Note du SoilChronqueur (Katar) : 10/10
Satan Jokers, ce n’est pas que l’histoire d’un des plus grands groupes de Hard Rock made in France des annĂ©es 80.
Satan Jokers se conjugue aussi au prĂ©sent, et aujourd’hui, le groupe Ă©crit une nouvelle page de son histoire, une page qui clĂ´ture une trilogie Ă la saveur douce amer.
Points d’effets spĂ©ciaux, de trolls ou autres crĂ©atures farfelues, et encore moins de happy end ici. Ce n’est pas du cinĂ©ma grand spectacle Ă consommer avec son pop corn dans une main et son coca dans l’autre. Personne ne sauvera le monde aujourd’hui, et personne ne viendra vous sauver Ă l’Ă©coute de ce troisième opus consacrĂ© aux addictions.
Après les substances illicites (AddictionS), après les troubles psychiatriques (Psychiatric) , voici venu l’opus dĂ©diĂ© Ă la dĂ©pendance sexuelle ! Oh j’en vois dĂ©jĂ sourire dans leur coin et qui se disent que la dĂ©pendance sexuelle ne peut pas ĂŞtre si terrible que cela ! A ceux lĂ , je ne dirai qu’une seule chose. Prenez le temps d’Ă©couter Sex OpĂ©ra et on en reparle après.
Quand aux autres lecteurs, ĂŞtes vous prĂŞts pour une descente en enfer ?
Si oui, alors suivez le guide et prĂ©parez vous Ă faire quelques rencontres surprenantes et… dĂ©routantes dans l’univers singulier d’un Sexaholic. Et qui de mieux qu’une des plus grandes stars du X hexagonal pour l’accompagner dans sa descente aux enfers !
Sous forme de courtes pauses narratives, Brigitte Lahaie nous honore de sa prĂ©sence tout au long de cet album pour nous dĂ©crire le chemin parcouru par le Sexaholic, telle l’Ă©ternelle tĂ©moin qui ne se meurt jamais.
Et elle n’est pas la seule Ă nous accompagner dans cette descente infernale. Nombre de « voyeurs » se joignent Ă cet Ă©trange cortège pour observer la dĂ©chĂ©ance annoncĂ©e de notre hĂ©ros. Ils nous distillent tout au long de cet album de savoureux solos de guitares qui semblent illustrer Ă merveille les errements de notre « hĂ©ros ».
Sex OpĂ©ra, c’est une forme de chemin de croix. De la dĂ©couverte Ă la chute, en passant par la dĂ©chĂ©ance. Du virtuel au rĂ©el. Le sursaut de conscience et l’envie d’en sortir, de se sevrer… L’amer constat qu’il est trop tard et que l’unique solution est de s’enfoncer encore plus profond dans les mĂ©andres de la dĂ©pendance. Pour finir par en crever ?
Vous en voulez encore plus ? Vraiment ? Seriez vous un brin voyeur vous aussi ?
Ok, let’s go pour un track by track des plus dĂ©rangeants.
Intro (Renaud Hantson)
Cela commence en douceur avec quelques notes au clavier qui vont de suite contraster avec la profession de foi de notre Sexaholic. Le ton est donné, ainsi que la conclusion. Mais quel est donc ce chemin tortureux ?
PrĂ©liminaires Ă l’infini (Renaud Hantson)
En guise de prĂ©liminaires, Aurel nous gratifie d’un petit rappel psychiatrique… pour les adeptes de la trilogie. Mais fin de l’apartĂ©, voici la première confession de cette dĂ©chĂ©ance, une forme de condensĂ© de quelques annĂ©es de vie sĂ©parant l’enfance du dĂ©but de la chute. C’est le dĂ©but de la spirale infernale qui s’annonce. Les paroles s’inscrivent en lettres de feu et brĂ»lent ma chair Ă vif.
Sexaholic (Renaud Hantson)
De Tiger Woods au pic Ă glace, il n’y a qu’un pas qui se franchit facilement.
Le sexe, juste une dĂ©pendance comme une autre pour la recherche d’un plaisir, de sensations…ou pour soulager ses tensions. Mais le point commun dans tout cela, c’est cette part de tĂ©nèbres qui reste cachĂ©e… et qui est susceptible d’ĂŞtre alimentĂ©e Ă coups de dollars, d’euros ou de biens matĂ©riels. Le titre est surprenant de part sa lĂ©gèretĂ© musicale. Les solos viennent souligner une voix chargĂ©e de « joie ». C’est comme si ĂŞtre Sexaholic n’Ă©tait pas si grave que ça en soit. C’est ma petite dĂ©pendance et je le vis bien ? D’ailleurs, elle n’est pas si dĂ©rangeante que ça…puisque je suis bien ancrĂ© dans la sociĂ©tĂ© de consommation ! Il y a quelque chose de dĂ©rangeant dans ce contraste entre les paroles et les partitions instrumentales. Je suis Sexaholic et je le vis bien ?
King Sodom (avec Renaud Hantson et Stephane Buriez)
Attention, titre puissant en perspective avec ce premier duo de l’album en compagnie de Stephane Buriez de Loudblast. King Sodom, prĂŞtre du sexe, ou gourou du 6 Sex 6. Et quelle solution pour notre hĂ©ros qui va immanquablement tomber entre ses mains ? Point d’échappatoire en vue. Seule la consommation est envisageable… ce qui n’est pas sans rappeler l’effet produit par certaines substances illicites et addictives. D’un point de vue musical, ça sonne Heavy Metal sans contestation possible. Rythme lourd et martelant qui donne encore plus de poids aux paroles de King Sodom qui ne peuvent qu’Ă©touffer toute volontĂ© de rĂ©bellion chez le Sexaholic.
666 (narration Brigitte Lahaie)
Décors plantés pour le Club 6 Sex 6 avec King Sodom et Cassandra. Factice, vous avez dit factice ?
Club 6 Sex 6 (Renaud Hantson)
L’antre des sĂ©vices, le plaisir compulsif annonciateur de la spirale infernale.
Cette vĂ©ritĂ© est efficacement martelĂ©e par la section rythmique pour s’imprimer dans l’esprit du Sexaholic comme Ă©tant l’unique voie possible. Tout n’est que poudre aux yeux, du factice fictif pour te dĂ©connecter de ton ressenti et des tes Ă©motions.
La section rythmique est toujours aussi lourde et percutante, elle cimente les paroles et permet ainsi Ă la guitare de venir Ă©lectrifier tout l’Ă©difice. Visuellement, c’est comme des Ă©clairs successifs qui viennent illuminer une montagne rocailleuse et sombre. La compulsion n’est jamais annonciatrice de bien-ĂŞtre… Bienvenu dans l’antre du 6 Sex 6 !
Asphixie érotique (avec Renaud Hantson et Virginie Goncalves)
Outch, la claque avec ce premier duo qui se conjugue au fĂ©minin. Tant les paroles que l’interprĂ©tation conjuguĂ©e de Renaud et Virginie (du groupe Kells) sont un douloureux dĂ©lice/supplice pour les oreilles et pour les sens. C’est visuellement très parlant. Cassandra, ou la bien nommĂ©e Domina ! Prenez garde Ă ne pas tomber sous son charme, sous ses coups… Conjugaison du bien et du mal, mais dans quel sens ? Douleur et plaisir intimement liĂ©s lorsque ces deux mots sont dans la bouche de Domina.
L’Ă©quilibre est parfait entre les voix et les parties instrumentales. Elles se croisent, s’entrelacent, se soulignent et se mettent en valeur.
Charnel Déclic (avec Renaud Hantson, Olivier Del Valle, Fred le Tazz, Boban Milojevic)
Clic et dĂ©clic sur la toile tissĂ©e par les hĂ´tesses du X virtuel ! De la recherche de l’image au jeu scĂ©naristique, c’est toujours la mĂŞme recherche orgasmique qui conduit le Sexaholic Ă explorer plus encore ses fantasmes les plus inavouĂ©s et les plus rĂ©prĂ©hensibles.
Un des titres les plus insaisissables sur cet album, et non moins dĂ©rangeant que les autres. C’est subtile et fugace…
Professionnelle (avec Renaud Hantson et Céline Lacroix)
Ce titre vous rappelle quelque chose ? Comment oublier ce morceau illustrant Ă merveille le sexe virtuel Ă travers les prestations « exotiques » de ces dames pleines de charmes qui sont juste lĂ pour vous faire cracher votre fric…car le reste, elles s’en foutent royalement !
Comme quoi, l’album SJ 2009 Ă©tait une amorce du triptyque qui allait marquer l’histoire de ce groupe mythique. Pour cette reprise de Professionnelle, c’est CĂ©line Lacroix de Sainte Ombre qui vient officier aux cĂ´tĂ©s de Renaud. Un Sexaholic et une Transex ! Quel drĂ´le d’association… Et pourtant, les paroles prennent une force qu’elles n’avaient pas jusqu’Ă prĂ©sent grâce Ă la force de ce duo.
Mothers I’d Like to Fuck (narration Brigitte Lahaie)
Du rĂ©el au virtuel, quand ce premier n’est plus suffisant pour assouvir la soif de plaisir et d’orgasmes.
MILFS (Renaud Hantson)
Oh que ce titre démarre fort à travers la basse de Pascal. On reconnaît indéniablement sa griffe sur cette partition musicale.
« Mothers I’d like to fuck », une facette de ce que l’on peut trouver du cĂ´tĂ© du virtuel…et ce n’est pas la pire, loin de lĂ ! Quand vie sociale et vie professionnelle se voient toutes deux parasitĂ©es et gangrĂ©nĂ©es par un dĂ©sir plus fort et compulsif… c’est qu’il est (presque) dĂ©jĂ trop tard.
Chacun bâtit les murs de sa propre prison virtuelle. Un morceau qui martèle son refrain Ă m’en faire tourner la tĂŞte jusqu’Ă l’Ă©tourdissement… Et pour peu que je daigne vouloir me relever, les partitions de guitares sont lĂ pour m’achever !
Promis (Renaud Hantson)
Promis demain j’arrĂŞte, enfin un jour peut ĂŞtre…
Vaine promesse digne d’un politicien et manque de rĂ©elle envie de sortir de cette spirale infernale. MalgrĂ© l’amer constat de la dĂ©pendance et de ce qu’elle implique, ce n’est que remettre Ă plus tard ce qu’il est urgent de faire…
Le solo guitare me fait l’effet d’un scalpel qui vient tailler ma chair Ă vif ! Le refrain est lancinant, envoĂ»tant et s’inscrit en lettres indĂ©lĂ©biles sur cette partition Ă la saveur emplie d’amertume, tel un dĂ©solant constat d’Ă©chec.
Promis demain j’arrĂŞte… le sexe est ma dĂ©faite.
Voyeurs (narration Brigitte Lahaie)
Victoire des obsessions… Comme une envie suicidaire.
Exhibition (avec Renaud Hantson et Virginie Goncalves)
Magnifique duo empli de tristesse. Et amer constat de cette douloureuse rĂ©alitĂ©. L’amour est il possible dans ce milieu, entre plaisir et douleur ?
Les voix de Renaud et de Virginie se mĂ©langent et se mettent mutuellement en valeur. Il y a de la magie dans l’air. Une fin heureuse est-elle possible ? Est-elle seulement envisageable et souhaitable ?
TranseX (avec Renaud Hantson et Céline Lacroix)
Un titre vif, saignant et forcément dérangeant ! « Il est blonde ou brune, tapine pour la tune » !
La voix de Céline illustre à merveille les propos de cette chanson. Je vous laisse écouter et juger de vous même.
En live, ça devrait être une tuerie annoncée entre ces deux chanteurs au magnétisme subjuguant.
Royaume décadence (avec Renud Hantson, Walther Gallay et Jo Amore)
Quand le sexe n’est plus qu’une occupation sans amour ni respect, il se transforme en un acte machinal, mĂ©canique… qu’il faut nourrir et entretenir avec des substances et Ă travers des fantasmes de plus en plus hard, de moins en moins avouables.
Le lien avec l’addiction aux substances illicites est Ă©vident et incontournable afin de pouvoir assouvir ce besoin compulsif…
Doux et pénétrant titre aux voix masculines. Comme un aveu partagé à plusieurs, façon cercle des alcooliques anonymes… Poser des mots sur cette souffrance, mais est-ce suffisant en soit ?
Outro (narration avec Brigitte Lahaie et Renaud Hantson)
« Honte, culpabilitĂ©, dĂ©sespoir …, le nĂ©ant Ă©motionnel. »
VIP-HIV (avec Renaud Hantson et Stephane Buriez)
Ça dĂ©marre comme un blues… Blues de la vie annonciateur d’une fin proche, trop proche.
Constat de cette dĂ©chĂ©ance et des dĂ©rives engendrĂ©es par cette addiction qui conduit le Sexaholic dans un labyrinthe sans sortie. La seule issue semble n’ĂŞtre que celle qui conduit six pieds sous terre…
King Sodom, seul vainqueur de ce triste jeu ? Rien n’est moins sĂ»r que cette illusoire croyance. Les apparences sont parfois plus que trompeuses.
Vous l’aurez compris, Sex OpĂ©ra n’est pas un simple album de Hard Rock. Ce n’est pas non plus un Ă©nième album d’un des plus grands groupes de Hard Rock made in France.
Sex OpĂ©ra, c’est une aventure et une descente dans les trĂ©fonds de la nature humaine.
Cet opus conclue un Ă©tat des lieux des dĂ©pendances et perversions existantes en ce bas monde. Elles sont la lie de la sociĂ©tĂ©, pointĂ©es du doigt par la morale judĂ©o-chrĂ©tienne (et pas que)… Mais elles sont avant tout le reflet d’une sociĂ©tĂ© dĂ©cadente incapable de prendre soin de sa jeunesse, de ses enfants…
Line Up
Renaud Hantson : chant
Pascal Mulot : basse
Michael Zurita : guitare
Aurélien Ouzoulias : batterie
Casting
Renaud Hantson : le Sexaholic
Stéphane Buriez : King Sodom
Virginie Goncalves : Cassandra Domina
Céline Lacroix : la Transex
Brigitte Lahaie : la Narratrice
Olivier Del Valle : Voyeur
Fred Le Tazz : Voyeur
Boban Milojevic : Voyeur
Jo Amore : Sex addict
Walther Gallay : Sex addict
Gildas Arzel : Voyeur
Sébastien Bizeul : Voyeur
Christophe Godin : Voyeur
Patrick Rondat : Voyeur
Flory Ann : Exhibitionniste








