Note de la SoilChroniqueuse (Leeloo) : 7/10
Quand NoFX a officiellement tiré sa révérence en 2024, personne n’a vraiment voulu y croire. Trop habitués à leurs pirouettes, trop conscients que ce groupe n’a jamais fait les choses comme tout le monde. Une tournée d’adieux qui s’étire, des archives qui débordent, et aujourd’hui… un alphabet entier de raretés exhumées. Franchement, on ne va pas se plaindre : tant que NoFX continue de lâcher des morceaux, on sera toujours là pour user la platine.
Et puis, on le savait. Fat Mike l’avait annoncé dès 2022, presque en passant : « J’ai déjà trois autres disques prêts… puis il y aura NoFX : A to Z. » Autant dire que l’arrivée de A to H, premier volet de ce triptyque posthume, n’a rien d’un accident. Démo poussiéreuse, versions alternatives, titres jamais publiés… chaque lettre de l’alphabet devient une excuse parfaite pour fouiller dans les entrailles du groupe. Le tout emballé dans une pochette signée par la légende Shag. Nostalgie enclenchée, cœur punk ouvert.
The Audition
On démarre avec un morceau déjà connu des fans les plus assidus via le 7” of the Month Club en 2019. Ici, quelques secondes d’introduction en plus viennent poser l’ambiance. Rien de révolutionnaire, mais suffisamment pour rappeler ce qu’est l’archéologie selon NoFX : on exhume, on gratte, on ajuste… ou pas. Le son sent encore le local de répétition crasseux, les amplis qui bourdonnent avant même d’être branchés. Pas indispensable, mais parfaitement logique pour ouvrir la lettre A : le groupe à l’état brut.
Barcelona
Là, on touche au nectar. Imaginé il y a douze ans mais enregistré après les tout derniers concerts du groupe, "Barcelona" est techniquement la dernière chanson de NoFX. Et comme souvent, ils ne pouvaient pas faire simple. Fat Mike invite David Pastorius, neveu du mythique Jaco Pastorius, à la basse… alors que lui-même est bassiste. Résultat : une intro et des premiers couplets posés par Mike, avant que Pastorius ne débarque avec un jeu plus acrobatique, nerveux, jusqu’à un passage en tapping que le groupe n’était même pas sûr de garder. Ils l’ont laissé. Parce que pourquoi pas. Le morceau sonne comme une carte postale envoyée trop tard, mais reçue pile au bon moment.
Cigarette Girl
Le seul véritable inédit du lot. Court, sec, efficace. Typiquement le genre de morceau qui aurait trouvé sa place sur Self Entitled. Tempo direct, humour en arrière-gorge, attitude faussement désinvolte. Ce n’est pas celui qui va bouleverser la discographie, mais c’est exactement le genre de titre qui justifie l’ouverture des archives.
Don’t Count on Me (Demo)
Encore un revenant du 7” of the Month Club, présenté ici dans la même version que celle de 2019. L’intérêt n’est pas la nouveauté, mais la sensation de réentendre une chanson en chantier, encore rugueuse, presque jetée sur bande. NoFX enregistrait comme d’autres respirent, et cette démo en est la preuve brute.
Everything in Moderation
Déjà croisé sur l’EP Never Trust a Hippy (2006) puis sur The Longest EP (2010). Rien de neuf sous le soleil, mais symboliquement, ça fonctionne parfaitement. Si tu montes un musée NoFX, certaines œuvres reviennent forcément sur plusieurs murs.
Fleas (Live at MySpace)
Instant nostalgie massif. Enregistré en 2009 lors des MySpace Transmissions, à l’époque bénie — et un peu gênante — où MySpace tentait de devenir une plateforme de contenus exclusifs. Le son est imparfait, les paroles varient légèrement, mais l’énergie est intacte. Concentrée. Le genre de performance qui aurait groové même enregistrée sur un dictaphone fatigué.
Generation Z (Demo)
L’un des sommets émotionnels de ce volume. La version finale sur First Ditch Effort (2016) était déjà un uppercut existentiel. Cette démo, plus courte et plus rêche, conserve toute sa portée prophétique : un monde qui court droit dans le mur, un futur qui ressemble à une blague acide. Dix ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Et c’est peut-être ça, le plus glaçant. NoFX a toujours eu ce talent rare : passer du potache au tragiquement lucide sans prévenir.
Hardcore 84
La claque finale. Déjà présent sur Regaining Unconsciousness (2003) et The Longest EP (2010), mais impossible de s’en lasser. Un morceau qui cogne dur, comme si le groupe voulait encore arracher la moquette du studio. Sous la dérision et les vannes, NoFX reste avant tout un pilier hardcore des années 80. Efficace, mélodique, essentiel.
A to H, et encore tout l’alphabet à venir
A to H est moins une compilation qu’une excavation.
Une plongée dans les strates d’un groupe incapable de s’arrêter d’enregistrer, d’expérimenter, de laisser traîner des morceaux comme des canettes vides après une tournée. Ce n’est ni un retour, ni une suite. C’est un premier acte post-séparation, une main tendue depuis le passé.
Et surtout, le début d’un alphabet complet en trois volets remplis de reliques, d’ébauches, de nouveautés et de bizarreries.
On n’a peut-être plus le groupe, mais on continuera longtemps à recevoir leurs messages jetés dans des bouteilles punk à travers le temps.
Tracklist :
- The Audition – 2:31
- Barcelona – 2:29
- Cigarette Girl – 2:10
- Don’t Count on Me (demo) – 1:57
- Everything in Moderation (especially moderation) – 1:25
- Fleas (live at MySpace) – 1:55
- Generation Z (demo) – 4:39
- Hardcore 84 – 1:53








