Peasant GoD – Null

par Metalfreak | Juin 24, 2026 | Chroniques | 0 commentaire

Line-up sur cet Album

F Rojas : chant, guitares, programmation
Stgr'n M : chant, basse

Guest :
Ufuk Demir : chant

Style:

Doom Sludge Metal Industriel

Date de sortie:

30 janvier 2026

Label:

Visceral Circuitry Records

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 6.5/10

« Ludwig van Beethoven : Hein ? » Les Nuls

Cela faisait longtemps que je m’étais pas frotté au genre sludge metal pour de la chronique. Pourtant, j’affectionne tout particulièrement ce genre surtout quand il est associé à d’autres genres comme le doom metal ou le stoner. Mais sans que je ne comprenne pourquoi, j’ai stoppé d’en faire en chronique. Il faut dire qu’en ce moment, ce n’était pas vraiment la grande joie en matière de webzine. Découragé par de récentes agressions et harcèlements sur les réseaux sociaux suite à un report de concerts certes écrit un peu maladroitement mais qui ne nécessitait pas une telle attaque, j’essaye de reprendre doucement un rythme de chroniques qui me va bien, en me concentrant notamment sur des partenariats que j’ai avec des labels qui me font confiance et je les en remercie. Le fait que choisir un album au hasard sur une liste à faire que l’on reçoit tous les mois et qui est gargantuesque, fait que je prends le risque de tomber sur un album qui ne me siéra pas et qui va occasionner une critique négative, mais la plus constructive possible. Le problème est qu’aujourd’hui, le constat est là et il est partagé par d’autres webzines : les groupes qui débutent ne supportent plus les critiques. Dès lors qu’un doute est émis sur leurs prestations studio et / ou en concerts, on se prend une volée de bois vert comme on dit, alors que les musiciens ne comprennent pas toujours qu’une critique n’est pas là pour les descendre bêtement, mais pour essayer, humblement je précise, de les guider un peu. Je compare la période actuelle avec les hommes et femmes politiques : entouré(e)s toute la journée de personnes qui passent leur temps à leur répéter qu’ils ou elles sont parfait(e)s, qu’ils ou elles ont tout compris et sont au-dessus de tout le monde, ultra prometteur(e)s, il est difficile d’entendre des critiques de la part de personnes extérieures. Certains groupes, c’est pareil. Alors, depuis des mois, je me demande à quoi je sers si ce qu’on me demande indirectement est de faire des éloges à des groupes qui ne les méritent pas, ou du moins pas complètement, pas sur tout. Voilà pourquoi mon activité est considérablement freinée. Et voilà pourquoi hormis quelques partenaires fidèles qui acceptent que je sois franc dans mes analyses, je me refuse de faire plus. Mais ! C’était sans compter sur la pugnacité et la malignité du boss et ami fidèle Metalfreak. Quand vous allez chez vos amis, vous savez que vous serez reçus avec un café, ou un verre apéritif. Chez Metalfreak, ce verre ou ce café est l’appât qui conduit vers la fameuse phrase : « tu veux voir les physiques ? » Ou alors, vers le procédé malicieux où il ouvre la liste à chroniquer devant vous en sachant pertinemment que votre œil va insidieusement glisser dessus. Et évidemment, comme je suis gentil et que je veux bien faire (et qu’il ne faut pas oublier ma défaite lamentable au bras de fer durant le Hellfest 2019…), je lâche toujours « ouais bon, allez ! » Et c’est comme cela que je me retrouve à faire aujourd’hui en chronique un projet assez improbable à bien des égards, pour des raisons qui seront discutées plus bas. Ce projet, c’est Peasant GoD et la démo « Null« . Une démo, oui oui !

Et d’ailleurs, il convient de préciser que cette démo est aujourd’hui rééditée et constitue encore à ce jour la seule sortie du duo suédois, en provenance de Göteborg ! En effet, « Null » est originellement sortie en… 2017, en même temps que l’année de création du projet. Et en totale indépendance ! Alors, curieusement, alors qu’à mon avis cette dernière était littéralement tombée dans les limbes, un label du nom de Visceral Circuitry Records, et qui, ô surprise ! Est de France, de Douai plus précisément, a décidé de donner une seconde peau au projet Peasant GoD en le sortant en cassette. Petit détail : à la « rédaction » de Soil Chronicles (comprenez : chez le boss), nous l’avons reçu en format… CD gravé ! Alors, je dois vous avouer que c’est une des raisons, sinon LA raison, qui m’ont poussé à choisir cette ouvrage à faire en chronique parce que j’ai un attachement sentimental pour les CDs gravés. Et moi qui adore graver certaines sorties qui n’existent pas en format CD, après les avoir acheté sur Bandcamp bien sur, j’avoue que je n’ai pas été insensible à cela. Reste à savoir si cette résurrection miraculeuse, digne de Jésus, mérite une chronique ou au moins, obtiendra quelques louanges. En tout cas, je suis très content de faire Peasant GoD ! En avant !

On pourrait croire qu’une réédition signifie obligatoirement « faire peau neuve » en matière d’artwork, surtout quand on évoque un projet englouti dans les méandres de l’oubli artistique. Ici, ce n’est clairement pas le cas, encore que je n’ai pas eu accès au format cassette. C’est après avoir regardé le Bandcamp du label que j’ai eu confirmation que l’artwork n’avait de toute évidence pas bougé d’un iota. Bon ! On n’est pas non plus obligé d’attendre d’une réédition qu’elle en profite pour faire table rase du passé et pour se redonner un coup de jeunesse, mais il est vrai que cette forme de résurrection, cette sortie de l’ombre aurait mérité selon moi de se parer d’un autre artwork. D’autant que ce dernier n’est pas non plus hyper intéressant. Une photographie retouchée d’un paysage urbain, qui plus est d’un terrain en friche sur fond de pylônes électriques, le tout avec un logo très amateur sur les bords, je ne trouve pas cela très transcendant. Cela va que je suis curieux naturellement parce que si je me mets dans la peau d’un amateur de musique qui chine dans une boutique, je ne suis pas certain qu’avec ce visuel finalement très primaire, je ne m’attarde longtemps sur « Null« . Après, la suite m’aurait donné tort mais globalement, cet artwork n’est pas attrayant et c’est donc un mauvais point dans cette chronique. A revoir !

Comme je le disais, j’aurais eu tort de passer mon chemin devant Peasant GoD parce que musicalement parlant, sans casser trois pattes à un canard comme on dit chez nous, elle a néanmoins réussi à m’accrocher. On est sur un doom sludge metal très cambrien (oui le terme existe vraiment). Tant dans son approche très minimaliste que dans ses sonorités old school, voire garage si j’ose dire. Les riffs se montrent en effet très répétitifs, avec ce principe connu et reconnu qui consiste à faire tourner en boucle un riff en incorporant quelques ajouts ponctuels, qui tranchent bien avec l’ensemble instrumental. Ici, outre les lignes de chant qui apportent cette variation rythmique, il y a en effet quelques petites touches que le groupe qualifie d' »industrielles« . Entendons par-là « musique industrielle« , soit des samples par-ci par-là qui sont censés amener un (petit ?) truc en plus. Mais qui, bien malheureusement à mon sens, ne servent strictement à rien. Sur le premier morceau nommé « Hate Itch », on entend au milieu du morceau un bruit assourdissant qui m’a même fait sursauter dans ma torpeur installée par ce doom sludge metal hypnotisant, comme une sorte de mitraillette ou une double pédale de batterie horriblement mixée, et en fait, on se demande bêtement ce que cela vient foutre là ! Franchement hein, je n’ai pas la moindre explication tangible sur la présence en particulier de ce sample, et les autres aussi par-dessus le marché. En fin de compte, je me suis dit immédiatement lors de cette première écoute, que si on gommait définitivement les samples industriels, la musique, qui demeure en qualité « démo » tout de même, serait vraiment très sympa. J’aime beaucoup les riffs d’une manière générale, cet espèce de base rythmique achalandée qui me prend aux tripes et me fait bouger de manière exagérée, et ce son particulier sur lequel je reviendrai tout de suite en bas. De toute manière, le doom sludge metal brille souvent plus par sa lourdeur voire sa noirceur que sa base mélodique. D’ailleurs, Peasant GoD s’amuse à distiller quelques riffs plutôt versés sur le stoner que sur le « vrai » sludge moderne très sombre, et va parfois chercher quelques lignes de chant héritées du post-hardcore, le cousin éloigné du sludge metal. Donc, en soi, « Null » n’est pas comme sa traduction le trahirait, soit « nul ». Il est même tout l’inverse : surprenant, efficace dans sa base rythmique, ni trop noir ni trop masculiniste à la stoner, plutôt sur un héritage post-hardcore primaire, avec un chant idoine et des instrumentations lourdes. Mais simplement, comme toute démo, il souffre de quelques maladresses ou errances qu’il convient de mentionner. Mais en soi, c’est intéressant ce Peasant GoD sorti de « null » part !

La production ! Vaste débat de savoir à quel moment l’on considère qu’une production est réussie, quand on sait que parfois les sonorités les plus dégueulasses vont parfaitement fonctionner, comme l’inverse est possible. D’ordinaire je suis un fervent défenseur d’une production typique pour le sludge metal, soit un son très boueux et enrobé, une utilisation de la basse très épaissie, le tout occupant un espace sonore tellement large que l’on en sort chamboulé. Ici, absolument pas ! Peasant GoD joue la carte risquée, très risquée même, de parfaire sa démo d’un son très « garage », pas si épais que cela, une basse certes présente mais pas comme elle le devrait y compris dans le côté stoner des riffs, et donc ces immondes samples industriels. Mais vous savez quoi ? Contre toute attente, je trouve que cela fonctionne super bien ! Étonnant, vraiment, que ces guitares étrangement aiguës sur un accordage pourtant réputé gras à l’extrême, mais je pense que la vitesse qui est mise sur certains morceaux contrebalance un peu cette discordance entre la lourdeur sonore et les riffs acerbes. D’ailleurs, Peasant GoD prend le risque de digresser sa composition vers des riffs parfois plus thrash metal par exemple, ce qui permet probablement de trouver cet équilibre entre la production un peu hors sujet s’il s’agissait de sludge metal pur, et donc le travail composal. En résumé, « Null » est versé sur un son étrange pour le genre, mais qui fonctionne étonnamment bien, et qui me semble finalement être un pari ultra risqué mais réussi. A bon entendeur, comme dit Jean-Claude Dusse : « Si tu veux un conseil, oublie que t’as aucune chance. Vas y fonce ! On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. »

Pour le reste, je suis bien en peine de dégager une quelconque analyse de l’ensemble parce qu’on n’a pas grand chose et j’ai quand-même l’impression que le projet est noyé dans l’œuf comme on dit. Mais bon ! On va essayer quand-même. Il me parait évident que « Null » parle de la société actuelle, de la modernité et ses dangers. Si l’on se fie à la pochette et au caractère revendicateur qui transparait du chant, la musique sludge metal qui est généralement issue du post-hardcore et donc avec des revendications agressives, pour sûr que Peasant GoD est un duo protestataire. Peut-être même que le côté « garage » du son est une manière de rester dans cet underground qui avait des bases politiques au départ ! En tout cas, difficile de détacher une vraie analyse de cette démo qui était censée poser des bases pour un projet sérieux mais qui s’avère en plus être la seule sortie neuf ans après. Bon… Je pense que l’on va chanter les louanges de Peasant GoD qui aura eu le mérite de sortir un truc, mais qui n’aura pas été plus loin. Au moins la réédition chez Visceral Circuitry Records aura permis de remettre « Null » en lumière et d’en faire accoucher ma chronique. Mais sincèrement, allez écouter ! Ce n’est vraiment pas déconnant comme projet.

Je vais comme d’habitude m’attarder même brièvement sur le chant parce qu’en plus, dans la catégorie doom sludge metal, c’est probablement l’une de mes techniques vocales préférées. Bon, ici, ce n’est pas du tout la même ! On est plutôt sur un chant qui ressemblerait un peu à ce que fait O.L.T.A.S. ou des groupes de stoner, avec une voix enraillée et grasse, pas forcément très recommandée d’ailleurs mais qui au moins pose quelque chose de masculin, de viril, ce qui tranche avec la noirceur ambiante de ce style. Je n’ai pas été emballé par le chant, pour être honnête. Je ne le trouve pas spécialement mauvais mais je le trouve primaire, basique, sans âme. Quand on est hypothétiquement sur une musique protestataire, j’attends plus un chant qui me transporte, pas forcément avec une technique irréprochable hein ! Mais au moins de l’émotion. Là, c’est l’encéphalogramme plat. Un peu dommage…

Pour conclure, Peasant GoD se voit proposer de manière surprenante de refaire surgir de l’ombre sa démo nommée « Null« , sortie initialement en 2017, rééditée chez un label français nommé Visceral Circuitry Records en format cassette, le label ayant déjà sorti en digital la démo en 2017. Donc, neuf ans plus tard, nous voici avec « Null » dans un format inhabituel de CD gravé ! Je me dis que la rareté du truc n’en sera que plus précieuse. Pour autant, la musique proposée par Peasant GoD n’est pas du tout inintéressante. Porté par un doom sludge metal dont émanent quelques relents industriels, cette démo aurait mérité autre chose. Une réédition complète par exemple, le retrait des samples industriels aussi inutiles que mauvais, peut-être essayer de retoucher un peu le son même si ce dernier, contre toute attente, fonctionne pas trop mal. En tout cas, cela pose une énième fois la question de la réédition si c’est pour refourguer la même charrue sonore et redonner vie à un embryon déjà noyé dans l’œuf… Une démo intéressante, pas mal du tout, mais qui aurait mérité autre chose, vraiment. A découvrir pour les plus téméraires.

Tracklist :

  • Hate Itch 06:14
  • Yours to Suffer 04:10
  • Erased 00:50
  • Mindlapse 05:08
  • Last Gasp 07:19
  • Null 02:17

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