Les Bâtards du Roi + Galibot + Decima (Lyon, Rock ‘n’ Eat, 23 février 2026)

par Metalfreak | Mar 11, 2026 | Live Reports | 0 commentaire

Photos : Fast Freddy // Report : Quantum

Retour au Rock 'n' Eat pour moi, salle Lyonnaise qui a depuis longtemps maintenant, pignon sur rue !

Profitant en effet de ma présence deux jours auparavant en résidence studio à Monistrol-sur-Loire, en Haute-Loire, à environ une heure et demi de Lyon, je ne pouvais pas rater l'occasion offerte de voir les trois groupes présents sur l'affiche, corrélée par le fait d'être donc dans les parages. Le Rock 'n' Eat, c'est un fait, est une salle qui pèse dans le jeu du metal extrême Lyonnais depuis un moment. Salle où, à titre personnel, j'adore me rendre occasionnellement, quand mon emploi du temps me le permet. Pour y avoir joué là-bas, je reçois généralement un très bon accueil et cela fait du bien de se sentir à l'aise dans une salle où l'on va voir un concert. Salle qui n'en est pas qu'une par ailleurs, puisque, pour ceux qui ne connaissent pas, vous avez une partie bar et repas très sympathique, toujours au top concernant les personnes derrière le comptoir, et vous avez dans une autre salle jouxtant celle où se déroulent les concerts, un coin merchandising aménagé du meilleur effet ! Bref, vous l'aurez deviné : c'est une salle que j'adore. Longs sont les regrets pour moi de ne pas pouvoir venir plus souvent, tandis que Grenoble n'est qu'à une bonne heure de Lyon, mais avec un emploi du temps comme le mien, il faudrait que les journées durent plus de vingt-quatre heures… Comme à mon habitude, je déboule en avance, à dix-neuf heures, croyant que l'ouverture des portes se ferait une heure avant le début du concert qui est affiché pour vingt heures ! Voyant porte close, je me demandais bien ce que j'allais pouvoir faire pour tuer le temps. C'était sans compter sur le staff de la salle qui, profitant d'une pause à l'extérieur, m'ont tout simplement invité à rentrer ! Franchement, je ne m'y attendais pas, et me sentant un peu penaud de bénéficier de cette offrande, et voyant que j'assistais aux balances, je me suis fait tout petit en buvant ma bière, n'osant pas interférer dans les balances ni n'osant me présenter aux groupes. Il faut dire que, à la base, je ne m'étais pas imaginé faire le report du concert ce soir. Etant perclus de fatigue après deux jours de résidence, et sachant que mon acolyte Fast Freddy venait pour les photographies, j'étais parti pour ne rien faire sauf profiter et bavarder avec les quelques personnes qui venaient et dont la joie m'envahissait à l'idée de les revoir. Et puis, finalement, les trois groupes ont fini non seulement par me tirer de ma torpeur digne d'une après-compétition de sport (mes années rugby et handball, bonjour !), mais aussi par m'inspirer quelques mots ! Enfin… "quelques" à la Quantum quoi. Un roman.

L'affiche est rare dans le coin car hormis la première partie bien Lyonnaise, les deux groupes qui se partagent la tête d'affiche ce soir et qui sont en tournée depuis cinq jours, nous font l'honneur de venir pour la première fois dans notre région ! Je veux parler de Galibot, les Bâtards du Roi et les locaux de l'étape, Decima. Et j'ai envie de dire : surtout ! Parce qu'avec Decima, j'ai un rapport particulier car ces derniers ont longtemps bénéficié d'un coup de main dans leur booking par mon amie et membre de Soil Chronicles, Cassie di Carmilla ! C'est donc un groupe dont j'entendais parler depuis un moment déjà, sans jamais véritablement franchir le cap de les écouter ! Ce soir, je répare donc si l'on veut, une sorte d'affront. Une pierre trois coups ! Pour ce qui est de Galibot et des Bâtards du Roi, c'est plus simple et plus récent. J'ai été amené à faire la sortie de leurs derniers albums respectifs en chronique, via le partenariat dont je suis l'heureux détenteur avec Solstice Promotion et le label Les Acteurs de l'Ombre Productions. J'avais été plutôt content de mes écoutes, avec un ou deux petites réserves mais cela nous rappelle qu'un album n'est pas parfait, et que la marge de progression demeure présente. On ne se repose pas sur ses lauriers comme cela ! Petit rappel biographique. Galibot est un groupe qui nous vient du Nord de la France, d'une commune nommée Wallers-Arenberg et qui est un ancien bassin minier, univers dont Galibot a fait de son concept musical le maitre. Fort d'un album réédité cette année après avoir signé sur le label nommé plus haut et bien connu désormais, nos jeunes nordistes font donc leur première tournée en France avec leurs camarades des Bâtards du Roi qui, quant à eux, viennent d'Orléans et en sont à deux albums, le premier étant sorti sur le label l'Ordalie Noire, le second donc chez les Acteurs de l'Ombre Productions. Pour l'anecdote : j'avais vu le tout premier concert des Bâtards du Roi à Orléans en 2024, en ouverture de Hell Gate et Pénitence Onirique (du même label). L'enjeu de ce soir est donc de voir s'il y a eu une progression en deux ans, ce dont je ne doute pas. Nous avons donc ce soir deux groupes en nette progression, avec peut-être une vitesse un peu trop rapide qui m'effraie toujours un peu, de peur que ces derniers perdent la tête froide et viennent à s'écrouler sur eux-mêmes après. J'avais eu cette pensée pour Houle, qui pour le moment continue de me faire mentir, mais sait-on jamais. C'est que je commence à accumuler quelques années de scène metal en tant que musicien et chroniqueur, la bouteille devient vieille…

Voici donc sur scène Decima et leurs accoutrements bizarres. Les instrumentistes sont vêtus de noir avec des masques flippants, qui ont des airs étranges de Jack Skellington mais quand il n'est pas content. C'est en tout cas ce que cela m'inspire ! On a les références que l'on mérite. Et le chanteur, quant à lui, se voit porter une tenue blanche et un tablier en cuir marron qui fait penser à des personnages de films d'horreurs qui commettent des boucheries, dans le genre bien gore. Un tablier en cuir qui peut provenir de plusieurs métiers différents ceci dit, donc difficile en l'état de savoir de quoi il s'agit. En tout cas, cela a le mérite de voir Decima proposer un visuel certes, comme beaucoup de groupes de black metal actuels, mais qui est intéressant et à ma connaissance, jamais vu encore sur scène !

Rapidement en tout cas, on sent que l'on va avoir à faire avec un black metal sombre et torturé. Une musique qui résonne beaucoup sur les âmes et qui cloue littéralement le public en fosse qui, pour la majorité, reste pantois devant la prestation de Decima. La musique n'est clairement pas là pour nous enjailler, mais plutôt pour plomber le moral de nous autres, misérables amateurs de ce genre de black metal qui prend aux tripes. Les musiciens joueront un jeu très porté sur une certaine énergie, en se montrant mobiles et en rythme selon les riffs, et un chanteur particulièrement dans son rôle, dans une sorte de torpeur étrange, mélange subtil d'une dépression sourde et d'une certaine noirceur. Ce dernier adopte un calme étrange sur scène, déambulant, cherchant le contact avec ses musiciens, dans une sorte de transe qui, personnellement, me captive totalement. Je suis très sensible aux jeux de scène des chanteurs et chanteuses, et Decima démontre que ce dernier est primordial pour faire passer leur message.

Musicalement, on note que ce black metal est assez classique de ce qui se fait de nos jours, avec tantôt des passages en clean, mélodiques et dramatiques, tantôt des passages agressifs et violents, en blast beat, dans une forme d'explosion sentimentale terrible. Cela reste assez convenu dans le paysage de plus en plus vaste du black metal français dans lequel il est devenu très difficile de se faire une place, j'en sais quelque chose. Mais étonnamment, au plus le concert avance, au plus je ne peux m'empêcher de me dire qu'un projet comme Decima me plonge toujours en plein paradoxe. Je me dis qu'ils mériteraient largement plus de reconnaissance et pourquoi pas une signature digne de ce nom sur un gros label (suivez mon regard), mais je me dis aussi que cela ferait perdre une forme d'authenticité à un projet comme Decima qui semble en osmose totale tant le concept leur parle et tant leur univers est établi, et ne devrait souffrir d'aucune contestation ni concertation pour siérer à un label.

Le jeu de lumière rendra une forme de grâce à Decima qui maitrise vraiment son jeu, se montre efficace et hypnotise et m'achève de penser que ce black metal là, émotionnel et authentique, devrait être largement plus valorisé. Finalement, une prestation très "pro" qui fera l'effet d'une fantastique découverte. Une très très belle surprise !

Alors, question : qui jouera en deuxième entre Les Bâtards du Roi et Galibot ? Eh bien, il est temps pour moi de révéler qu'il s'agit des enfants illégitimes de sa majesté Décapitée ! Enfin, on ne sait pas de quel roi il s'agit, mais comme le disait un professeur de fac que j'avais adoré : "vous étudierez cela à tête reposée, comme ce bon Louis XVI…" Bref ! L'enjeu leur semblait énorme quand j'avais évoqué leur premier concert à Orléans, notamment après m'avoir rappelé que ce n'était plus le même line up et que de l'eau avait coulé sous les ponts. Bon, ce ne sont pas non plus des vieux de la vieille mais force est de constater que le parcours est exponentiel.

Petite surprise : il n'y a pas de bassiste ! Cette dernière est samplée sur un système son que je connais très bien puisqu'avec mon groupe principal, on a le même. Donc, pas de bassiste, il s'agit d'un trio composé du batteur Daemonicus et des deux guitaristes Regicide et Æni qui officie également au chant. Les costumes demeurent à peu de choses près les mêmes, du moins dans mes souvenirs lointains, hormis les visages recouverts non pas des cagoules noires de l'époque, quoique les cagoules sont toujours là, cachées derrière des sacs en toile de jute percés pour montrer les yeux et la bouche. Mention spéciale à celui du chanteur qui est carrément flippant et évoque un mélange entre Leatherface et un consanguin de premier degré. J'apprécie beaucoup la symbolique des visages masqués qui selon moi, rappelle que les Bâtards du Roi étaient surement des enfants illégitimes et vivaient cachés, sans réelle existence.

En tout cas, franchement, j'ai été littéralement scotché, soufflé ! La prestation du groupe orléanais est incroyablement carré, pro et doté d'un son bluffant. J'ai rarement entendu un son aussi beau au Rock 'n' Eat ! On sent que le groupe joue au clique, avec des ears et toute une programmation à la seconde près qui rend leur show réglé au millimètre près. C'est fluide, cela coule tout seul et vraiment on sent que Les Bâtards du Roi ont sacrément bossé leurs concerts ! Dire qu'il y a un grand écart entre leur premier concert à Orléans et ce soir est un euphémisme. Leur black metal, je l'avais adoré en chronique, notamment leur dernier album "Les chemins de l'exil", et je retrouve exactement la même énergie, la même intensité en écoute que sur scène. D'ailleurs, le groupe a tout simplement retourné la fosse et on sent que la majorité du public présent est très acquis à leur cause.

Ce black metal teinté d'ambiances médiévales et d'une dimension grandiloquente, qui bastonne quand-même pas mal, je l'ai trouvé dingue. Et vraiment, il y a une énergie remarquable de leur part qui fait que je me suis moi-même prêté au jeu du headbang alors que je suis censé rester de marbre ! Ce que je trouve encore plus fou, c'est que Les Bâtards du Roi n'ont même pas eu besoin de harranguer la foule pour qu'elle massacre la fosse. C'est signe en général que la musique fonctionne follement ! Voilà !

Vous l'aurez compris, j'ai été époustouflé par la prestation de nos enfants illégitimes du soir ! Eux ne sortent pas d'une pouponnière, mais forment un escadron de l'enférique royauté, et je dois admettre que de tous les groupes estampillés Les Acteurs de l'Ombre Productions, c'est celui qui m'aura offert ma plus grosse impression en concert depuis… Pénitence Onirique à Orléans ! C'est vous dire. Je suis prêt à parier d'une présence au Hellfest l'an prochain ou dans deux ans. A ce rythme, le pari sera vite gagné. Incroyable prestation !

Galibot se présente à nous pour clôturer cette belle soirée black metal qui a déferlé sur Lyon. Et d'emblée, je me dis qu'après la claque phénoménale que je viens de me prendre, passer après va être un exercice périlleux. Petit détail révélateur d'organiser un concert à Lyon un lundi soir : un bon gros tiers de la salle est parti. Probablement le tiers qui attendait de voir Les Bâtards du Roi. C'est donc devant un auditoire légèrement - et injustement - clairsemé que nos ami(e)s Nordistes se présentent à nous. Pour une première tournée, et devant la prestation des Orléanais précédemment, je ne peux m'empêcher de penser que selon les dates, Galibot a partagé la tête d'affiche et a joué en deuxième sur certaines dates. Supposition foireuse ? Pas tant que cela. Car autant vous le dire tout de suite et à mon corps défendant : Galibot est le groupe pour lequel j'ai le moins accroché ce soir.

En concert je précise, car en CD c'est autre chose ! J'en avais fait quelques louanges, hormis sur la rythmique chant et la pochette, j'avais en effet été assez dithyrambique. Mais au vu de la prestation ce soir, qui est à mettre sur le compte de la fatigue - cinq dates d'affilée, ce n'est pas rien tout de même - et éventuellement la "jeunesse" du groupe, je ne crois pas que Galibot méritait d'être tête d'affiche ce soir. A choisir, j'aurais misé sur Les Bâtards du Roi. Pourquoi ? D'abord parce qu'on sent la scénographie un peu (beaucoup) brouillonne. On sent que les musiciens n'ont pas tellement bossé une mise en scène, chacun joue et se déplace un peu comme il veut, sans se soucier du peu de place qu'offre la scène du Rock 'n' Eat pour se mouvoir, rendant la dynamique de scène un peu nébuleuse. Musicalement, le black metal de Galibot est vraiment très bon, j'adore leur concept sur le monde des mines et même si la prestation en elle-même est bancale, on sent que l'énergie et la ferveur ne sont pas volées et cela, j'en suis particulièrement sensible.

L'énergie et la folie dans le regard de Thomas Deffrasnes, le guitariste, choriste et compositeur de Galibot, me touche beaucoup et c'est lui que je vais majoritairement scruter ce soir, contrairement à quelques individus libidineux qui n'auront de cesse à côté de moi de commenter la plastique de Diffamie, comme s'il n'y avait que cela qui les intéressait ce soir… Ce comportement m'écœure au plus haut point et je finirai d'ailleurs par leur faire remarquer qu'ils peuvent "gentiment" (grosses, très grosses guillemets) la fermer.

Bien évidemment que les protagonistes de Galibot ont sorti les costumes de circonstances pour nous plonger davantage dans les profondeurs abyssales des mines de charbon, et en cela le concept est bel et bien représenté. Diffamie a un chant qui est très bon, un peu fatigué tout de même, une articulation qui est en revanche tout à fait remarquable, plus appréciable sur scène que sur album et j'ai vraiment aimé quand elle endosse un costume blanc avec une capuche (cela doit avoir un nom mais j'ignore lequel, si le groupe peut m'éclairer !) et une sorte de voile qui cache son visage, sorte d'entité fantomatique qui ondule sur scène.

Très bon passage, mon préféré ! Mais le problème avec Diffamie, c'est que je n'arrive vraiment pas à comprendre sa posture. Quand les autres musiciens sont plus en retrait, dans leurs bulles respectives, Thomas Deffrasnes lui étant comme je disais hyper transcendé, Diffamie adopte une posture étrange, indicible, avec ce roulement des épaules, cet espèce de mouvement lent en balancier, le regard qui se promène sur nous en mode "pas contente", le bas du visage sale et noirci sur des yeux… Maquillés et soignés, cela sent vraiment le jeu surjoué à mort et donc pas convaincant du tout pour moi. Même quand elle s'adresse à nous, mon voisin en fosse me dit "mais… Elle ne peut pas parler avec sa vraie voix ? On dirait une racaille !" Bon, moi je ne la compare pas à cela, mais je pense qu'elle pourrait effectivement bosser un peu plus sa manière de parler au public. Et cette posture limite lascive, un peu trop féminine, je verrais vraiment autre chose.

Pourquoi ne pas mutualiser ce costume fantomatique pour sortir une sorte d'entité ectoplasmique des profondeurs ? En revanche, les fois où elle s'agite plus, j'ai trouvé cela mieux, plus raccord avec les autres. Et j'ai vraiment aimé la communion avec Les Bâtards du Roi en fin de set car même si cela sortait du cadre très noir de la musique de Galibot, ils ont bien fêté cette dernière date sur scène ! Bref ! Pour moi, Galibot a encore pas mal de boulot pour arriver à combler les attentes que l'on poserait facilement sur eux. C'est une bonne formation mais qui a encore des progrès à faire. En tout cas j'y reviendrai avec plaisir !

Ainsi s'achève cette belle soirée black metal sur Lyon ! Une soirée vraiment très bonne, entouré de belles personnes que j'aime revoir quand je viens au Rock 'n' Eat ! Pour sûr que je reviendrai car même si Lyon est mort ce soir, la noirceur des trois groupes ce soir ont remis un peu de lumière dans la ville des Lumières ! Merci à vous.

Concerts:

26 septembre 2026

Grenoble - Einar Solberg - L'AMPERAGE

24 mai 2026

BARBERAZ - High Desert Queen - LE BRIN DE ZINC

25 avril 2026

Lyon - Hardline + Sevi - Rock n Eat

20 avril 2026

BARBERAZ - Suicidal Angels + Warsenal - LE BRIN DE ZINC

17 avril 2026

Lyon - Banquise + Jiro + Kozoria - Rock n Eat

17 avril 2026

Villeurbanne - Lord Of The Lost + League Of Distortion + Dogma - La Rayonne

15 avril 2026

Colmar - Iotunn + In Vain + Nephylim - LE GRILLEN

22 février 2026

BARBERAZ - Sunflowers - LE BRIN DE ZINC