Photos + Report : Alain The Red
Direction Marseille, au Jas'Rod pour assister à la première édition du Fracture Fest organisé par Victory Vision Agency. Deux longues heures de route, avalées dans la nuit, mais l’excitation est là.

Mindlag Project ouvre les hostilités. Un vrai plaisir de les retrouver après avoir chroniqué leur dernier méfait aux côtés de ce psychopathe de Jon de Grimpcelat.
La salle aurait pu accueillir davantage d’âmes perdues, mais peu importe. Ce soir, la qualité prime sur le nombre. Les metalheads présents savent pourquoi ils sont là.
Le début du set accuse un léger retard, juste le temps de faire monter la tension. Puis Mindlag Project frappe, sans sommation. Le groupe déverse une matière lourde, tranchante, sans concession. Les accalmies apparentes ne sont que des pièges, rapidement brisées par les vocaux furieux et habités de Fab, qui lacèrent l’espace.

Rien de linéaire ici. Chaque morceau est un coup de lame, précis, chirurgical, porté là où ça fait mal. Le groupe déroule un panorama solide de sa discographie, maintenant une pression constante sur la salle. Une claque sèche et violente pour ouvrir la soirée, laissant présager que le pire ou le meilleur reste à venir.

Setlist : Exophronicon / Shrapnel / Cerbera / Cast a shadow / Jon de Grimpclat / Charisme égyptien / Du pain et des jeux / Orpheus / Doomsday.

La soirée continue avec Perseide, les Lyonnais qui ne laissent aucun répit et enchaînent avec un set survolté. C’est la deuxième fois que je les vois, et leur intensité sur scène est palpable. Leur répertoire, un mélange de metal moderne, punk rock et électro, frappe directement les sens, transformant la salle en un véritable corps vibrant et électrique.
Dès les premières notes, Julien Lanoisele impose son aura, alternant growls féroces et passages mélodiques hypnotiques, lacérant l’air et capturant chaque regard. Adrien Rossero, survolté, frappe avec ses riffs comme des coups de bistouri, tranchant entre violence brute et atmosphères planantes.

Guillaume Lafosse, à la basse et aux claviers, ajoute profondeur et densité : sa basse martèle les tripes, tandis que les nappes électroniques enveloppent la salle dans une ambiance presque dystopique. Derrière, Anthony Segarra martèle ses fûts avec précision et frénésie, donnant aux morceaux une pulsation nerveuse et implacable.
Que ce soit sur une grande scène en festival ou dans un lieu plus intimiste comme ce soir, la présence scénique du groupe écrase tout. Chaque riff, chaque beat, chaque souffle du public devient un élément de cette expérience brute et viscérale. La salle est en fusion, le public pogote, respire et se laisse emporter par la tension et l’énergie dégagées par Perseide.
Un plaisir intense et rare d’assister à leur concert, que je recommande vivement à tous ceux qui ont l’occasion de les voir. Double bravo à l’organisation, Victory Vision Agency (et le même Adrien survolté). Leur dernier EP ("P.I.E.C.E.S."), est un véritable concentré de violence et d’émotion, indispensable pour comprendre l’univers du groupe.

Setlist : Intro / I can’t stand / Plain flour / Sell yourself / Shadows / Remember / Falling down / Everything / Fade away / Set me free / Another chance for.

Bad Tripes surgit comme une déchirure dans la nuit. Changement d’atmosphère immédiat. Leur cabaret punk thrash oscille entre grotesque et tragédie, masqué par un burlesque trompeur. Sous le maquillage et l’ironie, les mots saignent : une poésie trash, crue et lucide, qui raconte les corps fatigués, les âmes cabossées et l’injustice qui ronge.

Au centre, Hikiko, écorchée vive, hurle plus qu’elle ne chante. Elle incarne la douleur, entourée de ses freaks comme d’un chœur difforme. Chaque phrase est un coup porté, chaque silence une menace. Dans la fosse, les premiers rangs répondent instinctivement : les corps s’entrechoquent, happés par les rythmiques incandescentes de Seth et June.
Quelques accrocs techniques tentent de fissurer l’instant, mais la tension ne retombe jamais. La machine vacille, se relève, et avance. Le chaos continue. Une énergie noire, organique et indomptée émane de ce collectif de déjantés marseillais, laissant derrière lui une scène marquée, presque souillée, à la fin de chaque set.

Setlist : Brule-moi si tu peux / Les yeux sans visage / Fuck me Freddy / Les rendez-vous de la bête / Schlass et paillettes / Gretel / La bouchère / La cadavéreuse / Valya / Elisabeth.

Th3ory explose sur scène, et dès les premières notes, la salle devient un corps unique, vibrant et suffocant. Le metal qu’ils crachent est une masse brute, la basse vibre dans la poitrine comme un marteau, les beats frappent avec une violence mécanique qui fait trembler le sol.
Le mélange de rap, cyberpunk et électro est une décharge électrique continue, traversant le public comme un souffle chaud et tranchant. Les corps se heurtent, se poussent, pogotent et tanguent sous cette énergie implacable. Chaque cri, chaque mot de Yann et Chris frappe avec précision, lacérant l’air et les esprits, tandis que le visuel, saturé et saturant, projette un monde sombre et dystopique sur chaque mur et chaque visage.

Les mains, les cheveux, les pieds frappant le sol, tout devient une extension du son. La chaleur humaine, la sueur et le mouvement collectif créent une pression presque tangible, une densité dans laquelle on se perd volontairement.
Le final est un chaos total : le groupe descend parmi le public, chaque riff devient un coup porté, chaque beat un battement dans les tripes. Quand la dernière note s’éteint, la salle reste secouée, haletante, marquée, comme si le monde avait été frappé par un ouragan sonore. Th3ory ne se contente pas de jouer : ils transforment chaque concert en expérience viscérale, physique et presque dangereuse, où l’on ressort à la fois épuisé et électrisé.

Setlist : Lockdown / Play harder / Prometheus / Freaks united / Deep anx / Neon’s dawn / Mirror check / Rottweiler / Expect us / Sound of a growl / Moshpit.

Heart Attack ferme le cercueil de cette soirée totalement démente. Dommage pour celles et ceux qui ne sont pas venus : ils ont raté l’exécution. Inutile de présenter le quatuor Cannois, vétéran des grosses scènes et des festivals majeurs. Ce soir, ils dégainent un set affûté comme une arme, prêt à briser les nuques et à laisser des traces.

Le son est massif, écrasant, chaque morceau frappe avec l’assurance de titres déjà éprouvés sur les planches prestigieuses de l’Opéra de Nice, autrefois accompagnés d’un décorum hors norme. Mais ici, pas de paillettes ni d’artifices : Heart Attack joue brut, frontal, avec une seule intention achever ce qu’il reste debout.

Kevin Geyer, habité et remonté à bloc, mène l’assaut en haranguant la foule, soutenu par son frère d’armes William Ribeiro, dont la basse lourde et les growls caverneux enfoncent le clou. À la guitare, Antoine Chapet cisèle des solos chirurgicaux, précis et tranchants, pendant que Christophe Icard, derrière les fûts, pilonne la salle à coups de blasts façon panzer, sans laisser le moindre répit.

Le set s’ouvre et se referme sur des morceaux issus de « Negative Sun », ponctué de trois titres de « Resilience » et de l’inévitable « Defeat the Veil », dont le clip a fait le tour du globe et soulevé des torrents d’encre. Le groupe avance, progresse, et atteint une consécration improbable en jouant sur la tour Eiffel, une réalité qui aurait semblé absurde quelques années plus tôt.
Le temps file à une vitesse irréelle. Le set s’achève trop vite, laissant un goût de manque, comme après une décharge trop brève mais trop intense. Une chose est sûre : cette première édition du Fracture Fest restera gravée dans les chairs et les mémoires. Cinq torgnoles en une soirée, ça laisse des marques.

Setlist : Wings of judgement / Burn my flesh / Defeat the veil / When the light dies down / Fight to overcome / Negative sun.









