Inerte – Singulier

par Metalfreak | Jan 24, 2026 | Chroniques, Chrocorico Soil | 0 commentaires

Line-up sur cet Album

Nicolas – Tout

Style:

Dark Metal / Blackened Death Metal

Date de sortie:

19 décembre 2025

Label:

Autoproduction

Note du SoilChroniqueur (Quantum) : 9.5/10

Etre inerte, c’est être battu.” Charles de Gaulle

Quand la musique est un formidable exutoire, il n’est pas rare que l’on tombe dans un ouvrage tellement intimiste que les émanations qui s’en dégagent aient une odeur indicible. Il faut bien se remémorer que si certains ambitionnent une quelconque reconnaissance en sortant un album, certains se sentent en quelque sorte « obligés » pour leur survie, de sortir la musique telle un exutoire, une bouée de sauvetage. C’est dans ce registre précis, dans ce but presque vital, que l’on comprend, surtout si l’on est comme moi rompu à l’exercice de l’analyse psychologique, ce qui se trame dans les bas-fonds de l’âme humaine. J’avais récemment une discussion intéressante avec un ami et acolyte dans un de mes projets, qui me demandait le plus naturellement du monde si je me considérais comme tourmenté. La question a eu le mérite de me faire réfléchir quelques secondes, tant elle était inattendue et sonnait justement comme une sorte d’appel à la confirmation, comme si la personne en face de moi espérait que je fusse dans le même cas que lui. En tout état de cause, je le ressentais ainsi, et ma réponse n’a manifestement pas vraiment apporté la satisfaction tant attendue. Puisque, oui ! Je ne me considère pas véritablement comme quelqu’un de torturé mentalement. J’ai une vie banale, un boulot que j’adore, une fille que j’adore par-dessus tout, une chérie que j’aime énormément, en dehors du boulot et de la routine qui va avec, j’ai encore la chance d’avoir l’énergie pour bouger fréquemment, visiter la France et voyager régulièrement, bref. Je ne me considère pas spécialement comme torturé mentalement. Mais ! Il arrive effectivement des moments où une certaine noirceur remonte à la surface, qui se traduit par une sorte de mutisme, et à ce moment-là, mon imagination entre en scène. Véritable salut dans l’immensité de l’océan des tourments, mon imaginaire extraordinairement foisonnant, me permet d’extérioriser notamment par l’écriture quelques relents de tourments qui sont enfouis. Vous savez, nous connaissons tous des traumatismes dans nos vies, Freud considérait d’ailleurs la naissance comme un traumatisme ! Et ce sont ces traumatismes qui engendrent des comportements et des pensées qui sortent de ce que l’on nomme philosophiquement « la norme« . On n’ira pas jusqu’à évoquer les névroses car le but ici n’est évidemment pas de faire un cours pompeux de psychologie, mais disons que, pour résumer la chose, nous sommes tous amenés à chercher des exutoires à nos tourments. Et pour ma part, si la musique joue un rôle majeur aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que mon premier amour est l’écriture et l’observation, l’analyse. La rédaction des chroniques est donc pour moi un formidable exutoire, si tant est que le temps me permette de contribuer encore à ce chouette webzine qu’est Soil Chronicles, que j’ai par ailleurs rejoint il y a déjà huit ans ! Pourquoi je suis reparti dans un laïus comme tel ? Parce que parmi les nombreux projets qui sortent sur la scène underground française, il y en a un qui me sied tout particulièrement, par cette dimension cathartique. Il s’agit d’Inerte, et cela tombe bien ! Il a sorti un nouvel album nommé sobrement « Singulier« .

Souvenons-nous, Inerte avait fait l’objet d’une première chronique (>> ici <<). De mémoire, j’avais spontanément proposé une chronique à son maître fondateur, Nicolas, après avoir eu un vrai coup de cœur pour ce premier album éponyme. Du reste, nous avons gardé un peu contact et lorsque le bien nommé Nicolas m’a parlé de son deuxième album et m’a demandé si je voulais bien le faire en chronique, je n’ai pas hésité une seconde ! La seule condition était que je chronique l’album une fois le support physique acheté et reçu, dont acte. Pour parler un peu du projet, Inerte est né à Lille en 2019. La petite différence est qu’à ce jour, pour ce second méfait, il semblerait que Nicolas se soit entouré d’autres musiciens pour enregistrer « Singulier » et il se murmure que le projet pourrait voir le jour sur scène cette année ! Autant d’arguments, outre le fait que le fondateur d’Inerte est un chouette mec, qui me motivent à mettre à l’honneur cet album ici, modestement évidemment. C’est parti !

Et si on parlait de cette pochette ? Oh ben oui, on aime chez nous parler de pochettes. Enfin, surtout moi… Je n’avais pas été très tendre avec le premier artwork qui était très sombre, la faute probablement à un défaut de pressage que j’ai, pour l’anecdote, retrouvé plusieurs fois sur des sorties chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. Là, au moins, le tir a été rectifié et l’artwork est parfaitement visible. Et que dire, si ce n’est que la qualité est totalement au rendez-vous. Créé par un certain ***, je trouve qu’il y a un jeu sur les différents symboles qui me piquent de curiosité plus qu’il n’en faudrait en temps normal. On y voit deux personnages humanoïdes dans une posture étrange, qui semble déterminer ce qui ressemble à une relation toxique, voire mortelle. Le fait de coupler un enlacement avec un poignard en position d’agression me fait effectivement penser à un attachement toxique, ici peut-être symbolisant le côté toxique de la foi ou, de manière plus manichéenne, à la vie. Comme une forme de dépression. En fait, les deux sont possibles puisqu’il est fait mention dans l’album des deux sujets, de manière métaphorique. L’un des personnages est d’apparence masculine, l’autre plus supposément féminin, en tout cas les deux ont des visages soit masqué par une sorte de couvre visage grossier en bois avec une couronne d’épines (symbole du divin par la souffrance), l’autre avec des cornes de bouc. Les personnages semblent faits de pierre et le décorum général plaide pour un univers minéral, y compris dans les couleurs. Or, la symbolique du minéral est la solidité mais aussi l’éternité, la froideur et l’absence de sentiments. Appuyé par la présence en fond d’image d’une sorte de double soleil, l’un noir, l’autre lumineux, je pense qu’en fin de compte, nous avons à faire avec un album qui traite d’une dimension clair-obscur, probablement ce paradoxe un peu borderline entre psychologique qui fait que l’on souffre d’un conflit psychique souvent un peu manichéen, entachant notre rapport à la réalité tant elle est vécue comme impossible à supporter. Il va donc que « Singulier » traiterait selon moi de ce conflit insondable entre la psyché et la réalité, qui peut faire entrer le pantin humain dans un conflit perpétuel, l’emmenant tantôt vers un état de sidération, tantôt vers un état dépressif pouvant conduire au pire. Voilà ce que m’évoque cette pochette qui est d’une très grande qualité et qui est très attrape-œil. Maintenant, reste à savoir si la musique m’évoque la même chose. Mais pour ce qui est de la pochette, on a clairement franchi un palier important et cette dernière, loin d’être brouillonne comme j’ai pu le lire ailleurs, est faite pour que l’on s’interroge. C’est mission accomplie haut la main pour moi !

Ce qui m’avait énormément plu dans le précédent méfait était la grande richesse des riffs. La base séculaire, si tant est qu’il soit indispensable d’en nommer une, serait toujours le black metal, par les différentes dissonnances dans les parties guitares et le côté très froid et incisif. MAIS ! Réduire à cette simpliste étiquette Inerte serait presque un manque de respect tant « Singulier » abonde de nombreux jeux de riffing différents et jouit d’une richesse qui est montée un bon cran au-dessus depuis l’album éponyme sorti en 2022. On a tour-à-tour des riffs qui glissent vers une forme de blackened death metal pour cette apparente épaisseur sonore et la très légère brutalité, plus forte qu’une incision classique au black metal, tantôt des passages beaucoup plus black metal, l’ambiance générale se situant sur un genre que l’on nomme plus rarement « dark metal« . On retrouve également des ruptures rythmiques très nettes, quelques passages en clean du plus bel effet qui faisaient déjà le charme incontestable d’Inerte auparavant, qui font que notre ami compositeur Nicolas ne se prive aucunement de rompre la dynamique des morceaux pour casser l’auditeur dans sa zone de confort. Après, je ne vais pas, contrairement à d’autres chroniqueurs, m’aventurer dans le répertoire assommant et inutile des différentes références de metal que l’on peut trouver dans le riffing, mais sachez qu’il y en a pour pas mal de gouts. En fait, il ne faut pas tomber dans le piège justement, d’essayer de lister les nombreux styles usités ici parce que c’est là qu’on se perd immanquablement. En première écoute, on comprend très rapidement que les compositions sont construites autour des états d’âme de son maitre à penser, ou plus exactement sur les chapitres qu’il souhaite aborder. Le résultat est que l’album, non content d’explorer différentes incorporations à ses sonorités black metal / death metal, nous entraine vers un album-concept qui suit en plus de cela une logique largement palpable, tout en taquinant l’auditeur sur des ruptures rythmiques et donc, on peut le dire, une sorte de chaos musical qui a un rôle prépondérant à jouer. Je note toutefois que la logique musicale se trouve essentiellement sur les riffs guitares qui gardent une même logique mélodique, et même si les riffs varient beaucoup sur le plan rythmique, la partie mélodique des guitares demeure étonnamment similaire. Le chant, on en parlera plus longuement en bas, varie pas mal aussi. Nous retiendrons ainsi qu’en première écoute, Inerte fait ce que j’avais adoré chez lui sur son premier EP. Il désarçonne et clive l’auditeur, mais finit toujours par nous happer dans son marasme thymique et nous conduit doucement mais surement vers ce clair-obscur qui fait que la noirceur peut finalement devenir salvatrice. Exactement ce qu’à titre personnel, j’adore développer dans un de mes projets ! Entre soignant, on se comprend manifestement. On sent que « Singulier » trahit une montée en puissance ou une tension interne de plus en plus grandissante au fur et à mesure qu’Inerte avance, mature et se projette. La noirceur musicale que l’on trouve dans le dark metal est exponentielle et démontre que, loin d’être un projet d’amusement, il s’agit d’abord et avant tout d’une musique cathartique et redoutable. Ce qui, bien évidemment, ne peut que me ravir et me conforte dans tout le bien que je pense d’Inerte ! Pour les puristes, allez ! Faisons leur plaisir, si tu me le permets Nicolas. Inerte se situerait plus sur une sorte de blackened death metal.

Là où progrès il y a eu, et de manière spectaculaire, c’est dans la production. Sonorement parlant, « Singulier » se pare d’une production bluffante et excellente ! On voit la nette différence avec le premier Inerte qui, loin d’être mauvais sur le plan sonore, avait besoin que le projet fasse peau neuve pour la suite. Là où le son donnait une identité plus black metal, ce dernier, celui qui nous intéresse présentement, apporte un côté plus bestial, plus martial même par moment, avec une épaisseur et une occupation du spectre sonore qui confère parfois au marasme sonore total. On plonge littéralement dans ce son hypnotisant, envahissant la psyché, et la grande force de cette production réside dans l’étonnante homogénéité malgré le riffing extrêmement varié. Quoique sont les parties guitares, basse et batterie, vous avez toujours un son idéal, qui entre très bien en corrélation avec le reste et qui permet, le cas échéant, de donner cette logique dans le récit qui est très prépondérante pour l’écoute de « Singulier« . Alors, comme je le disais, réduire Inerte à une bête étiquette musicale serait une erreur grossière dans l’appréhension de l’album. Il fait partie de ces pépites qui désarçonnent l’auditeur rapidement, créant un effet qui ne souffre d’aucun juste milieu : soit cela passe, soit cela casse. Les sonorités sont probablement ici, le seul réel dénominateur commun à l’ensemble et je maintiens que ces dernières, puisqu’il faut bien satisfaire les puristes et encyclopédistes pathologiques, sont plutôt dans un registre blackened death metal. La faute donc à un riffing qui sonne tantôt purement black metal avec les dissonances idoines, tantôt plus death metal mais en revoyant à la baisse le degré de basses fréquences pour garder un caractère incisif dans une brutalité un peu dissimulée. Mais indispensable à la contribution au chaos thymique de « Singulier » ! Inerte a véritablement soigné sa production sans pour autant renié le caractère intimiste et subversif de sa musique. Un album clivant, qu’on vous dit ! Mais bordel, que c’est jouissif…

En fin de compte, cet album est à l’image de son créateur, ou plus généralement des sentiments humains : complexe et mystérieux. Pourquoi, rien que le nom de l’album « Singulier » me parle ? Parce qu’il fait écho à une phrase que j’ai personnellement beaucoup entendu dans mon enfance et après encore, parfois même à l’âge adulte : « il est à part« . Sans savoir exactement si cette affirmation fut, ou est, péjorative ou pleine de compliments, ou même encore si cette dernière devait me faire sentir fier ou rabaissé. Je pense, sans m’avancer entièrement sur cette pente glissante, que le leader d’Inerte et moi partageons cette sensation d’être à part et d’en avoir un peu (beaucoup ?) souffert. C’est ce paradoxe existentiel qui fait que l’on se retrouve à se questionner comme dans le cas de « Singulier« , sur le manichéisme et sur la complexité universelle des sentiments humains. Je perçois Inerte comme à la fois un écueil abrasif des tourments de son créateur, et à la fois une ode aux émotions. Une sorte d’hommage à l’imperfection de l’Homme et sa place dans l’univers qui, à ce jour, reste largement surcotée. Et musicalement parlant, si vous avez un tant soit peu d’empathie et de sensibilité, voire un côté maladivement interrogatif sur des questions existentielles, vous aurez votre compte. Je le répète mais parce que c’est important à comprendre : Inerte est un projet clivant ! Mais pour ma part, c’est un projet qui me parle énormément. J’adore la musique, j’adore sa partie déstructurée et son côté nihiliste. De même que j’adore les projets qui sont portés par une seule psyché, comme le ferait Jours Pâles à laquelle la comparaison est largement appropriée par le côté pudique du personnage mais aussi par sa capacité récente à confier ses états d’âme à un line up. « Singulier » est donc une sortie qu’il convient certes d’appréhender avec prudence, mais qui, une fois son venin distillé en nous, nous entraine et nous guiderait presque vers… On l’ignore encore. Mais forcément quelque chose qui en vaut la peine. Monsieur Nicolas, je vous tire mon chapeau bas !

Vous pensiez la chronique terminée ? Mais enfin ! On n’a pas évoqué le chant, partie si chère à mon cœur. Celui d’Inerte est surprenant, notamment sur cet album car sur le précédent, cela ne m’avait pas particulièrement sauté aux oreilles. Mais le chant de Nicolas ressemble à s’y méprendre à celui du groupe Kickback. C’est fou parce qu’en plus, je n’aime pas spécialement le combo Parisien, mais au-delà de la technique, c’est surtout les intentions qui transparaissent, qui me font faire ce rapprochement. Il y a cette rage, cette colère, qui finit souvent par laisser place à la souffrance. Le chant jongle d’ailleurs habilement sur les techniques, on a tantôt des passages en voix narrative très basse, quelques lignes en growl, mais c’est ce chant étrangement rageux et tempétueux qui me surprend davantage sur « Singulier » ! J’ai réécouté le précédent album, éponyme, et je pense que la technique y était déjà mais mal aidée par la production finalement un brin trop abrasive, on ne le percevait pas avec autant de force. Résultat : le marasme atteint son paroxysme avec ce chant qui s’apparente à une vocifération, où les textes, de fort belle qualité par ailleurs, sont littéralement vomis et jetés en pâture sur l’auditeur, comme un coup de boule. Les textes traitent de sujets très personnels, déviant parfois sur des thématiques que l’on connait mieux histoire de nous fédérer un peu plus, comme la religion par exemple, véritable vecteur de conscience. Mais on retiendra que le chant est à l’image de la musique, fonctionne parfaitement et jouit d’une mise à nu qui me sied grandement, et se trouve néanmoins en parfaite coercition avec les états d’âme de l’auditeur.

Mettons un point final à cette nouvelle chronique que l’on pourrait aisément qualifier de coup de cœur. Inerte a proposé en fin d’année 2025 un second album nommé « Singulier« . Totalement autoproduit, manœuvré par son créateur, guitariste et chanteur Nicolas, il n’en demeure pas moins que les autres instruments ont été confiés à de tiers musiciens, mais le résultat est à la hauteur de mes espérances. Fort d’une musique estampillée à juste titre « dark metal », puritainement parlant du blackened death metal (selon moi), cet album sonne comme un ouvrage solide et rondement mené. Explorant sous un angle intime la question des sentiments humains sur une potentielle toxicité, Inerte propose une musique redoutable, ayant connu en plus de cela une montée en puissance manifeste. Projet très clivant, qui n’aura selon moi pas de juste milieu dans les appréciations que les auditeurs feront, « Singulier » s’avère être un formidable recueil contemplatif sur les paradoxes et la complexité des sentiments humains. Quand le clair-obscur se drape d’une musique aussi noire que salutaire, Inerte est à ce jour l’un des meilleurs représentants en France et dans le milieu underground, de ce que l’on appelle communément la catharsis.

Rien que pour cela, cela vaut le détour pas vrai ?

Tracklist :

  1. Non Serviam 02:53
  2. Désirs inertes 05:45
  3. Renaissance satanique 04:34
  4. Misère 03:56
  5. Avant que tu ne la prennes 03:34
  6. J’aimais cette vie 04:19
  7. J’amais ne tombez amoureuse 04:44
  8. Ne plus exister 04:24
  9. Lévitation dans le cauchemar 05:32
  10. S’il te plaît 04:15

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Concerts:

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