Report + photos : Alain The Red
Jour 2 : samedi 22 août
Retour à la charge avec Faith In Agony, et autant dire que les Grenoblois ne sont pas venus au Furios Fest pour distribuer des sourires. Dès les premières secondes, le quatuor balance un rock alternatif sombre et tendu, quelque part entre les effluves grunge des 90’s et une approche nettement plus metal.
Au centre du dispositif, « Ma die » ne laisse pas beaucoup de place à la concurrence. La frontwoman possède cette capacité à happer immédiatement le regard, passant d’une attitude presque introspective à une décharge d’énergie qui vient électriser les premiers rangs. Pas besoin d’en rajouter : la gestuelle, le regard et la puissance vocale font le boulot. Derrière, Eva, Grey et Quentin verrouillent la machine. La basse cogne, les guitares installent cette tension permanente et la batterie vient achever le travail à coups de massue. Les morceaux de « Insight » prennent une dimension supplémentaire en live, avec ce mélange de lourdeur, de mélodies et d’ambiances pesantes qui constitue désormais l’une des marques de fabrique du groupe.
Mais Faith In Agony ne se contente pas d’aligner les morceaux : ça vit sur scène. Chaque musicien connaît sa place, les déplacements sont maîtrisés et l’ensemble possède une vraie cohésion visuelle. On sent que le groupe pense ses compositions pour le live et cherche constamment ce point de rupture où la tension finit par exploser. Une prestation compacte, habitée et suffisamment agressive pour rappeler que derrière leurs mélodies se cache une véritable volonté d’en découdre. Un début de deuxième jour qui se veut prometteur pour la suite
Set-list : Pandora/ Nasty Mary/ Red Pills/ Half A Man/ Bipolar/ Electric Waves II.

Changement de décor avec Hrothgar. Après le rock alternatif de Faith In Agony, les enfants d’Odin débarquent pour transformer le Furios Fest en champ de bataille. Ici, pas de quartier : les Montiliens sortent les drakkars, les haches et surtout une grosse artillerie death metal.
Dès les premières salves, Quentin Peyrouse prend le commandement. Le growl est massif, les guitares sont taillées dans le granit et derrière, la double pédale de Sébastien Couriol pilonne sans relâche. Avec Tristan Vatrain, Benoît Mourenas et Bertrand Paradis, le quintet forme un véritable bloc guerrier. Mais Hrothgar ne se contente pas de balancer ses riffs dans la tronche du public. Le groupe fait participer la fosse : refrains scandés à pleins poumons, headbangs collectif et ambiance de raid nordique. Les morceaux de Rise of Ragnarök comme les nouvelles compositions de Tales of Valhöll prennent une autre dimension sur scène.
Et lorsque le public est invité à ramer comme l’équipage d’un drakkar, on comprend immédiatement où le groupe veut nous emmener. Quelques instants plus tard, la fosse se transforme en véritable champ de bataille et les premiers rangs répondent présents. Le groupe joue peut-être du death metal mélodique, mais sur scène, c’est surtout une machine à fédérer. Pas de chichi, pas de pose inutile : du riff guerrier, du growl, de la double pédale et un public qui finit par se retrouver embarqué dans le même drakkar. Le Ragnarök peut attendre : pour l’instant, Hrothgar vient simplement de mettre le feu au Furios Fest.
Set-list : Ulfhednar/ Rise of Ragnarök/ Warriors of the sea/ Face to face/ Jörmungandr/ Dawn of Midgard.

Après le raid viking de Hrothgar, changement de terrain avec Voorhees. Direction les bas-fonds du death metal avec les Messins, et autant prévenir immédiatement : ici, pas question de faire dans la dentelle.
Dès les premières secondes, le quatuor balance son death metal old-school, gras, brutal et volontairement crasseux. Chris derrière le micro et la guitare mène l’assaut pendant que James, Mitch et Paul verrouillent la machine. Les guitares ronflent, la basse rampe dans les profondeurs et la batterie pilonne avec cette précision mécanique qui transforme rapidement la fosse en zone sinistrée. Pas de fioritures ni de poudre aux yeux : Voorhees joue la carte de l’efficacité et l’assume jusqu’au bout. Les riffs sentent bon les caves humides, les vieux films d’horreur et les années où le death metal ne cherchait pas encore à être propre comme une production de supermarché.
Le groupe vient défendre notamment 4, son quatrième album sorti en 2025, tout en restant fidèle à cette recette qui constitue son ADN depuis 2017 : du death metal direct, violent et profondément attaché à la vieille école. Dans le pit, ça commence évidemment à sérieusement remuer. Pas besoin de longs discours : un riff, une caisse claire et un growl bien placé suffisent à rappeler pourquoi le death metal a été inventé pour être joué fort et sans compromis. Avec Voorhees, pas de voyage mystique ni de grande démonstration technique : on creuse, on cogne et on retourne aux fondamentaux. Une prestation brutale et compacte qui vient remettre quelques pendules à l’heure au Furios Fest.
Du death metal comme à l’ancienne : sale, lourd et méchamment efficace.
Set-list : Slashed from guts, (intro)/ Voorhees 4/ The lucky ones die first/ Metal & flesh/ God ends here/ Scream again/ Pazuzu/ Be(e) my victim.

Après les assauts death et les ambiances plus extrêmes de la journée, 7 WEEKS débarque avec une autre arme : le gros rock qui tache. Pas besoin d’être cinq sur scène pour faire trembler les murs : le trio limougeaud prouve rapidement qu’avec une guitare, une basse et une batterie, il y a largement de quoi envoyer une véritable décharge électrique.
Dès les premiers riffs, le ton est donné. Gros son, guitares épaisses et rythmique qui cogne : 7 WEEKS ne cherche pas à réinventer la poudre, mais à la faire exploser au visage. Le groupe navigue entre heavy rock, stoner et grunge avec cette petite touche seventies qui donne aux compositions un parfum de vieux bourbon et de cambouis.
Sur scène, le trio fonctionne comme une véritable mécanique. Pas de fioritures, pas de playback, pas de décor XXL : uniquement trois musiciens qui envoient la purée. La guitare crache ses riffs, la basse pousse derrière et la batterie verrouille l’ensemble avec une efficacité redoutable. Les titres comme « Gorgo », « Blackhole Your Heart » ou « Wax Doll » prennent évidemment une autre dimension lorsqu’ils sont balancés à pleine puissance devant un public de festival. Le groupe possède surtout ce sens du groove qui fait rapidement bouger les têtes et transforme le moindre riff en invitation au headbang. Ces morceaux figurent notamment parmi ceux régulièrement joués dans leurs sets récents. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une vraie maîtrise du live. 7 WEEKS sait faire parler les amplis, jouer sur les variations de dynamique et laisser respirer les morceaux avant de remettre une couche. Pas besoin de courir dans tous les sens : ici, c’est le son qui fait le spectacle.
Et avec « Insomniac », « Four Again » ou l’inévitable « 667-Off », le trio termine de convaincre les amateurs de gros riffs. Le public répond présent et les Limougeauds démontrent une nouvelle fois pourquoi leur réputation scénique n’est plus à faire. 7 WEEKS, c’est du rock sans filtre : gras, puissant, mélodique quand il le faut et surtout terriblement efficace. Trois types sur scène, mais suffisamment de watts pour donner l’impression qu’une armée vient de débarquer. Pas besoin d’artillerie lourde quand les amplis sont déjà chargés.
Set-list : Going Back Home/ Up The Pressure/ Blackhole Your Heart/ Idols Shape Me/ Gorgo/ Wax Doll/ Insomniac/ Four Again/ 667 Off

Après le rouleau compresseur 7 WEEKS, il est temps de ressortir les gros calibres. Et avec ZUUL FX, autant dire que le Furios Fest ne va pas faire dans la dentelle. Le retour du combo emmené par Steeve « Zuul » Petit avait forcément une saveur particulière : après plusieurs années de silence et de remous, la bête ressort enfin de sa tanière. Et visiblement, elle a les crocs.
Dès les premières secondes, le metal industriel de ZUUL FX vient nous sauter à la gorge. Guitares massives, rythmiques mécaniques, groove implacable et cette agressivité qui a toujours constitué l’ADN du groupe : la machine est lancée et il devient rapidement évident que le retour sur scène n’a rien d’une promenade de santé.
Planté derrière son micro, Steeve Petit n’a surtout rien perdu de son tempérament. Le frontman arpente la scène, harangue la foule et balance ses injonctions avec cette voix reconnaissable entre mille. Pas besoin de gesticulations artificielles : le bonhomme possède cette présence scénique des vieux briscards qui savent exactement comment tenir un public par les tripes.
Dans la fosse, forcément, ça commence à sérieusement s’agiter. Les nuques prennent cher, les bras se lèvent et les premiers rangs encaissent les riffs comme une pluie de parpaings. Le groupe ne cherche pas à séduire : il attaque. Chaque break semble calculé pour faire repartir la machine encore plus violemment, tandis que les guitares viennent découper l’espace avec une précision chirurgicale.
Mais ce retour ne se contente pas de jouer la carte de la nostalgie. ZUUL FX regarde droit devant, avec cette volonté de remettre sa musique en mouvement et de poursuivre l’aventure là où elle avait été interrompue. Le mélange de metal industriel, de thrash et de groove conserve cette efficacité immédiate, tout en laissant entrevoir une formation qui n’a manifestement pas envie de rester prisonnière de son passé. Et puis il y a cette sensation particulière de retrouver un groupe que l’on croyait rangé au rayon des souvenirs. Sauf qu’ici, les souvenirs prennent des décibels dans la tronche. Pas question pour ZUUL FX de revenir en mode pépère : le groupe remet la chaudière sous pression et rappelle au passage pourquoi son nom a marqué une partie de la scène metal française.
Steeve Petit le sait, le public aussi : ce retour est une affaire de tripes, de sueur et de watts.
Au Furios Fest, ZUUL FX ne fait pas son retour sur scène, il revient régler quelques comptes avec le silence. Et vu l’état de la fosse après le passage de la bête, on peut considérer que la mission est plutôt bien engagée. ZUUL FX est de retour. Et manifestement, la machine n’avait pas oublié comment mordre.
Set-list : Here is pure hatred/ Punisher/ Beat the crap out/ Bipolar confusion/ The torture never stop/ Nothing is real/ Behind the light/ I never forget/ I hate you.

SUN ne cherche surtout pas à choisir entre douceur et violence : elle balance les deux en pleine tronche. Le concept de « Brutal Pop » prend ici tout son sens, avec cette capacité à faire cohabiter une écriture pop immédiatement accrocheuse et une débauche d’énergie beaucoup plus brutale.
Derrière cette apparente contradiction, la formule est redoutablement efficace. Des mélodies qui restent en tête, des guitares qui cognent et une interprétation qui passe sans prévenir de la fragilité à l’explosion. SUN joue constamment sur cette tension entre lumière et obscurité, sensualité et agressivité. Un réel plaisir à shooter aussi quand elle joue avec le ventilo et ses cheveux.
Le pit du Furios devient rapidement son terrain de jeu : attitude affirmée, présence scénique électrique et énergie communicative, le tout porté par une voix capable de passer de la mélodie à l’attaque sans perdre en puissance. Pas question de rester enfermée dans les codes de la pop : Sun les éventre à coups de riffs et de décibels. Le résultat est suffisamment accessible pour accrocher immédiatement, mais suffisamment mordant pour ne pas laisser les metalleux sur le bord de la route ainsi que sa fan base présente.
Au Furios Fest, cette Brutal Pop apporte donc une couleur différente au milieu d’une programmation largement orientée métal. Une prestation moderne, provocante et surtout pleine de personnalité. SUN ne choisit pas entre la pop et le metal. Elle prend la première, lui colle une bonne dose de violence et l’envoie valser contre les amplis.

Greenleaf c’est du stoner rock / doom rock suédois, né à Borlänge en 1999. Le groupe s’est construit autour de riffs lourds, d’un groove très seventies et d’une approche plus mélodique que beaucoup de formations stoner. Leur musique puise aussi bien dans le hard rock 70’s que dans le heavy psychédélique et le doom. Je les découvre ce soir en live et je reconnais que c’est de l’artillerie lourde aussi. C’est typiquement le genre de groupe où le poids vient davantage du groove et du son que de la brutalité pure. Et après une journée Furios Fest déjà bien chargée en metal extrême, Greenleaf apporte une respiration bienvenue… sans pour autant laisser les cervicales tranquilles. Une bonne surprise et encore une claque dans la gueule.
Set-list : Sweet is the sound/ Breathe, breathe out/ Alishan Mountain/ Let it out/ Howl/ Good ol’ goat/ Different horses/ Eyes wide open/ Trails and passes.

La nuit tombe progressivement sur le Furios Fest lorsque les créatures de Lordi prennent possession de la scène. Après les riffs enfumés de Greenleaf, place au grand spectacle. Et chez les Finlandais, le mot n’est pas galvaudé. Dès l’apparition de Mr. Lordi, le public comprend qu’il ne va pas assister à un simple concert de heavy métal. Monstres géants, maquillages délirants, armures cauchemardesques et mise en scène digne d’un film d’horreur de série B : le groupe transforme instantanément Saint-Flour en parc d’attractions pour amateurs de décibels.
Mais l’erreur serait de ne voir dans Lordi qu’un simple gimmick visuel. Car derrière les costumes se cache une machine redoutablement efficace. Les Finlandais enchaînent les hymnes avec une aisance déconcertante. Les refrains tombent comme des évidences et le public répond présent à chaque sollicitation.
« Would You Love a Monsterman? », « Who’s Your Daddy? », « Blood Red Sandman » ou l’inévitable « Hard Rock Hallelujah » déclenchent instantanément une marée de bras levés et de voix hurlées à l’unisson. Les premiers rangs chantent chaque parole pendant que les plus jeunes découvrent pourquoi Lordi est devenu au fil des ans un incontournable des scènes européennes.
Sur les planches, Mr. Lordi joue son rôle à la perfection. Mi-frontman, mi-maître de cérémonie, il guide son public à travers cet univers grotesque et jubilatoire avec un sens du spectacle qui force le respect. Chaque morceau devient un nouveau chapitre de ce film d’horreur métallique grandeur nature.
Et lorsque les dernières notes résonnent dans la nuit cantalienne, une évidence s’impose : Lordi reste l’un des groupes les plus divertissants du circuit metal. Certains groupes misent tout sur la technique, d’autres sur la brutalité. Lordi, lui, mise sur le plaisir. Un plaisir communicatif, assumé et terriblement efficace qui transforme chaque concert en immense célébration du heavy metal et du cinéma fantastique.
Au Furios Fest, les monstres ont encore gagné. Et visiblement, personne n’avait envie de les voir repartir. Un show spectaculaire, fun, fédérateur et calibré pour clôturer une soirée de festival en beauté.
Set-list : Intro+ Bringing back the balls/ Deadite girls gone wild/ Kids who wanna play with the dead/ They only come out at night/ Snows in hell/ Chainsaww buffet/ Beast loose in paradise/ Mr killjoy/ Good to be bad/ Speak of the loving dead/ Who’s tour daddy/ Supermonstars/ Devil is a loser/ Would you love a monsterman/ Hard rock hallelujah.

Après cette deuxième journée haute en couleur, on va aller se reposer en vue du troisième jour de cette édition au format XXL








