Note de la SoilChroniqueuse (HellFé) : 7/10
Il y a des albums que j’écoute et que j’oublie assez vite. Puis il y a ceux qui installent immédiatement une ambiance, qui donnent envie de monter un peu le volume et de se laisser embarquer. «Ride The Storm» de Ristridi fait clairement partie de cette seconde catégorie.
Dès les premières minutes, j’ai cette sensation de partir quelque part : un voyage dans un univers de batailles, de héros cabossés, de montagnes et de cieux menaçants.
Rien de vraiment surprenant lorsqu’on connaît les références du projet.
J’entends ici le Blind Guardian des grandes fresques, le Demons & Wizards plus sombre, avec quelques réminiscences de Symphony X dans les passages les plus ambitieux. Ristridi s’inscrit donc dans une tradition bien identifiée du Power Metal, celle qui aime les grandes mélodies et les récits fantastiques.
Mais ce qui m’intéresse rapidement, c’est que « Ride The Storm » ne se contente pas d’empiler les références : derrière les épées et les mondes imaginaires, il y a surtout une histoire de liberté, de vengeance, de culpabilité et de changement.
Derrière Ristridi se trouve Michael Wöß (Agathodaimon, Dark Solstice, Omega Point), musicien Allemand dont le parcours dans le Metal remonte à plusieurs années. Il a évolué dans des univers assez variés, du Black au Death Mélodique, avant de donner à Ristridi une orientation nettement plus épique et mélodique. Il a notamment participé à l’album « The Seven » d’Agathodaimon avant de poursuivre son parcours avec ses différents projets.
Sur « Ride The Storm », il joue pratiquement tout ce qui concerne l’instrumentation, ce qui donne au disque le caractère très personnel d’un véritable projet d’auteur.
Pour les voix, il s’est entouré d’Andreas « Anti » Schätz (Don’t Drop The Sword) au chant clair, aux paroles et aux mélodies vocales, ainsi que d’Alex « Ax » Meyer (Dark Solstice) pour les parties plus agressives.
Cette opposition fonctionne particulièrement bien. Le chant clair apporte la dimension héroïque et narrative, tandis que les vocaux plus rugueux viennent régulièrement assombrir le tableau et rappeler que les personnages de ces histoires ne traversent pas leurs épreuves sans laisser quelques morceaux d’eux-mêmes en chemin.
Le morceau-titre, « Ride The Storm », ouvre logiquement le voyage. Le titre s’inspire de Kaladin Stormblessed et de son combat contre la culpabilité et le désespoir, ce qui donne d’emblée une autre dimension à l’image de la tempête. Ici, il ne s’agit pas simplement de vaincre un ennemi extérieur : il faut aussi affronter ce qui se passe à l’intérieur de soi.
J’aime cette entrée en matière parce qu’elle pose assez bien l’esprit du disque. Les guitares sont mélodiques, le chant donne de l’ampleur à l’ensemble et les passages plus agressifs viennent apporter juste ce qu’il faut de tension. Je retrouve immédiatement les codes du Power Metal européen, mais sans avoir l’impression d’assister à une démonstration technique.
Avec « To Be Free », l’album s’ouvre davantage. La notion de liberté commence à prendre de l’importance et apporte une lumière bienvenue après les tourments du morceau précédent. Puis « Thy Fate Forged In Vengeance » vient assombrir à nouveau l’atmosphère. La vengeance et la fatalité prennent le dessus, et je commence à comprendre que les héros de Ristridi sont loin d’être invincibles. Ils doutent, ils souffrent et ils font des choix dont les conséquences finissent toujours par les rattraper.
« Silver And Steel » poursuit cette aventure avec un morceau inspiré de l’univers de Geralt de Riv. L’ambiance devient plus sombre, presque plus froide, et j’aime particulièrement la façon dont les deux voix se répondent. Le chant clair raconte la légende tandis que les parties agressives lui donnent un côté beaucoup plus physique, presque viscéral.
Avec « King Under Mountain », le disque retrouve ensuite toute sa dimension épique. C’est probablement le morceau qui me ramène le plus directement aux grandes heures du Power Metal. J’y retrouve ces mélodies qui donnent envie de lever le poing, cette sensation d’immensité et cette imagerie de montagnes, de royaumes et de guerriers qui a fait les beaux jours du genre.
Et, finalement, c’est aussi ce que j’attends d’un album comme celui-ci. Je ne cherche pas forcément la révolution. J’ai simplement envie de retrouver cette sensation particulière que peut provoquer un bon morceau de Power Metal : celle de quitter pendant quelques minutes le quotidien pour entrer dans une histoire beaucoup plus grande que soi.
« By Oath And Chain » ramène une certaine lourdeur dans le récit. Le morceau s’intéresse aux Seanchan de The Wheel of Time et aborde notamment les thèmes de la domination et de l’obéissance. Le titre de la chanson résume finalement assez bien son propos : certaines chaînes ne sont pas forcément visibles, mais elles n’en sont pas moins difficiles à briser.
À ce stade de l’album, je trouve que le fil conducteur devient de plus en plus clair. Les différents personnages et univers sont très différents, mais ils sont tous confrontés à des choix qui vont modifier leur trajectoire. La liberté, la vengeance, la culpabilité ou encore le changement ne sont jamais très loin.
Musicalement, le disque reste volontairement direct. Ristridi ne cherche pas à étirer les morceaux jusqu’à perdre leur efficacité et privilégie des compositions qui avancent avec une certaine évidence. C’est aussi ce qui permet à l’album de rester accessible malgré la richesse de ses références.
Puis arrive « Clarity », et le rythme émotionnel change. Après plusieurs morceaux dominés par l’action et la confrontation, j’ai l’impression que l’album s’arrête quelques instants pour regarder derrière lui. Inspiré lui aussi de The Wheel of Time, le titre évoque le combat intérieur de Rand et cette difficulté à comprendre ce que l’on devient lorsque les événements nous obligent à changer.
C’est sans doute l’un des passages que je préfère, justement parce qu’il apporte une respiration. Après les batailles et les grandes envolées, cette pause permet de mesurer ce que les personnages ont réellement traversé. Le disque devient alors moins une succession d’histoires fantastiques qu’une réflexion assez simple sur l’identité et la capacité à évoluer.
Et cette idée me semble être au cœur de « Ride The Storm« . On ne peut pas toujours empêcher la tempête d’arriver, mais on peut décider de la traverser plutôt que de rester immobile à attendre qu’elle passe.
L’album se termine avec « God Will Avenge Us », cette fois inspiré de Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre du Temple. Le choix est intéressant puisqu’il permet à Ristridi de quitter les univers purement fantastiques pour revenir à une figure historique qui, au fil des siècles, est elle-même devenue une sorte de personnage de légende.
Le morceau retrouve une certaine rage et donne au disque une conclusion assez naturelle. Après avoir traversé autant d’histoires de guerre, de pouvoir, de liberté et de vengeance, je retrouve une dernière fois cette opposition entre mélodie et agressivité qui caractérise l’album.
Huit morceaux, un peu plus de trente minutes, et finalement une aventure assez compacte. « Ride The Storm » n’a pas besoin de durer une heure pour raconter ce qu’il a à raconter. Il avance, change d’ambiance, prend de la hauteur, redescend parfois dans quelque chose de plus sombre, puis termine sa course sans véritable temps mort.
Ce qui frappe le plus, ce sont évidemment les influences. Blind Guardian est sans doute la référence qui me vient le plus naturellement à l’esprit, notamment dans la manière de raconter des histoires et de construire des mélodies très évocatrices. Demons & Wizards plane également sur l’ensemble, avec ce mélange de puissance, de noirceur et de fantasy, tandis que Symphony X apparaît davantage dans certaines approches musicales.
Mais je ne ressens pas « Ride The Storm » comme un simple exercice de nostalgie.
Le passé de Michael Wöß dans des styles plus extrêmes apporte une certaine noirceur à l’ensemble, et l’alternance entre chant clair et vocaux agressifs contribue à lui donner une identité.
Surtout, je sens derrière cet album l’envie sincère d’un musicien de faire le disque qu’il avait envie d’écouter lui-même. C’est peut-être ce qui le rend attachant. Il n’y a pas cette impression de vouloir absolument prouver quelque chose.
Ristridi connaît ses influences, les assume et construit son propre voyage à partir d’elles.
Au terme de l’écoute, ce qui me reste n’est finalement pas la technicité des musiciens ni le détail de telle ou telle construction. Ce sont surtout des images. Un bateau pris dans la tempête, une épée dans une main, des montagnes à l’horizon et des personnages qui continuent d’avancer malgré tout ce qu’ils ont déjà perdu.
C’est probablement là que « Ride The Storm » trouve son idée principale. Derrière les références à la fantasy et à l’histoire, l’album parle du changement et de la manière dont nous réagissons lorsqu’il devient impossible de rester comme avant. Il faut accepter de bouger, de perdre certaines certitudes et parfois de traverser quelques tempêtes pour découvrir ce qu’il reste de soi de l’autre côté.
Je n’écoute donc pas « Ride The Storm » en attendant qu’il révolutionne le Power Metal.
Je l’écoute pour ce qu’il cherche à être : un album mélodique, épique et sincère, qui assume pleinement ses influences et me rappelle pourquoi j’aime encore me laisser embarquer par ce genre de musique.
Et finalement, le titre résume peut-être tout.
On ne choisit pas toujours la tempête. En revanche, on peut choisir de continuer à avancer.
Alors je monte dans le bateau, je serre les dents et je prends le vent en pleine gueule.
Tracklist :
1. Ride The Storm (04:23)
2. To Be Free (02:26)
3. Thy Fate Forged In Vengeance (04:45)
4. Silver And Steel (03:47)
5. King Under Mountain (03:55)
6. By Oath And Chain (04:05)
7. Clarity (04:33)
8. God Will Avenge Us (04:42)
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