Note du SoilChroniqueur (Metalfreak) : 10/10
Je m’en rappelle comme si c’était hier, on était en 1986.
Je ne sais pas si tu as déjà eu cette sensation bizarre, à la première écoute d’une musique, qu’elle va représenter quelque chose de fort dans la construction de ta culture musicale.
A l’époque, je ne jurais que par le thrash metal : il faut dire que les Slayer, Kreator ou d’autres formations du même tonneau nous collait des baffes d’autant plus fortes qu’on entendait des furies comme ça pour la première fois.
Mais, de part quelques rencontres lycéennes, je me suis mis à écouter d’autres sons : notamment l’industriel et, ayant grandi à 500 mètres de la Suisse (Bâle), les courants artistiques transitaient allègrement dans le Sud de l’Alsace, qu’ils soient Suisses, Allemands et même Belges.
C’est ainsi que je me suis mis très tôt à adorer l’EBM, l’industriel et tous les sons les plus glaciaux de l’electro.
Un jour, un ami de lycée, un français qui résidait de l’autre côté de la frontière, m’a collé un truc bizarre dans les oreilles : ça durait à peine deux minutes mais ces sons industriels combinés à quelque chose d’un peu plus “metal” m’ont de suite séduit : je découvrais ce jour-là “Envoyé” de ce tout jeune trio, à l’époque base à Genève, appelé The Young Gods, en référence à un titre du groupe de New York Swans !
Et l’histoire ne faisait que commencer !
Un an après, ils récidivent avec leur premier full length éponyme sur lequel ils prouvent un génie de composition hors norme : entre le bizarre et dissonant (“A ciel ouvert”), l’original (“Did you miss me”), le bourrin (“Jimmy”) ou l’humoristique (“Fais la mouette”) avec des textes que même Alain Bashung ne comprendrait pas, chantant en Français ou en Anglais.
Groupe inclassable au possible, le coup de cœur a été énorme…
La suite ? Chaque album s’est montré incroyable. Pour la faire courte, même si The Young Gods fait depuis plus de quarante ans un sans-faute artistique, mes albums favoris restent l’EP “Envoyé”, “The Young Gods” (1987), “L’eau rouge” (1989), “TV Sky” (1992), “Only Heaven” (1995), “Second nature” (2000), “Super ready / Fragmenté” ‘(2007) et “Data mirage Tangram” (2019).
Rajoute à ça que je les ai vus un nombre incalculable de fois, dont une en 1997 au Noumatrouff de Mulhouse qui est sorti par la suite en CD, et surtout leur prestation à la Valley au Hellfest 2019 qui reste un des plus grands – sinon le plus grand – souvenirs de concert parmi les quelques centaines tous groupes confondus que j’ai eu la chance de shooter… Et surtout le regret de ne pas avoir assisté en 2007 à leur concert aux Eurockéennes avec le rappeur New-Yorkais Dälek pour lequel j’ai une énorme estime artistique !

Et là, à la première écoute de cet “Appear disappear”, sorti en juin 2025, je sentais que j’allais une nouvelle fois adhérer de suite.
Mieux que ça, ils donnent l’impression qu’il s’agit d’une synthèse de tout ce qu'ils ont sorti entre « Only Heaven » et « Data Mirage Tangram » tant ils multiplie les références à ces albums, et reviennent à des fondamentaux les plus bruts et les plus agressifs que le trio a pu composer dans toute sa carrière.
Tu penses bien que je suis en terrain conquis.
Autre constat, les titres font tous entre trois minutes et et quatre minutes, deux dépassent les cinq et un seul les six.
C’est dire s’ils ont sacrément réduit la taille des titres par rapport à l’album précédent qui proposait des explorations sonores entre six et onze minutes (bordel, “All my skin standing” reste un de ceux qui hantent mes playlists très régulièrement), preuve que The Young Gods privilégie cette fois l’efficacité et les titres accrocheurs dès la première écoute.
The Young Gods sait toujours, en continuant à jouer avec le mots et les sons, se montrer direct et accrocheur (“Appear disappear”, “Systemized”, le très EBM “Mes yeux de tous”, “Shine that drone”), toujours mystérieux (“Blue me away” qui n’aurait pas fait tâche sur “TV Sky”), souvent envoûtant (“Hey amour”, le plus ambiant “Blackwater”, “Intertidal” avec son atmosphère rappelant “Lontaine”, “Off the radar”) voire surprenant (“Tu en ami du temps”).
Dix titres, dix pépites. Encore une fois, le trio Suisse est incapable de composer de mauvais titres : encore une fois, je ressors fasciné par ce que j’entends… et ça fait quarante ans que ça dure !
Oui, cet albums est le plus “rude” de la carrière du groupe, comme s’ils voulaient compiler en un album la colère froide qu’ils ont mis dans tous les précédents.
On a affaire à leur album le plus sombre, et sans doute le plus personnel, quitte à ce que Franz Trechler compose un “Blue me away” en hommage à son épouse décédée en 2023.
Entre les sons electro glaciaux de Cesare Pizzi et la batterie toujours d’une précision digne d’une horloge … Helvétique de Bernard Trontin, on voit The Young Gods dans une forme éblouissante et je ferai tout pour être présent à leur date du Rockstore de Montpellier le 20 mai prochain !
Désormais, les jeunes Dieux ont pris de l’âge, leurs cheveux ont blanchi, les rides sont apparues, mais savent non seulement rester intemporels mais en plus savent toujours composer des albums qui confinent à la beauté absolue !
Un chef d’œuvre de The Young Gods, un de plus…
A écouter sans modération >> ici <<.
Tracklist :
- Appear Disappear 02:58
- Systemized 03:26
- Blue Me Away 02:59
- Hey Amour 04:33
- Blackwater 05:45
- Tu en ami du temps 03:56
- Intertidal 05:11
- Mes yeux de tous 03:57
- Shine that Drone 06:43
- Off the Radar 04:29
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