Skaphos – The Descent

par Metalfreak | Avr 21, 2026 | Chroniques, Chrocorico Soil | 0 commentaire

Line-up sur cet Album

Stephan Petitjean : guitare, chant
Jérémy Tronyo : guitare, choeurs
Théo Langlois : basse, choeurs
Nathan Faure : batterie, percussions

Style:

Blackened Death Metal

Date de sortie:

10 avril 2026

Label:

Les Acteurs de l'Ombre Productions

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.5/10

Mon histoire d’amour avec Skaphos, qui vient du grec ancien σκάφος qui signifie « bateau, navire », est un peu comme l’enfant qui s’émerveille devant la vitrine d’une pâtisserie : les yeux s’illuminent mais la bouche reste vide. Je n’ai jamais réellement écouté la musique du quatuor lyonnais par manque de temps et aussi dans l’espoir de les voir un jour en concert, dans le sens pas un album entier, plutôt des bribes de, mais j’étais toujours (je suis toujours !) admiratif de leur parcours qui, ma foi, n’a rien à envier à personne sur la scène underground française, voire européenne ! Le groupe qui a démarré son activité en 2018 trace régulièrement les routes et salles européennes, dans des premières parties prestigieuses (Vader en 2021, 2023 et 2025, Marduk en 2022, etc.) ou même en tête d’affiche cette année et même s’offrir des dates au Hellfest et au Motocultor cette année ! Excusez du peu. Il faut dire que les lyonnais n’ont pas chômé du tout depuis 2018 en ayant à leur actif trois albums et donc cette « relecture » comme le mentionne le label les Acteurs de l’Ombre Productions, sorte de compilation de morceaux issus des deux premiers méfaits « Bathyscaphe » et « Thooï » mais retravaillés pour l’occasion de cette nouvelle signature. Petite mention : Skaphos était signé chez Transcending Obscurity qui est un label que j’affectionne particulièrement pour ses goodies. Le procédé me rappelle récemment ce qu’a sorti Galibot sur le même label. Peut-être est-ce une manière de se faire accepter sur le roster du label, de réenregistrer au gout de ce dernier avant de proposer un nouvel album ? J’avais émis cette hypothèse pour Galibot. C’est un choix artistique que personnellement je ne défendrais pas, mais que je comprends. Enfin ! Quoiqu’il en soit, la perspective d’enfin me frotter réellement à la musique de Skaphos, que j’ai vu récemment en concert au Battle in the Nord Festival, m’enchante et quelque part, me soulage ! D’autant que j’ai eu le plaisir de constater que Jérémy Tronyo, guitariste parolier et choriste de Skaphos, se souvenait qu’avec son projet de l’époque, Land’s Way, nous avions partagé une affiche en 2019. Punaise, cela ne nous rajeunit pas… Let’s go !

Depuis deux sorties, le groupe confie ses artworks à un homme dont le talent est tout simplement exceptionnel : Paolo Girardi ! J’avais déjà trouvé celui de « Cult of Uzura » absolument superbe, mais celui concernant « The Descent » est encore plus dingue de réalisme. On croirait que Paolo Girardi sait tout dessiner et peindre tant cette sorte de créature mi-dragon, mi-baudroie monstrueuse paraitrait presque réaliste. Le luxe des détails, le choix des couleurs qui rappellent effectivement les abysses, et cette mise en perspective qui nous ferait penser que cette créature du monde silencieux jaillit des profondeurs face à nous dans toute son horreur, je trouve que l’ensemble frôle irréfutablement la perfection. Cette image et d’une manière générale l’univers de Skaphos réveille d’ailleurs ma thalassophobie et je pense que cette artwork a un rôle presque déroutant comme cela, de distiller la peur sur l’auditeur. Elle est en plus de cela très représentative de la musique de Skaphos, et a fortiori sur cette sorte de compilation-réédition car elle rajoute une touche de terreur et de noirceur sur une musique déjà bien enrobée de tout cela. L’intérieur du digipack demeure quant à lui sur le jargon bien connu du « simple mais efficace », avec la reprise d’un fond abyssal pour illustrer les textes, pour le coup d’apparence plus graphique que l’artwork, une photo magnifique du groupe en avant d’un crépuscule, donnant une perspective ombragée superbe, et un quatrième de couverture où le groupe pose sur une butte naturelle de roche qui surplombe la mer ou l’océan. Tout est raccord, tout est bien ficelé pour amener celui ou celle qui découvrirait Skaphos dans son univers marin, lovecraftien et abyssal. Travail d’élaboration de l’artwork et du digipack absolument superbe et qui mettrait officiellement les lyonnais dans mon top 3 des groupes à l’univers océanique avec les grands Ahab et Octobeast, rien à redire ! Dernier petit détail : le groupe a de nouveau changé son logo, en comparaison de « Cult of Uzura » et des deux premières sorties. Choix artistique risqué mais pour moi, payant !
NB : j’ai réalisé bien plus tard que cet artwork ressemblait beaucoup à celui du premier album « Bathyscaphe » ! Est-ce une volonté du groupe ?

Il faut avant d’aborder la musique de Skaphos sur « The Descent » remettre un peu de contexte. Les deux premiers albums étaient autoproduits, donc cette compilation-réédition de quatre morceaux de chacun des deux albums est une manière de leur redonner un coup de jeunesse et probablement, c’est mon hypothèse, de satisfaire au cahier des charges du label, condition sine qua none pour signer chez eux. L’occasion de faire d’une pierre deux coups était donc intéressante ! Sans vouloir faire de comparaison avec les précédents opus, je vais dans un premier temps rester sur une explication de la musique. Ce qui change connaissant le label les Acteurs de l’Ombre Productions, c’est que POUR UNE FOIS, on n’a pas à faire qu’avec du black metal. Skaphos, et ce depuis le début, nous gratifie d’une sorte de blackened death metal extrêmement dantesque, oscillant habilement entre lourdeur et incision riffique, offrant d’ailleurs une dimension mélodique surprenante pour moi. J’avais lu des comparatifs pompeux avec Behemoth ou Belphegor, je pense que c’est beaucoup plus élaboré et évidemment moins « grand public » que cela. On reste sur un côté très brutal, sans répit, qui probablement rebuterait les personnes en quête d’un metal mainstream et accessible, ce qui n’est pas du tout pour me déplaire ! Au moins Skaphos garde ce côté extrême qui me sied beaucoup à l’écoute de ce « The Descent« . Les riffs sont donc plutôt mélodiques, les parties lead sont plus sur un registre légèrement plus en tonalités aiguës ce qui permet de jongler sur la lourdeur des parties rythmiques, et sur certains passages brutaux, avec une noirceur qui hypnotise et cette incision terrible inhérente au black metal. Mais attention ! Les compositions sont très structurées et élaborées, de telle manière que les riffs sont très changeants, sans refrain ou quoique ce soit de répétitif. Skaphos s’amuse à changer les riffs et sans tomber dans l’impétuosité abusive. L’ensemble, et ce sur chaque piste, demeure harmonieux et permet surtout de ne pas tomber dans une quelconque forme d’ennui. J’adore personnellement la manière avec laquelle la batterie est jouée, on sent que cette dernière occupe une place presque technique dans la composition et c’est elle qui semble un peu dicter le tout. Le gars derrière la batteuse est vraiment très très bon ! Voilà donc une première écoute « fin-valable » comme on dit en Nouvelle-Calédonie ! Je savais que Skaphos n’avait rien à envier à personne vu la réputation grimpante et la manière avec laquelle nos amis lyonnais mènent cette barque si j’ose dire avec brio, mais j’étais loin d’imaginer que musicalement cela tenait aussi bien la route. Ce blackened death metal, qui d’habitude peine à me satisfaire tant le style est gangréné par les gros groupes du genre qui dénaturent pas mal le caractère intimiste de leur musique, m’a emballé comme rarement ! Loin d’être antithétique, la signature de Skaphos sur le roster du label coule de source. Excellent !

La production est donc ici l’atout charme de « The Descent« . D’habitude, j’ai un peu de mal à me faire à l’idée que les groupes changent leurs productions selon des besoins obscurs, notamment dans le cadre général des rééditions que l’on a de la part de certains labels, dont celui ici présent n’est pas concerné. Et s’agissant de Skaphos, je dois dire que « Bathyscaphe » étant l’album que j’ai le plus écouté du groupe, j’adorais la production un peu « old school ». Alors, on va partir d’un postulat simple : je ne vais faire aucune comparaison entre les précédents et « The Descent » histoire de ne pas dénaturer le travail fourni par mon caractère subjectif qui émane parfois dans les chroniques. Il convient donc de préciser que le blackened death metal doit avoir un son caractéristique, qui laisse la place à des parties lead plus aiguës en termes d’accords guitares, et une certaine lourdeur sous-jacente dans le mix général, et rare sont les groupes qui parviennent aujourd’hui, en dehors des grosses productions connues, à faire un son plus que correct à mes oreilles. Skaphos en fait indubitablement partie. Forts de quatre albums, on sent la maturité progressée et le son de « The Descent » est selon optimal pour ce type de musique. La batterie est bien mise en avant, l’ensemble guitares / basse occupe une place idéale pour justement, laisser place à des parties lead et une épaisseur sonore qui va bien. J’aime bien d’ailleurs le fait que les parties lead guitares soient limite un peu rendues « atmosphériques », pour donner une soupçon de noirceur à l’ensemble, et je note que certains riffs, on serait même pas loin d’un black metal standardisé par les Acteurs de l’Ombre Productions, avec des parties rythmiques un poil moins lourdingues et des leads mélodiques prépondérants. Autre gros point fort de Skaphos : le chant qui est bien mis en avant, mais je reviendrai sur ce dernier plus en détails en bas. En tout cas, ce quatrième album « compilation-réédition » démontre selon moi non pas comme je le pensais une volonté de se calquer sur les standards du label, mais bien une forme de maturité artistique qui était déjà présente mais qui continue d’augmenter. Mine de rien, Skaphos fait son bonhomme de chemin ! Et je m’en réjouis. Superbe production.

Bien évidemment, Skaphos ne pouvait que me toucher intérieurement étant donné que les thématiques abordées me font l’effet d’un coup de massue. Ma thalassophobie fait que dès qu’un groupe accoste sur les plages sombres des sujets marins et surtout, sous-marins, j’ai cette curiosité morbide qui me pousse à aller écouter. Le must aurait été d’avoir de la part du groupe de véritables photos sous-marines en scaphandriers comme dans le téléfilm de 1997 « Vingt Mille Lieues sous les mers » qui constitue un de mes traumatismes. Dit comme cela, c’est surement ridicule. Mais c’est une véritable phobie chez moi ! Donc, si vous voulez, cela n’a l’air de rien, mais quand Skaphos m’a été proposé, je savais qu’inconsciemment, j’allais morfler. Mais c’est bien, parce que comme cela, le groupe fait une musique qui me parle beaucoup, et j’y suis sensible à cela. Et le grande force de nos amis lyonnais est que, si l’univers conceptuel n’est pas celui qui parlera à toutes et tous, il permet non seulement de développer tout un travail visuel comme ils ont en live et qui est excellentissime (j’adore vos costumes !), mais en plus il amène le groupe vers de possibles nouvelles idées infinies et toujours plus parlantes. En tout cas, « The Descent » est clairement dans la lignée de ses ancêtres albums, et à la lecture de ce dernier, j’ai le sentiment que le groupe est bien parti pour durer ! Ce qui me réjouit. Je vous l’avais dit, sentimentalement parlant, j’adore Skaphos. Il convenait ainsi que l’adoration se téléporte enfin sur le plan musical ! Je vais donc aller me farcir toute la discographie achetée récemment sur Bandcamp et je vais mettre « The Descent » en bonne place chez moi. Gommer cet affront, au regard de la qualité indiscutable de cet album, aurait été la moindre des choses.

La qualité musicale du groupe sur l’élaboration de son blackened death metal va même plus loin, jusqu’au chant. Parce qu’une fois encore, il faut choisir la bonne technique quand on mixe deux entités musicales qui sonoriquement parlant n’ont pas énormément de points communs ! Et le chant ne déroge pas à la règle. Dans le cas de Skaphos, manifestement, il y a un gros travail de fait dans la construction des lignes de chant puisque ce dernier varie beaucoup, oscille entre une sorte de growl médium pas hyper guttural, et certains passages plus en tessitures aiguës, le tout accompagné par les chœurs des camarades guitariste / bassiste. Ce que j’apprécie, c’est que loin d’être déroutant, le chant amène là aussi la noirceur idoine pour la musique et ce, sans tomber dans les classiques techniques de chant death metal ou black metal qui donnent cette touche habituellement sombre à la musique. Là, le chant est plus centré sur l’articulation, et cela me fait très plaisir ! Maintenant, le mixage est pour beaucoup aussi dans ce dernier, puisque même si la technique vocale se rapproche de ce qui se fait en death metal évidemment, il n’en demeure pas moins que le son de ce dernier, moins épais et moins profond, avec une légère incision dans les tons aigus, est prépondérant pour l’harmonie musicale de « The Descent« . Bref ! Un chant intelligent, varié et qui fait quand-même la part belle majoritairement à la noirceur extrême et aux abysses, voilà de solides arguments encore une fois en faveur de l’écoute de cet album !

Pour conclure, Skaphos inaugure sa signature en grande pompe chez les Acteurs de l’Ombre Productions avec une sorte de « compilation-réédition », appelée ici « album » par le groupe, qui se nomme « The Descent » et qui constitue à ce jour le quatrième méfait de leur riche discographie ! Proposant un style un peu moins habituel sur le roster du label, un concentré de blackened death metal aussi sombre qu’oppressant, cette sortie fait office d’originalité qui bien entendu ne doit laisser aucun adorateur du label indifférent ! De fait, cette sortie semble tout à fait appropriée à l’univers artistique du label qui met à l’honneur des formations soit jeunes, soit un peu moins comme ici, mais toujours prometteuses ! Skaphos confirme plus qu’il n’impose sa patte artistique avec cette sortie, et se voit auréolé de la dénomination de formation confirmée de la scène française underground. Avec « The Descent » qui est un album excellent, bien ficelé et surfant sur un univers qui me parle énormément, les lyonnais n’ont finalement que peu de marches à franchir pour devenir un groupe majeur de l’hexagone ! A découvrir très vite !

Tracklist :

1. Nese Ende 04:31
2. Okean 05:52
3. Mireborn 03:38
4. Ube 03:23
5. The Descent 03:53
6. Horror Squid 04:57
7. The Brine Seal 03:39
8. Mariana Tomb 03:21

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