Photos + Report : Alain The Red
Direction Crest pour cette sixième édition du Bridge To Hell Fest.
Après plusieurs heures de route à travers les paysages Drômois, la silhouette imposante de la célèbre tour de Crest apparaît enfin à l’horizon. Un repère aussi majestueux qu’incontournable qui veille sur un week-end placé sous le signe du metal sous toutes ses formes. Arrivés de bonne heure cela nous laisse le temps de faire les touristes et impossible d’ignorer la Tour de Crest. Du haut de ses 52 mètres, le plus haut donjon de France veille depuis près de neuf siècles sur la vallée de la Drôme. Véritable sentinelle de pierre, elle domine le festival comme un gardien silencieux observant les hordes de métalleux converger vers leur propre champ de bataille sonore. La vue est sublime du haut de la tour et la météo s’y prètait,
À peine les pass récupérés, direction l’Espace Soubeyran pour prendre la température. Les premiers festivaliers investissent déjà les lieux tandis que les bénévoles s’affairent aux derniers préparatifs. Du côté du métal market, les stands attirent rapidement les regards et les cartes bancaires commencent déjà à chauffer. Les discussions vont bon train autour d’une bière, les t-shirts noirs sont de sortie et les premiers accords résonnent au loin. Pas de doute, le Bridge To Hell est bel et bien lancé.
La proximité est un point fort du Bridge et que beaucoup de festivals ont perdue en grandissant. Les artistes croisent les festivaliers entre deux concerts, les bénévoles affichent un sourire communicatif et l’ambiance respire la passion à chaque coin du site. Une recette simple mais terriblement efficace qui fait tout le charme de l’événement.
Côté programmation, les organisateurs n’ont pas fait dans la demi-mesure. Entre têtes d’affiche internationales, valeurs sûres de la scène européenne et groupes français prêts à en découdre, le menu s’annonce particulièrement copieux. Les amateurs de gros riffs, de blasts dévastateurs et de refrains fédérateurs devraient largement y trouver leur compte.
Pour ouvrir cette soirée du Bridge To Hell, direction Lyon avec Face 2 Fake. Ici, pas question de perdre du temps en préliminaires : scratch, grosses guitares et groove ravageur viennent immédiatement réveiller l’Espace Soubeyran. Formé par des vieux briscards de la scène fusion des années 90 / 2000, le groupe connaît parfaitement la recette et compte bien la servir bien chaude.
Quelque part entre rap metal, fusion et électro, les Lyonnais revendiquent leurs influences Rage Against The Machine et (Hed)Pe, mais leur version 2026 affiche un visage nettement plus massif. Les riffs sont gras, la rythmique cogne sévère et le flow d’Adrien vient se poser par-dessus avec cette alternance de français et d’anglais qui donne au morceau une sacrée dynamique.
Une entrée en matière efficace et surtout bien énervée. Les Lyonnais viennent de poser les premières briques, mais vu la tournure des événements, le Bridge To Hell est déjà en train de prendre feu.
Setlist : Intro Electro / Lest’s party in the storm / Inspiring day / Born to fight / With Love / Sur un fil / Inside me / Stay with me / Somewhere else / My dream My rule / King size.
Changement radical d’ambiance avec Versatile. Les Genevois investissent la scène avec leur attirail de créatures sorties tout droit d’un cauchemar et, dès les premières secondes, le décor est planté. Ici, on ne vient pas simplement assister à un concert : on pénètre directement dans « L’Envers », cet univers sombre et décadent imaginé par le groupe, où black metal, industriel et atmosphères horrifiques se mélangent dans une véritable plongée en enfer.
Hatred Salander, grimé et totalement habité par son personnage, mène la charge avec un chant vindicatif qui tranche comme une lame. Derrière lui, Cinis et Famine déversent des riffs abrasifs et dissonants pendant que Morphée martèle ses fûts avec une précision chirurgicale. Le résultat est aussi brutal qu’immersif : une masse sonore compacte, froide et oppressante, régulièrement traversée par des touches industrielles qui donnent au tout une dimension presque cinématographique.
Mais c’est surtout sur scène que Versatile prend toute sa dimension. Les musiciens ne restent pas cantonnés derrière leurs instruments et chaque personnage semble avoir son propre rôle à jouer dans cette macabre représentation. Morphée apporte notamment cette touche complètement déjantée qui fait partie de l’identité du groupe, allant jusqu’à délaisser régulièrement sa batterie pour frapper sur un fût métallique et transformer le public en véritable percussionniste coll. La surprise avec le passage d’Étienne Bianchi chanteur charismatique de Shâarghot mets de l’huile sur le pit de la fosse.
Versatile ne cherche pas à simplement aligner les morceaux : le groupe construit une ambiance, impose son esthétique et entraîne progressivement les festivaliers dans son univers. Une prestation aussi malsaine que spectaculaire, qui prépare idéalement le terrain avant l’arrivée des maîtres du black metal Grec : Rotting Christ.
Setlist : Gehenne(intro) / Enfant zéro / La régente blême / Morphée / Alter ego / Mon coeur brûle / Leshara / Monstre / La cour des miracles / La marque du chaos.
Il est maintenant temps de passer aux choses sérieuses avec l’arrivée de Rotting Christ. Après la claque visuelle et sonore de Versatile , les Grecs investissent la scène du Bridge To Hell avec cette aura particulière qui accompagne les groupes devenus, au fil des décennies, de véritables institutions du metal extrême.
Dès les premières notes, l’atmosphère change radicalement. Les riffs sombres et majestueux remplissent l’Espace Soubeyran tandis que Sakis Tolis, concentré mais parfaitement maître de son sujet, prend possession de la scène. Pas besoin d’en faire des tonnes : quelques gestes, une présence magnétique et cette voix immédiatement reconnaissable suffisent à accrocher les regards.
Le set repose sur cette alchimie si particulière qui a fait la réputation de Rotting Christ : une base black metal, des orchestrations grandioses, des rythmiques tribales et ces chœurs quasi liturgiques qui donnent aux morceaux une dimension incantatoire. Les titres comme « Dies Irae », « Demonon Vrosis », « Kata Ton Daimona Eaytoy », « King of a Stellar War » ou l’incontournable « Non Serviam » prennent une toute autre ampleur en live. La setlist 2026 fait d’ailleurs largement la part belle à cette période où le groupe mélange brutalité et dimension épique.
Et dans la fosse, la réponse ne se fait pas attendre. Les têtes commencent à battre la mesure, les bras se lèvent et le public reprend certains passages à pleine voix. Rotting Christ n’est pas là pour multiplier les effets de manche : le groupe construit progressivement son atmosphère et laisse les riffs faire le boulot. Chaque morceau semble ouvrir une nouvelle porte vers quelque chose de plus sombre, plus massif, presque cérémoniel.
Sakis Tolis reste le point d’ancrage de cette procession. Avec cette façon bien à lui de diriger le public du regard et du geste, il transforme peu à peu la salle en une véritable assemblée de fidèles. Lorsque résonnent « Societas Satanas » puis « Grandis Spiritus Diavolos », la machine est définitivement lancée et l’ambiance devient franchement électrique.
Une prestation puissante, sombre et habitée, où Rotting Christ démontre une nouvelle fois que trente-neuf années d’existence n’ont rien émoussé de son pouvoir de nuisance. Crest vient de prendre sa dose de black metal hellénique et, vu l’état de la fosse, le passage des Grecs n’est clairement pas passé inaperçu.
Avec plus de vingt-cinq ans de carrière au compteur, Caliban connaît parfaitement les codes du metalcore et n’a plus rien à prouver. Derrière les guitares de Marc Görtz et Denis Schmidt, la machine rythmique déroule ses breakdowns avec une précision chirurgicale pendant qu’Andy Dörner, véritable bête de scène, occupe le devant des planches. Le vocaliste ne tient pas en place, harangue la fosse, hurle ses tripes et transforme rapidement le public en partenaire de jeu.
Et visiblement, les Crestois n’attendaient que ça. Les premiers rangs sautent, les bras se lèvent et les cervicales commencent sérieusement à prendre cher. Entre les titres récents de « Back From Hell » et les morceaux qui ont marqué leur longue carrière, Caliban balance un set compact et sans temps mort. « Paralyzed », « Insomnia « , « Guilt Trip » ou encore « Nothing Is Forever » s’enchaînent comme autant de coups de massue.
Mais le véritable moteur reste cette interaction permanente entre le groupe et la fosse. Andy Dörner pousse le public, le fait hurler et l’incite à se jeter dans le pit tandis que les guitares continuent de labourer le terrain. Pas besoin d’artifices démesurés : Caliban mise sur ce qu’il sait faire depuis des années, du riff massif, du groove, du breakdown et une bonne dose de rage.
Pour terminer cette première soirée, le Bridge To Hell pouvait difficilement trouver plus efficace. Après l’atmosphère mystique de Rotting Christ, Caliban remet les compteurs dans le rouge et laisse derrière lui une fosse passablement laminée. Le genre de final qui vous rappelle que le metalcore, quand il est envoyé avec cette intensité, reste une sacrée machine de guerre.
Entre chaque groupe, direction l’arrière-salle extérieure pour un interlude destiné à faire patienter le public. Et pour assurer le show pendant les changements de plateau, place au « Les Bretons de l’Est« , un trio complètement déjanté qui va rapidement mettre une belle ambiance festive en reprenant quelques grands classiques à sa sauce.
Deux guitaristes-chanteurs aussi barrés que communicatifs et un contrebassiste totalement déchaîné : le cocktail fonctionne à merveille ! Entre reprises revisitées, humour et bonne humeur, les trois lascars parviennent à maintenir la pression et surtout à faire patienter les metalheads sans jamais laisser retomber l’ambiance.
Et comme la soirée est aussi placée sous le signe de la fête, une bénévole qui célèbre son anniversaire ce soir-là aura droit à son petit moment de gloire. Portée à bout de bras par une horde de metalheads en pleine frénésie, elle s’offre un véritable stage-diving improvisé sous les acclamations du public. Une séquence aussi improbable que sympathique, qui résume parfaitement l’esprit de ce Bridge To Hell : du metal, de la déconne et surtout une sacrée dose de convivialité !























