Jours Pâles – Résonances

par Metalfreak | Jan 1, 2026 | Chroniques, Chrocorico Soil | 0 commentaires

Line-up sur cet Album

Spellbound - Chant
Alexis - Guitares
Stéphane - Guitares
Alex - Basse
Session :
Ben - Batterie

Style:

(Black) Metal Mélancolique

Date de sortie:

05 décembre 2025

Label:

Les Acteurs de l'Ombre Productions

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.5/10

"Décembre ! le mois noir ! les courtes journées. De huit heures du matin à quatre heures du soir, le soleil n’est qu’une lueur de veilleuse, très pâle, très lointaine, perdue dans un espace de brume. L’astre se devine plus qu’il ne se voit ; il refuse la chaleur et presque la clarté. Le globe terrestre semble voguer à l’aventure, égaré dans un océan atmosphérique. On croirait, sous les ciels bas, osciller sur une route incertaine, tâtonner tout au long des journées sans soleil et des nuits sans étoiles." (Gérard Leroy)

Décembre, le mois noir. C'est bien cela dont il s'agit. Certains voient l'occasion des fêtes comme une forme de commémoration d'une année particulièrement éprouvante, comme tous les ans si l'on se fie à tout un tas de paradoxes qui englobent le monde. Pour ma part, je vis cette période d'arrivée de l'hiver comme une épreuve manichéenne. D'un côté je me réjouis des moments de fête, comme cette année où ma fille et moi avons découvert les marchés de Noël en Alsace et tout le folklore qui va avec, qui me permet de profiter d'elle pendant les vacances plus que le reste de l'année avec le boulot ; et de l'autre côté avec cette corvée monumentale qui consiste en la quête du parfait cadeau de Noël pour beaucoup de gens. Cette corvée me procure une sorte d'angoisse sourde, qui m'envahit au fur et à mesure que les journées raccourcissent. On pourrait croire que cette période est propice de mon côté à l'épanchement sordide de mes sentiments pour la création artistique. En vérité, c'est plus une période de léthargie qui s'étend jusqu'à fin janvier et tous les anniversaires qui tombent en même temps sur le solstice du Capricore et du Verseau dont je fais partie. D'ailleurs, comme le Verseau, je traverse décembre avec la futilité pudique de l'introverti en sommeil. Au moins je me montre, au mieux je me porte ! Histoire d'affronter la magie blanche d'une fête qui se gangrène avec la magie noire du consumérisme, j'ai besoin d'entrer en hibernation même l'espace de quelques jours ou quelques heures. Avant, c'était novembre qui était mon mois de malchance, et depuis deux ans c'est plutôt décembre. J'ai l'impression, sans être certain de mes propos, mon analyse pouvant être purement subjective, que les sorties de décembre sentent le soufre d'un point de vue des émotions. Que le mois de décembre n'est pas choisi par hasard. Mütiilation par exemple, qui sort un album le 26 décembre, le lendemain de Noël, outre le choix audacieux de la date pour la promotion de la part d'Osmose Productions, je trouve que ce n'est pas fait par hasard. Bref ! Cette citation de Gérard Leroy me semblait opportune pour décrire l'état d'esprit dans lequel je me trouve depuis le début du mois. Et puis, d'un coup, une sortie est venue tout bouleverser ! Un peu comme un miracle de Noël comme diraient les bigots, un groupe a sorti son exutoire pile quand je commençais mon passage à vide annuel. Un album qui, quand on sait que son principal maître d'œuvre est Jours Pâles, va forcément faire écho à cette période trouble. Et cette offrande s'appelle cette fois-ci "Résonances". Un mot fort pour un musicien très fort, que ce soit dans le talent que dans l'expression des émotions pour m'accompagner lentement vers le solstice d'hiver !

Par pêché de farniente, j'ai repris la manière avec laquelle j'avais déjà présenté Jours Pâles parce que les mots me semblaient déjà bien choisis : "J’avais fait une belle présentation de Jours Pâles, à la hauteur de l’artiste derrière le projet qui fait partie des chanteurs que j’admire dans le milieu metal français actuel. Spellbound a fondé son projet dont le nom vient d’un ancien de ses groupes, Asphodèles, et de son seul et unique album, en 2020 et en parallèle avec son autre groupe non moins connu en France, Aorlhac ! Quatre années plus tard, notre camarade cumule trois albums en comptant ce dernier "Dissolution", les deux précédents étant de véritables chefs d’œuvres. Je le dis comme je le pense, et je ne suis pas le seul à le dire tant la réception des deux précédentes sorties était unanime. Maintenant, ce troisième album sonne probablement comme un acte de confirmation, mais encore faut-il réussir l’épreuve du feu comme on dit. Toujours est-il qu’aujourd’hui, dans le paysage metal extrême français, Jours Pâles résonne en à peine quatre ans comme une valeur sûre tant son créateur est un fantastique artiste. Je me lance dans l’écoute de « Dissolution » avec confiance !" Que s'est-il passé depuis ? Eh bien, "Résonances" est le quatrième album et pour celui-ci, le line up du groupe s'est étoffé avec l'arrivée de … Jours Pâles a également pu se produire dans quelques dates dont certaines bien sympathiques, prouvant par-là que le groupe plait et que sa musique ne laisse aucunement indifférent. Pour ma part, je n'ai pas encore trouvé l'occasion d'aller les voir mais en 2026, je le promets solennellement : je le ferai. Bon ! On va causer de ce quatrième album et de son impact dans ma fin d'année.

Première bonne surprise et non des moindres : la qualité du diipack reçu ! Je vous explique : j'avais plusieurs fois fait remonter dans mes chroniques concernant Les Acteurs de l'Ombre Productions que les digipacks reçus n'étaient pas d'une qualité de colorimétrie recevable. Toujours trop sombres, les artworks n'étaient vraiment pas mis en valeur du tout, au détriment de nombreux groupes talentueux. Or, vous connaissez mon attachement sincère pour les artworks et j'y consacre religieusement à chaque chronique un paragraphe. Aussi, que ne fut pas ma surprise en déballant le CD de Jours Pâles, et de constater que ce dernier est d'une qualité remarquable, vraiment ! J'adore sur ce digipack le montage avec du carton normal et un côté brillant qui se reflète selon la lumière, et qui donne un côté miroir à l'artwork que je trouve magnifique. Alors, autant j'avais été très dur avec le précédent album "Dissolution" par rapport au design que je trouvais raté pour diverses raisons. Mais concernant "Résonances", le résultat dépasse totalement mes espérances. On a deux forts symboles que sont la Mort dans son rôle de Grande Faucheuse, et un phénix. A moins que ce soit un "jar-ptitsa", "oiseau de feu", qui est une créature mythique slave qui symbolise la quête impossible. J'allais dire, peu importe ! Parce que l'on devine tout de suite que la mort est ici représentée comme étant plus forte que cet oiseau qui s'avère en plus de cela enchainé. J'y vois donc une allégorie de la mort qui tord le cou à la résurrection et / ou la quête impossible de toute une vie, et donc l'espoir, ou l'espérance si l'on se situe sur une dimension escatologique. Et si cette théorie se couple avec la définition de résonance comme étant "l'effet qui se répercute dans l'être d'une personne" (Wiktionnaire), on peut donc retrouver ce qui fait selon moi la force artistique du créateur et compositeur de Jours Pâles, Spellbound, qui se sert de sa sensibilité et son regard sur le monde pour sortir une musique incroyable. Car cet artwork est manifestement une représentation du combat que mène son géniteur avec la Mort et ses idées noires (pour avoir lu une interview de Spellbound). Et en cela, il est extrêmement puissant ! Non seulement très beau, mais aussi et surtout très puissant. Beau boulot de la part de Sébastien Grenier qui a su retranscrire ce qui fait la grande force de la musique de Jours Pâles !

Il l'a dit, martelé et pourtant bon nombre de personnes ont du mal à le respecter, moi le premier du temps de "Dissolution" et en cela, je présente mes excuses : Jours Pâles ne fait pas de black metal ! Il y a probablement des inspirations puisées dans la musique black metal, notamment sur certains riffing, et le fait est que Spellbound évolue dans Aorlhac qui, pour le coup, fait effectivement dans le black metal mélodique, influence beaucoup les auditeurs et chroniqueurs en conséquence, mais lui propose une appellation qui me va, même si je suis personnellement attaché aux étiquettes de genre dans la musique metal de peur que ce soit définitivement l'anarchie : du metal mélancolique. Mais au détriment du metal pirate par exemple, jamais une appelation hybride n'aura aussi bien porté son nom. Car oui, c'est évident, Jours Pâles tape fort dans la mélancolie. Sa musique, d'une complexité rare mais d'une authenticité rare aussi, crache la dépression et le pessimisme par tous les pores de la peau. Il y a même une dimension très chaotique dans la composition, car les riffs sont très changeants selon les morceaux, frôlant par-là même le metal progressif sur certains passages, voire un côté un peu jazz sur le sentiment que l'improvisation est de rigueur parfois. Et cette spontanéité, si toutefois elle est avérée au moins dans le processus de composition, je la trouve très parlante et c'est probablement ce qui me prend le plus aux tripes. Il faut éclaircir un point nouveau, le line up n'a pas évolué depuis la dernière fois, semblant faire croire que l'alchimie est impeccable entre la composition complexe et très personnelle de Spellbound et les protagonistes qui ont enregistré le tout en studio. Il est à noter que le tout a été mixé et masterisé chez celui qui assure la batterie sur l'album "Résonances", le fameux Ben Lesous que décidément je vois de plus en plus chez Les Acteurs de l'Ombre Productions. Résultat : l'album fonctionne très bien, le tout paraît effectivement un brin chaotique, mais l'ensemble est harmonieux et transpire la mise à nu, de telle sorte que pour la plupart d'entre vous, il faudra un temps d'adaptation certain, car la musique de Jours Pâles n'est pas là pour être accessible. Elle est là pour servir d'exutoire et en cela, la problématique de la pudeur est de mise. A titre personnel, et cela depuis toujours, j'adore Jours Pâles, donc il allait de soi qu'en ayant en plus de cela ce recul nécessaire à l'appréhension d'un nouvel album, j'allais être satisfait. Ce fut le cas en première écoute ! Je suis rentré dans ce profond marasme musical qui s'en va vers des compositions non pas sybillines, mais qui demandent un temps d'adaptation pour comprendre et ressentir l'empathie idoine à ce type de démarche artistique. C'est encore une fois un sans-faute pour moi.

Alors ! Je tenais à dire que Jours Pâles ne fait pas dans le black metal, et je maintiens que cette affirmation est exacte, à un détail près : la production. Parce que quand-même, je trouve que la production est inhérente au genre black metal. Ne serait-ce que dans l'accordage des guitares et le côté incisif de l'ensemble du son. D'ailleurs, on peut faire un rapprochement analytique entre la démarche artistique de Jours Pâles et l'incision nécessaire à ce type de musiques, que ce soit du black metal ou du metal mélancolique. En tout cas, si la composition demeure à l'abri du joug facile du black metal, il n'en demeure pas moins que la production de "Résonances" et le pedigree du sieur Ben Lesous ne peut que nous amener à faire un rapprochement possible avec le black metal (on croirait GussDx quand il explique qu'il a à faire avec un phénomène paranormal mais qu'il n'ose pas le dire). Pour ma part, je trouve en tout cas le son très bon, très audible et c'est un élément important avec ce type de musique, que tous les instruments soient bien en place pour qu'on les entende parfaitement et que chacun, qu'il soit lead ou rythmique, ait sa prépondérance. Mais en cela, je ne me faisais pas de souci particulier de toute manière. Spellbound et ces acolytes ont beau laisser place à l'introspection et l'authenticité, je savais par avance que le son occuperait une place importante dans le processus final, démontrant un sérieux indéniable et surtout, que l'on peut faire authentique et travaillé en même temps, et c'est l'une des grandes forces de Jours Pâles. Et "Résonances" ne fait ainsi pas exception, c'est de l'excellent boulot !

Maintenant, quand on pousse le bouchon jusqu'à essayer d'entrer en profondeur dans une analyse de l'ouvrage, on s'aperçoit très vite dans quelques cas isolés, que l'analyse ne peut pas aller bien loin qu'un simple constat factuel mais primordial. Il y a toujours eu chez Jours Pâles quelque chose de viscéral, d'intime et même de pessimiste qui fait qu'on ne peut pas décemment aller vers une analyse pompeuse. On se contente finalement de revenir à une dimension archaïque de la condition de l'Homme, de cette exposition des sentiments à travers la musique qui berce dans le paradoxe de se servir de la musique comme un exutoire à la souffrance et qui devrait rester intimiste, mais qui d'un autre côté, par cette exposition, fait prendre le risque à son géniteur de ne pas plaire et de s'exposer à une critique qui dévirait du caractère exutoire vers l'inverse, vers la souffrance. Et c'est en cela que j'admire énormément Spellbound. Parce qu'on sent que sa musique lui sert de thérapie, mais qu'il ose prendre le risque de retourner cela et de devenir son propre ennemi. Rien que le nom Jours Pâles est un paradoxe en soi, un oxymore, une dualité entre la lumière et l'ombre pâle. Et c'est un détail, mais au travers le prisme moderne qui gangrène le milieu musical et a fortiori, le metal, et qui consiste à mettre en avant non pas la musique mais le visuel et un certain nombre de codes sur lesquels je ne rentrerai pas en détail ici, Les Acteurs de l'Ombre Productions continue de célébrer comme il se doit la musique d'un homme qui fuit inconsidérablement la lumière et tout ce qui est visuel, au fond de son Cantal, pour ne sortir de sa torpeur que pour vomir sa dépression et pour survivre. Et franchement, en cela, Jours Pâles mérite vraiment, vraiment, que l'on s'y intéresse. Parce que son créateur et ses camarades musiciens nous rappellent à tous à quoi sert la musique : à extérioriser ce qui est le plus enfoui en nous. Au passage, j'adore quand les artistes parlent de leurs enfants, comme Blóð pour l'album "Mara" et ici, la fille de Spellbound, Aldérica, est mentionnée comme dans le précédent album. Pour le père que je suis, cela me touche énormément. Bref, camarade, tu as encore composé un sans-faute !

Et pour terminer, place au chant qui comme chaque fois, remue les entrailles. Il ne chante pas et cela ne sert à rien de s'attarder à savoir de quelle technique il s'agit, non. Il ne chante pas, il vocifère. Il expulse je-ne-sais-quel ressentiment à chaque phrase, dont les textes sont d'une qualité encore une fois remarquable. Inutile de comprendre quand vous écoutez l'album "Résonances" et même les précédents méfaits, à quel point le chant participe de manière prédominante à tout le processus musical et prend une place redoutablement à part ! C'est un peu le centre névralgique de la musique chez Jours Pâles, la raison d'être de la musique car selon moi, dans la composition, je ne serais pas étonné que le chant est englobé par la musique et non l'inverse. Un texte a retenu mon attention particulièrement : du morceau "Savile", qui semble être une violente attaque envers certaines affaires judiciaires et spécialement des affaires de pédophilie. J'ai été frappé par l'énorme puissance de ce morceau au chant, d'autant que je trouve notamment le placement bluffant, comme si Spellbound avait ce génie de savoir placer son texte tout en improvisant. C'est juste oignant et même l'instrumental dédié à sa fille m'a ému. C'est la grande grande force de Jours Pâles, savoir faire remonter nos émotions. Chapeau bas.

Bon bon bon… Encore une chronique qui manque un peu d'objectivité n'est-ce-pas ? Pourtant, j'essaye de ne pas prendre de groupes que je connais déjà et encore pire ! Que j'adore. Mais Les Acteurs de l'Ombre Productions ont cette manie de savoir me faire plaisir et Jours Pâles ne pouvait qu'être une évidence que l'album "Résonances", quatrième dans la hiérarchie, allait me plaire. D'autant qu'il le sait désormais, j'admire le créateur et compositeur du projet, le nommé Spellbound. Il a comme la dernière fois été bien entouré par l'équipe qui a permis de donner vie à "Dissolution", et je m'en réjouis car le résultat est époustouflant. Cet album de metal mélancolique, appelons un chat un chat, est tout simplement la plus belle sortie de 2025 qui m'ait été donnée de découvrir. Une sorte de confirmation du talent incontestable de son géniteur, mais qui continue encore à se sublimer et qui se sert avec un gout du risque certain son profond mal-être sur la vie. Un peu comme le fait ou faisait Vociferian, la démarche est pleine d'empathie. Alors égoïstement, je souhaite que Jours Pâles perdure dans son ascension et continue de me fendre les entrailles à chaque note, tant le groupe me porte. Mais ce serait souhaiter d'abord et avant tout que Spellbound aille mal, et cela… Paradoxe à son image n'est-ce pas ? Bravo l'ami, vraiment.

Tracklist :

  1. La frontière entre nous et le néant 03:13
  2. Une splendeur devenue terne 11:04
  3. L'essentialité du frisson 05:42
  4. Cinéraire 07:27
  5. Incommensurable (chanson pour Aldérica II) 04:35
  6. Mouvement ostentatoire rémanent totalitaire 05:38
  7. Viens avec moi 05:33
  8. Savile 06:48
  9. La plus belles des saisons 04:50
  10. 10-11-2021 03:04

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Chronique "Eclosion"
Chronique "Tension"
Chronique "Dissolution"
Live report Nantes 2022
Live report Montagny 2023

Concerts:

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