Note de la SoilChroniqueuse (Aur’Hell) : 8,5/10
Bon, soyons honnêtes : avec un titre pareil et une pochette qui donne l’impression que quelqu’un vient de passer une très mauvaise journée derrière une vitre cassée, Lost In Kyiv ne partait pas exactement sur une comédie romantique.
Et pourtant, “We’re All Going To Be Fine” est un album qui réussit plutôt bien à transformer la noirceur en quelque chose de presque réconfortant. Une première surprise pour moi, puisque je ne connaissais pas encore Lost In Kyiv.
Et je dois dire que cette découverte fait plutôt plaisir.
Le quatuor parisien roule sa bosse depuis 2007 et possède déjà une jolie discographie.
Curieuse, je suis donc allée jeter une oreille à leurs précédents albums et j’ai surtout constaté que les gars n’avaient pas passé dix-neuf ans à refaire le même disque avec une pochette différente.
Leur évolution est assez nette : partis d’un post rock assez pur, ils ont progressivement intégré les synthés et l’électronique, avant d’arriver aujourd’hui avec une proposition nettement plus métal.
Une évolution qui donne à “We’re All Going To Be Fine” une vraie personnalité et qui montre surtout que Lost In Kyiv continue de chercher plutôt que de se contenter de reproduire une formule qui fonctionne déjà.
Et il y a peut-être un lien avec l’arrivée d’un nouveau batteur. Coïncidence ? Possible.
Il faut aussi préciser que je ne consomme pas beaucoup d’instrumental.
Il m’en faut généralement un peu plus que trois guitares qui se regardent dans le blanc des yeux pendant huit minutes pour éviter que mon cerveau ne parte faire autre chose.
Et pourtant, ici, ça fonctionne immédiatement. “We’re All Going To Be Fine” est suffisamment riche, varié et vivant pour que je l’aie dévoré d’une traite.
On pense évidemment à Mogwai par moments, notamment dans cette façon de construire patiemment une tension avant de lâcher les chevaux. Mais Lost In Kyiv a suffisamment de personnalité pour éviter le simple copier coller. Les synthés, les textures électroniques et cette orientation post metal de plus en plus marquée leur donnent une vraie identité.
Et justement, le gros changement se trouve là : c’est plus lourd. Les guitares prennent de l’ampleur, la basse grogne davantage, la batterie pousse derrière et les guitares baryton donnent à l’ensemble une belle profondeur. On reste dans le post rock, mais avec quelques kilos de fonte supplémentaires dans le sac à dos.
“Burst” est un excellent exemple de cette nouvelle orientation : massif, énergique, mais suffisamment aéré pour que chaque instrument puisse respirer. « Euphoria », avec ses neuf minutes, prend davantage son temps et déroule une montée progressive particulièrement efficace. Le genre de morceau où l’on se dit « allez, encore cinq minutes » alors qu’il n’en reste déjà plus qu’une.
Mais mon gros coup de cœur reste “Eclipse”. Pour moi, c’est le morceau qui représente le mieux toute la richesse de l’album. On y retrouve les atmosphères électroniques, les guitares lourdes, les mélodies, les montées en puissance et les moments de respiration. Bref, presque tout le menu est là.
Et surtout, il y a les cuivres.
Alors oui, dit comme ça, « du post-metal avec des cuivres », ça peut donner l’impression qu’on a perdu un pari. Pourtant, c’est probablement l’une des meilleures idées de l’album. Ils arrivent au bon moment, apportent une dimension presque orchestrale et donnent encore plus d’ampleur au morceau. Ce n’est pas un gadget posé là pour faire « original ».
L’album joue d’ailleurs beaucoup sur les contrastes. Les passages calmes laissent respirer les synthés et les ambiances avant que les guitares ne viennent rappeler qu’on est quand même là pour prendre quelques décibels dans les dents. Mélancolie, tension, fragilité et espoir se croisent constamment.
Les titres donnent également l’impression de suivre un parcours émotionnel. “Liminality”, avec son sample de Carl Jung, vient fermer le disque de manière assez introspective. Parce qu’après quarante minutes de post metal, évidemment, ce qu’il nous fallait pour rentrer chez nous sereinement, c’était une petite séance de psychanalyse.
La production est à la hauteur des ambitions. Le son est large, propre, puissant et très cinématographique, avec beaucoup de détails dans les arrangements. Lorsque le groupe laisse de l’espace, c’est particulièrement réussi. On profite pleinement des couches de guitares, des synthés et de la section rythmique.
“Becoming” constitue pour sa part une petite parenthèse avec l’arrivée de la voix de Rebecca Need-Menear. C’est une belle prise de risque et le morceau fonctionne très bien, même si cette présence vocale tranche forcément avec le reste du disque. Un peu comme si quelqu’un avait invité une chanteuse dans une réunion de post metal sans prévenir les autres participants. Mais finalement, pourquoi pas ?
Au final, “We’re All Going To Be Fine” est une très belle découverte et surtout un album qui montre que Lost In Kyiv continue d’avancer. Leur évolution est assez remarquable : du post rock de leurs débuts, puis maintenant vers un post metal plus assumé, le groupe ajoute de nouvelles couches sans abandonner ce qui faisait son charme.
Ce n’est probablement pas l’album qui va révolutionner le post metal, mais franchement, est-ce vraiment nécessaire ? Si on peut déjà faire un disque aussi immersif, mélodique, puissant et suffisamment varié pour retenir quelqu’un qui écoute peu d’instrumental pendant quarante minutes sans pause, c’est déjà une belle victoire.
Pour moi, “Eclipse” est le résumé parfait de cette évolution, notamment grâce à ses cuivres qui apportent cette petite touche inattendue. Mais l’ensemble mérite vraiment d’être découvert.
Bref, je suis arrivée sans connaître Lost In Kyiv et je repars avec l’envie de me plonger dans leur discographie.
Comme quoi, parfois, il suffit de quelques grosses guitares, de synthés, d’un nouveau batteur et d’une bonne dose de mélancolie pour convaincre un sceptique.
Et finalement, après tout ça, j’ai envie de dire : yes, we’re all going to be fine.
Tracklist :
1. Enlightened (1:47)
2. Burst (6:42)
3. Mantra (4:14)
4. Eclipse (5:57)
5. Becoming (5:51)
6. Euphoria (9:06)
7. Liminality (7:18)
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