Note de la SoilChroniqueuse (Aur’Hell) : 10/10 (mon premier !)
Inutile de présenter Gaerea : le groupe Portugais s’est imposé depuis 2016 comme une valeur sûre du black metal moderne.
Les quatre précédents albums ont largement été salués aussi bien par la critique que par le public.
Chez Soil Chronicles, on les connaît déjà bien : deux chroniqueurs s’étaient penchés sur « Limbo » en 2020, puis « Mirage » en 2022.
Plus récemment, Gaerea a également accompagné Orbit Culture sur les routes en 2026, preuve supplémentaire de son ascension.
C’est d’ailleurs en allant voir Orbit Culture en novembre 2025 que j’ai pu les découvrir. Je ne m’étais jamais vraiment intéressée à eux jusqu’à ce qu’un ami, qui m’accompagnait au concert, m’annonce qu’il venait surtout pour Gaerea — et pas spécialement pour Orbit Culture, qu’il ne connaissait pas tant que ça. (Pardon ? Comment est-ce possible ? Mais qui es-tu vraiment ? Bref… une amitié remise en question)
Bref, je vais au concert…sans mon ami (ah! La vie de daron), et là je comprends ce qu’il voulait dire : ce groupe est incroyable. J’ai été hypnotisée par la présence et la gestuelle d’Alpha sur scène – et cette voix, mon dieu, quelle voix ! Autant dire qu’après ça ils sont rentrés directement dans ma playlist, et ont réussi à devenir le groupe que j’ai le plus écouté de l’année. C’est dire le nombre de fois où j’ai pressé la touche “repeat” !
A cette époque seuls les titres « Submerged » et « Hellbound » étaient sortis et j’avais hâte d’écouter l’album.
Quand je l’ai vu dans la liste transmise par Chris Metalfreak (boss préféré, coeur coeur) (NdMetalfreak : #toutpareil), je me suis précipitée dessus.
J’ai manqué de temps pour m’y consacrer plus tôt, d’où cette chronique tardive par rapport à la sortie de l’album. Et quel album… il n’y a tout simplement rien à jeter.
Je commence à l’écouter un jour où j’ai besoin d’une bonne dose de motivation au boulot. Ce moment barbare de l’année où l’on doit rentrer une par une les notes de contrôle continu des élèves sur un logiciel cauchemardesque de l’Educ Nat qui a pourtant un nom qui fait rêver. Et je dois reconnaître que ça m’a clairement aidée à tenir le coup — et surtout à ne pas balancer mon ordinateur par la fenêtre. Bon, j’avoue quand même que j’y ai passé plus de temps que prévu…difficile de ne pas s’arrêter de temps en temps pour profiter de la musique.
Franchement, il n’y a rien à jeter ici. Si le premier titre ne m’a pas forcément marquée à la première écoute, la suite m’a totalement embarquée. Je pensais avoir trouvé mon préféré avec « Hellbound », mais « Uncontrolled » et « Stardust » me font sérieusement hésiter.
Le titre d’ouverture, « Luminary » — bon, après réécoute, je retire ce que j’ai pu écrire quelques lignes plus haut : il est vraiment réussi. Il donne parfaitement le ton, avec ce mélange d’agressivité black metal et de “douceur” metalcore (oui, je sais, tout est relatif — les oreilles sensibles ne seront peut-être pas tout à fait d’accord… mais on se comprend)
« Submerged » est un titre d’une intensité émotionnelle brute. On y découvre une place plus importante accordée au chant clair — une nouveauté sur cet album — et il faut bien reconnaître que la voix d’Alpha a quelque chose de troublant. Elle m’a littéralement attrapée. Le chant crié me rendait déjà toute chose, mais là… on passe à un autre niveau. Tout semble venir des tripes, sans filtre, sans artifice. Il n’en faut pas plus pour en faire l’un des moments les plus marquants du disque.
Dans une interview, Alpha expliquait qu’il avait dû dépasser une certaine forme de pudeur, voire de gêne, pour oser utiliser sa voix claire. Le fait d’évoluer dans un groupe où il se sent en confiance, sans crainte du jugement, lui a permis d’explorer de nouvelles facettes de son chant — et ça s’entend.
On enchaîne avec le puissant « Hellbound » qui oppose un chaos brutal à des guitares plus aériennes et mélodiques. L’ambiance reste sombre, typique du post-black metal, mais avec une touche de mélancolie presque lumineuse. Quelques notes claires viennent ajouter une dimension plus froide et fantomatique. Le chant, proche du death mélodique, reste rugueux mais gagne en intensité, surtout dans le refrain. Ce morceau est dans mon top 3.
La première fois que j’ai écouté « Uncontrolled » je suis passée à côté. Il faut dire qu’après « Hellbound », je n’étais pas concentrée. J’ai repris l’écoute de l’album plus tard en commençant par ce titre et là je me suis pris une claque. Et plus je l’écoute, plus j’en découvre les nuances, les détails, et il me plaît.
On s’éloigne un peu plus du black et on embrasse davantage le metalcore. La batterie offre de beaux blasts et les guitares des riffs percutants. Top 3 également.
Viennent ensuite « Phoenix » et « Cyclone », moins brutaux, plus mélodiques. On s’éloigne des ténèbres pour rejoindre la lumière. Ce sont des morceaux très accessibles auxquels il est très facile d’accrocher.
Petite parenthèse plus aérienne avec l’instrumental « LBRNTH », qui vient casser le rythme de l’album de manière assumée. La voix féminine que l’on entend est celle de Delta, la nouvelle guitariste — une belle manière d’impliquer les membres du groupe au-delà de leur rôle habituel.
Le morceau agit comme un véritable interlude atmosphérique, créant une sensation de flottement, presque de désorientation. L’œil du cyclone, en somme : un calme trompeur avant la prochaine déferlante.
Et c’est clairement le cas avec « Nomad », qui fait partie de mes titres préférés sur l’album (oui, encore un). Sa construction est efficace, avec une belle alternance entre passages atmosphériques et moments plus agressifs, le tout très fluide.
Le morceau reste dynamique du début à la fin et dégage une vraie charge émotionnelle sans en faire trop. On retrouve d’ailleurs ce petit quelque chose qui rappelle la période « Mirages », avec ce mélange de noirceur et de plans plus aériens que Gaerea maîtrise si bien.
L’album se clôt sur ce qui est sans doute le titre le plus personnel pour le chanteur, « Stardust ».
Il y aborde la perte d’un ami, le traumatisme que cela laisse, et ce long cheminement vers une forme d’acceptation, rendue possible — au moins en partie — par l’écriture. On sent que le morceau est profondément habité, presque cathartique.
Les premières notes peuvent rappeler Sleep Token. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette première impression : le morceau se révèle bien plus riche et subtil à mesure qu’il progresse.
Ici, pas de final explosif. Au contraire, le groupe fait le choix d’un retour au calme qui invite à l’introspection. Une manière de refermer l’album avec retenue et sincérité, en laissant l’émotion retomber lentement. Et ça fonctionne parfaitement.
Pour moi, ce premier album chez Century Media Records est une vraie réussite.
Certes, il marque une évolution, mais après tout… qui a décrété qu’un groupe devait rester figé dans un seul et même genre ? Les artistes évoluent, et leur musique avec eux — et c’est normal.
Alors oui, les puristes du black metal y trouveront peut-être moins leur compte. Mais il faut aussi saluer le courage du groupe : celui d’explorer de nouvelles directions, de prendre des risques, quitte à déstabiliser une partie de leur fanbase.
Et pour d’autres comme moi qui découvrent le groupe sur le tard avec cet album, le chemin se fait dans l’autre sens. On remonte leur discographie, on explore leurs anciennes productions, et on réalise toute la richesse de leur parcours.
Gaerea s’impose ainsi comme un groupe fascinant, capable de se réinventer sans renier son identité, en allant chercher de nouveaux territoires sonores sans jamais perdre le fil.
Les fans de la première heure devront sans doute se faire violence, accepter de sortir de leurs repères habituels, ouvrir un peu leurs chakras pour apprécier toutes les nuances de l’album. En revanche, pour les amateurs de metalcore en quête de quelque chose de plus sombre, avec une touche black metal, cet album pourrait bien être une excellente porte d’entrée.
J’ai hâte de les voir sur la scène du Tons of Rock à Oslo.
Sur disque, Gaerea impressionne déjà, mais c’est en live que leur musique prend toute sa dimension. Leur générosité sur scène et le respect qu’ils portent à leur public transforment chaque performance en véritable expérience immersive.
Une chose est sûre : Gaerea n’a pas fini de faire parler d’eux!
Tracklist :
1. Luminary (5:10)
2. Submerged (5:08)
3. Hellbound (5:23)
4. Uncontrolled (4:09)
5. Phoenix (4:41)
6. Cyclone (5:33)
7. LBRNTH (Instrumental) (2:24)
8. Nomad (5:30)
9. Stardust (7:58)
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