maîtrisé. Les sourires apparaissent partout. On tape du pied, on lève les bras, on chante, on danse.
C’est aussi ça, le Motocultor : passer d’une déferlante Metal à une énorme fête populaire sans jamais perdre son identité.

Death Angel : le thrash comme une machine de guerre
Changement radical d’ambiance avec Death Angel.
Les Californiens débarquent avec cette vieille école du Thrash qui ne demande aucune permission. Ici, pas besoin de fioritures : des riffs tranchants, une batterie qui matraque et une énergie qui rappelle pourquoi le Thrash Metal reste une formidable machine à retourner un public.
Dans les premiers rangs, ça commence sérieusement à bouger.
Le festival prend alors une autre dimension. Les festivaliers ne sont plus simplement venus écouter des groupes : ils sont venus vivre les concerts.
Et Death Angel sait parfaitement quoi faire de cette foule.

Godsmack : le rouleau compresseur américain
Puis vient l’un des grands rendez-vous de la journée : Godsmack.
Le groupe américain fait partie des têtes d’affiche du jeudi, aux côtés notamment de Primus et Death Angel.
Et forcément, l’attente est énorme.
Quand les premières notes résonnent, le public répond immédiatement présent. Le son est massif, les guitares remplissent l’espace et la voix de Sully Erna vient porter cette impression de puissance qui caractérise Godsmack.
On sent alors que la journée a changé de dimension.
Autour de soi, les festivaliers se serrent, lèvent les poings et reprennent les morceaux. Les classiques s’enchaînent et cette sensation typiquement festival apparaît : des milliers de personnes qui, pendant quelques minutes, connaissent exactement la même chanson et la vivent ensemble.
Godsmack joue gros, et le public répond présent.

AmenRa : quand le Motocultor plonge dans l’obscurité
Mais s’il y a bien un groupe capable de faire basculer l’atmosphère, c’est AmenRa.
Après l’énergie directe et fédératrice de Godsmack, le collectif Belge propose quelque chose de beaucoup plus viscéral. Le contraste est saisissant.
La lumière change. L’ambiance se fait plus sombre. Les conversations diminuent et le public se laisse progressivement happer.
AmenRa ne donne pas simplement un concert : il construit une atmosphère.
Les guitares deviennent lourdes, presque physiques. Les passages calmes semblent suspendre le temps avant que la puissance ne revienne vous cueillir de plein fouet.
Dans la foule, les silhouettes se découpent devant la scène, certaines immobiles, d’autres complètement absorbées par la musique.
C’est un autre visage du Motocultor.
Un jeudi qui donne le ton, et, finalement, c’est peut-être cette diversité qui résume le mieux cette première journée.
FauxX pour l’univers industriel, Celkilt pour la fête et les racines bretonnes, Death Angel pour le Thrash sans concession, Godsmack pour le grand spectacle et AmenRa pour l’immersion et l’intensité.
Cinq groupes, cinq ambiances, mais une même constante : le public.
Parce qu’au Motocultor, le décor compte autant que les affiches. Les bottes qui prennent la poussière, les verres qui se lèvent, les discussions entre deux concerts, les retrouvailles improbables, les « tu vas voir qui après ? », les cris qui montent lorsqu’un groupe entre en scène…
C’est tout cela qui transforme une succession de concerts en véritable expérience.
Et alors que la nuit commence à envelopper Carhaix, une chose devient évidente : le Motocultor vient à peine de commencer, mais la machine est déjà lancée à pleine puissance.
Jeudi terminé.
Les oreilles sifflent.
Les jambes commencent à fatiguer.
Mais personne n’a vraiment envie de rentrer.
Demain, on remet ça.

Vendredi 14 Août : l’obscurité monte d’un cran.

Après un jeudi déjà bien chargé, il faut se rendre à l’évidence : le Motocultor n’a aucune intention de lever le pied.
Vendredi 14 août, deuxième journée à Carhaix. Les jambes commencent à rappeler que la veille n’était pas une simple promenade, mais l’ambiance, elle, est toujours au beau fixe. Les festivaliers reprennent possession du site, les t-shirts noirs sont de sortie et, chacun se prépare à une nouvelle journée de décibels.
Et la programmation est particulièrement corsée : Cage Fight, Bölzer, Revnoir et Lord of the Lost font partie des rendez-vous de cette journée, avec un programme qui enchaîne notamment Hellripper, Coroner, Paradise Lost, Emperor et Slaughter To Prevail.
Quatre groupes, quatre univers. Et une journée qui va progressivement passer de la rage brute aux ténèbres les plus théâtrales.

Cage Fight : pas le temps de s’échauffer
Il est 14h15 lorsque Cage Fight prend possession de la Dave Mustage. Et autant dire qu’après une nuit de sommeil plus ou moins réparatrice, le groupe Britannique choisit la méthode radicale pour remettre tout le monde sur pied.
Le Hardcore et le Metalcore se mélangent dans une décharge d’énergie permanente. Les guitares claquent, la batterie cogne et devant la scène, les premiers mouvements de foule apparaissent rapidement.
Cage Fight porte particulièrement bien son nom : on a davantage l’impression d’assister à une bagarre collective qu’à un simple concert.
Dans les premiers rangs, ça saute, ça pousse, ça hurle. Ceux qui pensaient commencer tranquillement leur vendredi comprennent rapidement qu’il faudra attendre pour souffler.
Le Motocultor est réveillé.

Bölzer : la lourdeur prend le dessus
Deux heures plus tard, changement complet de décor.
À 16h35, Bölzer investit la Supositor Stage et plonge le festival dans une ambiance beaucoup plus sombre.
Ici, on oublie l’urgence de Cage Fight. La musique devient plus lourde, plus hypnotique, presque cérémonielle.
Les riffs semblent avancer au ralenti, mais chaque coup porte un poids énorme. Le public se rapproche, les conversations se font plus rares et l’atmosphère se charge progressivement.
Bölzer, c’est le genre de concert où l’on ne vient pas simplement prendre une dose de décibels.
On vient se faire engloutir.
Et dans cette ambiance de fin d’après-midi, alors que le soleil commence doucement à descendre sur Carhaix, le contraste est magnifique.

Revnoir : la montée en puissance
17h30. Nouveau changement d’ambiance avec Revnoir, programmé sur la Dave Mustage.
La journée commence à prendre son rythme.
Après la brutalité de Cage Fight et l’atmosphère pesante de Bölzer, Revnoir apporte une nouvelle dynamique. Le public est maintenant parfaitement lancé et l’effet festival commence à jouer à plein.
On passe d’une scène à l’autre, on croise des visages familiers, on retrouve des potes rencontrés la veille, on discute quelques minutes avant de repartir vers un autre concert.
C’est ça aussi, une journée au Motocultor : un marathon musical où l’on finit par perdre la notion du temps.
Les horaires deviennent des repères approximatifs. « On se retrouve après Revnoir », « tu vas voir qui ensuite ? », « attends, ils commencent dans dix minutes ! ».
Et pendant ce temps, la nuit approche.

Lord of the Lost : le grand spectacle.
19h10.
La journée bascule dans une autre dimension.
Lord of the Lost monte sur la Dave Mustage et apporte avec lui tout ce qui fait la singularité de son univers : puissance, théâtralité, esthétique sombre et sens du spectacle. Le groupe est programmé à 19h10, juste avant Mass Hysteria.
Après trois concerts aux atmosphères très différentes, le public est maintenant chauffé à blanc.
Et Lord of the Lost sait parfaitement quoi en faire.
La scène devient un véritable théâtre. Les lumières, les silhouettes, les attitudes : tout participe au spectacle.
Mais derrière l’esthétique, il y a surtout une énorme machine musicale.
Les morceaux sont taillés pour les grandes scènes et le public répond immédiatement. Les bras se lèvent, les voix se mélangent et, pendant quelques instants, la foule entière semble ne faire qu’un.
Le jour commence à disparaître derrière les scènes du festival.
Les premières lumières de nuit prennent le relais.
Et quelque part dans cette ambiance, on comprend pourquoi certains concerts restent davantage en mémoire que d’autres : ils ne se contentent pas de jouer, ils créent un moment.

Vendredi soir, le festival change de visage
Ce vendredi aura finalement été une journée de contrastes.
Cage Fight aura mis le feu aux poudres avec son énergie hardcore.
Bölzer aura plongé le public dans une lourdeur presque hypnotique.
Revnoir aura accompagné cette montée en puissance alors que la journée avançait.
Et Lord of the Lost aura transformé la soirée en véritable spectacle.
Mais autour des scènes, le Motocultor continue sa propre histoire.
Les odeurs de nourriture flottent dans les allées. Les pintes s’entrechoquent. Les groupes de festivaliers se forment et se déforment au gré des concerts. Certains cherchent une scène, d’autres cherchent leurs amis, et beaucoup ne savent déjà plus très bien depuis combien de temps ils sont debout.
La fatigue commence à se faire sentir.
Mais personne ne veut vraiment ralentir.
Parce que le vendredi soir au Motocultor, ce n’est pas encore la fin de journée.
Et lorsqu’on regarde les scènes s’illuminer dans la nuit Bretonne, avec les riffs qui continuent de traverser Carhaix, une seule pensée revient :
Demain, il faudra encore remettre ça.
Et franchement… tant mieux.

Samedi 15 Août : entre brutalité, mélodie et grand spectacle.

Troisième jour à Carhaix.
Et là, on ne parle plus vraiment de fatigue. On parle de survie.
Les jambes commencent à protester, la voix a perdu quelques décibels, mais il suffit de franchir l’entrée du Motocultor pour que tout ça disparaisse presque instantanément. Un café, quelques retrouvailles, un t-shirt noir de plus dans la collection et nous voilà repartis pour une nouvelle journée.
Et quelle journée !
Ce samedi 15 août propose un programme particulièrement éclectique, allant du Metalcore d’Ashen au Goregrind totalement décomplexé de Rectal Smegma, en passant par le Post-Rock de Hollow Jan, le Power Metal d’Orden Ogan, le Black Metal de Múr, l’Industriel d’Eisbrecher, le Power/Thrash de Nevermore et, pour finir en beauté, Within Temptation.
Une journée où le Motocultor va encore une fois démontrer qu’il sait faire cohabiter tous les visages du Metal.

Ashen : le réveil se fait au marteau
14h15.
Alors que certains festivaliers commencent à peine à retrouver leurs esprits, Ashen débarque sur la Dave Mustage.
Et clairement, ce n’est pas le moment de demander une journée tranquille.
Le Metalcore du groupe Français vient immédiatement réveiller les organismes encore un peu endormis. Les guitares sont lourdes, la batterie frappe fort et le chant vient ajouter cette agressivité qui fait rapidement monter la température devant la scène.
Les premiers pogos apparaissent, les têtes commencent à bouger et les festivaliers comprennent qu’il va falloir garder quelques réserves pour la suite.
Parce qu’au Motocultor, 14h15 peut déjà ressembler à 23h.

Rectal Smegma : le grand n’importe quoi parfaitement assumé
15h.
On change complètement de planète.
Direction la Supositor Stage pour Rectal Smegma. Rien que le nom annonce la couleur. Et musicalement, le groupe Néerlandais ne vient certainement pas distribuer des bouquets de fleurs : Goregrind, Brutal Death Metal et humour potache sont au programme.
Ici, le Motocultor retrouve cette fameuse ambiance où l’on peut croiser des festivaliers hilares, des curieux venus « juste pour voir » et des amateurs de musique extrême parfaitement heureux d’être là.
C’est sale. C’est gras. C’est brutal.
Et surtout, c’est complètement assumé.
Le contraste avec ce qui se joue sur les autres scènes est assez savoureux. Pendant que certains se laissent emporter par des atmosphères aériennes, ici, on célèbre joyeusement le côté le plus « cradouille » et irrévérencieux du Metal extrême.
Le Motocultor dans toute sa splendeur.

Hollow Jan : parenthèse suspendue
16h35.
Il est temps de changer d’air.
Sur la Massey Ferguscène, Hollow Jan apporte une toute autre énergie avec son mélange de Screamo et de Post-Rock.
Après la violence sonore de Rectal Smegma, cette parenthèse paraît presque irréelle.
La musique se construit progressivement, laissant davantage de place aux émotions, aux textures et aux atmosphères. Le public se pose, écoute, se laisse porter.
C’est aussi ça qui rend une journée de festival aussi particulière : en quelques dizaines de mètres, on peut passer du chaos absolu à quelque chose de beaucoup plus contemplatif.
On respire. On profite. Puis on regarde l’heure. Parce que le programme continue.

Orden Ogan : le Power Metal entre en scène
17h25.
Retour vers la Dave Mustage avec Orden Ogan.
Et là, changement de décor radical.
Le Power Metal reprend ses droits avec ses grandes mélodies, ses refrains faits pour être repris par plusieurs milliers de personnes et cette capacité à transformer une scène en gigantesque hymne collectif.
Les bras se lèvent. Les voix suivent. Le public chante.
On retrouve cette sensation très particulière des grands concerts de festival : peu importe que l’on connaisse parfaitement le groupe ou non, au bout de quelques morceaux, on se retrouve embarqué.
Orden Ogan apporte cette dose de grandiose dont une journée comme celle-ci avait besoin.

Múr : la noirceur venue du Nord
18h15.
La lumière commence doucement à changer.
Sur la Massey Ferguscène, Múr installe son univers de Black Metal teinté d’avant-garde. Le groupe Islandais fait partie de ces formations capables de créer une atmosphère presque palpable.
Le soleil descend lentement sur Carhaix.
Et devant la scène, la musique semble accompagner cette transition.
Les riffs deviennent plus lourds, l’ambiance plus sombre, plus introspective. Après la chaleur et les refrains fédérateurs d’Orden Ogan, Múr propose une expérience beaucoup plus viscérale.
Le festival commence à entrer dans sa deuxième partie.
Et la nuit se prépare.

Eisbrecher : le froid industriel débarque en Bretagne
21h.
La nuit est maintenant bien installée.
Et soudain, Eisbrecher arrive.
Le groupe allemand investit la Dave Mustage pour un concert d’une heure qui promet de faire sérieusement monter la température malgré son univers industriel et glacial.
Eisbrecher, c’est cette mécanique parfaitement huilée : riffs massifs, rythmiques martiales, électronique et présence scénique.
Le public est compact. Les lumières découpent la nuit.
Chaque coup de batterie semble résonner jusque dans les allées du festival.
Après une journée passée à traverser des univers radicalement différents, on se retrouve face à une machine industrielle qui avance sans ralentir.
Froid dans l’esthétique, brûlant dans l’énergie.

Nevermore : le retour d’un fantôme
22h15.
Direction la Supositor Stage.
Le nom affiché attire forcément l’attention : Nevermore.
Et pour beaucoup, ce moment possède une saveur particulière.
Le groupe américain appartient à cette catégorie de formations dont le nom évoque immédiatement une époque, un son, des souvenirs. Leur présence au Motocultor offre donc une vraie séquence nostalgique tout en restant parfaitement ancrée dans la soirée.
Les guitares prennent possession de la nuit. Le public se rapproche.
Les anciens se souviennent, les plus jeunes découvrent.
Et dans cette ambiance nocturne, le concert prend une dimension presque symbolique : certains groupes disparaissent, certains reviennent, mais leurs morceaux continuent de vivre dans les festivals.

Within Temptation : la grande messe du samedi soir
23h.
Et maintenant, place à l’un des grands rendez-vous de cette édition.
Within Temptation monte sur la Dave Mustage.
Après une journée passée entre Metalcore, Goregrind, Post-Rock, Power Metal, Black Metal et Industriel, le festival rassemble une nouvelle fois son public devant une tête d’affiche capable de toucher bien au-delà des frontières du Metal.
La scène s’illumine. La foule se resserre.
Et lorsque Sharon den Adel apparaît, l’ambiance change immédiatement.
Within Temptation joue avec cette dimension spectaculaire qui fonctionne particulièrement bien dans un festival : les mélodies prennent de l’ampleur, les lumières donnent une nouvelle profondeur aux morceaux et les refrains s’envolent au-dessus de Carhaix.
Autour de nous, les téléphones se lèvent. Les voix se mêlent à celle de Sharon.
Les visages sont éclairés par la scène.
Et pendant quelques instants, la fatigue accumulée depuis trois jours semble disparaître.
C’est le grand moment collectif du samedi.

Samedi soir, Carhaix ne dort pas
Quand Within Temptation termine son set, la journée pourrait logiquement toucher à sa fin.
Mais évidemment, au Motocultor, personne ne croit vraiment à cette idée.
Certains vont chercher à manger. D’autres retournent vers les bars.
Quelques-uns filent déjà vers une autre scène, parce qu’un groupe joue encore.
Et pendant que la nuit bretonne enveloppe Carhaix, les conversations reprennent.
« T’as vu Ashen ? »
« Rectal Smegma, c’était complètement fou ! »
« Múr, quelle ambiance… »
« Et Within Temptation ? Énorme ! »
C’est ça, un samedi au Motocultor.
Une journée où l’on passe du brutal au mélodique, du grotesque au majestueux, de l’intime au spectaculaire.
Ashen nous a réveillés.
Rectal Smegma nous a rappelé que le mauvais goût peut être une forme d’art.
Hollow Jan nous a offert une respiration.
Orden Ogan a fait chanter la foule.
Múr nous a plongés dans la nuit.
Eisbrecher nous a fait marcher au pas.
Nevermore nous a ramenés vers une époque mythique.
Et Within Temptation a fermé cette partie de la soirée en grand.
Troisième jour terminé.
Les pieds sont en feu.
Les oreilles commencent sérieusement à demander grâce.
Mais demain, il reste encore une journée.
Et au fond, tout le monde le sait déjà : On dormira quand le Motocultor sera terminé.

Dimanche 16 Août : dernière salve avant le silence.

Dernier réveil à Carhaix.
Cette fois, le café a un goût différent. Les jambes sont lourdes, les oreilles ont accumulé quatre jours de décibels et le bracelet commence déjà à prendre cette petite valeur sentimentale que l’on n’imaginait pas lui donner en arrivant.
Mais hors de question de ralentir.
C’est dimanche. C’est le dernier jour du Motocultor.
Et pour cette ultime journée, le festival nous réserve encore quelques belles décharges d’énergie avec Cryptopsy, Kim Dracula, Airbourne et Shaârghot.
Une dernière journée qui va passer de l’extrême au complètement déjanté, du grand Rock’n’roll au Metal Industriel. Une dernière journée où l’on sait pertinemment que l’on devrait économiser ses forces… mais où l’on va évidemment faire exactement l’inverse.

Cryptopsy : la violence en guise de petit-déjeuner
Le dimanche commence sans aucune délicatesse avec Cryptopsy.
Le groupe canadien ne semble pas avoir reçu le mémo indiquant que les festivaliers sont fatigués.
Et c’est probablement mieux ainsi.
Le Death Metal déboule avec une précision chirurgicale. Les riffs s’enchaînent à une vitesse qui donne presque le vertige, la batterie semble fonctionner sur une autre planète et le chant vient achever de mettre tout le monde d’accord.
Devant la scène, les survivants du week-end se rassemblent.
Certains ont encore suffisamment d’énergie pour se jeter dans le pit.
D’autres préfèrent rester un peu en retrait, avec cette expression qui signifie clairement : « Je ne sais pas comment ils font ». Mais tous prennent la même claque.
Après trois jours de festival, Cryptopsy rappelle une règle fondamentale : la fatigue n’a aucune valeur face à un bon gros Blast Beat.

Kim Dracula : l’O.V.N.I. est dans la place
Puis arrive Kim Dracula.
Et là, autant prévenir : on change complètement de dimension.
Difficile de mettre l’artiste australien dans une seule case. Metal, Pop, Electro, influences industrielles, extravagance visuelle et attitude complètement décomplexée : Kim Dracula mélange les genres avec une liberté qui colle parfaitement à l’esprit du Motocultor. Sur scène, tout peut arriver. L’énergie est imprévisible.
Le public ne sait jamais vraiment quelle direction va prendre le morceau suivant.
Et c’est précisément ce qui rend le moment aussi intéressant.
Dans un festival où l’on peut passer du Death Metal au Hard Rock puis au Metal Industriel, Kim Dracula arrive presque comme une évidence. Un véritable O.V.N.I. musical au milieu du dimanche.
Certains adhèrent immédiatement, d’autres restent un peu perplexes, mais personne ne semble réellement indifférent.
Et finalement, c’est peut-être ça aussi, l’esprit Motocultor : laisser une place aux artistes qui viennent bousculer les habitudes.

Airbourne : le grand coup de marteau
Puis la journée prend une nouvelle dimension avec Airbourne.
Et là, plus question de réfléchir.
Le groupe Australien arrive avec une mission simple : faire du rock’n’roll et mettre le feu à Carhaix.
Pas besoin de chercher compliqué. Des guitares. Des amplis. Une batterie qui cogne.
Une énergie complètement démesurée.
Et surtout, cette sensation que la scène est beaucoup trop petite pour contenir toute l’énergie du groupe.
Joel O’Keeffe est partout. Il arpente la scène, harangue la foule et semble fonctionner avec une réserve d’énergie totalement indépendante des lois de la physique.
Le public répond immédiatement. Les bras se lèvent. Les voix s’unissent. Les derniers grands pogos apparaissent.
Et ceux qui pensaient avoir laissé leurs dernières réserves d’énergie devant les concerts précédents découvrent soudain qu’il en restait encore un peu.
Airbourne, c’est le genre de concert qui rappelle pourquoi le rock’n’roll fonctionne aussi bien en festival.
C’est direct, physique, fédérateur et terriblement efficace.
À ce moment-là, le dimanche ressemble encore à une fête. On danse. On chante. On profite.
On sait que la fin approche, alors on essaie de graver chaque instant.

Shaârghot : dernière décharge industrielle
Et lorsque Shaârghot arrive à son tour, le festival change une dernière fois de visage.
Après le grand spectacle rock ‘n’ roll d’Airbourne, place à une ambiance beaucoup plus sombre, industrielle et électronique.
Les machines prennent le relais. Les basses résonnent. Les lumières plongent le site dans une atmosphère plus obscure.
Et pourtant, l’énergie reste incroyablement festive.
Shaârghot possède cette capacité à transformer son univers industriel en véritable défouloir. Le public danse, saute, crie et se laisse porter par les rythmes électroniques et les riffs Metal.
C’est une drôle de manière de terminer un week-end. Mais finalement, c’est parfaitement logique.
Parce qu’après quatre jours de festival, on n’a plus vraiment envie d’un simple concert.
On veut une dernière fête.
Et Shaârghot l’offre sur un plateau.
Le dernier verre, le dernier regard
Puis vient progressivement ce moment que personne n’aime vraiment.
Les concerts se terminent. Les lumières diminuent.
Les allées commencent doucement à se vider.
Et soudain, on réalise que cette fois, c’est vraiment fini.
Quatre jours auparavant, on arrivait à Carhaix avec un sac, un programme et l’envie de voir quelques groupes.
Quatre jours plus tard, on repart avec les oreilles qui sifflent, les jambes en compote, une voix qui a sérieusement perdu quelques octaves et une multitude de souvenirs.
Cryptopsy aura offert la brutalité.
Kim Dracula, la folie et l’imprévisible.
Airbourne, le grand rock’n’roll fédérateur.
Shaârghot, la dernière décharge industrielle.
Mais le véritable fil rouge de ces quatre jours, ce n’était pas seulement la musique. C’était l’ambiance.
Les rencontres dans les files d’attente. Les discussions avec des inconnus devenus copains le temps d’un concert. Les bières partagées. Les repas pris sur le pouce. Les vêtements couverts de poussière.
Les courses entre deux scènes.
Les moments où l’on se retrouve au milieu de milliers de personnes et où, pourtant, on a l’impression d’être exactement à sa place.
À l’année prochaine, Motocultor
Et puis arrive le moment de quitter Carhaix.
On regarde une dernière fois les scènes.
On range ses affaires.
On retire son bracelet.
On jette un dernier regard derrière soi.
Et cette petite boule au ventre apparaît.
Parce qu’un festival, ce n’est pas seulement une succession de concerts.
C’est une parenthèse. Une vie parallèle pendant quelques jours.
Un endroit où l’on oublie le quotidien, où l’on retrouve des amis, où l’on fait de nouvelles rencontres et où l’on peut passer d’un groupe de Death Metal à une immense machine de Rock ‘n’ roll, puis à un show Industriel, sans jamais trouver cela étrange.
Quelques heures plus tard, Carhaix sera redevenu beaucoup plus calme.
Mais dans les têtes, le Motocultor continuera encore un moment.
On repensera à un concert.
Puis à un autre.
On remettra une chanson.
Puis une deuxième.
On montrera une photo en disant :
« Putain, c’était quand même quelque chose… »
Et on recommencera à attendre.
Parce qu’un festival comme le Motocultor ne se termine jamais vraiment lorsqu’on quitte le site.
Il reste dans les oreilles. Dans les souvenirs.
Dans les histoires racontées autour d’une bière.
Et surtout dans cette envie irrépressible de revenir.
Merci Motocultor.
Merci Carhaix.
Et rendez-vous l’année prochaine.
Parce que quatre jours, finalement… c’était beaucoup trop court.

 

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